ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
L’ingénieur en génie électrique, Alcides Meana, a participé à la construction de la centrale thermoélectrique de Matanzas. Photo: Ventura de Jesús García

L’OURAGAN Irma s’est particulièrement acharné sur le littoral nord de la ville de Matanzas. Dans cette partie de la province, connue comme la « zone industrielle », il a détruit un grand nombre de constructions les plus proches de la côte. C’est là que se trouve également la Centrale thermoélectrique (CTE) Antonio Guiteras.

La salle dite de circulation de l'eau de mer de ce bloc s'est effondrée comme un château de cartes. Les armatures qui servaient de brise-lames, composées de sept anneaux de béton pesant environ 70 tonnes, ont été déplacées et se sont écrasées sur la structure principale.

Immédiatement, des dizaines d'hommes et des engins sont arrivés sur place. Sans perdre un instant, les travailleurs, auxquels se sont joints d’autres forces de soutien, se sont lancés dans une course contre la montre pour remettre la précieuse centrale en route.

Dès que l’on arrive sur place, l’état d’esprit qui règne dans la centrale est palpable et se lit sur le visage des travailleurs.

SANS PERDRE DE TEMPS

Chaque fois que « la » Guiteras subit une avarie quelconque  ou est victime d'un accident, les spécialistes les plus qualifiés sont dépêchés sur les lieux. Alcides Meana, un ingénieur principal à la retraite, qui a travaillé à la construction de cet ouvrage, ne manque jamais à l’appel. Personne ne connaît l’usine mieux que lui et il est capable d’en reproduire les plans dans ses moindres détails.

Cet ingénieur en génie électrique, un homme calme en apparence, n'a guère dormi ces dernières nuits. Tout comme les dirigeants de la centrale, il n’a qu’une seule idée en tête : la sortir de ce mauvais pas.

Il se souvient d’être arrivé sur place pour la première fois en janvier 1982. « Ici, ce n’était que des broussailles, une côte, des falaises et quelques établissements de loisirs aux alentours. À l’époque, les ingénieurs effectuaient des recherches géologiques avant de se lancer dans l’élaboration du projet.

Des ouvriers de plusieurs entreprises travaillent sans interruption pour rétablir le fonctionnement de la centrale. Photo: Ventura de Jesús García

« Le pays avait décidé d'investir dans la construction d’une centrale thermique face à la demande croissante en électricité. Cet emplacement avait été choisi en raison de l'existence de la baie et de la possibilité de pomper l'eau de mer pour le refroidissement du système. Une centrale unique avec une capacité de  330 MWh.

« Elle a été construite en six ans et demi. L'une des principales complications a été l'apparition d'une fissure juste au-dessous de la turbine. Il s’agissait d’une ouverture de 30 mètres en chute libre sous le niveau de la mer. On pouvait même naviguer sur un kilomètre et demi en direction de Matanzas.

« Ce fut un incident déconcertant qui retarda les travaux. Une fois les études pertinentes effectuées, nous avons procédé au comblage de la faille avec des pierres et ensuite du béton. Puis, nous avons posé une dalle d'un bord à l'autre de la fissure, dans laquelle nous avons installé les fondations de la turbine. Le cyclone Kate a également entraîné des retards dans la construction, car les vents ont détruits toutes les installations provisoires construites sur la zone des travaux.

« Finalement, les travaux ont été achevé en 1988 et la centrale Guiteras a été synchronisée au Système national électro-énergétique (SEN) en mars de cette année-là. Fidel était présent. Il a visité les lieux et il s’est entretenu avec les travailleurs. »

Alcides, pourquoi attribue-t-on une signification particulière à la centrale de Matanzas ?

Parce qu'il s'agit d'une unité qui, avec une seule turbine, est capable de produire de l’électricité avec une faible consommation de combustible. C'est celle qui offre la plus grande stabilité au système national électro-énergétique, l'un de ses principaux bastions.

Donnez-nous quelques détails sur l'ampleur des dommages provoqués par l'ouragan Irma...

La puissance des vagues a déplacé des blocs de béton énormes. Photo: Ventura de Jesús García

La pire conséquence de l'ouragan est l'effondrement du bâtiment de la salle de circulation, chargée de pomper l'eau de mer utilisée pour le refroidissement du système de la centrale thermique. Sans elle, l'usine ne peut pas fonctionner.

Le système de protection installé sur le littoral s'est effondré. L'énergie des vagues a soulevé des blocs d’un poids incroyable et les a lancés contre le bâtiment de la salle de pompage. L'usine d’hypochlorite a également été endommagée. La salle des machines a été envahie par près d'un mètre d’eau. Nous devons donc démonter les équipements, sortir les moteurs, les nettoyer, les réparer, enlever l'humidité, puis les reconnecter et les vérifier. Ce sont des travaux annexes.

Comment résoudre ce problème ? Quelle a été la stratégie pour entreprendre ce type de réparation ?

L'objectif essentiel est de voir comment, dans un premier temps, nous pouvons redémarrer l'une des deux pompes, ce qui garantirait une production de jusqu'à 230 MWh. Dans un deuxième temps, nous remettrons en marche la deuxième pompe.

Nous allons construire une salle provisoire pour protéger ces équipements, en attendant la construction du bâtiment définitif de la salle de pompage, ce qui ne devrait pas entraver le fonctionnement de la centrale. Pour sa conception, nous devrons tenir compte des derniers événements.

Il est clair que les travaux sont considérables. À ce jour, nous avons extrait environ 5 000 mètres cubes de gravats de la zone frappée par l’ouragan. Le plus grand obstacle à l'heure actuelle reste le nettoyage des quatre conduites du bassin aux eaux calmes.

Une drague maritime, aidée de plusieurs plongeurs, travaille à enlever les décombres afin de permettre de communiquer avec la mer, ce qui est une tâche extrêmement complexe.

Quelles sont les forces impliquées dans les travaux de réparation et de quels engins disposent-ils ?

Ce sont en majorité des travailleurs du ministère de la Construction (Micons) de Varadero et de Matanzas, ainsi que de l’entreprise Obras maritimas et de celle de Maintenance des centrales thermodynamiques. Les bras n’ont pas manqué. Tous se sont unis comme un seul homme. C’est impressionnant de voir les puissants marteaux-piqueurs utilisés généralement pour les grandes démolitions. Entre autres équipements, nous disposons de bulldozers, des camions-benne et des grues de 100 à 30 tonnes de capacité de levage.

Quel impondérable pourrait retarder la réhabilitation ou aggraver les dommages ?
Le passage d’un nouveau cyclone serait très regrettable. Sur le plan technique, nous sommes préoccupés par les travaux maritimes de débouchage des conduites qui vont de la mer au bassin, dont une a déjà été débouchée à 50%.

Pouvez-vous tirer des leçons de ce lamentable épisode ?
Tout événement nous laisse toujours un enseignement. Dans ce cas, par exemple, nous avons constaté que la salle de la pompe de circulation doit être conçue différemment. Elle doit être plus solide pour résister aux impacts majeurs des phénomènes atmosphériques. Le mur brise-lames sera similaire, mais avec une installation différente et plus renforcée.

N’est-il pas exagéré de dire que tout Cuba suit l'évolution des événements à la centrale Guiteras. Environ un peu plus d'une semaine après le début des travaux, on commence à la regarder avec espoir. Quand sera-t-elle prête à redémarrer ?

Toute la zone de la station de pompage et celle de l'usine d'hypochlorite ont été débarrassées des décombres. Les blocs du mur de défense contre les vagues ont été démolis. Le chenal de sortie est pratiquement propre et nous avançons dans la résolution des problèmes annexes, comme le drainage des fosses et l'extraction des moteurs pour rétablir le fonctionnement de la centrale. La situation est plus claire aujourd'hui. À la fin de cette semaine, la première pompe devrait redémarrer.

Que représente la centrale Guiteras pour vous ?

Beaucoup de choses. C’est le premier ouvrage important auquel j'ai participé du début à la fin.