ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
En tant que Loi des lois, la Constitution établit les principes fondamentaux qui présideront à la société que nous construisons. Photo: Martínez Arias, Rafael

Je ne suis pas juriste. Ma lecture de la Constitution est celle d'une citoyenne consciente de sa responsabilité sociale et engagée envers la destinée du pays.

Je réponds tout d’abord à l’appel de Fidel de changer tout ce qui doit être changé, en tenant compte des facteurs qui caractérisent le moment que nous vivons. Le panorama international et les éléments qui composent notre société interviennent dans l'analyse du contexte qui définit la contemporanéité.

L'effondrement du socialisme européen a coïncidé avec une phase de développement capitaliste dominée par le pouvoir de la finance. L'économie spéculative l'emporte sur l'économie réelle. De gigantesques fortunes se réfugient dans des paradis fiscaux. Les fondements de la démocratie bourgeoise sont brisés par la manipulation des masses à travers les médias et les réseaux sociaux qui propagent le mensonge et opèrent en marge d'un système juridique qui devrait protéger le citoyen.

Diffusé à grande échelle, le mensonge de la soi-disant possession d'armes de destruction massive par l'Irak a servi de prétexte à l’invasion de ce pays.

Depuis lors, les effusions de sang se sont multipliées. Le déplacement de populations a été énorme. Le terrorisme a atteint des proportions sans précédent. Des droits de l'Homme et des normes juridiques internationales ont été bafoués. L'intervention dans les affaires intérieures d'autres États s’impose comme une pratique. Le Moyen-Orient semblait être lointain. Aujourd'hui, la menace plane sur notre Amérique latine.

Face à l'offensive accélérée et oppressive du capitalisme dans sa phase la plus agressive, en violation du Droit international, de la souveraineté et de l'identité des peuples par la conjonction de la domination économique, du déploiement militaire, du discrédit de la politique et de la manipulation sophistiquée des consciences, le socialisme propose une alternative aux pays du tiers monde et aussi – à une autre échelle – en faveur de la préservation de la planète.

Adapté dans sa pratique et sa formulation théorique à la spécificité historique de chaque nation, à l'analyse concrète de son degré de développement, de ses traditions et de ses cultures, éloigné du transfert mécanique d'autres modèles, le socialisme pose les bases d'une authentique souveraineté nationale, soutient une justice sociale croissante et défend le respect dû à la dignité humaine.

Vue dans son intégralité, la Constitution articule la projection dans l'avenir et les exigences du présent. Elle maintient vivante la perspective d'une société communiste. Elle établit les bases conceptuelles du corps juridique qui doit s'adapter aux changements opérés dans la société cubaine relatifs aux formes de propriété et aux garanties pour l'investissement étranger.

Contrairement au libre jeu du marché, elle affirme les prérogatives de l'État en tant que représentant de la souveraineté populaire. Elle sous-tend les fondements normatifs qui doivent régir le fonctionnement des tribunaux et du ministère public en tant que garantie des biens du peuple et des droits des individus.

Elle préserve l'accès universel et gratuit à la santé publique et à l'éducation. Elle accorde par-dessus tout la priorité absolue, selon la tradition de José Marti, au respect de la dignité humaine.

En conséquence, elle consacre une partie importante de son contenu à la formulation des droits et des devoirs des citoyens, sur la base du respect dû à la personne humaine. Elle condamne toutes les formes de discrimination fondées sur la race, l'origine ethnique, l'origine sociale, le genre, le handicap et l'orientation sexuelle. Elle actualise le concept de la famille en reconnaissant la diversité de ses formes et de sa constitution. Elle légitime ainsi une réalité qui existe à l’heure actuelle et qui puise ses racines dans le passé et cachées sous le manteau de l'hypocrisie, source de préjugés nuisibles, hérités de la partie la plus sombre de notre tradition culturelle.

Elle ratifie les droits des enfants et des adolescents, ainsi que les devoirs correspondants à la maternité et à la paternité, ceux des enfants vis-à-vis de leurs parents et de leurs grands-parents. Dans ce domaine, elle condamne l'exercice de toutes les formes de violence, au regard des conséquences physiques, psychologiques et sociales qui peuvent découler de ces comportements.

En tant que Loi des lois, la Constitution établit les principes fondamentaux qui présideront à la société que nous construisons. C'est le point de départ conceptuel d'une législation complémentaire qui devra être élaborée immédiatement et qui sans doute nécessitera également la révision de nos Codes civil et pénal. Elle fixe les règles d'un devoir être, à la façon d’un guide d'action pour corriger les problèmes latents dans notre réalité actuelle, entachée par le bureaucratisme, le décalage entre les prix et les salaires, les dessous-de-table, la corruption, la complicité, la négligence et la complaisance face au travail mal fait.

Conçu avec la participation de tous et pour le bien de tous, le débat sur la Constitution a constitué un exercice démocratique. Il a apporté des propositions qui ont amélioré la version originale. Tout aussi important, la contribution au développement d'une conscience citoyenne, responsable et engagée dans la destinée du pays, étape décisive pour l'affirmation de l'indispensable soumission à l'état de droit au bénéfice de la nation et de ceux qui partagent l'espace de l'Île.