ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

LA mondialisation néolibérale a un nom. Elle se diffuse à travers un corps de doctrine conçu intégralement et de manière cohérente par les « têtes pensantes » du capitalisme.

Afin de maintenir la prépondérance du marché sur les principes régulateurs de l'État, elles associent à la modernité un ensemble de conceptions qui envahissent tous les secteurs de la société. Elles incluent les réformes éducatives, propagent des vérités absolues par le biais du monde universitaire, annulent et fragmentent la connaissance de l'Histoire et sapent le rôle de la politique, en partie façonnée par le transit rapide de la démocratie bourgeoise.

La domination des médias, à travers la propagation du mensonge, remplace le rôle que jouaient autrefois les programmes des partis politiques traditionnels. La conduite apparemment excentrique du président des États-Unis répond à ce modèle. Soumise à un matraquage incessant, l'opinion publique est distraite par la multiplication de foyers de tension et de zones de conflit qui font courir le risque, comme une épée de Damoclès, d’une guerre imminente.

La réalité des intérêts du grand capital transnational se dissimule derrière un spectacle où l'événement d'aujourd'hui efface celui d'hier.

La manipulation de l'opinion publique vise à discréditer la politique dans un contexte où le drame des « damnés de la Terre » s’accroît et où le néocolonialisme adopte de nouvelles formules.

Dans des pays qui portent l’héritage du sous-développement, on installe l’idée que la mondialisation fait de nous des citoyens d'un monde où la revendication identitaire n'a pas sa place.

En attendant, le slogan de « America first » (les États-Unis d’abord) convoque les secteurs les plus arriérés de la société étasunienne, à forte composante xénophobe, raciste, misogyne et homophobe. À l’arrière-plan de cette pensée, nous assistons à un renouveau accéléré d'un fascisme que nous pensions avoir balayé à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Malheureusement, l'Europe, qui a souffert dans sa chair des horreurs de ce conflit, qui a vécu des holocaustes de toutes sortes et qui a connu des chambres à gaz dans les camps de concentration, traverse à l’heure actuelle une crise semblable des idéologies. Des deux côtés de l'Atlantique, on érige des murs contre l'émigration. La Méditerranée est devenue un cimetière marin. Par ailleurs, les liens qui auraient pu réaffirmer l'Union européenne comme une voix alternative dans un dialogue multilatéral, se brisent.

L'écho caricatural de cette doctrine a lieu au Brésil, où le président revendique la dictature militaire, où l'on prêche l'exemple de Pinochet, tout ceci étant absolument innommable il y a quelques années. L'antécédent immédiat est un coup d'État parlementaire et la politisation de la justice, ainsi que l'utilisation de fondamentalismes religieux dans la manipulation primaire des consciences.

Les déclarations publiques et les actions immédiates se retournent contre l'éducation et la culture, tout en cédant les ressources nationales au plus offrant et en autorisant l'expansion de l’industrie agricole en Amazonie.

Les dangers que fait peser cette offensive incluent l'établissement et la naturalisation des idées fascistes, la suppression des conquêtes populaires résultant d'années de lutte et la menace à la survie de l’espèce sur la planète avec l'accélération du changement climatique, à partir de la rupture des engagements réglementaires relatifs à la pollution, acceptés au niveau international.

Pour contrer cette offensive, une réarticulation de la pensée de gauche s'impose avec la relecture de ses sources originelles, l'analyse critique des expériences socialistes et réformistes et le sauvetage d'une tradition latino-américaine de la pensée.

« Le respect du droit d'autrui, c'est la paix », avait déclaré le Bienfaiteur des Amériques, Benito Juarez, cet Indien d'Oaxaca qui apprit l'espagnol par sa seule volonté, qui grandit en savoir et savoir-faire dans un pays que l’empire en expansion avait amputé d'une grande partie de son territoire et sous l’injonction de l'empereur Maximilien d'Autriche.

Le Mexique est pris entre le chantage douanier qui menace ses exportations et l'engagement de faire face, par les deux frontières, du nord et du sud, à l'invasion incontrôlable des émigrants. La solution proposée par le président Lopez Obrador, visant à alléger la pression migratoire par des politiques visant à stimuler le développement, est tombée dans le vide.

Ce sont là des problèmes fondamentaux qui menacent le destin de tous, masqués par une politique devenue spectacle, avec le discrédit qui en découle. Sous l'influence de ces hauts et de ces bas, les peuples votent contre leurs intérêts essentiels, même s'ils sont conscients tardivement de l'erreur commise.

Notre Amérique est porteuse d'une pensée émancipatrice, enracinée dans la connaissance des maux de la Terre et dans l'appréciation de l'héritage colonial dramatique. Les idées qui ont animé la Révolution cubaine s'inscrivent, à la lumière de la contemporanéité, dans cette tradition, avec comme centre de gravité la recherche de la plénitude humaine. J'insiste pour que la relecture productive de ce savoir accumulé se traduise par la réarticulation cohérente d'une plate-forme de gauche.

Dans cette perspective, il est indispensable de refonder une pensée pédagogique visant à former les générations naissantes à déchiffrer la réalité qui les entoure et découvrir la vérité derrière les feux d'artifice de l'illusoire. Sortir des sentiers battus et des formules éprouvées par la routine est un défi gigantesque. Mais les grands défis ont conditionné la croissance de l'espèce et, au niveau individuel, ont donné un sens à la vie quotidienne.