ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Estudios Revolución

Traduction de la version sténographiée de la Présidence de la République)

Bonsoir, chers compatriotes,

Le mois de novembre prochain marquera les 200 ans de l'arrivée dans cette ville de Félix Varela, prêtre, professeur, écrivain, philosophe, homme politique et, surtout, patriote cubain. 
Le prestigieux érudit et professeur José de la Luz y Caballero a dit à propos du Père Varela : tant que  l'on pensera à l'Île de Cuba, on pensera à celui qui, le premier, nous a appris à penser.
Varela fut l'un des Cubains qui, dès le début du 19e siècle, ont commencé à s'installer dans cette ville, qui est devenue assez rapidement et pendant longtemps la principale destination des émigrés cubains aux États-Unis. Plus tard, des communautés se sont créées dans d'autres villes, mais c'est ici que l'histoire de l'émigration cubaine aux États-Unis a véritablement commencé.
Dans sa formidable recherche sur l'installation des Cubains à New York, alors que nous étions encore une colonie sous domination espagnole, notre compatriote Lisandro Pérez décrit tout à la fois les succès et les vicissitudes des différents groupes et familles d'émigrés.
Il expose les dures réalités de l'émigré. Il raconte la diversité des positions politiques relative à la condition coloniale de Cuba. Il met en évidence les divergences entre ceux qui croyaient que la solution politique pour notre pays résidait dans l'annexion aux États-Unis et ceux qui, comme Félix Varela, n'ont jamais faibli dans leur détermination à défendre l'idéal d'une Cuba pleinement libre, indépendante et souveraine.
Lisandro a également décrit la présence féconde de José Marti, ses contributions, en tant qu'émigré, à la culture cubaine et au patrimoine latino-américain. Il décrit l'activité tenace de l'Apôtre dans l'organisation et la conception de la nouvelle geste de libération qui allait commencer en 1895. Il met en évidence le fait que, durant son séjour aux États-Unis, Marti a voyagé sans relâche dans diverses régions de ce pays dans le cadre de son combat révolutionnaire. Il s’est réuni, dans différentes villes et localités, avec des émigrés et d'autres personnes et d’autres groupes prêts à soutenir la cause de l'indépendance.
Dans ce prolifique parcours du Maître, on n’enregistre aucune démarche à Washington pour impliquer le gouvernement des États-Unis dans l'importante tâche de libérer Cuba du joug colonial. Marti a compris avec une brillante clarté que les problèmes du pays devaient être résolus entre Cubains. C'est ainsi qu'il a conspiré, encouragé, convaincu, recruté, influencé et collecté des ressources parmi des milliers de Cubains à New York, Tampa, Key West et dans d'autres localités. Il a également obtenu le soutien de plusieurs Latino-américains, d'Étasuniens et de citoyens d'autres pays, mais il n'a jamais recherché la participation des gouvernants à Washington. Il a même écrit, avec une argumentation solide, ses avertissements sur les dangers de placer la destinée de Cuba entre les mains de la puissance naissance et ambitieuse. Ce n'est pas un hasard si nous l'appelons Apôtre de la Patrie.
Notre délégation est présente à New York pour participer au Segment de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations unies, comme lorsque nous sommes venus dans cette ville il y a cinq ans. À cette occasion, en plus de parler au nom de Cuba, il nous incombe de représenter les positions du Groupe des 77 et la Chine, dont notre pays assure la présidence depuis le début de l'année. Il s'agit d'un groupe composé de 134 pays qui représentent la majorité des États membres des Nations unies. Avec la Chine, 6,3 milliards de personnes vivent sur leurs terres, soit près de 80 % de la population mondiale.
C'est une responsabilité majeure, qui demande beaucoup d'efforts pour unir des volontés et construire un consensus. Elle repose sur la trajectoire, le prestige et la reconnaissance générale de la politique extérieure constructive, solidaire et coopérative mise en œuvre par notre pays.
Dans ce contexte, et comme nous le faisons chaque fois que nous nous rendons dans un pays, c'est un devoir et un plaisir de nous réunir de nouveau avec un groupe de nos compatriotes et d'échanger des idées avec ceux qui aiment et qui fondent, ceux qui, comme vous, conservent leurs sentiments de respect, d'engagement et d'amour envers leur Patrie et pour la terre où ils sont nés, et la souhaitent libre, souveraine, indépendante et prospère, comme Marti l'avait également rêvée.
Vous n'êtes pas sans savoir que notre pays traverse une situation économique très tendue, due à un certain nombre de facteurs. Il s'agit notamment des retombées au niveau national et mondial de l'impact de la COVID-19, de la crise économique internationale et des effets de la guerre en Europe, autant de facteurs imprévisibles, sur lesquels nous n'avons aucune influence. Il y a, de plus, des problèmes internes à notre économie, à la structure sociale et économique du pays et aux transformations nécessaires qui doivent être entreprises, y compris dans le contexte des difficultés actuelles. Nous travaillons sans relâche sur ces problèmes.
Mais vous êtes également conscients de l'impact extraordinaire et délibéré de la politique étasunienne visant à étrangler notre économie.  Il n'y a pas d'autre façon de qualifier ce comportement cruel.  La puissance économique des États-Unis et la possibilité de menacer, de faire pression et de nuire à n'importe quel pays donnent à ce gouvernement une capacité unique d'exercer le blocus économique, d'entraver les intérêts commerciaux et financiers de Cuba sous n'importe quelle latitude et de limiter considérablement les performances de notre économie.
Aucune nation n'a jamais été confrontée à un défi aussi inégal et prolongé pour gérer et tenter de développer son économie, et pour sauvegarder le bien-être de sa population. Aucune n'a été soumise à une politique hostile aussi vaste, aussi multiforme et aussi persistante que celle appliquée par le gouvernement étasunien à l'encontre des Cubains.
C'est pourquoi nous avons le devoir de dénoncer ce crime lorsque nous sommes présents aux Nations unies. C'est pourquoi nous bénéficions de l'appui quasi unanime de la communauté internationale, ainsi que du soutien et de la solidarité de nombreux peuples dans le monde, notamment de gens humbles, travailleurs et dotés du sens de la justice.
C'est pourquoi nous avons la chance de pouvoir compter sur l'esprit patriotique et l'engagement des Cubains et des descendants de Cubains qui résident dans de nombreux pays.
C'est pourquoi nous avons le devoir de reconnaître, de remercier et de rendre hommage, en particulier aux milliers de compatriotes qui, ici aux États-Unis, non seulement apportent leur soutien, mais aussi luttent, chacun à leur manière, pour la levée du blocus économique.
Les appels lancés ces derniers mois et le mouvement qui les a soutenus pour mettre fin à la désignation arbitraire et injuste de Cuba comme État qui, soi-disant, soutient le terrorisme sont un exemple de l'effort auquel nous rendons hommage.
Nous sommes extrêmement fiers et très émus de constater que, face à la haine et aux agressions, des amis et des compatriotes dans le monde entier remplissent, le dernier dimanche de chaque mois, des avenues et des places, où ils organisent des journées d'amour et de solidarité envers l’Île et où ils démontrent au monde que Cuba n'est pas seule.
Les multiples messages de condoléances, les offres d'aide et les dons envoyés par vous, nos compatriotes, résidents à l'étranger, durant la COVID-19, et plus tard lorsque nous avons subi les tristes accidents de l'hôtel Saratoga, de la base de superpétroliers de Matanzas et les ravages de l'ouragan Ian dans l'ouest du pays, sont également encourageants.
Notre José Marti affirmait que « la Patrie, c'est le bonheur pour tous, la douleur pour tous, le paradis pour tous ».  Et c'est précisément ce que nos compatriotes ont fait à travers leur aide : être aux côtés de la Patrie dans des moments véritablement complexes.
Depuis notre dernière rencontre dans cette même salle, nous avons adopté plusieurs décisions et des mesures visant à continuer à resserrer les liens avec les Cubains résidents à l'étranger, malgré les conditions économiques difficiles dans le pays et l'hostilité accrue du gouvernement des États-Unis.
Elles témoignent de notre détermination à ne pas nous laisser détourner de la voie d'une relation de plus en plus naturelle, étroite et constructive avec ceux qui sont nés à Cuba et qui ont décidé de s'installer dans d'autres pays, avec les descendants des émigrés et avec ceux qui, tout simplement et pour diverses raisons, vivent indistinctement dans le pays et à l'étranger.
Toute une série d'actions ont été approuvées, et ont mises en œuvre ces derniers temps, et cela parce que nous vous avons écoutés pour tenter de satisfaire les demandes que vous nous avez faites. 
Les 18 et 19 novembre prochains, nous tiendrons à La Havane la 4e Conférence « La nation et l'émigration », dans le cadre du renforcement continu et irréversible des liens entre Cuba et ses ressortissants à l'étranger, fruit du dialogue large et franc entamé en novembre 1978, promu et encouragé par le leader historique de la Révolution cubaine, le commandant en chef Fidel Castro Ruz.
À la veille du 45e anniversaire du Dialogue de 78, une rencontre qui a marqué un tournant dans les relations de Cuba avec les Cubains à l'étranger, permettez-moi de rendre un hommage mérité à ses initiateurs, notamment aux martyrs Carlos Muñiz Varela et Eulalio Negrin. Il convient également de se souvenir parmi nous de Lourdes Casals, Luis Miranda, Walfrido Moreno, Reinaldo Cué et tant d'autres qui ont consacré leur vie à cette cause noble et patriotique.
La conférence vise à poursuivre le chemin entrepris avec le dialogue de 1978 et les trois précédentes Conférences sur « La nation et l'émigration », tenues en avril 1994, novembre 1995 et en mai 2004.
Au cours des journées de débats, avant, pendant et après la tenue de la rencontre à La Havane, nous souhaitons stimuler les liens avec les nouvelles générations de Cubains résidents à l'étranger, à travers le renforcement des liens culturels et historiques avec leur pays ou celui de leurs parents.
La tâche est de parvenir à un pays encore meilleur, qui protège et renforce la justice sociale, sans ingérence étrangère, qui bénéficie du concours de tous les Cubains, prêts à apporter leur contribution, indépendamment du lieu où ils vivent, qui tous se sentent partie prenante, qui contribuent à renforcer la fierté nationale et à rejeter les efforts visant à dénigrer, à trivialiser et à déformer la culture et les traditions de notre pays.
C'est aussi l'effort pour renforcer l'amour patriotique et le sentiment mystérieux qui s'éveille en nous lorsque nous entendons le mot cubain, « ce doux mot », comme le disait Marti ; ou lorsque, grâce à ses lauriers, un athlète national hisse les couleurs de notre drapeau ; lorsqu'un artiste reçoit la reconnaissance publique de son prodigieux talent et qu'il s’avère qu'il est cubain ; lorsque l’on fait connaître la découverte ou les résultats des recherches d'un scientifique de notre pays, où qu'il se trouve ; lorsqu'un Cubain ou un groupe d’entre eux contribue à sauver une ou plusieurs vies dans un lieu éloigné ou à la suite d'une action de haut niveau professionnel.
Le mot cubain dépasse déjà nos frontières et vous en êtes l'expression.
Je ne veux pas et ne dois pas faire référence ici à ceux qui n'ont pas encore assimilé cette valeur du ressenti cubain, à ceux qui, pour une raison ou une autre, l'ont perdu ou à ceux qui l'ont mise en gage en faveur de ceux qui veulent nous détruire ou qui rêvent de faire de nous la 51e étoile du drapeau étasunien. Ce n'est pas le moment d'aborder ces questions.
Notre message est celui de l'unité, du patriotisme et de l'ouverture à tous ceux qui souhaitent apporter leur contribution.  Nous écoutons tout le monde avec respect, même si nous avons certaines divergences.
Chers compatriotes,
Notre pays est en constante transformation, toujours pour défendre et améliorer la société de justice pour laquelle plusieurs générations de Cubains se sont sacrifiées. Il est très difficile d'y parvenir dans un contexte de fortes pressions économiques et d'hostilité incessante de la part de notre puissant voisin.
Mais nous ne nous arrêtons pas. Parfois, nous entrons en territoire inconnu et nous ressentons le besoin de faire des ajustements, de rassembler notre intelligence collective et de corriger ce qui est nécessaire.
Cuba a le droit de construire et de défendre son propre destin, de lutter pour le bien juste et équitable de son peuple, de jouir de la richesse nationale de manière durable et solidaire, et de donner à chaque citoyen la possibilité de s'épanouir pleinement en tant que membre de la communauté. Telle a été la marque distinctive de notre lutte. C'est notre engagement et pour le défendre, nous aspirons à compter sur tous nos compatriotes, où qu'ils vivent.
Dans mon intervention à la Session constitutive de la 10e Législature de l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire, en avril dernier, j'ai exprimé l'idée suivante, que je me permets de répéter : « […] nous ne pouvons pas être partie prenante dans la politisation de l'émigration cubaine, avec laquelle l'ennemi trafique.  Nous devons défendre une relation avec les émigrés cubains qui leur fasse comprendre que nous admirons leurs succès et que leur Patrie les respecte, les regarde avec fierté et attend leur retour, en aspirant simplement à ce qu'ils respectent et défendent la terre qui les a vus naître et les a formés avec amour. »
Sachez que nous, qui sommes à Cuba, qui résistons, qui créons et qui construisons, comptons sur vous. 
Tous ceux qui veulent construire seront les bienvenus. Réalisons ensemble et unis l'aspiration de José Marti à une République avec tous et pour le bien de tous.
Au nom de notre peuple, qui a le principal mérite de notre œuvre, je vous réitère notre volonté et notre engagement de continuer à renforcer les liens profonds de nos compatriotes à l'étranger avec leur pays d'origine.
Vive Cuba libre, indépendante et souveraine ! (Exclamations : « Vive ! »).
Je vous remercie infiniment (Applaudissements).