ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Fidel et Hugo Chavez lors de la transmission de la populaire émission Alo Presidente. Photo: Archivo

ON peut en savoir autant sur un homme par ses détracteurs que par ses admirateurs. « Fidel était probablement le leader révolutionnaire au pouvoir le plus authentique à cette époque », a écrit Henry Kissinger dans le dernier tome de ses mémoires.

L’ancien Secrétaire d’État et conseiller de plusieurs locataires du Bureau Oval faisait référence à l’année 1975 et à l’étonnement des États-Unis devant le toupet de Cuba qui osait se joindre à la lutte pour l’indépendance de l’Angola. Dans la dynamique de la Guerre froide, les Soviétiques rechignaient à s’engager directement dans le conflit, alors que Washington appuyait sans ambages le régime raciste de Pretoria.

Fidel allait prouver une nouvelle fois que la Révolution qui avait triomphé en 1959 était guidée par des principes et ne serait jamais le satellite de personne. L’héroïsme des Cubains qui combattirent en Afrique et le leadership de Fidel contribuèrent à changer l’histoire de ce continent, et, comme le souligna le propre Nelson Mandela, à mettre fin à l’apartheid.

C’était la première fois qu’un petit pays de l’hémisphère occidental envoyait des forces militaire en dehors du continent et, à la stupéfaction de tous, il remportait une victoire éclatante. Cet épisode est venu rappeler que même un petit pays, quand il est animé par des idéaux de justice, peut affronter les pouvoirs mondiaux. C’était en l’occurrence un pays révolutionnaire.

Auparavant ce pays avait réalisé ce que beaucoup considéraient comme impossible, une révolution socialiste à seulement 90 milles des États-Unis. Un affront que depuis plus de 50 ans Washington ne lui a pas pardonné et n’a eu de cesse de le lui faire payer à travers toutes sortes d’agressions.

Lorsque les combats faisaient encore rage dans la Sierra Maestra dans la lutte contre la dictature de Batista, le génie du leader révolutionnaire prévoyait que la vraie lutte serait livrée contre l’impérialisme. Mais cet affrontement qui a laissé son empreinte dans cette personnalité de stature mondiale n’est pas un conflit vain contre un pays ou contre un gouvernement. C’est la lutte contre une logique universelle :

« Il semble qu’il y a deux types de lois : l’une pour les États-Unis et l’autre pour le reste des pays. C’est peut-être idéaliste de ma part, mais jamais je n’ai accepté les prérogatives universelles des États-Unis », devait déclarer Fidel aux émissaires de James

Carter en 1978 lorsqu’ils se rendirent à La Havane pour exiger des conditions pour une amélioration des relations.

Une voix qui n’est pas du côté des puissants mais « auprès des pauvres de la Terre », ne pouvait que se propager comme la poudre dans les plaines, les forêts et les montagnes de ce continent.

La Révolution cubaine et la pensée de Fidel ont été une source d’inspiration pour tous ceux qui souhaitent un monde différent, un monde qui dépasse les contradictions que le pouvoir s’obstine à présenter comme inévitables.

La flamme qui s’est allumée en 1959 a brûlé avec encore plus de force après la chute du camp socialiste, lorsqu’il semblait que toutes les bannières avaient été déposées. La défense du socialisme comme une issue aux problèmes de l’humanité, y compris dans les conditions les plus difficiles d’un pays, inscrit Fidel dans une courte liste de révolutionnaires ayant su interpréter « le sens du moment historique ».

Et cette conviction n’a jamais été attachée à des dogmatismes. Tout comme les armes et les ressources humaines ont été du côté de ceux qui luttaient contre les dictatures de notre continent, Fidel – le combattant de la Sierra – a su reconnaître à temps que l’époque de lutte armée était révolue pour laisser la place à celui des transformations politiques.

Il a eu le privilège de voir défiler plusieurs générations de révolutionnaires latino-américains, et ces derniers ont eu la chance de pouvoir compter sur lui : de Salvador Allende à Hugo Chavez, en passant par d’innombrables et précieux leaders de la région.

« Fidel est pour moi comme un père, un compagnon, un maître-stratège parfait » a signalé Chavez lors d’une interview pour notre quotidien en 2005. La première rencontre entre ces deux leaders eut lieu en 1994, à La Havane, au pied de l’escalier de l’avion où Fidel attendait le lieutenant-colonel fraîchement libéré.

La victoire d’Hugo Chavez aux élections de 1998 marqua le début d’un changement d’époque pour l’Amérique latine et la Caraïbe qui, comme l’ont reconnu ses propres protagonistes, depuis Evo Morales jusqu’à Rafael Correa, aurait été impossible sans l’exemple et le leadership de Fidel.

Bien qu’à l’heure actuelle une contre-offensive de la droite cherche à balayer les acquis de la dernière décennie, il y a des preuves concrètes des efforts d’intégration qui avaient été reportés pendant plus de 200 ans. C’est le cas de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes.

Bien avant, lors d’une réunion du Forum de Sao Paulo à La Havane, en 1993, le leader cubain signalait dans un message aux forces de gauche. « Que pouvons-nous faire d’autre, et que peut faire d’autre la gauche latino-américaine, si ce n’est créer une conscience en faveur de l’union ? Ceci devrait être inscrit sur les drapeaux de la gauche. Avec ou sans socialisme ».

En plus de son infatigable travail révolutionnaire, la pensée humaniste de Fidel a mis en garde contre les graves problèmes de l’humanité, depuis le changement climatique jusqu’à la possibilité d’une destruction mondiale par les armes nucléaires.

Personne ne pourra comprendre l’histoire du 20e siècle et de ce début de siècle sans avoir étudier l’œuvre et la pensée de ce Cubain qui a inscrit un petit pays de la Caraïbe dans les pages de la « véritable histoire universelle », celle racontée par les peuples.