(Traduction de la version sténographique du Conseil d’État)
Alejandro Gonzalez (Modérateur).— Bonjour à tous.
Je remercie la présence des collègues de la presse nationale et étrangère qui nous accompagnent aujourd’hui à cette conférence de presse du ministre des Relations extérieures, Bruno Rodriguez Parrilla, pour aborder des sujets d’intérêt et d’actualité.
62 journalistes de 36 médias, de 19 pays, sont présents parmi nous, ainsi qu’une vaste représentation de la presse nationale.
Cette conférence de presse est transmise en direct par la Télévision cubaine, la chaîne Cubavision International et via Internet à travers le site officiel du ministère des Relations extérieures contre le blocus.
Le ministre procèdera d’abord à une brève intervention, et sera ensuite à votre disposition pour répondre quelques questions.
Bruno Rodriguez.— Bonjour.
Notre pays est prêt, notre peuple attend l’arrivée du Pape François. Nous avons travaillé pour que cette visite soit mémorable, pour lui réserver une visite, digne de son pontificat, comme il le mérite pour ses positions qui suscitent de l’admiration en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi que parmi notre peuple, et en tant que premier Pape latino-américain.
Le gouvernement cubain est convaincu que cette visite sera un événement extraordinaire, à la préparation de laquelle il a travaillé de manière fluide, harmonieuse avec l’État du Vatican, avec sa Nonciature à La Havane et l’Église catholique de Cuba.
Le peuple cubain accueillera le Pape François avec respect, estime et hospitalité, et disposera en temps réel d’une très vaste information sur le déroulement de son programme. Un portail spécial a été créé à cet effet, ainsi que divers comptes sur les réseaux sociaux et l’hypermédia pour toucher en temps réel et de manière directe le plus large public possible.
Récemment, une amnistie a été accordée à des personnes condamnées à une peine d’emprisonnement dans le cadre légal cubain et en vertu de la tradition humaniste de notre système judiciaire.
La visite du Pape sera certainement marquée par la participation massive des croyants et des non croyants, et constituera un événement majeur pour l’ensemble de notre peuple, pour notre culture et pour la nation cubaine.
Cette visite intervient par ailleurs dans un contexte international, continental et régional particulier. Le gouvernement cubain a exprimé son estime et sa gratitude au Saint Père pour son soutien dans le processus de dialogue entre les gouvernements des États-Unis et de Cuba.
En deuxième lieu, le président de la République de Cuba, Raul Castro, assistera aux réunions des Nations Unies, convoquées pour les prochains jours. Il sera présent à la session de l’Assemblée générale, à laquelle s’adressera Sa Sainteté le Pape François le 25 septembre, et les jours suivants il participera au Sommet de l’ONU pour l'adoption l’Agenda de développement de l'après 2015 et à la commémoration du 70e anniversaire des Nations Unies. À ce Sommet, il prendra la parole le 26 durant la session de la matinée.
Par ailleurs, notre chef d’État assistera au débat général de l’Assemblée générale des Nations Unies, c’est-à-dire au segment de haut niveau, et prononcera son discours dans l’après-midi du 28 septembre.
Le président cubain a également prévu d’assister à une conférence pour l’autonomisation et l’égalité de la femme, conformément à la tradition de la Conférence mondiale de la femme, de la Conférence de Pékin, et des processus qui sont d’une priorité absolue pour notre société, à partir de la convocation lancée par le président de la République populaire de Chine, le camarade Xi Jinping, et le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.
Le président cubain remplira également un vaste programme à caractère bilatéral, aura de nombreux entretiens bilatéraux avec d’autres chefs d’État et de gouvernement présents à ces rendez-vous ; et son programme comportera également des rencontres avec différents secteurs de la société étasunienne, y compris des personnalités de ce pays, des représentants de la solidarité et de l’émigration cubaine.
L’agenda de développement de l'après 2015, qui a été le fruit d’un long et vaste processus intergouvernemental et qui, à n’en pas douter, sera adopté à la conférence au sommet, fixe des objectifs positifs et ambitieux. De l’avis de notre pays, il constitue une avancée à l’échelle mondiale par rapport au dénommés Objectifs du millénaire pour le développement adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2000, en présence du leader historique de la Révolution cubaine, le commandant en chef Fidel Castro Ruz.
Nous estimons que ce projet d’Agenda contient des objectifs indispensables, inévitables au vu de la situation économique et sociale du monde et des très graves risques pour l’existence de l’espèce humaine, que représentent, par exemple, le changement climatique, et qu’il contient des intentions larges, dans certains cas y compris spécifiques et concrets tout à fait louables.
Nous sommes inquiets du manque de correspondance entre les objectifs de l’Agenda de développement de l’après-2015 et les moyens de mise en œuvre qu’il se propose d’adopter, liés au transfert de ressources financières, de technologies appropriées, compte tenu que nous sommes victimes d’un ordre international inégal, injuste et excluant ; nous sommes victimes d’un ordre économique prédateur, spoliateur qui pille les ressources naturelles et les richesses des pays du Sud, et confrontés à un réel manque de volonté politique des gouvernements des pays industrialisés pour entreprendre les actions urgentes et indispensables qui permettraient d’avancer en matière de développement social, de résoudre le problème de la pauvreté, de la faim, des maladies sans soins médicaux, à l’échelle mondiale et créer des conditions élémentaires pour que cet Agenda, qui sera adopté dans les prochaines semaines, soit viable et ne se termine pas sur une simple déclaration de bonnes intentions.
De sorte que, à notre avis, il sera nécessaire de prendre conscience, de mobiliser l’opinion publique internationale et de travailler intensément pour construire un autre ordre international, pour édifier un autre ordre économique, pour démanteler l’actuelle architecture financière internationale et en construire une nouvelle, qui permette d’accomplir le miracle que l’Agenda qui sera adopté dans les prochains jours, soit réalisé.
Dans le même temps, nous commémorerons le 70e anniversaire des Nations Unies. Cuba estime que l’Organisation des Nations Unies doit être défendue contre les attaques, les manipulations, les tentatives de distorsion de ses objectifs, dont elle est l’objet, qu’il s’impose de rappeler que la Charte des Nations Unies et ses objectifs et ses principes sont d’une actualité absolue et constituent le cadre essentiel du Droit international, susceptible de garantir la coexistence pacifique, en vue du développement de tous et de l’exercice des droits de l’Homme pour toutes et tous sur notre planète.
Nous estimons également que les Nations Unies ont besoin d’une réforme approfondie afin de la démocratiser, pour que l’Assemblée générale puisse exercer les facultés qui lui sont conférées par la Charte, pour freiner l’ingérence, la voracité, en rapport avec l’agenda de l’Assemblée, du Conseil de sécurité, pour démocratiser cette dernière instance et remédier au manque de représentation des pays du Sud et changer ses méthodes, en rien démocratiques, y compris la nécessité de supprimer le privilège obsolète du droit de veto.
Cuba s’inspire, dans sa position au sujet de ces questions, sur la Déclaration de l’Amérique latine et de la Caraïbe comme Zone de paix, signée par les chefs d’État et de gouvernement de notre région en janvier 2014 au Sommet de la Celac à La Havane, qui définit non seulement des principes et des normes de relations entre les pays de notre région, mais traduit l’espoir que ces derniers soient observés par tous les États dans leurs relations avec ceux appartenant à notre région.
Nous avons de sérieuses préoccupations à propos des graves menaces pour la paix et la sécurité internationales. Il est évident que nous commémorons le 70e anniversaire du criminel bombardement des villes de Hiroshima et Nagasaki sans avoir accompli aucun progrès en matière de désarmement nucléaire et alors que les dépenses militaires ont atteint des niveaux record, inexplicables et insoutenables.
Nous assistons à des conditions internationales extraordinairement complexes. Ce qui se passe avec les vagues de migrants en Europe, des gens qui fuient les conflits, les guerres non conventionnelles, les conséquences d’actions qui n’ont rien à voir avec le Droit international et qui ont provoqué la destruction d’États, du tissu social de plusieurs pays ; fuyant la pauvreté et le sous-développement, est un appel à la conscience humaine. Et nous sommes profondément inquiets que l’Union européenne ne progresse pas dans la résolution des causes profondes qui provoquent ces flux migratoires et qu’elle puisse envisager un recours à des moyens militaires ou répressifs contre les migrants.
Nous avons tous été consternés par les images du corps d'un petit garçon échoué sur une plage, comme un symbole qui a ému toute l’humanité. Nous espérons une volonté politique de la part des gouvernements des pays industrialisés, qui sont les responsables historiques des conditions de sous-développement et de pauvreté qui accablent les pays du Sud, et en particulier de la part des pays responsables des conflits récents qui ont conduit à la situation actuelle.
En troisième lieu, nous souhaitons annoncer que la Résolution qui condamne le blocus économique, commercial et financier des États-Unis contre Cuba a été distribué aux États membres des Nations Unies, et sera débattue à la session de l’Assemblée générale, le 27 octobre, et soumise au vote.
Le texte de la Résolution – je vais m’y arrêter un instant car ce document contient certains éléments nouveaux – a été construit à partir d’une mise à jour du texte traditionnel qui a été adopté pendant plus de 20 ans par 188 États, à une écrasante majorité, avec seulement deux votes contre.
La Résolution signale que :
« L’Assemblée générale,
Décidée à promouvoir le strict respect des objectifs et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies », autrement dit, elle s’inscrit dans une optique de Droit international.
« Réaffirmant, entre autres principes, l’égalité souveraine des États, la non intervention et la non-ingérence dans leurs affaires internes et la liberté de commerce et de navigation internationaux, consacrés, de plus, dans de nombreux instruments juridiques internationaux,
« Rappelant les déclarations formulées par les chefs d’État et de gouvernement d’Amérique latine et de la Caraïbe aux sommets de la Communauté des États latino-américains et caribéens (Celac), relatives à la nécessité de mettre fin au blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis,
« Préoccupée devant la promulgation et l'application de la part de certains États membres de lois et de dispositions, comme celle promulguée le 12 mars 1996 et connue sous le nom de « Loi Helms-Burton », dont les effets extraterritoriaux portent atteinte à la souveraineté d'autres États et aux intérêts légitimes d'entités ou de personnes placées sous leur juridiction, ainsi qu'à la liberté du commerce et de la navigation… »
Chacun sait que le Congrès des États-Unis débat en ce moment non seulement d’une dizaine d’initiatives législatives visant à modifier certaines modalités d’application du blocus, voire même de le lever, mais aussi de dizaines d’initiatives législatives et qui a adopté certains amendements visant à empêcher le président des États-Unis d’Amérique de modifier leur application.
« L’Assemblée générale,
« En prenant compte des déclarations et des résolutions de divers forums intergouvernementaux, organes et gouvernements exprimant la condamnation de la promulgation et l’application de telles mesures par la communauté internationale et l’opinion publique,
« Rappelant ses résolutions – et sa liste de résolutions –, la première datant du 24 novembre 1992.
Cette Résolution compte deux nouveaux paragraphes qui précisent :
« L’Assemblée générale,
« Saluant le rétablissement des relations diplomatiques entre les gouvernements de la République de Cuba et des États-Unis d’Amérique,
« Reconnaissant la volonté exprimée par le Président des États-Unis d’Amérique d’œuvrer à l’élimination du blocus économique, commercial et financier contre Cuba,
« Préoccupée de constater qu’à la suite de l’approbation de ses résolutions » – s’ensuit une liste de plusieurs d’entre elles –, « le blocus économique, commercial et financier contre Cuba soit toujours en vigueur, et préoccupée également par les effets négatifs de ces mesures sur la population cubaine et les citoyens cubains résidant à l’étranger, en particulier sur l’émigration cubaine aux États-Unis.
« L’Assemblée générale :
« 1. Prend note du rapport du Secrétaire général sur l’application de la Résolution 69/5 », c’est-à-dire celui de l’année dernière.
« 2. Réitère son appel à tous les États à s’abstenir de promulguer ou appliquer des lois et des mesures comme celles énoncées au préambule de la présente Résolution, dans le respect de leurs obligations conformément avec la Charte des Nations Unies et le Droit international qui, entre autres, réaffirment la liberté de commerce et de navigation… »
Autrement dit, la Résolution réaffirme que le blocus est une violation de la Charte des Nations Unies et du Droit international.
« 3. Exhorte une fois de plus les États dans lesquels il existe des lois et des mesures de cette nature qui continuent d’être appliquées à prendre les mesures qui s’imposent pour les abroger ou les rendre sans effet dans les plus brefs délais possibles ;
« 4. Demande au Secrétaire général, en consultation avec les organes et organismes pertinents du système des Nations Unies, de préparer un rapport sur l’application de la présente Résolution », c’est-à-dire celle qui sera adoptée, « à la lumière des objectifs et des principes de la Charte et du Droit international, et de le présenter à la 71e période de sessions », c’est-à-dire en 2016.
« 5. Décide d’inclure au programme provisoire de sa 71e période de session le thème intitulé «Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d'Amérique ».
La République de Cuba apprécie et reconnaît les déclarations du président des États-Unis, Barack Obama, selon lesquelles le blocus doit être levé, et le fait qu’il ait reconnu que le blocus n’a abouti qu’à l’isolement des États-Unis et n’a pas atteint les objectifs pour lesquels il a été mis en place.
Le président des États-Unis a également reconnu que le blocus provoque des dommages humanitaires à notre peuple.
Nous saluons aussi sa décision de s’engager dans un débat avec le Congrès des États-Unis, en vue de la levée du blocus, ainsi que sa déclaration d’utiliser ses facultés exécutives pour modifier son application.
La réalité, c’est que le blocus persiste et que les mesures adoptées jusqu’à ce jour par le gouvernement des États-Unis ne modifient l’application que d’un petit nombre d’aspects du blocus. Chacun sait que le président des États-Unis détient des prérogatives exécutives qui lui permettraient de modifier substantiellement son application.
Nous espérons que ce point fasse l’objet d’une discussion au Débat général de l’Assemblée générale, c’est-à-dire au segment de haut niveau de l’Assemblée générale, où l’année dernière plusieurs dizaines de chefs d’État et de nombreux chefs de délégations ont abordé cette question.
La réalité, c’est que jusqu’à présent le blocus ne permet à Cuba d’exporter ou d’importer librement des produits et des services vers ou depuis les États-Unis, il ne permet pas d’utiliser le dollar dans ses transactions financières internationales avec des pays tiers, il ne permet pas d’accéder à des crédits privés aux États-Unis ni auprès des institutions financières internationales. À ce jour, l’interdiction d’accès aux ports étasuniens pendant 180 jours des navires de pays tiers ayant accosté dans des ports cubains est toujours en vigueur.
Au cours de ces dernières années, y compris pendant la période de dialogue et de conversations confidentielles avec le gouvernement des États-Unis, c’est-à-dire, en 2014 et 2015, le blocus a continué de se renforcer, avec un caractère extraterritorial marqué, en particulier dans le domaine financier, à travers la traque de nos transactions financières internationales et les amendes extraordinaires et insolites imposées à des banques, principalement européennes, et des entreprises, pour avoir entretenu des relations économiques avec Cuba.
Jusqu’à avril 2015, d’après des calculs conservateurs et fondés sur une méthodologie extrêmement rigoureuse, et même en totale connaissance de certaines institutions fiscales des États-Unis, qui l’ont reconnue comme rigoureuse et exacte, je peux affirmer que les dommages accumulés durant ces plus de cinq décennies de blocus,– selon la valeur de l’or sur le marché international et, par conséquent, ce chiffre varie en fonction des fluctuations de l’or, qui ces dernières années a perdu de sa valeur – se montent 833,755 milliards de dollars. Autrement dit, ce chiffre oscille entre un million de millions, un billion de dollars.
Aux prix courants, le blocus, au cours de ces décennies, a provoqué des dommages estimés à 121,192 milliards de dollars, ce qui représente un chiffre exorbitant pour une petite économie comme la nôtre.
Mais en plus d’occasionner de graves problèmes économiques le blocus et qu’il constitue le principal obstacle à notre développement, le blocus entraîne des carences et des privations chez toutes les familles cubaine ; il affecte les Cubains qui résident à l’étranger, en plus du fait que 77% de la population cubaine est née et a vécu sous les cruels effets du blocus, et ceci ne peut être comptabilisé. L’impact, les dommages humanitaires que provoque le blocus nord-américain contre Cuba chaque jour, chaque heure, sont extrêmes et ne peuvent pas non plus être traduits en chiffres. Le blocus est une violation massive, flagrante et systématique des droits humains de tous les Cubains.
Je ne citerai que quelques exemples de ce qui s’est passé dans la dernière période, à la suite du début des discussions avec le gouvernement des États-Unis sur ces sujets, et aux annonces du 17 décembre qui ont conduit au rétablissement des relations diplomatiques et à la récente réouverture des ambassades, avec la visite fructueuse de M. le Secrétaire d’État John Kerry à notre pays. Autrement dit, je citerai des exemples récents.
Les hôpitaux cubains spécialisés dans le traitement des patients oncologiques, c’est-à-dire atteints de cancer, sont équipés de matériel de brachythérapie qui, pour fonctionner normalement, ont besoin d’Iridium-192. Ce sont des appareils indispensables pour le traitement des malades du cancer. Ces appareils ont été fournis par la société Elekta, une entreprise basée et enregistrée au Brésil, et qui n’est pas nord-américaine. De son côté, cette entreprise recevait du groupe pharmaceutique nord-américain Mallinckrodt les sources, c’est-à-dire des éléments d’Iridium-192, indispensables pour leur fonctionnement. Récemment, cette entreprise a annoncé à ses clients cubains que le groupe nord-américain, du fait des lois du blocus, avait décidé d’interrompre les fournitures de sources d’Iridium-192, car le Département du Trésor des États-Unis ne lui avait pas accordé la licence correspondante.
Autrement dit, c’est un effet du blocus, et ce refus de délivrance d’une licence est un exemple qui montre qu’il n’a été fait aucune exception au blocus dans ce domaine. Ce refus a empêché l’Institut national d’oncologie et de radiochirurgie et les hôpitaux oncologiques de Santiago de Cuba et Camagüey d’appliquer des radiations à des milliers de patients souffrant de cancer dans les temps et avec la fréquence requise. Ces patients ont certes reçu un traitement, mais pas de la manière requise, ce qui un acte d’un impact humanitaire terrible.
Il faut être très réaliste, et il me semble qu’il faut juger par les faits, par les actes, et non d’après les déclarations, ni les expressions de bonne volonté.
En 2014 et depuis le début de 2015, le groupe allemand Bayer, après avoir transféré son bureau régional chargé des relations avec Cuba aux États-Unis – il se trouvait auparavant au Mexique – n’a plus livré de Lopramide-300 et 370, des agents de contraste pour le diagnostic et le traitement de pathologies graves. Depuis son nouveau siège, il a fait une demande de licences auprès du Département du Trésor, qui les lui a refusées.
Le 13 novembre 2014, le Bureau du contrôle des avoirs étrangers – le tristement célèbre OFAC – a infligé une amende de 2 057 000 dollars à l’entreprise étasunienne ESCO Corporation, qui a son siège à Portland, dans l’Oregon, parce qu’une de ses filiales qui devrait obéir aux lois du pays où elle est enregistrée et non pas aux lois nord-américaines, dont l’application extraterritoriale constitue une violation du Droit international et des normes internationales relatives au commerce, ne peut plus acheter de briquettes de nickel contenant des dérivés de nickel cubain.
Le 12 mars 2015, la banque allemande – une grande banque européenne – Commerzbank a écopé d’une amende de 1,71 milliards de dollars, entre autres raisons, pour ses relations économiques avec Cuba.
Auparavant, mais il n’y a pas si longtemps, en juin 2014, la banque française PNB-Paribas s’est vue infliger une amende astronomique par une cour new-yorkaise qui l’a condamnée à payer 8,9 milliards de dollars, un fait sans précédent dans l’histoire des transactions financières et les relations bancaires sur la planète.
Le 11 février 2015, la filiale de la banque Santander, au Mexique, a refusé d’effectuer une petite transaction de 68 000 euros, pas en dollars, émise par la Banque centrale de Cuba, non pas pour acheter quelque chose ou faire du commerce, mais pour permettre à Cuba de payer sa cotisation en tant que membre du Centre d’études monétaires latino-américaines.
Le 25 mars 2015, l’OFAC a imposé une amende de 7,658 milliards de dollars à la compagne nord-américaine Pay Pal pour avoir réalisé des transactions qui impliquaient des biens soi-disant d’origine cubaine ou d’intérêt national cubain. Je parle de biens de citoyens cubains, des biens de personnes, y compris de certaines résidant hors de Cuba.
Le 1er juin 2015, la compagnie étasunienne Sigma-Aldrich, leader mondial de la production chimique et biochimique, a refusé de livrer à l’entreprise cubaine Quimimpex des produits indispensables au développement de l’industrie. Elle a argué qu’elle ne pouvait pas fournir de produits, de services ni même de l’information technique, Cuba étant un pays soumis au blocus.
Le 2 juin 2015, l‘entreprise étasunienne Columbiana Boiler Company, spécialisée dans la fabrication de conteneurs pressurisés, c’est-à-dire des conteneurs à l’épreuve de fuites, des conteneurs sûrs, a refusé de livrer à l’entreprise cubaine Quimimpex les réservoirs cylindriques nécessaires pour le conditionnement du chlore utilisé pour la potabilisation de l’eau du système d’approvisionnement d’eau, de l’eau qui se consomme à Cuba, de l’eau que boivent nos enfants, que consomme la population cubaine, parce que le Département du commerce ne lui avait pas donné l’autorisation de le faire.
Vous recevrez dans quelques minutes le rapport sur le blocus – je l’ai ici en plusieurs langues –, mais cette année, c’est un rapport bref et centré, non pas sur le passé, mais sur ce qui s’est passé cette année, pendant la période la plus récente. Et je vous invite surtout à lire les pages 24 et 25, qui contiennent de nombreux autres exemples des dommages humanitaires causés par l’application du blocus.
Donc, il s’avère indispensable que la communauté internationale lance un nouvel appel, attaché au Droit international, respectueux, mais énergique, en faveur d’une levée inconditionnelle, immédiate et complète du blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par le gouvernement des États-Unis.
Le président Obama a déclaré que le blocus n’atteint pas et n’a jamais atteint aucun de ses objectifs.
À d’autres occasion, j’ai dit que la meilleure description des objectifs du blocus se trouve dans le mémorandum du 6 avril 1960, qui n’a été déclassifié que plusieurs décennies plus tard, envoyée par le sous-secrétaire d’État Lester Mallory, qui présente comme position officielle des États-Unis les objectifs suivants :
Il signalait : « La majorité des Cubains soutiennent Castro […] Il n’existe pas d’opposition politique effective […] Le seul moyen possible de réduire le soutien interne (au gouvernement) est de provoquer le désenchantement et le découragement à travers l’insatisfaction économiques et les pénuries […] Tout moyen pour affaiblir la vie économique de Cuba doit être utilisé rapidement […] : refuser de faire crédit et d’approvisionner Cuba pour diminuer les salaires réels et nominaux dans le but de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement. »
Je suis surpris de voir certains porte-parole du Département d’État déclarer que ce qui s’est produit à présent, à la suite du dialogue respectueux entre les deux gouvernements, est un changement de méthode, mais que persistent les mêmes objectifs de la politique obsolète des États-Unis vis-à-vis de Cuba. Une politique ancrée dans la guerre froide, cruelle, inhumaine, contraire aux droits de l’Homme, que le président Obama s’est engagé à changer.
On pourrait demander à ces porte-parole quels sont les objectifs actuels du gouvernement des États-Unis par rapport à Cuba. Il serait important qu’ils déclarent qu’ils ne cherchent pas un changement de gouvernement, qu’ils ne cherchent pas à changer le système politique, économique et social que dans l’exercice de son autodétermination notre peuple souverain s’est librement donné.
Nous reconnaissons et apprécions les progrès qui ont été faits dans les relations entre les États-Unis et Cuba, le processus qui a montré que le dialogue respectueux sur des bases d’égalité souveraine est fructueux, qui mène à des résultats, est la seule voie ; qui a montré que les États-Unis et Cuba, leurs gouvernements peuvent apprendre et qu’il est indispensable qu’ils apprennent à vivre, à coexister malgré leurs divergences ; qu’il est indispensable que la relation entre les deux gouvernements serve les intérêts des deux nations, des citoyennes et des citoyens nord-américains et cubains.
C’est pourquoi nous insistons sur le fait que, une fois achevée l’étape d’établissement et d’ouverture des ambassades dans les deux pays, nous sommes à même d’entrer dans le processus vers la normalisation des relations bilatérales. Mais, comme il a été dit, une normalisation sera impossible tant que le blocus économique, commercial et financier exercé contre notre pays persistera.
Le rythme du processus de normalisation sera déterminé précisément par l’état de la levée du blocus, des mesures qui seront adoptées par rapport à la modification et la levée du blocus contre Cuba, les décisions que prendra le Congrès des États-Unis, que le président Barack Obama a exhorté à ne pas s’opposer dans l’intérêt du peuple étasunien.
Et ce qui nous dira si ce processus a un sens, et j’espère qu’il l’aura, sera précisément la levée complète, inconditionnelle du blocus.
Le blocus est une politique strictement unilatérale, et, par conséquent, c’est une politique qui doit être réglée unilatéralement. On ne peut pas s’attendre à ce que ce soit le résultat d’un processus de négociation entre les gouvernements ; il ne s’agit pas d’une avenue à deux sens mais d’une avenue à sens unique. C’est comme cela qu’il a commencé, qu’il a duré pendant 50 ans, et qu’il doit terminer. Et il doit cesser car c’est de l’intérêt de la nation étasunienne, de l’Union étasunienne, c’est de l’intérêt du peuple des États-Unis, c’est ce qui convient au peuple des États-Unis, ce que demandent les citoyens dans l’exercice de leurs libertés, comme la liberté de voyager, dans l’exercice des droits qui s’exercent dans une société démocratique. Comme l’indiquent tous les sondages, il existe un soutien majoritaire au sein de la société étasunienne, un soutien majoritaire marqué au sein de l’émigration cubaine, un soutien majoritaire marqué en Floride, en faveur de la levée du blocus.
Cependant, il ne faudrait pas sous-estimer l’importance du dialogue engagé, des progrès accomplis, des résultats diplomatiques atteints, ainsi que le fait que, comme il a été informé, à partir de la récente réunion de la Commission bilatérale Cuba-États-Unis, que nous pouvons qualifier de constructive, respectueuse et qui s’est déroulée dans un climat professionnel, il a été possible non seulement de clarifier les positions de Cuba par rapport au processus vers la normalisation des relations, qui inclut bien entendu la restitution du territoire occupé illégalement par la Base navale de Guantanamo, la cessation des transmissions radiophoniques et télévisuelles hostiles contre Cuba, qui constituent une violation du Droit international, selon les normes de l’Union internationale des télécommunications et la suppression des programmes destinés à troubler l’ordre constitutionnel à Cuba.
Il est important qu’il ait été décidé, à cette réunion, d’avancer dans la coopération médicale entre les États-Unis et Cuba par rapport à d’autres pays, en particulier avec la République sœur d’Haïti, qui le mérite et en a tant besoin.
Nous sommes convenus avec le gouvernement des États-Unis d’avancer dans des actions de coopération en Haïti. Vous avez eu connaissance qu’il y a eu récemment certains échanges entre spécialistes médicaux cubains et nord-américains dans ce pays. Nous présenterons au gouvernement des États-Unis une proposition de coopération substantielle ayant un impact et une portée réelle sur le système de santé et sur les indicateurs de santé du peuple haïtien.
Nous sommes entièrement disposés à coopérer avec les États-Unis, comme nous l’avons fait lors de l’épidémie du virus Ébola en Afrique de l’Ouest. Ils peuvent compter sur notre totale disposition.
Cependant, il y a des obstacles à surmonter. Par exemple, le blocus est omniprésent, ce n’est pas une manie. Il existe et il est bien réel. Lorsque nous avons envoyé nos brigades médicales combattre l’Ébola en Afrique de l’Ouest, notamment au Liberia, même après avoir eu des contacts avec le gouvernement des États-Unis à ce sujet, les transferts d’argent de l’Organisation mondiale de la santé destinés au travail de nos brigades médicales ont été gelées dans des institutions bancaires de pays tiers en raison du blocus, si bien que le Département du Trésor a dû délivrer une licence spéciale pour permettre aux médecins cubains – qui risquaient leur vie car ils étaient pratiquement les seuls a soigner les patients contaminés au-delà de la « Ligne rouge » –, de recevoir le matériel indispensable pour faire leur travail.
De la même manière, le gouvernement des États-Unis devrait lever d’autres obstacles à la coopération, liés au vol de cerveaux ou à des actes qui entravent ou nuisent à la coopération cubaine dans des pays tiers, comme le Cuban Medical Professional Parole, qui vise les médecins cubains dans les pays tiers et a une claire intention politique, adopté par le gouvernement de W. Bush.
Nous avons aussi avancé dans les discussions sur des sujets liés à d’autres domaines des relations bilatérales, comme les compensations pour les dégâts humains et économiques causés au peuple cubain pendant cinq décennies par les politiques adoptées avant l’administration du président Obama.
Par ailleurs, nous avons réitéré la volonté cubaine de négocier, dans un contexte commun, des compensations exigées par la partie nord-américaine suite aux nationalisations cubaines des années 60, prévues dans nos lois et dans les décisions politiques, qui n’ont pas été versées en raison du blocus.
Nous avons également avancé dans les discussions sur des aspects liés aux marques et aux brevets, et en particulier, sur la mise en œuvre de mécanismes de coopération dans des domaines mutuellement avantageux, comme la protection de l’environnement, la prévention des catastrophes naturelles, la santé, l’aviation civile, l’application et l’exécution de la Loi, y compris la lutte contre le trafic de drogue, le trafic de personnes et les délits transnationaux.
Et, bien entendu, nous avons eu des conversations sur des questions sur lesquelles nous avons de grandes divergences, sur des sujets politiques, mais, dans le même temps, ce sont des aspects sur lesquels il est également possible d’engager un dialogue respectueux, sérieux, orienté vers des résultats. Il a également des sujets comme le trafic de personnes, les droits de l’Homme, le changement climatique, la lutte contre les épidémies et autres menaces à la santé mondiale.
La dernière question que j’aimerais aborder a trait à la campagne qui est orchestrée contre un pays frère, la République bolivarienne du Venezuela, dans le cadre d’une croisade, dans le cadre d’une campagne contre des gouvernements progressistes, de gauche, en Amérique latine, qui ont avancé dans la satisfaction des revendications de leurs peuples, qui ont exercé leur souveraineté et qui sont aujourd’hui la cible d’attaques directes de la part des fonds spéculatifs, d’institutions de diverses natures, de secteurs de droite déstabilisateurs encouragés depuis l’extérieur, notamment par des grands groupes médiatiques, des grandes transnationales et d’autres secteurs souhaitant exploiter et spolier leurs ressources naturelles.
Dans ce contexte, j’aimerais réitérer notre soutien absolu au gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela dans son adhésion aux principes d’indépendance, d’autodétermination des peuples, de souveraineté et d’égalité juridique des États, ce que la Déclaration de l’Amérique latine et la Caraïbe comme zone de paix réclame pour le Venezuela, pour Cuba et pour tous.
Il est impossible d’accepter des interférences ou des ingérences dans les affaires intérieures du Venezuela, et encore moins dans les décisions adoptées par ce pays sur la base de toutes les garanties de procédure offertes par son système judiciaire, des décisions qu’il adopte de manière souveraine dans le cadre de ses droits et de compétences souveraines.
Il est impossible d’attendre, à des moments où nous discutons, malgré les doubles standards, sur la situation des droits de l’Homme en d’autres endroits – et il y a aussi ce que l’on ne dit pas –, ou sur la lutte contre le terrorisme, ou contre la violence, que l’on confère l’impunité à des actes de nature illégale, violente, putschiste contre le gouvernement vénézuélien, un gouvernement constitutionnellement élu dans une démocratie qui détient un record d’élections, dans un pays qui compte une véritable union civico-militaire dirigée par le président Nicolas Maduro Moros.
On ne peut pas permettre non plus, sur la base du double standard, que les droits des victimes et des tentatives putschistes soient ignorés.
Ce sont les sujets que je voulais traiter. Excusez-moi si j’ai été un peu long.
Modérateur.- Passons à présent aux questions.
Andrea Rodriguez. (AP).- Bonjour, Monsieur.
Comme vous l’avez signalé, après son séjour à Cuba, le Pape se rendra aux États-Unis, où il pourra s’adresser au Congrès, devant les législateurs nord-américains.
Le gouvernement cubain s’attend-il à ce qu’il parle ouvertement des sanctions, de l’embargo devant les congressistes et qu’il puisse dissuader les législateurs, certains républicains, d’autres démocrates farouchement opposés à la levée de ces sanctions ? Pensez-vous que le Pape puisse avoir cette capacité de dissuasion ?
À cet égard aussi, vous venez de présenter, vous venez de le faire, le rapport sur la condamnation – vous avez-vous même utilisé le mot « condamnation » – de l’embargo… Ce rapport n’est pas nouveau, et par ailleurs il a un caractère peu contraignant, autrement dit, les pays qui sont là-bas n’ont pas à l’adopter. Alors, pourquoi, à un moment où il existe un rapprochement entre Cuba et les États-Unis utiliser le mot « condamnation » contre un nouvel ami, au-delà de la campagne en faveur de la levée des sanctions ?
Bruno Rodriguez.- Oui. Merci beaucoup.
Bon, vous avez mentionné certains mots comme si je les avais moi-même prononcés, des mots que je n’ai pas prononcés exactement, car je ne me suis référé à rien d’autre en dehors de la visite du Pape à Cuba.
Mais, en effet, le porte-parole du Vatican a estimé qu’il s’agit d’un voyage très spécial, précisément parce qu’il commence à Cuba et qu’il s’achève aux États-Unis.
Nous avons écouté avec admiration et respect les paroles de Sa Sainteté par rapport à de nombreuses questions internationales, par rapport à l’ordre international, par rapport à la justice, par rapport à la manière dont doivent coexister et se traiter des nations les unes avec les autres, par rapport au rôle des États et des gouvernements.
La question est un tant soit peu hypothétique, mais je peux dire que nous écouterons le Pape avec beaucoup d’attention lors de sa visite dans notre pays, nous écouterons sans aucun doute tout ce qu’il a à dire aux Etats-Unis, comme nous le faisons systématiquement, et nous le ferons avec un profond respect, conscients que le Saint Père est investi d’une autorité extraordinaire, non seulement religieuse, mais éthique à l’échelle mondiale.
La Résolution de Cuba contre le blocus, adoptée par l’Assemblée générale par 188 voix, reflète la réalité de l’existence du blocus. Dans la mesure où la réalité du blocus sera modifiée, on pourra penser que la communauté internationale, l’Assemblée générale se prononcera autrement.
Je réitère notre disposition au dialogue productif, sérieux, respectueux avec le gouvernement des États-Unis pour traiter de tous les sujets en suspens entre nos pays.
J’ai exprimé notre estime et notre reconnaissance pour la position assumée par le président Barack Obama par rapport au blocus, mais j’estime naturel que la communauté internationale se prononce, comme elle l’a fait par le passé, par rapport à l’état de l’application du blocus contre Cuba.
Cette Résolution reconnaît ces aspects positifs liés aux avancées qui ont été réalisées dans les relations, notamment diplomatiques, entre les États-Unis et Cuba, et les déclarations – qui suscitent espoir et reconnaissance à l’échelle mondiale – du président Barack Obama, qui s’est engagé à œuvrer à la levée du blocus et à lancer un débat au Congrès en ce sens.
C’est une Résolution qui mentionne les États-Unis uniquement dans une phrase qui dit : « Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis ». De sorte que, comme par le passé, c’est une résolution respectueuse, très précise. Et lorsque dans texte elle mentionne le gouvernement des États-Unis, c’est pour reconnaître les résultats du dialogue et la disposition du président Barack Obama, que Cuba apprécie.
Laura Becquer (Granma).- Nous aimerions connaître l’impact des mesures exécutives prises par le président Obama par rapport au blocus, si l’on peut parler d’une réduction de la portée de cette politique dans des sphères autres que la sphère financière. Merci beaucoup.
Bruno Rodriguez.- Nous apprécions le fait que le président Barack Obama ait pris des décisions exécutives qui modifient certains aspects des relations bilatérales, mais, au vu des faits, on ne peut pas dire que l’application du blocus ait été modifiée. Les mesures qu’il a prises sont sur la bonne voie, ce sont des mesures positives, mais elles sont extrêmement limitées, non seulement du point de vue bilatéral mais du point de vue de l’opinion de la société étasunienne.
Certaines mesures de nature exécutive ont été adoptées dans le secteur des télécommunications. Malheureusement, certains porte-parole nord-américains affirment qu’elles répondent à des fins politiques. Mais il faut dire qu’elles seront assumées par notre pays également dans le cadre de la politique d’informatisation de la société cubaine adoptée par le Parlement cubain, qui est bien connue, et dans le cadre du programme Connecte-toi 2020 de l’Union internationale des télécommunications. Mais il faut dire que ce sera, bien entendu, sur la base de nos priorités nationales. Toujours est-il que l’on peut affirmer que ce qui a été fait dans cette sphère nous donne une idée de tout ce qui peut être fait dans d’autres secteurs.
Soledad Alvarez (EFE).- Bonjour, ministre.
Une paire de questions. Vous avez mentionné dans votre intervention le soutien, la contribution du Pape au processus de dialogue entre Cuba et les États-Unis.
J’aimerais connaître votre avis sur le rôle que pourrait continuer à jouer le Souverain Pontife dans la transition vers la pleine normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis.
Par ailleurs, vous avez aussi souligné que le blocus est une politique unilatérale qui devait être réglée sur une décision unilatérale des États-Unis. Doit-on comprendre par là que Cuba va changer sa stratégie vis-à-vis du blocus ? Va-t-elle simplement attendre cette décision unilatérale de la part des États-Unis ?
Merci beaucoup.
Bruno Rodriguez.- Cuba a exprimé sa reconnaissance et son soutien – le président Raul Castro Ruz l’a fait dès le début, et l’a réitéré par la suite – au Pape François pour sa contribution au processus de dialogue entre les gouvernements des États-Unis et de Cuba. Le Pape François est investi d’une immense autorité morale sur toute la planète, à Cuba et aux États-Unis. D’ailleurs, le Pape a également abordé ces questions. Je peux dire que nous sommes profondément reconnaissants pour le rôle qu’il a joué dans ce processus, et je suis persuadé que ses encouragements vers le progrès des relations entre les États-Unis et Cuba seront d’une importance capitale pour les peuples de part et d’autre du Détroit de la Floride.
Concernant la stratégie du blocus, notre peuple travaille intensément et activement au développement de notre économie. De fait, des résultats encourageants ont été obtenus au milieu des nombreuses difficultés que nous rencontrons et malgré le fait que les résultats économiques ne se reflètent encore pas dans le niveau de consommation de la population, c’est-à-dire directement dans le niveau de vie ou de consommation des familles cubaines. Mais le fait que notre peuple ait construit une économie comme la sienne, assortie de politiques sociales figurant parmi les plus avancées du monde, le fait qu’il ait opéré un changement historique en passant du statut d’exportateur de sucre à celui de premier exportateur mondial de services médicaux, associé à une importante exportation de produits de haute technologie dans les domaines de la biotechnologie et de l’ingénierie génétique, le fait qu’il se soit doté d’une économie de services, la deuxième source de revenus étant le tourisme, indiquent que notre État, notre peuple et notre gouvernement travaillent activement et ont surmonté le blocus.
Le blocus cause d’importants dommages sur le plan économique et est à l’origine de nombreuses pénuries et restrictions, mais, comme l’a signalé le président des États-Unis lui-même, le blocus n’a pas fonctionné, n’a atteint aucun objectif, n’est pas parvenu à asphyxier Cuba dans les premières années de la Révolution, n’est pas parvenu à asphyxier Cuba après la chute de l’Union soviétique et des pays socialistes. L’économie cubaine est toujours là.
En deuxième lieu, la communauté internationale a montré un soutien grandissant à Cuba sur ce sujet, et Cuba entretient aujourd’hui des relations économiques vastes et diverses, bien qu’entravées par l’application extraterritoriale des lois nord-américaines.
Non seulement le blocus de Cuba cause beaucoup de tort en raison du manque de relations avec les États-Unis, qui restent la principale économie mondiale et du continent, mais aussi parce qu’il empêche, entrave les relations économiques de Cuba avec des pays tiers, notamment dans le domaine financier. De sorte que personne ne reste les bras croisés. Tous les jours nous travaillons dur pour surmonter le blocus, et tous les jours nous recevons le soutien de nombreux gouvernements, parlements, personnalités, représentants de secteurs, d’organisations, d’entreprises et de citoyens des États-Unis opposés au blocus.
Voilà ce que nous a valu, jusqu’ici, non seulement notre capacité de résistance au blocus mais le fait d’avoir avancé et de continuer de l’avant. Il est clair que le blocus contre Cuba ne va pas provoquer l’effondrement de l’économie cubaine, loin s’en faut, écarter Cuba de sa voie souveraine.
Je disais spécifiquement que si le blocus est une politique unilatérale, sa levée repose sur une décision unilatérale. Cuba n’a aucune mesure de blocus contre les États-Unis, Cuba ne discrimine pas les entreprises nord-américaines. Au contraire, elle les invite à faire du commerce et des investissements. Cuba ne discrimine ni ne sanctionne les touristes nord-américains. Au contraire, elle les invite à visiter notre pays, où ils sont accueillis avec la même hospitalité que les touristes du reste du monde. De sorte que la cessation de ces mesures relève de la décision des États-Unis et ne saurait être l’objet d’une négociation.
Comme il a été dit, Cuba ne fera pas de changements interne ni ne mettra sur la table des négociations des questions relevant de la souveraineté exclusive du peuple cubain, pour lesquelles elle a lutté depuis 1868, pour lesquelles elle a bravé les plus grands dangers. C’est une souveraineté qui a été défendue, une souveraineté conquise et une souveraineté qui est effective pour que la nation puisse avancer dans la réalisation de ses objectifs de développement.
Carlos Batista (France Presse).- Bonjour, Monsieur le ministre.
J’ai deux questions : Concernant la visite du président Raul Castro aux Nations Unies, si j’ai bien compris, le président Obama s’adressera lui aussi, le 28, à l’Assemblée générale. Pouvons-nous nous attendre à une deuxième rencontre entre les deux présidents dans le cadre des Nations Unies ?
Pour ce qui est de la Résolution cubaine contre le blocus, certains analystes pensent qu’étant donné la position du président à laquelle vous avez fait référence, les États-Unis pourraient changer leur vote par rapport à la Résolution, soit voter pour ou simplement s’abstenir. Comment Cuba accueillerait-elle un changement par rapport à la Résolution ?
Merci beaucoup.
Bruno Rodriguez.- Le président Barack Obama et le président Raul Castro seront tous deux présents à plusieurs réunions, selon les programmes rendus publics, les programmes du Sommet de l’agenda de développement pour l’après-2015 et du Débat général. Comme le veut la tradition, le président Obama prononcera son discours, après celui de la présidente du Brésil, à la session initiale du débat de haut niveau à l’Assemblée générale. De sorte que je suppose qu’il y aura des échanges entre les présidents, mais je peux dire qu’aucune réunion n’a été fixée entre eux.
En ce qui concerne un éventuel vote des États-Unis sur cette Résolution, c’est une décision qui revient, bien entendu, au Département d’État, au gouvernement des États-Unis. Vous devriez peut-être poser cette question aux représentants des États-Unis. Je vais attendre le 27 octobre, bien entendu, pour voir ce qui va se passer.
Une autre question ?
Modérateur.- Bon, une dernière question.
Cristina Escobar (Service d’information de la Télévision cubaine).- Bonjour, ministre.
Indépendamment du fait qu’on ait affirmé que les mesures ont été prises après le 17 décembre par le président Obama, par le gouvernement des États-Unis, et ensuite approuvées par le Département du Trésor, toutes les mesures énoncées par le président Obama sont-elles effectivement appliquées, sont-elles entravées par les lois du blocus ?
D’un autre côté, le gouvernement cubain et son ministère des Relations extérieures a affirmé à plusieurs reprises que le président Obama est investi de davantage de facultés exécutives pour faire plus par rapport aux modifications et aux possibilités d’accorder des licences aux entreprises et, par exemple, sur des questions qui pourraient résoudre beaucoup des choses qui sont dénoncées dans ce rapport contre le blocus. Quelles sont ces prérogatives dont dispose le président Obama et qu’il n’a pas utilisées pour avancer dans ce processus de modification du blocus et, en conséquence, vers une normalisation ?
Bruno Rodriguez.- Oui, merci.
Les décisions exécutives prises par le président Obama, qui par la suite ont fait l’objet de dispositions successives des différents départements, c’est-à-dire des différents ministères du gouvernement des États-Unis, ont commencé à être appliquées. Peu de mois se sont écoulés, pratiquement un semestre depuis l’annonce de ces mesures. Selon les unes et les autres, il existe différents niveaux d’application. L’important c’est que ces mesures sont orientées vers une direction positive que nous apprécions, mais elles ont une portée extrêmement limitée.
Bien entendu, les relations entre deux États, entre deux nations, sont sujettes à des synergies, à des interactions, dans lesquelles il est impossible de séparer strictement les domaines les uns des autres. C’est pourquoi j’ai affirmé que l’existence du blocus affecte tout. Autrement dit, c’est une réalité présente, qui affecte même l’application des mesures qui sont adoptées, car, par exemple, si vous permettez qu’il y ait certaines petites opérations d’achat ou de vente orientées vers un secteur spécifique de la société cubaine, c’est compliqué, parce qu’à l’échelle mondiale, le commerce se fait généralement entre des entreprises qui s’impliquent dans les exportations et les importations. Ainsi, un petit producteur de miel d’abeilles n’exporte pas en général de miel d’abeilles à un pays tiers, et un pays n’exporte pas habituellement certain intrants ou outils directement à un petit producteur de miel d’abeilles dans le pays voisin. C’est-à-dire que ce sont des transactions qui se réalisent au niveau des compagnies commerciales.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier la situation de l’économie cubaine dans son ensemble, et le fait qu’il n’y ait pas de commerce bidirectionnel, qu’il n’y ait pas de crédits privés, etc, rend plus difficile, évidemment, l’ensemble des relations économiques, même si certaine exception limitée est appliquée. Mais je sens que ces mesures ont été positives et dans la direction correcte, même si elles n’ont pas la portée souhaitée.
Bien entendu, comme je l’ai signalé, le président Obama conserve des facultés exécutives.
Modérateur.- Bien, nous vous remercions tous et mettons un terme à cette conférence de presse.
Merci beaucoup.
Bruno Rodriguez.- Merci beaucoup.








