
BIEN qu’Ariel Balmaseda ait été artiste pendant une vingtaine d’années, il déclare se sentir plus à l’aise dans le rôle d’entrepreneur. Avec une expérience accumulée en tant que travailleur à son compte, ce photographe de Jatibonico, dans la province de Sancti Spiritus, vante les bénéfices de ce secteur non étatique pour la société : « La coopérative permet à un collectif de partenaires d’être propriétaire d’une petite entreprise, ce qui offre une plus grande stabilité économique et une protection totale ».
Dirigeant de la première coopérative non agricole (CNA) de Matanzas, il affirme bénéficier d’une sécurité dont il ne disposait pas comme travailleur indépendant. « Aujourd’hui, je gagne moins, mais je suis beaucoup plus tranquille ».
Une fois approuvée l’expérience des coopératives non agricoles en 2013, et après une analyse des groupes de création artistique qui existaient à Cuba, la Commission de mise en œuvre et de développement des orientations a donné son accord à Decorarte en tant qu’entreprise privée dédiée à la publicité et au design graphique et industriel pour la décoration et l’architecture d’intérieur.
« C’est ainsi qu’a débuté le processus d’accueil et de sélection du marché, avec certaines difficultés pour nous insérer sur le marché, car le secteur touristique assimile difficilement une autre forme de gestion. Decorarte a été la seule entreprise non étatique dans la péninsule de Hicacos, prête à travailler avec n’importe type de clients. Nous ne faisons pas de différence dans nos offres, qu’elles s’adressent au secteur étatique ou privé », souligne Ariel Balmaseda, qui assistait au forum d’entreprises Cuba/États-Unis qui s’est tenu à La Havane lors de la visite du président nord-américain Barack Obama.
GRAPHIQUE ET DÉCORATION À LA CARTE
Selon le responsable d’une vingtaine de partenaires, leurs principales productions sont des projets de design pour des clients « qui viennent avec une idée que nous nous chargeons de mettre en forme. Nous avons également créé un produit complet : de la conception jusqu’à l’exécution clé en main, qui comprend la construction et l’assemblage du mobilier, du luminaire, de la marqueterie, la décoration, etc. »
Cependant ajoute-t-il : « Nous essayons de ne pas devenir une entreprise de construction, car il y en a déjà beaucoup à Cuba. La construction civile représente à peine 10 % de ce que nous faisons, le reste, c’est du graphique et des articles personnalisés ».
Par ailleurs, Balmaseda précise que la ligne graphique leur donne un leadership presque total, car ils investissent depuis longtemps dans la technologie et essaient de doter l’atelier d’un équipement numérique de pointe, correspondant aux demandes du principal marché de la coopérative : l’hôtellerie et le tourisme.
Créée en plein processus de mise à jour du modèle économique, Decorarte profite du développement technologique et dispose d’équipements acquis par l’intermédiaire de sociétés comme Cimex et Copextel, ce qui lui permet augmenter rapidement le nombre de clients et de recettes.
Avec un bilan en 2014 de 10 millions de pesos de recette et de 29,7 en 2015, Balmaseda espère terminer 2016 avec 70 millions de pesos. « Ce résultat extraordinaire a été possible grâce à la rénovation permanente et à la croissance créative et technologique », explique-t-il.
Selon le président de la coopérative, leurs offres sont pratiquement exclusives à Cuba, car ils impriment pratiquement sur tout type de matériel : bois, métal acrylique, PVC, vinyle, toile, verre, en petit ou grand format, à une échelle allant de lettres de 0,1 millimètres jusqu’à 1,60 par 50 mètres.
Même s’il y a encore peu de temps, la demande était supérieure au service, la CNA située à Varadero est aujourd’hui à même de satisfaire pratiquement toutes les commandes. Balmaseda explique qu’il reste environ un million de dollars destiné aux investissements. Avec ce montant, selon les fournisseurs étrangers, on pourrait occuper en partie le marché d’Amérique centrale et de la Caraïbe.
Avec une quantité importante de contrats dans tout le pays, Decorarte sous-traite à des travailleurs indépendants ou d’autres coopératives afin de répondre aux commandes d’environ 300 clients.
VARADERO EN LIGNE DE MIRE
Non sans une pointe de fierté dans le regard, le jeune chef d‘entreprise reconnaît que « les gens nous considèrent comme le groupe phare de Varadero, car la principale mission sociale que nous défendons, c’est de travailler dur pour changer l’esthétique de la principale destination de plage et de soleil des Antilles ».
Considérant que l’image de Varadero est dépassée, Decorarte souhaite lui donner un design unique, où s’associent élégance et chaleur caribéenne. Selon Balmaseda, il existe beaucoup de concurrence entre les pôles touristiques. « Par exemple, Copacabana a des trottoirs personnalisés et de motifs patrimoniaux que le visiteur emporte en souvenir, des serviettes, des vêtements de plage, etc. Pour parvenir à une identité qui n’existe pas, nous voulons faire quelque chose de bien conçu qui attire le touriste et s’impose comme icône de Varadero ».
Parmi les travaux les plus récents, on remarque la modification d’un spa de la chaîne hôtelière Iberostar et des toilettes publiques de la plage, la restauration du seul patrimoine national de classe 1 à Varadero : la demeure Xanadu et le début de la réparation des trottoirs de la première avenue, qui peut s’étendre jusqu’aux autres principales artères de la péninsule afin de donner cohérence, bon goût et uniformité.
Une autre coopérative, avec le soutien actif du ministère du Tourisme, se charge des travaux dans l’importante avenue, comprenant l’installation de faïences décoratives avec des dessins gravés ou moulés en béton, céramique ou métal, davantage de luminaires, de sentiers, de bancs décoratifs.
Avec pour objectif de rendre le séjour des visiteurs plus agréable, Decorarte a entrepris la transformation de la signalétique touristique de la ville, la création d’un guide touristique de la ville et d’une mascotte du pôle, ainsi que l’entière décoration des parcs et des places publiques.
PROJETS À COURT TERME
Alors que Decorarte continue à se faire un nom par le bouche à oreille de Pinar del Rio à Guantanamo, elle prépare le lancement de trois marques pour la prochaine Foire CubaIndustria internationale. « Ce seront des produits que nous espérons vendre dans les chaînes de magasins, car actuellement, ils sont importés. Nous les dessinons et les fabriquons à Cuba pour les vendre à la population qui est un important marché pratiquement inexploité », ajoute-t-il.
Comme elle réalise beaucoup d’impressions graphiques sur des articles personnalisés, sacs à dos, casquettes, stylos, faïences, vêtements, etc. la coopérative a reçu plusieurs prix à des foires cubaines et étrangères, et elle a coparrainé de nombreux événements. Decorarte ouvrira bientôt une boutique à Matanzas et un bureau commercial à La Havane.
Ensuite, elle souhaite inaugurer une succursale à Cienfuegos où elle s’occupe d’une trentaine d’entreprises.
Balmaseda remercie l’aide reçu de l’organisme recteur de Decorarte, le ministère de l’Industrie, et ratifie que depuis le début « nous sommes très indépendants. Nous pouvons élaborer une stratégie de vie à partir d’une planification économique. Nous avons une autonomie totale et nous n’oublions pas l’engagement avec la communauté. Ainsi, nous aidons des jardins d’enfants, des foyers d’orphelins et des groupes de théâtre ».
Composée principalement par des architectes, des urbanistes innovateurs, des ingénieurs civils, des artistes et designers graphiques, la coopérative bénéficie de la technologie, du marché, du potentiel et de la possibilité d’insérer les nouveaux diplômés de l’Institut supérieur de design et d’accroître le prestige d’une coopérative qui contribue à la santé, l’alimentation et la construction ou la réparation de logements des membres de la coopérative.
Par ailleurs, un site web de Decorarte est en préparation pour la promotion et la vente par correspondance avec mode de paiement. « Nous avons prévu la création d’une boutique en ligne sur Amazon avec une bonne visualité et une interactivité pour le client », explique-t-il.
Face à un faible marché de ventes au détail, les entreprises étatiques de gros assurent quelques approvisionnements, mais « il serait bon de s’ouvrir à des entreprises internationales, car nous avons un marché sûr, et il serait intéressant de leur vendre nos produits à l’exportation », conclut Balmaseda.








