ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

LA 22e Réunion ordinaire du Conseil des ministres de l'Association des États de la Caraïbe, qui s’est tenue le 10 mars à La Havane, a marqué une nouvelle étape dans la voie de la revitalisation du bloc des 25 pays de la région.

Ce rendez-vous met fin à une année de présidence tournante de Cuba à la tête de l’AEC, laquelle a axé son programme sur le renforcement du rôle de concertation et de dialogue politique de ce mécanisme face à un scénario international agité et incertain.

La réunion était présidée par Mme June Soomer, Secrétaire générale de l'AEC ; Esteban Lazo, président du Parlement cubain, et Salvador Valdés Mesa, vice-président Conseil d'État, entre autres.

« Face aux murs que l’on prétend construire aujourd'hui, notre option devra rester celle de l'unité, de la solidarité et de la complémentarité, afin de défendre les intérêts les plus légitimes de nos peuples », a déclaré le ministre cubain des Relations extérieures, Bruno Rodriguez Parrilla, à l’ouverture de la session de travail.

« Face à la situation actuelle, nous ne pourrons y parvenir que si nous nous organisons et si nous articulons nos actions de manière efficace autour des consensus atteints. »

« Les engagements de ne pas intervenir, directement ou indirectement, dans les affaires intérieures d'un autre État et d'observer les principes de la souveraineté nationale, l'égalité des droits et de l'autodétermination des peuples ; de pratiquer la tolérance et de vivre ensemble dans la paix, ainsi que de respecter pleinement le droit inaliénable de chaque État de choisir son système politique, économique, social et culturel, sont des conditions incontournables pour la paix, l'harmonie, le développement et l'intégration de nos pays », a-t-il dit.

« Il s’avère essentiel pour nous de progresser dans la consolidation de l'Association. Les postulats de la Proclamation de l'Amérique latine et la Caraïbe en tant que Zone de paix constituent des principes recteurs des relations entre nos États », a-t-il ajouté.

À propos du processus de relance dans lequel est engagée l'AEC, il a signalé qu'« il ne saurait être réduit à une simple modification de structures, de budgets et de mécanismes d'exploitation. Ce processus doit s’inscrire dans une perspective plus vaste de révision du rôle de notre communauté dans les circonstances actuelles ».

« La Caraïbe pourra toujours compter sur Cuba », a rappelé le chef de la diplomatie cubaine, tout en affirmant que « notre pays continuera à défendre, dans les forums régionaux et internationaux, les intérêts légitimes des pays caribéens, envers lesquels notre peuple et notre gouvernement expriment leur reconnaissance pour le soutien solidaire et courageux qu’ils nous ont apporté à tout moment ».

Au cours des sessions de travail, Bruno Rodriguez a également passé en revue les objectifs que Cuba s’était fixés pendant sa présidence tournante, indiquant que le but était de promouvoir l’AEC et de contribuer à faire avancer le processus de revitalisation à un échelon supérieur.

Il a souligné l'importance du 7e Sommet du bloc réalisé en juin dernier à La Havane. La Déclaration de La Havane, a-t-il ajouté, a montré un « consensus régional sur des sujets complexes et importants, tout en prouvant que l'AEC est un mécanisme utile pour le dialogue et la concertation dans la défense des intérêts communs ».

À cet égard, il a signalé comme une étape importante l'inclusion au paragraphe 37 de la Déclaration d’un alinéa recommandant au Conseil de direction de l'AEC la création d’un groupe de travail chargé revoir et relancer les mécanismes de fonctionnement de l'organisation.

ACCORDS POUR LE PRÉSENT ET L'AVENIR

Au terme de la réunion, le ministre cubain des Relations extérieures a confirmé que Cuba « ne ménagera aucun effort » pour contribuer aux travaux de l'Association des États de la Caraïbe, après avoir remis la présidence tournante au Venezuela

Eu d’ajouter que « des accords d'une importance réelle pour le présent et l'avenir de la région ont été conclus ».

Il a déclaré que même si le scénario international défavorable menace l'avenir des pays de la Caraïbe, il présente également des opportunités pour l’« action collective ».

Quant au vice-ministre des Relations extérieures, Rogelio Sierra, il a déclaré lors d’un point de presse à la fin du Sommet que Cuba a conclu son mandat à la tête l’AEC avec la satisfaction du devoir accompli, mais sans se réjouir totalement, car il nous reste de nombreux défis à relever pour aller de l’avant.

« Nous espérons avoir apporté notre modeste contribution à l'œuvre de cette association », a-t-il dit.

Il a réaffirmé l'engagement de La Havane de continuer à apporter son soutien au bloc, désormais en qualité de vice-président, et à la mémoire des pères fondateurs qui, en 1992, lancèrent l’idée de ce mécanisme, créé en 1994 à Cartagena de Indias, en Colombie. Une association qui favorise l'interaction et la coopération autour de ce trésor qu’est la mer des Caraïbes.

Rogelio Sierra a indiqué que la présidence cubaine s’est axée sur la promotion, la gestion et l’exécution de projets de coopération permettant de faire face aux catastrophes naturelles et au changement climatique.

Et d’ajouter que le Conseil des ministres a qualifié de succès du mandat cubain la tenue de la 1ère Conférence sur la coopération de l'AEC, qui s’est tenue le 8 mars à La Havane.

Par ailleurs, les ministres se sont félicités de l'utilité et de la qualité des projets présentés par Cuba : ouverts à tous les pays membres, sans exception, ils visent à apporter des solutions aux problèmes importants qui frappent surtout les petits États insulaires de la Caraïbe.

« La réunion ministérielle a soutenu et approuvé, sur proposition de la Secrétaire générale, Mme June Soomer, une résolution en hommage au leader historique de la Révolution, Fidel Castro », a-t-il ajouté.

Rogelio Sierra a également annoncé que le Japon, les Émirats arabes unis et la Palestine ont été admis en qualité de pays observateurs de l'AEC, « des pays qui ont eu un regard proactif envers la plus grande communauté de la Caraïbe ».

La réunion s’est également penchée sur certains défis préoccupants auxquels le groupe des 25 pays est confronté, a signalé Sierra, comme les menaces contre la paix, l'augmentation des dépenses militaires, les effets du changement climatique, les inégalités, l'augmentation de la pauvreté et le rejet de l'application d’un protectionnisme extrême.

Et d’affirmer que la question des migrants est une source de préoccupation pour les États membres, qui ont appelé à supprimer les politiques empêchant une mobilité adéquate et une émigration régulière, sûre et acceptable pour les peuples, et ils ont exprimé leur solidarité et leur soutien au Mexique.

La 5e Réunion ministérielle Caricom-Cuba a eu lieu à l'hôtel Tryp Habana Libre, le 11 mars, et s’est présentée comme un espace propice pour renforcer et élargir les liens étroits qui nous unissent, ce qui « nous permettra de travailler ensemble dans la diversité, afin de pouvoir relever les importants défis que nous réserve la réalité régionale et internationale.

L’UNION FAIT LA FORCE

Mme June Soomer, Secrétaire de l'AEC, a pris la parole lors de l'inauguration et de la cérémonie de clôture, et dans les deux cas, elle a confirmé sa volonté de continuer d’œuvrer au renforcement du bloc.

La diplomate de Sainte-Lucie s’est engagée à travailler avec Caracas pour faciliter la gestion de cet organisme. Elle a appelé œuvrer au renforcement du partenariat et à la lutte contre tous les difficultés, affirmant qu’il fallait trouver des moyens novateurs pour nous renforcer.

Selon Mme June Soomer, cette réunion a confirmé la volonté de l'AEC de travailler au succès de cette association.

Elle a signalé que la discussion approfondie et les recommandations ont abouti à un consensus sur la valeur de cette association. Elle a salué l'intérêt de pays d'autres régions à participer aux activités de l'AEC, comme une excellente base pour la diversification de l'organisme.

« Nous sommes en mesure de mettre en œuvre des programmes de développement importants ; nous devons également mettre l'accent sur la promotion de l'excellence dans l'éducation au niveau régional », a-t-elle indiqué.

La Secrétaire générale a soutenu le processus de paix en Colombie et elle a invité tous les participants à la Carifesta, un événement d'échange culturel qui aura lieu bientôt à la Barbade.

Pour conclure, elle a remercié Cuba pour le soutien, les conseils, les idées et la générosité dont elle a fait preuve dans le cadre de ces activités et au cours de son mandat en tant que présidente pro tempore.

« Nous avons ouvert la voie pour nous intégrer, grands et petits », a déclaré Mme Soomer dans son discours d’inauguration.

Et d’ajouter : « Je suis fière, en tant que Caribéenne, de donner naissance et vie à nos décisions dans l’intérêt de nos citoyens. Nous avons toujours bien navigué à travers les écueils, et nous reconnaissons également que stimuler cette organisation nous aide à aller de l'avant, parce qu'ensemble, nous sommes plus forts. »

Faisant référence aux progrès de Cuba, la Secrétaire générale a dit toute son admiration pour Fidel Castro et déclaré : « Vous avez réussi à maintenir un projet d'excellence dans le secteur de la santé et de l'éducation. »

« L’AEC est une plateforme pour aller de l’avant. Ce ne sont pas des alliances vaines, mais des alliances qui viennent de notre histoire commune », a-t-elle affirmé.

LE VENEZUELA PREND LE RELAIS

« La Caraïbe est un espace de rencontre historique de nos peuples », a déclaré pour sa part la ministre des Affaires étrangères vénézuélienne, Delcy Rodriguez, en soulignant l’importance géopolitique des pays qui composent l’Association de La Caraïbe, lors de son discours de la clôture.

Elle a évoqué l’héritage du commandant en chef Fidel Castro et du leader bolivarien, Hugo Chavez, qui ont travaillé intensément à l’intégration de la région. À ce propos, elle a déclaré que la perte physique de ces deux leaders avait été « un coup terrible » pour les peuples de la Caraïbe.

En assumant la présidence tournante du Conseil des ministres de l’AEC, Delcy Rodriguez a exprimé ses remerciements, au nom du président Nicolas Maduro, pour la confiance déposée dans le Venezuela pour la direction de ce mécanisme durant les années 2017 et 2018. « C’est un immense défi, au vu également de l’extraordinaire travail réalisé par Cuba à la tête de l’AEC. »

Plus loin dans son intervention, elle a déclaré que la 22e Réunion du Conseil des ministres de l’AEC s’est achevée avec un programme de travail qui permettra à son pays d’offrir son soutien à la Secrétaire générale.

Elle a également cité, parmi les défis à relever, la prévention des risques, les pays caribéens étant particulièrement touchés par des phénomènes naturels intenses.

« Le tourisme durable pour continuer à développer les potentialités de nos pays dans ce secteur est un autres des points à l’ordre du jour », a-t-elle précisé.

« Le modèle à suivre est celui de l’AEC, qui prône le respect des relations entre les pays », a-t-elle dit.

Delcy Rodriguez a manifesté le soutien de son pays et de la région au Mexique face au projet des États-Unis visant à construire un mur le long de leur frontière commune.

Plus tard, lors d’une rencontre avec Granma International et l’Agence cubaine d’informations, Delcy Rodriguez a appelé au renforcement des processus d’intégration de nos pays, en s’appuyant sur leurs potentialités économiques.

« Si nous sommes divisés, nos peuples ne verront jamais l’horizon du progrès. Le rendez-vous de ce vendredi à La Havane a mis en évidence l’engagement important des gouvernements de notre région pour avancer dans un programme qui, en plus de promouvoir le développement, réduira les asymétries existantes », a-t-elle dit.

À ce propos, Delcy Rodriguez a rappelé que le président Chavez avait pour objectif de supprimer ces asymétries, considérées comme des défis, comme un moyen d’apporter une solution à nos problèmes et travailler à des projets de coopération.

DES PEUPLES FRÈRES

Le 10 mars, dans des déclarations à la presse, le ministre mexicain des Affaires étrangères, Luis Videgaray, a remercié les témoignages d’amitié, d’affection et de soutien du gouvernement et du peuple cubains à cette 22e Réunion du Conseil des ministres de l’AEC.

« Cuba est un pays précieux pour le Mexique. Nous sommes voisins et nous resterons des pays frères », a-t-il affirmé.

Concernant le projet du président des États-Unis de construire un mur le long de la frontière avec le Mexique, Videgaray a déclaré que son pays était souverain et fort, et il a remercié les pays d’Amérique latine et de la Caraïbe pour leur soutien.

Quant au ministre salvadorien des Affaires étrangères, Hugo Martinez, il a déclaré que les pays caribéens « cherchent à construire des ponts facilitant des échanges plus importants ».

Pour Hugo Martinez, les économies de la région sont complémentaires, ce qui permet plus d’échanges entre elles.

Plus loin, il a déclaré que la Communauté des États latino-américains et caribéens (Celac, dont le Salvador assume la présidence tournante), de même que l’AEC, cherchent à s’intégrer autour de valeurs communes avec, comme objectif, d’être plus fortes pour faire face aux défis communs.

« Nous avons une position d’intégration, d’unité et de cohésion afin de défendre les valeurs auxquelles nous croyons. Notre position n’est nullement celle de l’affrontement », a-t-il déclaré au terme de son entretien avec les journalistes.