ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

LES réunions des pays de la Caraïbe qui se sont tenues à La Havane du 8 au 11 mars ont clairement défini le rôle que devra jouer notre « voisinage » dans l’avenir politique du continent, ainsi que son potentiel d’intégration face à un scénario international défavorable.

La 22e réunion du Conseil des ministres de l’Association des États de la Caraïbe (AEC), précédée par la 1ère Conférence de Coopération de ce bloc de pays, ainsi que la 5e Réunion ordinaire Cuba-Caricom, sont des espaces traditionnels de ce type de mécanisme. Dans la plupart des cas, ils passent inaperçus au milieu de la couverture des nouvelles internationales.

Cependant, la situation régionale convulsée, marquée par l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et ses annonces protectionnistes alarmantes, ainsi que l’importance accordée par Cuba, le pays hôte, à ces rencontres, ont renforcé la signification politique de ces réunions, auxquelles ont assisté à la grande majorité des délégations invitées.

Au cours de cette dernière année, profitant de sa présidence pro tempore, la diplomatie cubaine s’est attachée à relancer l’AEC, fondée en 1994 en grande partie grâce à l’impulsion donnée par la Havane en pleine période spéciale.

L’idée de départ était de disposer d’un espace de concertation politique incluant les 25 pays qui composent la Grande Caraïbe, du Mexique jusqu’à Trinité-et-Tobago. À bien des égards, on peut considérer ce bloc comme un prototype de ce qui allait devenir plus tard, de manière beaucoup plus ambitieuse, la Communauté des États d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC).

Au cours de la dernière décennie, l’AEC a été en perte de vitesse et certains ont même parié sur sa dissolution.

Toutefois, le 7e Sommet, tenu en juin dernier à La Havane, a été marqué par un intérêt partagé pour la revitaliser. Ce n’est pas un hasard si au paragraphe 37 de la Déclaration de La Havane, signée lors de cette réunion, il est recommandé la création d’un groupe de travail chargé de la relance de ses mécanismes de fonctionnement.

La recherche du renforcement de ce bloc irait au-delà de ses frontières et chercherait à apporter une plus grande contribution aux processus d’intégration d’Amérique latine et de la Caraïbe. Le ministre cubain des Relations extérieures, Bruno Rodriguez Parilla, a souligné le samedi 11 mars l’importance pour les pays de la Caraïbe de renforcer leur rôle au sein de la CELAC.

« Seuls, notre voix est faible, mais ensemble, nous pouvons nous faire entendre », a été l’une des réflexions récurrentes. Face à l’influence des pays d’Amérique du Sud dont les gouvernements ont changé, nullement intéressés par la préservation de tout ce qui a été fait en matière d’intégration par leurs prédécesseurs, la supériorité numérique des Caribéens et l’incontestable leadership de nombre de ses représentants pourraient servir de contrepoids au sein de ce mécanisme qui rassemble 33 pays indépendants de notre Amérique.

La meilleure façon d’expliquer cette position est venue de la diplomate de Sainte-Lucie, June Soomer, lorsqu’elle a parlé d’« aligner les étoiles » entre l’AEC – qu’elle dirige –, l’ALBA, la Caricom et la CELAC.

Outre les politiques, il y a beaucoup d’autres raisons pour parier sur une Caraïbe unie après des siècles de barrières imposées par la colonisation, la langue et le manque d’infrastructures de communication entre nos pays.

Les participants aux réunions se sont penchés sur la nécessité de lutter ensemble contre le changement climatique, l’amélioration des transports, la promotion du tourisme, les échanges économiques et la coopération au profit de la qualité de vie des Caribéens.

Par ailleurs, il a été mis en évidence le potentiel de la Grande Caraïbe, comprenant un marché de 300 millions de personnes et situé au milieu d’une route commerciale internationale importante. La région attire des flux d’investissement millionnaires et reçoit chaque année plus de 40 millions de visiteurs internationaux.

Dans le cas de Cuba en particulier, les chiffres sont éloquents : de 2, 5 milliards de dollars des flux commerciaux avec les pays de l’AEC, à 98% de croissance dans les échanges avec les membres de la Communauté de la Caraïbe en 2016, par rapport à 2015.

Des expériences comme la Zone spéciale de développement de Mariel (ZSDM), qui a déjà attiré près d’un milliard de dollars en investissements et vise à devenir un centre commercial régional, en disent long sur le potentiel qu’il reste à libérer.

Peu de pays se trouvent dans de meilleures conditions que Cuba pour travailler en faveur de l’intégration des Caraïbes, aussi bien dans les domaines politique qu’économique, sans perdre de vue les projets qui impliquent tous les pays depuis le Rio Grande jusqu’à la Patagonie.

La plus Grande des Antilles est reliée au continent par l’histoire, la langue et la culture, comme d’autres pays insulaires qui furent des colonies espagnoles, mais elle partage également l’histoire de l’esclavage et de la domination coloniale de la Caraïbe.

Le lien de La Havane avec les petits États insulaires est de longue date. La Barbade, le Guyana, la Jamaïque et Trinité-et-Tobago, qui ont accédé à leur indépendance dans les années 60, ont établi des relations avec La Havane en 1972 en dépit des pressions des États-Unis et de l’OEA, ouvrant ainsi une porte qui ne s’est jamais refermée depuis.

Durant des décennies, la solidarité et la coopération, depuis la construction d’un aéroport à la Grenade jusqu’à l’Opération Miracle, ont été nos meilleurs ambassadeurs. Plus de 31 000 coopérants, notamment des médecins, sont disséminés à travers la Caraïbe, et environ 3 000 jeunes de la région poursuivent leurs études à Cuba, selon des données officielles.

Les autorités cubaines ne cessent de répéter que « la Caraïbe pourra toujours compter sur Cuba ». Preuve en est le respect des engagements pris dans le cadre de la coopération, en dépit des difficultés économiques.

La Révolution cubaine et, notamment, son leader historique Fidel Castro, constituent un symbole de la résistance des peuples de la Caraïbe. Son héritage était présent dans chaque intervention des participants aux réunions. Et sans doute le sera-t-il chaque fois que les peuples de la région se rencontreront.

Aussi, après avoir passé le relais de la présidence tournante de l’AEC au Venezuela, Cuba a clairement fait savoir qu’elle ne ménagera aucun effort en faveur de l’intégration de la Caraïbe.

Avec une stratégie concertée, des mécanismes harmonieux et une volonté politique régionale, les positions radicales prises par le gouvernement des États-Unis agiraient plus comme un élément plus fédérateur que paralysant.

L’unité placerait la Caraïbe dans une position stratégique idéale pour son développement, en même temps qu’elle aiderait à maintenir l’équation politique latino-américaine, malgré les revers subis par la gauche en Amérique du Sud et les nuages qui s’annoncent au Nord.