ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
À gauche, Claudia A. Tavares Olivera, du Cap Vert, et la Jordanienne Rasha Khalil, diplômées de l’Université des sciences médicales d’Artemisa, sont très reconnaissantes aux familles cubaines qui les ont épaulées et encouragées. Photo: Jose M. Correa

IRRADIER le monde de santé, d’amour et d’espérance, telle est l’une des missions des plus de 28 500 médecins de 103 pays diplômés de l’École latino-américaine de médecine (ELAM), qui a fêté sa 13ème promotion.

Ce beau projet de fraternité, de solidarité et de justice a vu le jour en 1998 à l’initiative du commandant en chef Fidel Castro, et selon plusieurs des étudiants fraîchement diplômés interviewés par Granma international, il leur a permis de vivre une très belle histoire de collectivité, d’humanisme et de rigueur scientifique.

Le Péruvien Narciso Paucca Cancho, résident à Ayacucho, reconnaît l’effort des professeurs, qui ne comptent pas leur temps pour aider leurs étudiants à vaincre les défis de la formation médicale. « Pendant les moments de garde et les consultations, ils nous apprennent à profiter de nos forces émotionnelles pour apporter des espoirs aux patients et soulager les malades en phase terminale ».

C’est aussi l’avis de son compatriote José Carlos Ottivo Pérez, originaire de Lima, la capitale péruvienne. « Pour moi, cela a été plus qu’une discipline universitaire. Dans mon pays le médecin évolue dans un contexte de compétitivité professionnelle et ne partage pas toutes ses connaissances. Ici les médecins et les professeurs transmettent leurs expériences, nous donnent des informations actualisées et nous encouragent à apprendre de manière continue ».

Ils se félicitent tous deux de la communication ouverte professeur-étudiant, ainsi que du climat de confiance régnant. Par ailleurs, durant leur travail de rotation dans les hôpitaux à partir de la troisième année, on leur inculque le sens de l’éthique pour dialoguer avec les patients et leurs familles, notamment lors des entretiens pour confectionner les dossiers médicaux.

Narciso aimerait se consacrer à la chirurgie, et José Carlos à la médecine interne ou à la pédiatrie, mais dans les prochains jours ils doivent retourner dans leur pays, où ils ne peuvent pas encore exercer. Ils devront d’abord consacrer une année à s’exercer dans différentes spécialités médicales, passer un examen rigoureux et ensuite homologuer leur diplôme.

En ce qui concerne José Carlos, sa plus grande crainte est d’affronter le système médical d’un pays capitaliste, où le malade est considéré comme un client et dépend de l’argent qu’il peut dépenser en tests de diagnostic et en médicaments.

Les Péruviens Narciso Paucca Cancho (droite) et José Ottivo Pérez, sont très satisfaits du travail altruiste de leurs professeurs. Photo: Jose M. Correa

Il existe souvent des accords préalables entre les médecins et les industries pharmaceutiques qui génèrent des revenus financiers mutuels au détriment de la santé des patients. « Ici, on nous a appris le dévouement et l‘humanisme pour résoudre les problèmes des malades, à faire preuve d’un sérieux et d’une discipline strictes dans notre profession », signale le jeune Péruvien.

La Guatémaltèque Dalena Catabi Lozano devra elle aussi faire une année d’internat une fois rentrée dans son pays, sans percevoir de salaire, et elle devra se débrouiller pour couvrir ses dépenses en nourriture, transport et logement, et payer son inscription.

Dalena est originaire de la communauté Los Pastores, dans le département de Sacatepeque, qui ne compte qu’un seul hôpital avec très peu de médecins, situé à plusieurs kilomètres de chez elle. C’est l’une des raisons qui l’ont incitée à choisir cette profession.

Le déclic s’est produit dans les années 1990 : « Mon village a été touché par un ouragan qui a provoqué une grande tragédie humaine, notamment en raison des inondations et des glissements de terrains. Nous avons vu débarquer une brigade de médecins cubains. Ces professionnels ont secouru les victimes recouvertes de boue. Nous avons tous assisté à cette opération de sauvetage. Ils se sont aussi rendus dans d’autres communautés, les sacs à dos chargés de médicaments, pour venir en aide aux gens ».

Cette attitude altruiste contraste avec le comportement des médecins formés dans son pays. Elle affirme que les familles guatémaltèques voient plutôt la médecine comme une forme de prospérité économique. Les jeunes vont même jusqu’à contracter des dettes auprès de la banque pour pouvoir payer leurs études, car être médecin signifie appartenir à une classe sociale aisée. Jamais on ne pense à résoudre les problèmes de santé de la population.

« À mon arrivée à Cuba, j’ai été hébergée à l’ELAM, où j’ai connu des gens très sympathiques et agréables, notamment le personnel d’entretien et des cuisines. Ils m’ont accueilli comme si j’étais de la famille, sans me demander d’où je venais. Ils m’ont encouragée et soutenue. Cela a été une expérience très intéressante et enrichissante que je n’oublierai jamais. J’ai constaté que le plupart des Cubains sont comme ça ».

Claudia A. Tavares Olivera vient du Cap Vert. Elle garde un souvenir ému de sa professeure d’espagnol Arianna, avant de commencer ses études universitaires. « Elle était très proche des étudiants et savait très bien s’adapter à leurs attentes et à leurs particularités. Elle était toujours disponible pour nous aider à surmonter nos difficultés. Avec elle, j’ai appris beaucoup plus que l’espagnol. Elle nous a aidés à découvrir la culture et la façon de vivre des Cubains. C’était pour nous à la fois une prof, une mère et une amie », assure cette jeune diplômée de la Faculté des sciences médicales d’Artemisa.

C’est un oncle, lui aussi formé à l’ELAM et qui exerce actuellement comme urologue, qui lui a parlé de la possibilité de faire des études à Cuba. Mais elle a dû passer par un processus de sélection parmi de nombreux candidats.

Elle nous confie que la morphophysiologie, qui combine des contenues d’anatomie, de biochimie et d’épidémiologie, entre autres, a été la matière la plus dure pour elle.

Elle précise que les examens de fin d’année sont très rigoureux et qu’ils doivent feuilleter une vaste bibliographie en un temps assez court.

Sa collègue de faculté, la Jordanienne Rasha Khalil, signale quant à elle qu’elle a eu du mal à suivre les enseignements dispensés en première année, notamment à cause de la barrière de la langue.

« À mon arrivée à Cuba, je ne parlais pas un mot d’espagnol. J’ai suivi un cours intensif de six mois qui m’a permis de m’améliorer. Après les deux premières années, je poursuivi mes études dans plusieurs hôpitaux cubains, tout en faisant un travail prévention et de promotion de la santé ou d'actions de prise en charge de la population ».

Même si elle a aussi eu quelque mal à s’adapter à la nourriture et la culture des Cubain, elle se félicite aujourd’hui de savoir danser la salsa et de compter de nombreux amis qu’elle apprécie beaucoup. « Je suis émue quand je parle de Cuba. Je suis arrivée ici à l’âge de 17 ans et j’ai vécu 8 ans dans ce pays, qui a façonné ma personnalité. Je vais laisser beaucoup d’amis, notamment à Artemisa. Je peux mentionner la famille du photographe Pedro Reyes, de Mercedes Chavez et la grand-mère Lazarita. Ils m’ont tous accueillie très chaleureusement, m’ont beaucoup encouragée et m’ont apporté un grand soutien ».

Tous ces étudiants sont reconnaissants à Cuba de les avoir formés dans la vocation humaniste, l’engagement et l’esprit internationaliste, conscients du rôle qu’ils sont appelés à jouer dans la société et du moment historique qui est le leur. À partir de maintenant, ils se doivent de devenir les agents de changement sont l’humanité a tant besoin.