ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Jigüey après le passage de l’ouragan Irma. Photo: Jose M. Correa

ESMERALDA, Camagüey. — À Jaronu, dans la municipalité d’Esmeralda, il y a des maisons à l’architecture coloniale, avec de hauts plafonds, des briques françaises et des patios intérieurs, où dans un ancien temps devaient trôner d’énormes jarres. Et des jardins. Il y a aussi beaucoup de petites maisons de bois et d’autres en fibrociment. Et quelques immeubles.

Il y a une sucrerie, El Brasil, qui à l’époque de la récolte de la canne à sucre réveille tout le monde. Il y a un parc, une église, un petit hôtel.

Mais tout cela, c’était avant le passage d’Irma.

Les gens d’ici disent qu’ils ont ressenti la violence des rafales et que les tuiles françaises se sont envolées et celles de zinc aussi. Et les murs se sont effondrés, y compris certains en maçonnerie.

Dans la rue, des arbres ont été déracinés et des poteaux électriques jonchent le trottoir. Sur l’une de ces anciennes maisons deux, trois, plusieurs hommes sont perchés sur le toit et enlèvent les décombres et les entassent sur le trottoir. À l’autre coin de la rue, un vieil homme coupe un oranger. Une partie des branches est tombée sur sa maison. Le vent s’en est pris au toit.

Nous marchons. Et on entend le bruit de quelques camions qui commencent à ramasser les arbres et à nettoyer les chemins. Certains travaux de nettoyage ont déjà commencé. Les gens sont sortis dans la rue pour voir leur village et le relever tant bien que mal.

La plupart des tuiles de la toiture des entrepôts de la sucrerie Brasil se sont envolées. Elles ont atterri à environ 100 m dans la communauté, a déclaré au journal Granma Nelson Cristiano, chef de secteur de ce conseil populaire. Les tours de la sucrerie sont les seuls bâtiments à être restés sur pied.

Selon Gilberto Lorenzo, président de la zone de défense, 90% des habitations ont été endommagées.

Jigüey après le passage de l’ouragan Irma. Photo: Jose M. Correa

Hier, nous avons parcouru le village. Presque toutes les maisons de quartier Moscu étaient partiellement ou totalement détruites. Sur les plus de 200 maisons, seules dix sont restées debout, ajoute-t-il. « Mais nous disposons déjà de deux  tronçonneuses ; nous allons en recevoir d’autres rapidement et nous partirons immédiatement pour ces zones pour nettoyer les rues et retirer les arbres qui se sont abattus sur les toits ».

Lorsque nous sommes arrivés au quartier Moscu, parmi toutes les maisons partiellement effondrées se trouvait la maison de Maylin Gonzalez, qui a vécu l’amère expérience de voir se maison s’écrouler. Seule la partie arrière, la cuisine, a été épargnée par Irma.

« Heureusement nous sommes vivants ;  c’est le principal… ». Elle dit avoir passé la nuit chez Mariam Barrios, qui a hébergé 16 personnes et a gardé sa porte ouverte pour quiconque aurait voulu se réfugier chez elle. Parce que c’est une maison en maçonnerie, l’une des rares du coin.

Miriam raconte que, vers 23h, alors que le vent soufflait avec violence, certaines familles ont dû abandonner leur maison qui s’écroulait. « Parce qu’ils ont été trop confiants et n’ont pas voulu être évacués. J’ai vécu l’ouragan Kate (1985). À l’époque, j’étais déléguée du Pouvoir populaire, mais il n’y a rien comparable avec cela. Lorsque j’ai vu dans quel état était le village au petit jour, j’ai dû m’assoir pour pleurer. Pas pour ma maison, qui n’a pas souffert, mais pour les autres. »

Il faut dire que, malheureusement, il y a eu des indisciplines. « Certaines personnes ont refusé d’être évacuées, pensant que ce n’était qu’un peu de pluie et de vent, rien de très fort. Les autobus sont allés les chercher une fois, deux et jusqu’à cinq  fois. Les gens refusaient toujours de partir », déclare Gilberto.

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Jigüey est un petit village. Il ne comptait que 25 maisons et 60 habitants, presque tous employés au centre de pêche. L’œil du cyclone est passé très près de Cayo Cruz et Cayo Romano, et l’on peut clairement distinguer les sols coulés de ces 25 maisons.

Les briques de ce qui furent jadis des murs sont éparpillées un peu partout aux alentours, partiellement recouverts de cette terre rouge et rugueuse, et par endroit du sable foncé que la mer a abandonné en se retirant.

Aucun des villageois n’était là. Ils ont procédé à leur propre évacuation et se trouvaient en lieu sûr. Certains sont partis dans d’autres maisons qu’ils possèdent dans des communes comme Florida ou Esmeralda. Car c’est un petit village de pêcheurs, où les gens vont et viennent, même s’ils gardent ici la plupart de leurs biens. D’autres se sont sont installés chez des amis, car la maisonnette qui s’est effondrée était tout ce qu’ils possédaient.

Le centre de pêche n’existe plus non plus. Il ne reste que quelques filets pris dans les décombres, ou accrochés à des poteaux électriques arrachés par les vents. Tous ces débris jonchent partout le sol. Les bateaux ont été mis en lieu sûr. « On a été les voir », nous disent certains pêcheurs.

En ce qui concerne la route sur la mer qui relie Jaronu à Cayo Cruz, et d’où l’on distingue le paysage de désolation de Jigüey, Antonio Victoria, projeteur général de l’ouvrage, explique à Granma que la route a été endommagée, notamment sur certains tronçons, et surtout sur le côté ouest.

« On peut dire que sur environ 90 mètres avant le point numéro 1, et qu’un morceau entier de la route a complètement disparu. La même situation se répète à 40 ou 50 mètres après ce même pont. Nous évaluons l’ampleur des dégâts, pour pouvoir commencer les travaux de reconstruction et de terrassement », signale-t-il.

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Des vents de plus de 250 kilomètres/heure ont été enregistrés à Esmeralda, confirme Dayani Hernandez Segundo, présidente du Conseil de défense municipal. « L’ouragan a frappé pendant 9 heures. Nous avons évacué plus de 7 000 personnes », signale-t-elle.

Et d’ajouter : « Notre commune compte plus de 3 000 logements en mauvais état, d’où le nombre considérable de destructions totales et partielles de logements, encore à quantifier. L’ouragan a aussi endommagé des objectifs économiques et des installations de service sur le territoire, et les 30 écoles de notre municipalité ont subi des dégâts au niveau des toitures et du mobilier ».

Elle explique que les gens sont sortis pour couper les branches et dégager les arbres abattus, et qu’ils procèdent à une évaluation des maisons endommagées.

Concernant la rivière Jigüey, qui a débordé, une situation que nous avons pu constater de visu et qui peut rendre plus difficile la communication avec d’autres conseils populaires d’Esmeralda, Hernandez signale que des actions ont été menées pour déplacer le bétail en lieu sûr, et que d’autres informations ont été transmises à la population via les hauts parleurs.

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Pendant le trajet de retour, d’un village à l’autre, presque au moment où la voiture se remet en marche, un paysan nous demande de nous arrêter. Non pas pour demander de l’aide ou informer la presse de tout ce dont Irma l’a privé, mais pour donner...

Il nous fait cadeau de belles oranges et de trois ou quatre avocats, au cas où nous aurions faim. Nous nous regardons tous, et avons la même pensée. Cet homme s’est peut-être retrouvé sans maison et il nous donne, sans y réfléchir à deux fois, le peu qu’il possède.