ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Ricardo López Hevia

Conférence de presse offerte à la presse cubaine et étrangère par Bruno Rodriguez Parrilla, ministre des Relations extérieures de la République de Cuba, au siège du MINREX, le 3 octobre 2017, « année 59 de la Révolution ».

(Traduction de la version sténographique du Conseil d’État)

Alejandro Gonzalez Galiano (modérateur).- Bonjour.

Nous remercions la présence des collègues de la presse cubaine et étrangère à cette convocation à la conférence de presse du ministre des Relations extérieures, le camarade Bruno Rodriguez Parrilla.

Nous comptons parmi nous 60 correspondants de 31 médias de la presse étrangère, ainsi que les principaux médias, évidemment, de la presse cubaine

Je vous informe que cette conférence est transmise en direct par la Télévision cubaine, Cubavision international, Radio Rebelde, Radio Habana Cuba et par streaming sur la chaîne Youtube du site Cubaminrex.

Le ministre offrira d’abord une déclaration et se tiendra ensuite à votre disposition pour répondre à quelques questions.

Bruno Rodriguez.- Bonjour.

Sur les instructions de mon gouvernement, au nom du peuple cubain, permettez-moi de transmettre nos sincères condoléances aux familles des victimes et au peuple étasunien pour la fusillade perpétrée le 1er octobre dans la ville de Las Vegas.

Auparavant, nous avions également exprimé nos profondes condoléances au peuple des États-Unis, aux proches des victimes et aux sinistrés de l'ouragan Irma.

Plus récemment, nous avons adressé nos sentiments d'amitié et de solidarité au peuple frère de Porto Rico, auquel nous avons offert notre modeste coopération à travers l’envoi d’un hôpital de campagne, une équipe de 41 médecins spécialisés en catastrophes et 4 brigades d'ingénieurs et d'électriciens. Nous sommes dans l’attente de la réponse des autorités, mais nous renouvelons notre profonde solidarité envers le peuple portoricain.

À la suite, je lirai une

DÉCLARATION DU MINISTÈRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES

Le 29 septembre 2017, le Secrétaire d'État étasunien, Rex Tillerson a annoncé la décision de réduire considérablement le personnel diplomatique de son ambassade à La Havane et de retirer tous ses proches, au motif que des « attaques » avaient eu lieu contre des fonctionnaires du gouvernement des États-Unis à Cuba, lesquelles ont affecté leur santé.

Le 3 octobre 2017, une fois de plus, le gouvernement des États-Unis, de façon injustifiée, a décidé que 15 fonctionnaires de l'ambassade de Cuba à Washington devaient quitter le territoire des États-Unis, sous prétexte qu’ils ont réduit leur personnel diplomatique à La Havane et que le gouvernement cubain n'aurait pas pris les mesures nécessaires pour prévenir les « attaques » contre ces derniers.

Le ministère des Relations extérieures proteste énergiquement et dénonce cette décision non fondée et inacceptable, ainsi que le prétexte invoqué pour la justifier, à savoir affirmer que le gouvernement cubain n'a pas pris toutes les mesures appropriées pour prévenir les incidents allégués.

Lors de la réunion, qui s’est tenue à la demande de la partie cubaine avec le secrétaire d'État, Rex Tillerson, le ministre des Relations extérieures, Bruno Rodriguez Parrilla, l'a mis en garde de ne pas prendre de décisions hâtives, sans qu’elles ne soient étayées par des preuves, l'a exhorté à ne pas politiser une affaire de cette nature et a réitéré sa demande de coopération efficace des autorités étasuniennes afin de clarifier les faits et de conclure l'enquête.

C'est la deuxième fois, après que le 23 mai 2017 le Département d'État a ordonné à deux diplomates cubains à Washington de quitter le pays, que le gouvernement des États-Unis répond de manière hâtive, inappropriée et inconsidérée, sans aucune preuve sur la survenue des faits invoqués, dans lesquels Cuba n'a aucune responsabilité, et sans que l'enquête en cours n’ait été conclue.

Tel que l’avait transmis le ministre cubain des Relations extérieures au secrétaire d'État Tillerson le 26 septembre 2017, Cuba, qui a été victime dans le passé d’attentats contre des membres de son personnel diplomatique, dont certains ont été victimes d’assassinat, de disparition, d’enlèvement ou d’agression dans l'exercice de leurs fonctions, remplit avec tout le sérieux et la rigueur requise ses obligations envers la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, datant de 1961, en ce qui concerne la protection de l'intégrité des agents diplomatiques accrédités dans le pays, ce en quoi elle peut afficher un historique impeccable.

Tel que l’a informé le ministère le 9 août, depuis que l'ambassade et le Département d'État des États-Unis ont informé, le 17 février 2017, de la présumée survenue d'incidents commis contre certains fonctionnaires de ce siège diplomatique et de leurs proches depuis novembre 2016, affirmant qu’ils avaient été victimes de dommages corporels et autres troubles, les autorités cubaines ont agi avec le plus grand sérieux, professionnalisme et urgence pour clarifier cette situation et elles ont lancé une enquête approfondie et prioritaire sur ordre des plus hautes instances du gouvernement.

Les mesures de protection des diplomates étasuniens, de leurs proches et de leur résidence ont été renforcées, de nouveaux canaux de communication rapide entre l'ambassade et le Département de la Sécurité diplomatique ont été instaurés et un comité de spécialistes a été créé pour l'analyse intégrale des faits, composé par des autorités policières, médicales et scientifiques.

Face aux informations tardives, parcellaires et insuffisantes fournies par les Étasuniens, les autorités cubaines ont demandé à l'ambassade des États-Unis des précisions et des informations supplémentaires qui leur permettraient d’effectuer une enquête sérieuse et approfondie.

L'ambassade des États-Unis n'a remis que quelques données présentant un intérêt sur les incidents allégués, après que le 21 février, le président Raul Castro Ruz a réitéré personnellement au chargé d'affaires provisoire de la mission diplomatique, l'importance de partager plus d'informations et d’une coopération entre les autorités compétentes des deux pays. Or, les données fournies par la suite ont continué à manquer de descriptions ou de détails qui faciliteraient la caractérisation des faits ou l'identification des auteurs éventuels, le cas échéant.

Au cours des semaines suivantes, en réponse à de nouveaux rapports concernant les incidents invoqués et les rares informations fournies, les autorités cubaines ont réaffirmé la nécessité d'une coopération efficace, ont renouvelé les demandes d'informations aux autorités étasuniennes et ont insisté sur la nécessité d’être informées en temps réel sur la survenue de nouveaux incidents afin de pouvoir agir de façon opportune.

Outre ce qui précède, afin de contribuer au processus d'enquête et d’ordre juridique, établi en vertu de la Loi de Procédure pénale cubaine, des demandes de renseignements ont été adressées aux autorités des États-Unis dans le cadre du dossier d'enquête.

Les informations fournies par la partie étasunienne ont conduit le comité de spécialistes cubains à conclure que celles-ci étaient insuffisantes et que le principal obstacle à l’élucidation des incidents a été le manque d'accès direct aux personnes touchées et aux médecins qui les ont examinées, l'absence d'informations primaires fiables et vérifiables et l'impossibilité de mener des échanges avec des spécialistes des États-Unis, ayant une connaissance de faits de cette nature et de la technologie qui pourrait avoir été utilisée, bien que cela ait été signalé à maintes reprises comme une nécessité pour faire progresser l’enquête.

Ce n'est qu'après des demandes répétées au gouvernement des États-Unis que les représentants d’agences spécialisées de ce pays sont finalement venues à La Havane au mois de juin dernier et ont rencontré leurs homologues cubaines, à qui elles ont exprimé leur volonté de coopérer de manière plus substantielle dans l'enquête sur les incidents supposés.

Elles sont revenues à Cuba en août et en septembre, avec l’autorisation de travailler sur le terrain pour la première fois depuis plus de 50 ans. Pour ce faire, elles se sont vu accorder toutes les facilités, y compris la possibilité d'importer du matériel, en signe de bonne volonté et du grand intérêt du gouvernement cubain de conclure cette enquête.

Les autorités cubaines apprécient positivement les trois visites effectuées par les agences étasuniennes spécialisées, qui ont reconnu le haut niveau professionnel de l’enquête diligentée par Cuba, avec une composante technique et scientifique élevée et qui a permis de constater, comme résultat préliminaire, selon les informations disponibles et les données fournies par les États-Unis, qu’il n’existe aucune preuve de la survenue des incidents allégués, ni des causes ni de l'origine des problèmes de santé signalés par les diplomates étasuniens et leurs familles.

Il n’a pas été identifié non plus d’éventuels auteurs ou des personnes ayant des motivations, des intentions ou des moyens d’exécuter ce type d'actions, ni établi la présence de personnes ou de moyens suspects sur les lieux où ces incidents ont été signalés ni dans leurs alentours. Les autorités cubaines ne sont familiarisées ni avec des équipements ni avec des technologies qui pourraient être utilisés à cette fin, et ne disposent pas non plus d'informations qui indiquent leur présence dans le pays.

Rejetant catégoriquement toute responsabilité du gouvernement cubain dans les faits allégués, le ministère des Relations extérieures réaffirme une fois de plus que Cuba n'a jamais perpétré ni ne perpétrera d’attaques de quelque nature que ce soit contre les fonctionnaires diplomatiques ou leurs familles, sans exception. Elle n'a pas non plus autorisé ni n’autorisera jamais que son territoire soit utilisé par des tiers à cette fin.

Le ministère insiste sur le fait que la mesure annoncée par le gouvernement des États-Unis de réduire le personnel diplomatique cubain à Washington, sans qu’il n’y ait de résultats d'enquête concluants ni de preuves des incidents qui affecteraient ses fonctionnaires à Cuba a un caractère éminemment politique.

Le ministère demande instamment aux autorités compétentes du gouvernement des États-Unis de ne pas continuer à politiser cette question, ce qui peut entraîner une escalade non souhaitée, ainsi que réduire et faire reculer davantage les relations bilatérales, déjà affectées par l'annonce effectuée en juin dernier d'une nouvelle politique par le président Donald Trump.

Le ministère réitère la volonté de Cuba de continuer à favoriser une coopération sérieuse et objective entre les autorités des deux pays, dans le but de parvenir à l’élucidation de ces faits et de conclure l'enquête, ce pourquoi la collaboration la plus efficace des agences compétentes des États-Unis se révèlera fondamentale.

Modérateur.- Bien, nous allons passer aux questions. Je demande aux journalistes de s’identifier, ainsi que le média auquel ils appartiennent et d’utiliser les micros qui sont dans la salle, s’il-vous-plaît.

Je vous remercie.

Andrea Rodriguez (AP).- Bonjour.

Monsieur, cela signifie-t-il, aussi bien à travers les mesures prises par les États-Unis que celles prises par Cuba, que nous sommes en train de vivre aujourd’hui, ici à La Havane, le début d’un nouveau gel des relations entre les deux pays, après une sorte de printemps de deux ans qui eut lieu sous Obama ? Je souhaiterais vos commentaires à ce sujet.

Et par ailleurs, je ne comprends pas très clairement ce qu’il s’est passé avec les Canadiens. Autrement dit, apparemment, ces diplomates ont eu les mêmes troubles que les Étasuniens et le Canada a décidé de ne pas les protéger ou quelque chose de semblable ? Je vous remercie.

Bruno Rodriguez.- Cuba n'a pris aucune mesure à l'encontre des États-Unis, en aucun cas. Elle ne pratique aucune discrimination contre ses entreprises, elle invite ses citoyens à la visiter, elle favorise le dialogue et la coopération bilatérale, elle n'occupe aucune partie du territoire des États-Unis et n'a adopté absolument aucune mesure de nature bilatérale, mais, au contraire, elle a favorisé un cours respectueux sur la base de l'égalité souveraine pour traiter nos différences et vivre ensemble avec elles, de façon civilisée, dans l’intérêt des deux peuples et des deux pays.

La politique annoncée par le président Donald Trump le 16 juin, et d'autres faits qui ont eu lieu dans ce sens, constituent en effet un recul et ont réduit les relations bilatérales.

La décision politique injustifiée, non motivée d'exiger le départ de 15 fonctionnaires de notre ambassade du territoire des États-Unis est un acte de nature absolument politique, qui ne bénéficie qu’à ceux qui veulent faire échouer la possibilité de la progression des relations entre les deux pays, ceux qui souhaiteraient inverser le cours des progrès accomplis ces dernières années. Elle ne peut bénéficier qu’aux intérêts obscurs d'une poignée de personnes.

Je peux vous assurer que les autorités cubaines maintiennent le contact et la coopération avec les autorités canadiennes.

Jorge Legañoa(ACN).- Bonjour, Ministre. Pourriez-vous nous en dire plus sur les arguments que le gouvernement des États-Unis a fournis au gouvernement de Cuba pour justifier le retrait du personnel diplomatique cubain de Washington et, pourriez-vous également préciser quel sera désormais le fonctionnement du Consulat cubain aux États-Unis ? Je vous remercie.

Bruno Rodriguez.- Merci.

La partie étasunienne est mieux à même de répondre à cette question. Il est difficile d’expliquer les arguments dont le Département d’État s’est servi pour adopter ces mesures, c’est-à-dire aussi bien le retrait partiel de son personnel à La Havane que la décision qu’une partie du personnel diplomatique cubain quitte le territoire des États-Unis.

Voici la déclaration du secrétaire d’État Tillerson, du 29 septembre. (Il montre le document). Ce n’est que plusieurs mois après que les porte-parole étasuniens ont invariablement parlé d’incidents et du manque de preuves, de conclusions sur l’enquête ou d’informations permettant d’établir un rapport entre les atteintes à la santé décrites par les diplomates étasuniens et ces incidents, que le secrétaire d’État Tillerson utilise, pour la première fois – plusieurs mois plus tard – le mot « attaques », et affirme que « des employés de l’ambassade des États-Unis ont subi des lésions en raison d’attaques de nature inconnue ». Curieusement, il signale ensuite : « Les enquêteurs n’ont pas pu déterminer le responsable ou la cause de ces attaques ».

Dans la conversation que j’ai eue avec le secrétaire d’État Tillerson, je peux affirmer qu’il n’a pas apporté ne serait-ce qu’une bribe d’information que la partie cubaine ne connaissait déjà, et pas une particule de preuve, ni de résultat d’enquête concluant, ni même d’informations sur des éléments de l’enquête en cours.

Le communiqué émis aujourd’hui par le Département d’État, que vous voyez ici (il montre le document), signale que « depuis la réduction du personnel de l’ambassade des États-Unis à l’ambassade, en raison des actuels incidents qui portent atteinte à la sécurité physique de notre personnel, et du fait que le gouvernement cubain n’a pas adopté toutes les mesures qui s’imposent pour éviter toute attaque contre l’intégrité physique, la liberté ou la dignité du personnel diplomatique étasunien accrédité et les membres de leurs familles… », les fonctionnaires cubains devront quitter Washington. Le Département d’État n’affirme pas que des attaques ont eu lieu ; il parle encore une fois d’incidents qui portent atteinte, supposément, à la sécurité physique. Il accuse le gouvernement cubain de ne pas avoir adopté toutes les mesures nécessaires pour éviter toute attaque. Il ne dit pas que ces attaques aient eu lieu.

Curieusement, tel est l’argument dont il se sert pour demander que « les personnes suivantes doivent quitter les États-Unis dans un délai de sept jours ».

Il est inacceptable et inexplicable que l’argument pour exiger que le personnel diplomatique cubain quitte le territoire étasunien soit que les États-Unis, de leur propre décision, ont réduit la présence de leur personnel diplomatique à La Havane, ou que le gouvernement cubain, supposément, n’ait pas adopté de mesures.

Si le souhait de la partie étasunienne était vraiment de protéger la santé des diplomates étasuniens qui, éventuellement, auraient pu présenter des problèmes de santé, quel rapport ceci peut-il bien avoir avec la décision de réduire le personnel diplomatique cubain à Washington ? Est-ce une action de réciprocité ? Manifestement pas, car il n’y a eu aucune mesure ni aucune décision cubaine à laquelle quelqu’un pourrait penser rendre la réciproque. Est-ce une mesure de prévention, de protection en matière de santé du personnel diplomatique ? C’est absolument impensable. De quoi s’agit-il donc ? Il s’agit, de toute évidence, d’une décision politique, pas d’une décision technique associée à l’enquête en cours. Est-ce une mesure de représailles ? Dans quel but ? Il serait bon que la partie étasunienne fournisse des explications.

Dans un communiqué émis ce matin, le Secrétaire d’État Tillerson précise que le but de cet ordre, à savoir l’ordre du retrait du personnel diplomatique cubain à Washington est « d’assurer l’équité entre les opérations dans les missions diplomatiques respectives ». Qu’est-ce que cela veut dire ?, je le demande au Département d’État. Autrement dit, pourquoi est-ce un objectif d’assurer l’équité entre des décisions unilatérales, irréfléchies, infondées et injustifiées du Département d’État par rapport à son propre personnel, alors qu’il pourrait tenter de donner des explications pour des raisons préventives en matière de santé de leur personnel. Quel rapport cela peut-il avoir avec la décision arbitraire, politiquement motivée, aux objectifs de toute évidence de nature politique de réduire la présence diplomatique cubaine à Washington ?

Qu’a dit le fonctionnaire du Département d’État ce matin ? Eh bien, il a fait une annonce : il a annoncé qu’un autre diplomate aurait également été touché.

Aussitôt, la presse lui a demandé quand cela s’était-il passé. En septembre, en août, la semaine dernière ? Il a répondu que non, que c’était arrivé au mois de janvier de cette année et qu’ils avaient décidé de l’annoncer maintenant, parce que le cas avait été réévalué… Le manque de sérieux de cette approche est surprenant.

Pour répondre à votre question, je dois dire que le fonctionnaire du Département a déclaré sous le couvert de l’anonymat – parce qu’il faut dire que certains fonctionnaires du Département d’État se sont employés à filtrer constamment à la presse étasunienne des informations malintentionnées, avec des objectifs politiques en se cachant derrière l’anonymat – ; un autre fonctionnaire, lui aussi anonyme, clandestin, auteur du briefing de ce matin, a tenté de répondre à votre question en disant – j’ai le document ici en anglais au cas où quelqu’un voudrait le lire en anglais – : « Les attaques sont le reflet d’une série d’incidents », j’ignore si les traducteurs peuvent expliquer ce que veut dire en espagnol ou en anglais cette phrase : « Les attaques sont le reflet d’une série d’incidents qui portent atteinte à notre personnel diplomatique qui ont persisté depuis longtemps et qui ont prouvé clairement que notre personnel subi ces attaques qui proviennent de quelqu’un qui utilise des voies et des méthodes inconnues ». Autrement dit, les attaques « sont un reflet d’incidents » perpétrés « supposément par quelqu’un qui utiliser des voies et des méthodes d’origine inconnue ».

« La décision de les qualifier d’attaques » – souligne-t-il dans l’anonymat – « reflète l’existence d’un patron conséquent entre les membres de notre personnel qui ont été affectés ». Que veut dire en espagnol ou en anglais « la décision de les qualifier d’attaques reflète l’existence d’un patron conséquent entre les membres de notre personnel qui ont été affectés ? ».

Et pour couronner le tout, il signale : « Il n’existe aucune conclusion à laquelle nous pourrions arriver ». Science-fiction ? Futurisme ? De quoi parle-t-on ?

« Ce qui se passe avec les Cubains » – à savoir les diplomates cubains qui doivent quitter le pays –, « c’est que cela garantit un nombre équitable de personnel permettant le fonctionnement de nos ambassades respectives ».

En fait, doit-on en déduire que la réduction du personnel sur les deux territoires facilite, garantit, permet le fonctionnement des ambassades alors que le Département d’État a affirmé que l’ambassade des États-Unis a subi une réduction de personnel au point qu’elle ne proposera que des services d’urgence ? Cela n’a aucun sens !

Et le fonctionnaire nord-américain de poursuivre : « Les équipes médicales analysent tous les symptômes en tenant compte de toutes les possibilités, mais ils ont pu confirmer que les symptômes que nous avons décrits existent et que notre personnel présentent ces symptômes ». Rien de plus risible.

Nous sommes en présence d’une rhétorique incompréhensible qui tente de dissimuler l’essentiel, qui est le manque de données, de résultats d’enquêtes concluants, de preuves, d’informations.

On lui demande : « La réunification familiale sera-t-elle sérieusement affectée ? Quel est le message aux Cubains ? ».

Il répond : « Nous évaluons l’impact de la réduction de notre personnel dans ces affaires ». Mais comment évaluer à posteriori l’impact en matière de réunification familiale, de délivrance de visas aux immigrants et aux voyageurs à destination des États-Unis ? Comment l’impact de l’interruption brusque et quasi-totale des services consulaires à La Havane et Washington peut-il être évalué une fois cette mesure adoptée ?

Car le Consulat de Cuba à Washington est confronté à une situation de précarité extrême : suite à la décision des États-Unis de retirer le personnel cubain, il ne reste qu’un seul fonctionnaire consulaire en poste à Washington. J’imagine que le Consulat général des États-Unis ici à La Havane se trouve dans une situation similaire.

Et il souligne que « la priorité est donnée à la sécurité, à la protection et au bien-être du personnel étasunien à l’étranger », avant de reconnaître que « seuls les services d’urgence seront assurés ».

Si le gouvernement des États-Unis appliquait ces mêmes standards à son service extérieur, il devrait en ce moment même fermer des douzaines de ses ambassades de par le monde.

Patrick Oppman (CNN-International).- Merci.

Pourriez-vous en dire davantage sur les travaux des chercheurs cubains au cours de ces huit mois ? Se sont-ils rendus dans les maisons et les hôtels où les attaques sont prétendument perpétrées? Et comment savent-ils que ce n’est pas dans un pays tiers ou un groupe terroriste du genre de ceux qui ont perpétré des attaques ici par le passé ?

Bruno Rodriguez.- Pourriez-vous préciser quelles attaques ont été perpétrées ici par des groupes terroristes ou des pays tiers par le passé ?

Patrick Oppman (CNN-International).- Je veux parler de l’hôtel Capri et de l’Hôtel National, qui avaient subi des attentats à la bombe dans les années 1990.

 Bruno Rodriguez.- Oui, je vois, vous voulez parler de groupes terroristes basés sur le territoire des États-Unis et non de pays tiers, mais je comprends. Je peux dire que l’enquête cubaine est extrêmement professionnelle et exhaustive, comme l’ont demandé les plus hautes instances du gouvernement de Cuba.

J’ai signalé qu’elle a d’ores et déjà comporté le renforcement de toutes les mesures de protection du personnel diplomatique des États-Unis. Des mesures supplémentaires n’ont pas pu être prises, sur décision du Département d’État. Une ligne de communication immédiate a été établie entre l’ambassade des États-Unis et les dispositifs créés dans le cadre de cette enquête afin d’identifier et d’enquêter sur n’importe quel incident. Malheureusement, l’immense majorité des incidents ont été rapportés par l’ambassade des États-Unis plusieurs mois après leur survenue.

Le groupe de spécialistes et d’experts cubains n’a pas pu visiter les lieux concernés, dont les résidences du personnel diplomatique, en raison du refus de la partie étasunienne. Il n’y a pas eu de rencontres, comme je l’ai déjà signalé, entre le personnel médical cubain chargé de l’enquête et les spécialistes médicaux étasuniens, en dépit de nos demandes réitérées. Il n’a pas été possible d’organiser des rencontres spécialisées entre experts des deux pays sur des questions d’ordre technologique et de nature diverse.

Je peux signaler aussi que – comme je l’ai fait remarquer – les preuves en très petit nombre, preuves supposées, partagées par la partie étasunienne à la suite d’expertises extrêmement professionnelles, qui répondaient aux plus hauts standards internationaux, ont été considérées comme sans pertinence pour les fins de l’enquête en cours. Mais je peux réitérer la décision du gouvernement cubain de poursuivre les investigations dans n’importe quelle condition.

Et, en deuxième lieu, je tiens à réitérer aux autorités du gouvernement des États-Unis notre demande de partager les preuves, de permettre des rencontres entre les médecins étasuniens et cubains chargés de cette affaire, afin de procéder à une coopération efficace.

Modérateur : Cristina, une dernière question.

Cristina Escobar (Télévision cubaine).- Bonjour. Cristina escobar, de la Télévision cubaine. Je déduis de votre dernière réponse qu’en dehors des autorités médicales étasuniennes, aucun autre professionnel médical n’a examiné ou ausculté les diplomates qui disent avoir présenté ces symptômes ?

 Bruno Rodriguez.- Non, je n’ai pas dit cela. J’ai dit qu’il n’y a eu aucun contact entre les autorités médicales étasuniennes et les cubaines.

 Cristina escobar.- La commission d’experts cubains a-t-elle pu échanger avec les diplomates supposément touchés ?

Bruno Rodriguez.- Absolument pas. J’ai signalé que cela n’a pas été permis.

Cristina Escobar.- Cependant, il existe un agenda. Il y a quelques jours il y a eu une réunion de la Commission bilatérale entre les deux gouvernements. Or, dans la dernière décision du Département d’État, ils ont annoncé la suspension de toutes les réunions prévues à La Havane, en raison des risques dans le pays, mais pas de celles prévues à Washington. Que reste-t-il de cet agenda bilatéral ? Qu’entend faire Cuba à ce sujet ? Merci.

Bruno Rodriguez.- C’est une bonne question pour le Département d’État. C’est-à-dire, si de la même manière qu’ils vont appliquer la « parité » et qu’ils ont réduit drastiquement le personnel diplomatique cubain à Washington, vont-ils appliquer cette même « parité » et suspendre les réunions de dialogue d’intérêt mutuel ou les rencontres destinées à favoriser la coopération bilatérale dans des secteurs du plus haut intérêt, non seulement pour Cuba mais aussi pour le gouvernement des États-Unis ?

Mais la réalité, c’est qu’il n’y a pas une seule preuve de la survenue des incidents allégués, ni de leurs causes, ni de leur origine, malgré les propos incohérents et contradictoires du fonctionnaire du Département d’État. On peut demander au Département d’État de quelles preuves ou de quels résultats d’enquête il dispose et de quels facteurs de cette nature il a tenu compte pour adopter ces décisions si arbitraires.

Cristina, ces décisions affectent et affecteront certainement les relations bilatérales dans divers domaines. Le climat, déjà détérioré par le changement de politique annoncé le 16 juin à Miami et par le discours des plus hautes instances du gouvernement étasunien récemment aux Nations Unies, se détériorera encore plus avec ces décisions précipitées.

J’ai déjà remarqué que certains médias vont jusqu’à affirmer qu’une partie des fonctionnaires diplomatiques cubains sommés de quitter le territoire des États-Unis sont des officiers des services de renseignements. Je peux affirmer catégoriquement que depuis la création du Bureau des intérêts de Cuba à Washington jusqu’à cette minute, les fonctionnaires cubains n’ont jamais mené d’activités de renseignement. Aucun des fonctionnaires diplomatiques figurant sur la liste du Département d’État sommés de quitter ce pays ne s’est livré à ce genre d’activité.

Je dois réitérer qu’avec ces actions politiquement motivées et irréfléchies, le gouvernement des États-Unis est responsable de la détérioration actuelle et probablement future des relations bilatérales.

Je vous remercie

Modérateur.- Nous avons terminé. Merci beaucoup à tous.

À la sortie vous recevrez la Déclaration en anglais et en espagnol.

Merci à tous pour votre présence.