ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Les médecins cubains ont examiné minutieusement les personnes vivant dans le quartier de résidence des diplomates étasuniens, et aucune ne présentait de problèmes de santé ou auditifs.

Le 17 février dernier, le Département d’État et l’ambassade des États-Unis à La Havane ont fait part, pour la première fois au ministère des Relations extérieures et au siège diplomatique cubain à Washington, de la survenue de prétendues attaques acoustiques entre novembre 2016 et février 2017.

Selon les informations communiquées par la partie étasunienne, ces incidents auraient été provoqués par l’emploi de dispositifs acoustiques de longue portée qui auraient nuit à la santé des fonctionnaires de ce siège diplomatique et leurs familles.

Qu’est-ce qu’une attaque acoustique ? Une attaque acoustique est définie comme l’émission d’un niveau élevé de décibels pour provoquer différentes réactions physiques et cognitives à des fins de neutralisation, à l’aide d’armes non létales ou d’équipements disponibles sur le marché.

À Cuba, ce genre de technologie n’existe pas et l’importation commerciale de tout équipement prévu pour ce genre de fonction est interdite, si bien que son introduction dans le pays ne pourrait être réalisée que de manière illégale.

L’ENQUÊTE

Depuis la première notification des événements acoustiques évoqués, les autorités cubaines ont assumé avec le plus grand sérieux les informations communiquées par la partie étasunienne. Une enquête exhaustive a été ouverte sur les instructions des plus hautes autorités du gouvernement cubain, qui a comporté de nombreuses actions d’instruction, d’expertise, techniques et opératives afin d’élucider les faits sur un terrain nouveau, car il n’existe aucun précédent sur ce genre d’agressions à Cuba, ni ailleurs dans le monde.

Conformément à ce qui est stipulé dans la Loi de procédure pénale en vigueur à Cuba, il a été procédé à l’ouverture du dossier d’enquête No 10/17, sur un possible délit d’Acte contre les chefs et les représentants diplomatiques d’États étrangers.

À cet égard, le lieutenant colonel Francisco Estrada Portales, chef de la direction des investigations criminelles au ministère de l'Intérieur, a donné des détails sur la mise en œuvre d’une série d’actions d’instruction, dont : le recueil de dépositions de témoins résidant dans les zones proches des lieux où se seraient déroulés les faits évoqués ; l’envoi de dépêches à différentes institutions à même de certifier des questions d’intérêt pour l’enquête ; des mesures du spectre radio-électronique et sonore dans les zones où ces faits seraient survenus, ainsi que le prélèvement d’échantillons spécifiquement sonores dans ces environnemments.

Par ailleurs, il a souligné que les échantillons obtenus par les autorités étasuniennes dans les supposées événements acoustiques ont été reçus à des fins d’expertise et dûment examinés.

Un Groupe de travail permanent a été créé, chargé de l’enquête et constitué de personnes issues de différentes spécialités au ministère de l’Intérieur, ainsi qu’un comité d’experts en acoustique composé de spécialistes des ministères de la Science, de la Technologie et de l’Environnement et de la Santé publique.

Sans délai et face à la situation décrite par la partie étasunienne, le gouvernement de Cuba, conformément à ses obligations en vertu de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, a renforcé toutes les mesures nécessaires visant à empêcher toute action à l’encontre des diplomates des États-Unis.

À ce sujet, le lieutenant-colonel Estrada Portales, a souligné que « les échanges avec des fonctionnaires de l’ambassade des États-Unis ont confirmé qu’ils apprécient le renforcement des mesures de sécurité et de protection, et ils ont demandé leur maintien afin de garantir la tranquillité de leur personnel diplomatique dans notre pays ».

ÉQUIPEMENTS, PATIENTS, INTENTIONS, BRUITS… ?

Le Département d’État, à travers une note diplomatique, a informé que les attaques présumées étaient menées depuis des équipements acoustiques de longue portée, sans

Le lieutenant-colonel Francisco Estrada Portales, chef de la section d’investigation criminelle du ministère de l’Intérieur.

apporter plus de précisions à ce sujet.

Cependant, l’enquête menée par les autorités cubaines n’a pas permis d’obtenir d’informations ou d’éléments confirmant l’existence d’un quelconque appareil émetteur de son comme celui décrit par la partie étasunienne. Pas plus que des intentions ou des plans visant à introduire ce genre de dispositif dans notre pays à travers les frontières aériennes ou maritimes, où la surveillance a été renforcée en coordination avec la Douane générale de la République.

Le gouvernement des États-Unis a déclaré publiquement que ses diplomates avaient présenté une variété de symptômes tels que : nausées, vertiges, douleur faciale, abdominale, trouble auditif, problèmes cognitifs, voire des dommages cérébraux, ressentis dans des circonstances et des contextes très divers, ce qui laisse supposer l’utilisation présumée de nombreux dispositifs.

De gauche à droite, les Dr Martha Beatriz Martinez Torres, Alida Suarez Landrian et Manuel Jorge Villar Kuscevic, qui ont pris part a l’enquête.

Des scientifiques de renom du monde, auteurs de nombreuses recherches dans différents domaines du savoir, comme la médecine et la physique, associés aux phénomènes acoustiques, ont avancé plusieurs hypothèses qui remettent en cause la survenue de ces présumées attaques acoustiques.

Ces spécialistes, rattachés à de prestigieuses institutions universitaires et centres de recherche, estiment qu’il est improbable que cette grande variété de symptômes ait pu être causée par un appareil connu, précisant qu’il est impossible de causer des dommages cérébraux à partir de ces incidents.

Ils affirment que la perte de l’audition ne peut être provoquée que par l’exposition à des sources audibles et qu’il n’existe pas de précédents médicaux sur ce genre de troubles provoqués par des sons inaudibles, comme les autorités et les médias étasuniens insistent le présenter.

Les enquêteurs cubains ont confirmé, à travers une étude approfondie, la ressemblance entre les échantillons sonores remis par la partie étasunienne et les sons émis par les cigales et les criquets.Les enquêteurs cubains ont confirmé, à travers une étude approfondie, la ressemblance entre les échantillons sonores remis par la partie étasunienne et les sons émis par les cigales et les criquets.

Ils soulignent, par ailleurs, qu’il n’existe aucune arme infrasonique capable de provoquer les dommages décrits, ce qui a été confirmé par des expériences sur des animaux. De telles troubles ne pourraient être provoqués que par l’emploi de puissants équipements de grandes dimensions qui atteindraient plusieurs personnes à la fois, dans un rayon d’action déterminé, et non pas de manière sélective, comme le prétend la partie étasunienne.

Malgré les présumées atteintes à la santé, aucun fonctionnaire de l’ambassade ne s’est présenté auprès des institutions hospitalières où ils reçoivent habituellement des soins médicaux.

« À ce jour, aucune unité de notre système de santé n’a fait état de patient présentant ce genre de symptômes associés au fait qu’il a été vicime d’une prétendue attaque à l’arme sonore », a indiqué quant à elle la Dr Martha Beatriz Martinez Torres, spécialiste en oto-rhino-laryngologie et membre du comité d’experts créé pour l’enquête.

À ce sujet, le lieutenant-colonel Estrada Portales a affirmé avoir reçu la réponse de la Direction municipale de santé de la commune de la commune Playa, selon laquelle ils n’avaient reçu aucun patient présentant des pathologies pouvant être associées à des attaques acoustiques ou à des bruits anormaux à des niveaux élevés de décibels. « Par ailleurs, notre enquête a établi qu’aucune des personnes résidant dans la zone proche des maisons soi-disant cibles des attaques n’avait été prise en charge », a-t-il ajouté.

Dans le cadre des investigations menées, une vingtaine de témoins ont été entendus, notamment des voisins des diplomates supposément attaqués. Ils ont déclaré ne pas avoir entendu de bruits bizarres, ni avoir présenté de problèmes de santé ou de troubles de l’audition pouvant être liés aux faits enquêtés.

La Dr Alida Suarez Landrian, spécialiste en audiologie, a expliqué que dans le cadre du travail mené avec les témoins, des tests audiométriques ont été pratiqués sur les personnes des quartiers touchés par ces affections auditives. « Aucun de ces tests n’a donné de résultat positif à un traumatisme acoustique, autrement dit, la courbe audiométrique s’est avérée négative quant à la présence d’un traumatisme acoustique. Par ailleurs, les tests de réflexe stapédien ou acoustique (contraction involontaire des deux muscles de l'oreille moyenne) ont également été négatifs », a-t-elle souligné.

Le lieutenant-colonel Juan Carlos Molina Campos, ingénieur en télécommunications du ministère de l’Intérieur.

Pour les experts, il est étonnant que les habitants du quartier n’aient pas été affectés, ou du moins n’aient pas entendu les bruits en question.

La Dr Martha Beatriz Martinez affirme que si à l’intérieur d’une maison ou d’un local il y a plus de 90 décibels, la fréquence perçue à l’extérieur doit être supérieure. « Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que non seulement la personne se trouvant dans la maison ou le local sera affectée, mais tout l’environnement, toutes les personnes se trouvant dans les parages seront elles aussi touchées », a-t-elle ajouté.

Conformément aux normes internationales, le groupe de spécialistes en questions acoustiques a effectué des mesures du bruit à l’extérieur à différentes heures de la journée près des résidences des diplomates étasuniens, sans qu’aucune anomalie n’ait été détectée.

Pour sa part, le Laboratoire central de criminalistique du ministère de l’Intérieur a lui aussi réalisé une série de longs contrôles de surveillance acoustique, avec des enregistrements aléatoires du bruit environnant, dont tous les résultats se situaient dans des paramètres normaux.

Le lieutenant colonel Ernesto Pico Abello, premier expert-criminaliste du ministère de l’Intérieur.

Parmi les rares actions de coopération de la partie étasunienne a figuré la remise tardive de certains échantillons sonores supposément liés aux faits communiqués, lesquels ont fait l’objet d’une expertise technique exhaustive.

En ce sens, le lieutenant-colonel Juan Carlos Molina Campos, ingénieur en télécommunications, a précisé que l’analyse des signaux des trois enregistrements remis aux autorités cubaines par la partie étasunienne, « permet d’affirmer catégoriquement que les personnes ayant réalisé ces enregistrements n’étaient pas soumises à un niveau de pression acoustique élevé, car pour qu’il y ait un dommage à la santé, les personnes doivent être exposées « à des niveaux dépassant les 80, 90 ou 100 décibels ».

Quant au Dr ès Sciences physiques Carlos Barcelo Pérez, il a déclaré : « Les niveaux que nous avons mesuré sont de l’ordre de 74 décibels environ, et ce niveau ne correspond pas à la zone des traumatisme auditifs, car pour qu’il y ait un traumatisme permanent, les niveaux doivent être supérieurs à 120 ou 130 décibels. Mais, de toute évidence, comme le montrent les enregistrements, les niveaux sonores sont bien loin de ceux susceptibles de provoquer un dommage auditif ».

Les paramètres établis par l’Académie d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie de la tête et du cou des États-Unis concernant les dommages observés chez les humains exposés aux armes acoustiques se situent à des intensités supérieures aux 90 décibels. Dans aucun cas les échantillons auditifs n’ont dépassé ces niveaux, ce qui a été prouvé sur les plans technique, de l’expertise et scientifique.

Bien que l’utilisation de moyens techniques pour perpétrer ces prétendues agressions de manière intentionnelle n’ait pas été confirmée, l’analyse rigoureuse à laquelle il a été procédé a révélé des coïncidences avec les sons émis par certaines espèces d’insectes, notamment des grillons et des cigales.

La Dr Yamile Gonzalez Sanchez, chef de département au Centre d'épidémiologie et de Santé environnementale, et Carlos Barcelo Pérez, docteur en Sciences Physiques, effectuent des mesures du bruit ambiant pendant la nuit.

Le lieutenant-colonel Molina Campos a déclaré ce qui suit : « Nous avons réalisé un test. Nous avons effectué un enregistrement dans un parc de notre capitale et nous l’avons caractérisé. Nous avons appliqué les mêmes techniques de traitement numérique que nous avons appliqué aux échantillons audio qui nous ont été remis au son de la cigale que nous avons enregistré, et, comme par hasard, nous avons pu constater qu’il s’agit également d’un son d’une fréquence d’environ 7 kilocycles, d’une largeur de bande approximativement égale aux 3 KHz et qui est audiblement très ressemblant. Nous avons aussi procédé à une comparaison des spectres de tous les signaux enregistrés avec le spectre que nous avons enregistré, et il est évident que ce bruit commun ressemble beaucoup au son émis par une cigale ».

Ces insectes vivent dans les régions côtières, rurales et urbaines sur l‘ensemble de l’archipel cubain, et ils ont été identifiés lors du travail de terrain réalisé dans les zones proches des résidences des diplomates étasuniens.

Des chercheurs nord-américains reconnaissent que les bruits causés par un groupe de cigales peuvent atteindre les 90 décibels ; alors que les sons des grillons peuvent atteindre des niveaux sonores de l’ordre de 95 décibels. Dans les deux cas, une exposition prolongée à ces sons peut entraîner une perte auditive, de l’irritation et de l’hypertension.

Les chercheurs cubains ont démontré, à la suite d’une étude approfondie, une similitude entre les échantillons sonores qui leur ont été confiés et le son de ces insectes. Le résultat a été présenté à la contrepartie nord-américaine comme la cause plausible de certains des incidents sonores rapportés.

Jusqu’à présent, les États-Unis n’ont donné aucune réponse sur les informations qui leur ont été remises, alors que certaines autorités de ce pays, citées par des médias internationaux, sous la couverture de l’anonymat, ont affirmé que les bruits présumés ressemblent aux sons émis par ces insectes.

UNE RÉPONSE OPPORTUNE AUX « SOUPÇONS »

Deux attaques acoustiques supposées ont été rapportées le 25 avril. À cette occasion, les fonctionnaires étasuniens ont fait part au ministère cubain des Relations extérieures d’agressions soniques dans des chambres de l’hôtel Capri, où séjournaient un diplomate de l’ambassade et un médecin nord-américain dépêché dans l’Île pour examiner les victimes hypothétiques des présumées incidents.

Indépendamment du fait que plusieurs jours se sont écoulés entre la survenue des prétendus faits et le moment où ils ont été rapportés, les autorités cubaines ont aussitôt déclenché les investigations de rigueur. Il a été procédé à une inspection des locaux, des aires environnantes et d’autres zones distantes, et elles ont conclu qu’il n’y avait pas de traces physiques ni de preuves matérielles suffisantes pour l’enquête.

Le personnel administratif et des services, ainsi que plusieurs témoins ont affirmé n’avoir entendu aucun son étrange ni avoir présenté de symptômes pour cause d’exposition à des bruits.

Dans le cadre de l’analyse, des d’échantillons de sons ont révélé un environnement à prédominance silencieuse, et l’herméticité des fenêtres des chambres a été confirmée. De même, un test a été réalisé, qui a comporté l’émission de son d’une fréquence et d’une puissance plus élevées que ceux enregistrés par les prélèvements audio étasuniens, et il a été constaté qu’ils ne pouvaient être audibles à l’intérieur d’aucune des deux chambres.

À cet égard, le lieutenant-colonel Ernesto Pico Bello, premier expert-criminaliste du ministère de l’Intérieur, a expliqué : « Dans un rayon de jusqu’à 150 mètres des zones extérieures de l’installation, il n’existe aucun bâtiment au niveau des chambres permettant d’installer une source sonore d’une puissance de 120 décibels pouvant être considérée comme nocive pour l’oreille humaine ou qui puisse être entendue de l’intérieur de ces chambres, alors que la fenêtre est fermée et provoquer une contamination acoustique nocive pour les clients de l’hôtel ».

Face à un panorama prétendument incertain d’agressions contre des diplomates étasuniens, des mesures de sécurité et de protection auraient dû être adoptées, de même que la restriction des mouvements en territoire cubain et la limitation des voyages à Cuba des fonctionnaires et de leurs familles.

Or, leur comportement a été complètement différent. Une preuve en est que le 17 février, date à laquelle les attaques ont été rapportées pour la première fois, et jusqu’au 16 du même mois, les diplomates étasuniens ont notifié au ministère cubain des Relations extérieures 15 voyages en dehors de la capitale à des fins de loisirs. Par ailleurs, entre février et juin, l’ambassade des États-Unis a demandé un total de 293 visas, dont 158 pour les familles et amis des fonctionnaires accrédités dans l’Île, qui se sont déplacés librement dans tout le pays pour des activités de détente.

Le lieutenant-colonel Estrada Portales a souligné qu’il avait été surpris par le fait qu’ « au moment de la notification des faits par l’ambassade des États-Unis, le chef du Département de sécurité diplomatique du ministère cubain de l’Intérieur s’était entretenu avec le chef de l’Aire de sécurité de ce siège diplomatique, et qu’après lui avoir demandé plusieurs précisions sur ces faits, en vue de lancer une enquête, ce fonctionnaire ignorait tout de ces incidents ».

Et d’ajouter : « Ceci est surprenant pour deux raisons essentielles : premièrement, il s’est avéré par la suite que ce fonctionnaire, chef de l’Aire de sécurité, qui avait déclaré ne pas être au courant de ces incidents, a été cité comme une des personnes attaquées ; et, deuxièmement, ce qui est non moins important : il ignorait tout des attaques contre ses fonctionnaires et leurs familles, alors que sa fonction à Cuba était précisément de veiller à la sécurité et à la protection de ces fonctionnaires et de leurs familles ».

DES OBSTACLES À L’ENQUÊTE

Au cours de cette période d'enquête, le manque de volonté des autorités étasuniennes de coopérer à l’éclaircissement des faits est apparu clairement. En effet, elles n'ont fourni aucune des informations nécessaires et n'ont pas coopéré aux efforts d'enquête du ministère cubain de l'Intérieur.

Dans la pratique, les enquêteurs cubains n’ont eu qu’un accès tardif aux bâtiments qui auraient été touchés et à la remise de nouvelles preuves des soi-disant agressions sonores.

À cet égard, le lieutenant-colonel Estrada Portales a déclaré : « Les autorités des États-Unis ont demandé à Cuba de prendre en charge l'enquête, l’éclaircissement et l'élimination de ces faits, sans qu’elle puisse en assumer la pleine responsabilité qui lui revient en tant que pays concerné par cette enquête. Elles n'ont donné accès ni aux enquêteurs, ni aux faits, les informations ayant été communiquées des mois, des jours et des heures après leur survenue ; elles n’ont pas donné accès non plus ni aux victimes ni aux témoins. Il est impossible de connaître quelle pourrait être la contribution d’une victime si on ne peut pas l’interroger. »

Et d’ajouter : «  Or, les autorités des États-Unis ne nous ont pas autorisés à interroger les victimes, elles ont refusé de nous fournir les déclarations auxquelles nous leur avons demandé de procéder elles-mêmes, non seulement pour leur utilisation dans le sens strict de l'enquête policière, mais aussi afin de les remettre aux experts, aux scientifiques et aux spécialistes qui auraient pu analyser les déclarations des victimes sur la survenue des faits dénoncés. ».

Les diplomates étasuniens touchés par de prétendues attaques acoustiques constituaient l’une des preuves essentielles à évaluer par les experts cubains pour l’éclaircissement des faits. Cependant, le gouvernement des États-Unis a refusé l'accès à ces personnes et les a transférées dans leur pays, en interdisant qu’elles soient examinées par des experts.

Les États-Unis n'ont pas facilité non plus les échanges entre les scientifiques cubains et l'équipe médicale du Département d'État qui a été dépêchée sur l'île pour évaluer les dommages présumés, causés aux diplomates.

« Nous avons toujours été prêts à prendre en charge ces patients, à enquêter sur ce qui s'était passé. Le système de santé cubain dispose de tous les moyens, mais il n’y a vraiment eu aucune coopération et nous n'avons eu que des communications qui, à notre avis, n’avaient aucun caractère d’expertise sur ce qui s'était produit », a déclaré le Dr Manuel Jorge Villar Kuscevic, spécialiste en oto-rhino-laryngologie et en chirurgie de la tête et du cou.

Quant au rapport médical émis par les autorités étasuniennes sur l'évaluation des 20 personnes soi-disant touchées par l'exposition à des bruits intenses, il n’a qu'une seule page. Un rapport par ailleurs très général qui ne contient pas les éléments techniques requis dans ce type de document.

Le Dr Villar Kuscevic a ajouté que toute l’enquête qui a été effectuée a été menée à partir de données incomplètes. « Nous n'avons pas vraiment eu d'informations scientifiques et fiables qui nous auraient permis de parvenir à une conclusion dans un sens ou dans un autre », a-t-il affirmé.

Le Dr Alida Suarez Landrian a déclaré : « Les seuls documents que nous ayons reçus de nos homologues, ce sont des rapports non spécifiques. Des études vestibulaires et audiométriques ont été réalisées, mais où sont ces études ? Où sont les résultats de ces études ? Si nous ne voyons pas les études, si nous ne voyons pas les résultats de ces études, comment pouvons-nous dire qu'il y a eu tel dommage ou qu’il n’y en a pas eu ? Nous n'avons ni base scientifique ni base solide pour effectuer un diagnostic.

« Nous n'avons pas pu pratiquer d’examen physique et oto-rhino-laryngologique. Par ailleurs, d’une manière générale, nous ne connaissons pas tout de l'environnement de santé de ces personnes », a déclaré le Dr Martha Beatriz Martinez Torres.

Tout au long du processus, les autorités des États-Unis se sont montrées systématiquement réticentes à rapporter les faits allégués. Tous ont été signalés tardivement, bien que le Département de la sécurité diplomatique du ministère de l'Intérieur ait ouvert cinq numéros de téléphone exclusifs pour que l'ambassade des États-Unis à La Havane puisse signaler directement tout incident.

À cet égard, le lieutenant-colonel Estrada Portales a déclaré : «  Les autorités des États-Unis ont rapporté tous les faits de manière tardive et partielle. Le 25 avril, nous avons été informés d’un incident survenu prétendument 30 jours plus tôt, le 30 mars. Le 6 avril, à 14 heures, l'ambassade a signalé un incident qui se serait produit soi-disant la veille, dans la nuit. Lorsque nos forces se sont présentées sur les lieux pour mener l'enquête, elles n'ont pas été autorisées à rencontrer les victimes ni à pénétrer dans les lieux où s’étaient produits ces faits, ce qui a entravé l’exécution des actions policières qui s’imposaient pour éclaircir les faits, malgré les informations tardives. »

Bien que les prétendues attaques soniques soient liées à des secteurs et à des technologies peu connus à Cuba, les autorités étasuniennes ont refusé la proposition cubaine de procéder à des échanges techniques au niveau d’experts, et n’ont pas non plus facilité l'utilisation de leurs technologies dans le domaine des enregistrements soniques et infrasoniques.

Il s’avère contradictoire que les États-Unis n'aient pas souhaité coopérer pleinement à ce niveau, alors des expériences positives d’échanges sont connues, notamment dans des domaines concernant la sécurité, tels que le trafic de stupéfiants, le blanchiment d'argent et le terrorisme, la plupart de ces échanges ayant été réalisés dans un environnement où les relations diplomatiques n'existaient pas, ce qui prouve que des résultats sont possibles lorsqu'il y a une réelle volonté politique.

La coopération bilatérale dans le domaine des technologies de l'information et de la communication en 2013, lorsque des cyberattaques contre des installations technologiques et militaires aux États-Unis avaient été enregistrées, en est un exemple. Lors de cet incident, les équipements cubains avaient été préalablement contrôlés depuis l’étranger, afin d'utiliser les infrastructures nationales comme des ponts et présenter l'Île comme un agresseur présumé.

À cette occasion, des échanges bilatéraux avaient eu lieu aux niveaux technique, opérationnel et politique, ce qui avait permis un éclaircissement rapide des faits et même la réalisation d’enquêtes par les autorités étasuniennes.

À cet égard, le lieutenant-colonel Estrada Portales a déclaré : « Comme nous l’avons répété aux fonctionnaires des États-Unis, il s'agit d'une enquête en cours de développement. Mais pour qu'elle soit couronnée de succès, la participation pleine et responsable des autorités de ce pays s’avère essentielle.

Elles doivent nous permettre l'accès à leurs experts qui ont participé, selon leurs dires, à l'enquête de leur côté ; permettre l'accès à la déposition des témoins, ainsi qu’aux véritables déclarations des victimes sur ce qui s'est passé et quels ont été les symptômes et autres détails indispensables aux actions policières qui doivent être menées, en plus de celles qui devront être effectuées pour le groupe pluridisciplinaire d’experts concernés par cette enquête.

À l'heure actuelle, après des demandes répétées de la partie cubaine, il n'a été possible d'établir une coopération qu’avec les agences spécialisées étasuniennes pour enquêter sur les faits allégués.

Par contre, il s’est avéré impossible d’avoir des échanges avec l'équipe médicale qui a examiné les victimes présumées, ni avec des experts en matière de technologie et d’acoustique.

En ce sens, durant les mois de juin, août et septembre 2017, trois rencontres entre spécialistes des États-Unis et leurs homologues cubains ont eu lieu sur l'île, lesquelles se sont déroulées dans un climat constructif et professionnel, au cours desquelles la partie étasunienne a exprimé son intention de coopérer plus étroitement à l'enquête sur les incidents allégués.

Les membres de la délégation des États-Unis ont indiqué qu'ils ne disposaient d'aucune preuve permettant de confirmer la survenue des attaques mentionnées et ils ont signalé l'absence d'hypothèses sur l'origine des troubles de santé signalés par leurs diplomates.

La porte-parole du Département d'État, Heather Nauert, a reconnu publiquement que son gouvernement n'avait pas été en mesure de déterminer la cause ou le coupable des incidents sonores présumés.

Les chercheurs étasuniens ont déclaré qu’ils n’excluaient pas la possibilité que les symptômes éprouvés par les diplomates soient causés par d'autres causes que les soi-disant attaques acoustiques, d'où la poursuite des enquêtes.

Ils ont également reconnu le rôle de Cuba dans le processus d'enquête.

Et le lieutenant-colonel Estrada Portales de conclure : « Lors des échanges avec les fonctionnaires des États-Unis, ceux-ci ont reconnu que Cuba n'avait aucune responsabilité dans la perpétration des attaques qu’eux-mêmes dénonçaient. Ils ont également reconnu que Cuba était un lieu où, historiquement, ils avaient mené leurs activités diplomatiques dans une atmosphère de calme et de protection, et que notre pays avait toujours garanti les mesures nécessaires au développement du travail des fonctionnaires de l'ambassade des États-Unis. »

CONCLUSIONS PARTIELLES DE L’ENQUÊTE

Les autorités cubaines ont déployé toutes les possibilités d'enquête sur la base des informations fournies par la partie étasunienne.

• Il a été démontré l’inexistence de preuves indiquant la survenue des attaques acoustiques alléguées ;

• Il n'a pas été possible d'établir d’hypothèses d’enquête sur l'origine de ces faits, qui par leur nature sont éminemment sensoriels et ne laissent ni empreintes, ni traces, un aspect partagé par les représentants des agences spécialisées des États-Unis qui ont été dépêchés à Cuba.

• Il n’a pas non plus été identifié d'éventuels auteurs ni de personnes ayant un mobile, l'intention ou les moyens d’exécuter ce type d'action. Le travail effectué par l'équipe d'enquêteurs cubains et les informations fournies par les fonctionnaires étasuniens n'ont pas permis d'établir l'incidence de personnes ou de moyens suspects sur les lieux des faits ou aux alentours.

• L'équipe de médecins et des scientifiques cubains, au terme de l'analyse technique et d’expertise des échantillons sonores fournis par les États-Unis, ont certifié l'impossibilité que ceux-ci puissent causer les problèmes de santé décrits par les diplomates.

Tout au long du processus d'enquête, les autorités cubaines ont fourni des informations à leurs homologues étasuniens, à travers des notes verbales remises à l'ambassade des États-Unis et des réunions diplomatiques et de sécurité.

LA MANIPULATION POLITIQUE

La politisation de cette question, illustrée par les récentes décisions du gouvernement des États-Unis de réduire son personnel diplomatique à Cuba et d’ordonner le départ de 15 fonctionnaires de l'ambassade cubaine à Washington, sans que cette décision ne soit étayée par des preuves ou des résultats concluants de l'enquête en cours, ne profite qu'à un petit groupe de l'extrême droite anticubaine, dirigée par le sénateur Marco Rubio, qui insiste sur le maintien d’une politique hostile contre l'île, au détriment des véritables intérêts des États-Unis et de son peuple, qui a donné des preuves de soutien à la normalisation des relations entre les deux pays.

Rubio, un opposant à tout rapprochement avec La Havane, a envoyé récemment une lettre – associé à quatre autres sénateurs –, au Secrétaire d'État Rex Tillerson, dans laquelle il demande l'expulsion de tous les diplomates cubains de Washington et la fermeture éventuelle de l'ambassade de ce pays à Cuba, en représailles des soi-disant « attaques acoustiques ».

La décision de réduire le personnel diplomatique étasunien à Cuba a été rejeté par Barbara Stephenson, présidente de l’American Foreign Service Association, un syndicat qui représente les diplomates étasuniens et regroupe 16 000 membres. La fonctionnaire a déclaré que les problèmes de santé allégués ne justifient pas un retrait massif des fonctionnaires.

Cette position a été soutenue par d'importantes personnalités et hommes politiques étasuniens, qui ont qualifié la réaction de la Maison-Blanche d’excessive et erronée, estimant que cela signifiait un retour aux politiques ratées de la Guerre froide et répondait à l'intérêt de certains individus d'interrompre le processus de normalisation.

La mise en œuvre des mesures citées précédemment, ainsi que d'autres telles que la suspension indéfinie des réunions bilatérales sur l'île, la visite à Cuba de délégations officielles, les restrictions dans la délivrance des visas par le consulat des États-Unis à La Havane et l'avertissement aux voyageurs étasuniens de ne pas se rendre à Cuba, constituent un recul dans les relations bilatérales, ce qui nuit aux échanges et à la coopération dans divers domaines d'intérêt commun, notamment dans les quelques relations économiques limitées et dans le domaine de la migration.

Cette situation, due à des intérêts politiques, compromet la préservation de la sécurité nationale des deux pays, car elle affecte les accords en matière de migration et d'application et de respect de la loi, avec un impact direct sur la lutte contre des délits transnationaux tels que le terrorisme, le trafic de drogue, les cyberattaques et la traite des êtres humains, entre autres.

Tout au long de l'histoire révolutionnaire, il a été démontré que Cuba respecte avec rigueur et le plus grand sérieux ses obligations internationales, dont la protection de tous les diplomates, sans exception.

Par ailleurs, l’Île est universellement reconnue comme une destination sûre. Une analyse de l’agence Data World, publiée au début d'avril 2017 et basée sur les avertissements concernant les voyages émis par le Département d'État au cours des sept dernières années, a révélé que Cuba était l'un des pays les plus sûrs pour le tourisme étasunien. Au cours de cette période, le Département d'État n'a émis aucun de ses avertissements en matière de sécurité concernant notre pays et n'a pas non plus inscrit l'île sur la liste des 25 pays les plus dangereux pour l'intégrité physique de ses citoyens.

Au cours des deux dernières années, depuis le début du processus de normalisation des relations, le nombre de visiteurs nord-américains à Cuba a augmenté. Cette année seulement, on en a enregistré plus d'un demi-million, sans compter les voyages des Cubains résidant dans ce pays, qui s'élèvent à plus de 320 000.

Cuba n'attaquerait jamais ou ne permettrait jamais l'utilisation de son territoire pour porter atteinte à des diplomates ou des citoyens étasuniens, ou de n'importe quel pays du monde.

Cependant, plus de 150 attentats ont été perpétrés contre des missions diplomatiques et des entités cubaines dans près de 20 pays, dont l'ambassade de Cuba auprès des Nations Unies et à l’époque Bureau des intérêts de Cuba à Washington. Ces actes terroristes, perpétrés par des groupes basés aux États-Unis, se sont soldés par un nombre considérable de morts ou de blessés parmi les diplomates, notamment Felix Garcia Rodriguez, assassiné le 11 septembre 1981 à New York.

Depuis le triomphe de la Révolution cubaine, l'Île a été la cible directe d'agressions constantes de toutes sortes, parrainées par différentes administrations étasuniennes, qui ont pratiqué le terrorisme d'État.

Le sabotage du cargo La Coubre et le magasin El Encanto, l'attaque mercenaire par Playa Giron, l’explosion en plein vol d’un avion civil cubain et les attentats à la bombe dans différents hôtels et centres touristiques du pays, parmi tant d'autres agressions, ont atteint douloureusement un peuple tout entier, avec un solde de 3 478 morts et 2 099 handicapés physiques à vie.

En dépit de ces agressions permanentes contre le peuple cubain, la Révolution a maintenu comme principe le respect de l'intégrité physique et morale de tous les êtres humains

Comme nous l’avons répété à maintes reprises, Cuba a la volonté de poursuivre les négociations sur les affaires bilatérales avec les États-Unis, sur la base de l'égalité et du respect absolu de notre souveraineté et de notre indépendance. Cuba et les États-Unis peuvent coopérer et vivre ensemble de manière civilisée, malgré de profondes différences, dans l’intérêt des deux peuples.

Le 17 février dernier, le Département d’État et l’ambassade des États-Unis à La Havane ont fait part, pour la première fois au ministère des Relations extérieures et au siège diplomatique cubain à Washington, de la survenue de prétendues attaques acoustiques entre novembre 2016 et février 2017.

Selon les informations communiquées par la partie étasunienne, ces incidents auraient été provoqués par l’emploi de dispositifs acoustiques de longue portée qui auraient nuit à la santé des fonctionnaires de ce siège diplomatique et leurs familles.

Qu’est-ce qu’une attaque acoustique ? Une attaque acoustique est définie comme l’émission d’un niveau élevé de décibels pour provoquer différentes réactions physiques et cognitives à des fins de neutralisation, à l’aide d’armes non létales ou d’équipements disponibles sur le marché.

À Cuba, ce genre de technologie n’existe pas et l’importation commerciale de tout équipement prévu pour ce genre de fonction est interdite, si bien que son introduction dans le pays ne pourrait être réalisée que de manière illégale.

L’ENQUÊTE

Depuis la première notification des événements acoustiques évoqués, les autorités cubaines ont assumé avec le plus grand sérieux les informations communiquées par la partie étasunienne. Une enquête exhaustive a été ouverte sur les instructions des plus hautes autorités du gouvernement cubain, qui a comporté de nombreuses actions d’instruction, d’expertise, techniques et opératives afin d’élucider les faits sur un terrain nouveau, car il n’existe aucun précédent sur ce genre d’agressions à Cuba, ni ailleurs dans le monde.

Conformément à ce qui est stipulé dans la Loi de procédure pénale en vigueur à Cuba, il a été procédé à l’ouverture du dossier d’enquête No 10/17, sur un possible délit d’Acte contre les chefs et les représentants diplomatiques d’États étrangers.

À cet égard, le lieutenant colonel Francisco Estrada Portales, chef de la direction des investigations criminelles au ministère de l'Intérieur, a donné des détails sur la mise en œuvre d’une série d’actions d’instruction, dont : le recueil de dépositions de témoins résidant dans les zones proches des lieux où se seraient déroulés les faits évoqués ; l’envoi de dépêches à différentes institutions à même de certifier des questions d’intérêt pour l’enquête ; des mesures du spectre radio-électronique et sonore dans les zones où ces faits seraient survenus, ainsi que le prélèvement d’échantillons spécifiquement sonores dans ces environnemments.

Par ailleurs, il a souligné que les échantillons obtenus par les autorités étasuniennes dans les supposées événements acoustiques ont été reçus à des fins d’expertise et dûment examinés.

Un Groupe de travail permanent a été créé, chargé de l’enquête et constitué de personnes issues de différentes spécialités au ministère de l’Intérieur, ainsi qu’un comité d’experts en acoustique composé de spécialistes des ministères de la Science, de la Technologie et de l’Environnement et de la Santé publique.

Sans délai et face à la situation décrite par la partie étasunienne, le gouvernement de Cuba, conformément à ses obligations en vertu de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, a renforcé toutes les mesures nécessaires visant à empêcher toute action à l’encontre des diplomates des États-Unis.

À ce sujet, le lieutenant-colonel Estrada Portales, a souligné que « les échanges avec des fonctionnaires de l’ambassade des États-Unis ont confirmé qu’ils apprécient le renforcement des mesures de sécurité et de protection, et ils ont demandé leur maintien afin de garantir la tranquillité de leur personnel diplomatique dans notre pays ».

ÉQUIPEMENTS, PATIENTS, INTENTIONS, BRUITS… ?

Le Département d’État, à travers une note diplomatique, a informé que les attaques présumées étaient menées depuis des équipements acoustiques de longue portée, sans apporter plus de précisions à ce sujet.

Cependant, l’enquête menée par les autorités cubaines n’a pas permis d’obtenir d’informations ou d’éléments confirmant l’existence d’un quelconque appareil émetteur de son comme celui décrit par la partie étasunienne. Pas plus que des intentions ou des plans visant à introduire ce genre de dispositif dans notre pays à travers les frontières aériennes ou maritimes, où la surveillance a été renforcée en coordination avec la Douane générale de la République.

Le gouvernement des États-Unis a déclaré publiquement que ses diplomates avaient présenté une variété de symptômes tels que : nausées, vertiges, douleur faciale, abdominale, trouble auditif, problèmes cognitifs, voire des dommages cérébraux, ressentis dans des circonstances et des contextes très divers, ce qui laisse supposer l’utilisation présumée de nombreux dispositifs.

Des scientifiques de renom du monde, auteurs de nombreuses recherches dans différents domaines du savoir, comme la médecine et la physique, associés aux phénomènes acoustiques, ont avancé plusieurs hypothèses qui remettent en cause la survenue de ces présumées attaques acoustiques.

Ces spécialistes, rattachés à de prestigieuses institutions universitaires et centres de recherche, estiment qu’il est improbable que cette grande variété de symptômes ait pu être causée par un appareil connu, précisant qu’il est impossible de causer des dommages cérébraux à partir de ces incidents.

Ils affirment que la perte de l’audition ne peut être provoquée que par l’exposition à des sources audibles et qu’il n’existe pas de précédents médicaux sur ce genre de troubles provoqués par des sons inaudibles, comme les autorités et les médias étasuniens insistent le présenter.

Ils soulignent, par ailleurs, qu’il n’existe aucune arme infrasonique capable de provoquer les dommages décrits, ce qui a été confirmé par des expériences sur des animaux. De telles troubles ne pourraient être provoqués que par l’emploi de puissants équipements de grandes dimensions qui atteindraient plusieurs personnes à la fois, dans un rayon d’action déterminé, et non pas de manière sélective, comme le prétend la partie étasunienne.

Malgré les présumées atteintes à la santé, aucun fonctionnaire de l’ambassade ne s’est présenté auprès des institutions hospitalières où ils reçoivent habituellement des soins médicaux.

« À ce jour, aucune unité de notre système de santé n’a fait état de patient présentant ce genre de symptômes associés au fait qu’il a été vicime d’une prétendue attaque à l’arme sonore », a indiqué quant à elle la Dr Martha Beatriz Martinez Torres, spécialiste en oto-rhino-laryngologie et membre du comité d’experts créé pour l’enquête.

À ce sujet, le lieutenant-colonel Estrada Portales a affirmé avoir reçu la réponse de la Direction municipale de santé de la commune de la commune Playa, selon laquelle ils n’avaient reçu aucun patient présentant des pathologies pouvant être associées à des attaques acoustiques ou à des bruits anormaux à des niveaux élevés de décibels. « Par ailleurs, notre enquête a établi qu’aucune des personnes résidant dans la zone proche des maisons soi-disant cibles des attaques n’avait été prise en charge », a-t-il ajouté.

Dans le cadre des investigations menées, une vingtaine de témoins ont été entendus, notamment des voisins des diplomates supposément attaqués. Ils ont déclaré ne pas avoir entendu de bruits bizarres, ni avoir présenté de problèmes de santé ou de troubles de l’audition pouvant être liés aux faits enquêtés.

La Dr Alida Suarez Landrian, spécialiste en audiologie, a expliqué que dans le cadre du travail mené avec les témoins, des tests audiométriques ont été pratiqués sur les personnes des quartiers touchés par ces affections auditives. « Aucun de ces tests n’a donné de résultat positif à un traumatisme acoustique, autrement dit, la courbe audiométrique s’est avérée négative quant à la présence d’un traumatisme acoustique. Par ailleurs, les tests de réflexe stapédien ou acoustique (contraction involontaire des deux muscles de l'oreille moyenne) ont également été négatifs », a-t-elle souligné.

Pour les experts, il est étonnant que les habitants du quartier n’aient pas été affectés, ou du moins n’aient pas entendu les bruits en question.

La Dr Martha Beatriz Martinez affirme que si à l’intérieur d’une maison ou d’un local il y a plus de 90 décibels, la fréquence perçue à l’extérieur doit être supérieure. « Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que non seulement la personne se trouvant dans la maison ou le local sera affectée, mais tout l’environnement, toutes les personnes se trouvant dans les parages seront elles aussi touchées », a-t-elle ajouté.

Conformément aux normes internationales, le groupe de spécialistes en questions acoustiques a effectué des mesures du bruit à l’extérieur à différentes heures de la journée près des résidences des diplomates étasuniens, sans qu’aucune anomalie n’ait été détectée.

Pour sa part, le Laboratoire central de criminalistique du ministère de l’Intérieur a lui aussi réalisé une série de longs contrôles de surveillance acoustique, avec des enregistrements aléatoires du bruit environnant, dont tous les résultats se situaient dans des paramètres normaux.

Parmi les rares actions de coopération de la partie étasunienne a figuré la remise tardive de certains échantillons sonores supposément liés aux faits communiqués, lesquels ont fait l’objet d’une expertise technique exhaustive.

En ce sens, le lieutenant-colonel Juan Carlos Molina Campos, ingénieur en télécommunications, a précisé que l’analyse des signaux des trois enregistrements remis aux autorités cubaines par la partie étasunienne, « permet d’affirmer catégoriquement que les personnes ayant réalisé ces enregistrements n’étaient pas soumises à un niveau de pression acoustique élevé, car pour qu’il y ait un dommage à la santé, les personnes doivent être exposées « à des niveaux dépassant les 80, 90 ou 100 décibels ».

Quant au Dr ès Sciences physiques Carlos Barcelo Pérez, il a déclaré : « Les niveaux que nous avons mesuré sont de l’ordre de 74 décibels environ, et ce niveau ne correspond pas à la zone des traumatisme auditifs, car pour qu’il y ait un traumatisme permanent, les niveaux doivent être supérieurs à 120 ou 130 décibels. Mais, de toute évidence, comme le montrent les enregistrements, les niveaux sonores sont bien loin de ceux susceptibles de provoquer un dommage auditif ».

Les paramètres établis par l’Académie d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie de la tête et du cou des États-Unis concernant les dommages observés chez les humains exposés aux armes acoustiques se situent à des intensités supérieures aux 90 décibels. Dans aucun cas les échantillons auditifs n’ont dépassé ces niveaux, ce qui a été prouvé sur les plans technique, de l’expertise et scientifique.

Bien que l’utilisation de moyens techniques pour perpétrer ces prétendues agressions de manière intentionnelle n’ait pas été confirmée, l’analyse rigoureuse à laquelle il a été procédé a révélé des coïncidences avec les sons émis par certaines espèces d’insectes, notamment des grillons et des cigales.

Le lieutenant-colonel Molina Campos a déclaré ce qui suit : « Nous avons réalisé un test. Nous avons effectué un enregistrement dans un parc de notre capitale et nous l’avons caractérisé. Nous avons appliqué les mêmes techniques de traitement numérique que nous avons appliqué aux échantillons audio qui nous ont été remis au son de la cigale que nous avons enregistré, et, comme par hasard, nous avons pu constater qu’il s’agit également d’un son d’une fréquence d’environ 7 kilocycles, d’une largeur de bande approximativement égale aux 3 KHz et qui est audiblement très ressemblant. Nous avons aussi procédé à une comparaison des spectres de tous les signaux enregistrés avec le spectre que nous avons enregistré, et il est évident que ce bruit commun ressemble beaucoup au son émis par une cigale ».

Ces insectes vivent dans les régions côtières, rurales et urbaines sur l‘ensemble de l’archipel cubain, et ils ont été identifiés lors du travail de terrain réalisé dans les zones proches des résidences des diplomates étasuniens.

Des chercheurs nord-américains reconnaissent que les bruits causés par un groupe de cigales peuvent atteindre les 90 décibels ; alors que les sons des grillons peuvent atteindre des niveaux sonores de l’ordre de 95 décibels. Dans les deux cas, une exposition prolongée à ces sons peut entraîner une perte auditive, de l’irritation et de l’hypertension.

Les chercheurs cubains ont démontré, à la suite d’une étude approfondie, une similitude entre les échantillons sonores qui leur ont été confiés et le son de ces insectes. Le résultat a été présenté à la contrepartie nord-américaine comme la cause plausible de certains des incidents sonores rapportés.

Jusqu’à présent, les États-Unis n’ont donné aucune réponse sur les informations qui leur ont été remises, alors que certaines autorités de ce pays, citées par des médias internationaux, sous la couverture de l’anonymat, ont affirmé que les bruits présumés ressemblent aux sons émis par ces insectes.

UNE RÉPONSE OPPORTUNE AUX « SOUPÇONS »

Deux attaques acoustiques supposées ont été rapportées le 25 avril. À cette occasion, les fonctionnaires étasuniens ont fait part au ministère cubain des Relations extérieures d’agressions soniques dans des chambres de l’hôtel Capri, où séjournaient un diplomate de l’ambassade et un médecin nord-américain dépêché dans l’Île pour examiner les victimes hypothétiques des présumées incidents.

Indépendamment du fait que plusieurs jours se sont écoulés entre la survenue des prétendus faits et le moment où ils ont été rapportés, les autorités cubaines ont aussitôt déclenché les investigations de rigueur. Il a été procédé à une inspection des locaux, des aires environnantes et d’autres zones distantes, et elles ont conclu qu’il n’y avait pas de traces physiques ni de preuves matérielles suffisantes pour l’enquête.

Le personnel administratif et des services, ainsi que plusieurs témoins ont affirmé n’avoir entendu aucun son étrange ni avoir présenté de symptômes pour cause d’exposition à des bruits.

Dans le cadre de l’analyse, des d’échantillons de sons ont révélé un environnement à prédominance silencieuse, et l’herméticité des fenêtres des chambres a été confirmée. De même, un test a été réalisé, qui a comporté l’émission de son d’une fréquence et d’une puissance plus élevées que ceux enregistrés par les prélèvements audio étasuniens, et il a été constaté qu’ils ne pouvaient être audibles à l’intérieur d’aucune des deux chambres.

À cet égard, le lieutenant-colonel Ernesto Pico Bello, premier expert-criminaliste du ministère de l’Intérieur, a expliqué : « Dans un rayon de jusqu’à 150 mètres des zones extérieures de l’installation, il n’existe aucun bâtiment au niveau des chambres permettant d’installer une source sonore d’une puissance de 120 décibels pouvant être considérée comme nocive pour l’oreille humaine ou qui puisse être entendue de l’intérieur de ces chambres, alors que la fenêtre est fermée et provoquer une contamination acoustique nocive pour les clients de l’hôtel ».

Face à un panorama prétendument incertain d’agressions contre des diplomates étasuniens, des mesures de sécurité et de protection auraient dû être adoptées, de même que la restriction des mouvements en territoire cubain et la limitation des voyages à Cuba des fonctionnaires et de leurs familles.

Or, leur comportement a été complètement différent. Une preuve en est que le 17 février, date à laquelle les attaques ont été rapportées pour la première fois, et jusqu’au 16 du même mois, les diplomates étasuniens ont notifié au ministère cubain des Relations extérieures 15 voyages en dehors de la capitale à des fins de loisirs. Par ailleurs, entre février et juin, l’ambassade des États-Unis a demandé un total de 293 visas, dont 158 pour les familles et amis des fonctionnaires accrédités dans l’Île, qui se sont déplacés librement dans tout le pays pour des activités de détente.

Le lieutenant-colonel Estrada Portales a souligné qu’il avait été surpris par le fait qu’ « au moment de la notification des faits par l’ambassade des États-Unis, le chef du Département de sécurité diplomatique du ministère cubain de l’Intérieur s’était entretenu avec le chef de l’Aire de sécurité de ce siège diplomatique, et qu’après lui avoir demandé plusieurs précisions sur ces faits, en vue de lancer une enquête, ce fonctionnaire ignorait tout de ces incidents ».

Et d’ajouter : « Ceci est surprenant pour deux raisons essentielles : premièrement, il s’est avéré par la suite que ce fonctionnaire, chef de l’Aire de sécurité, qui avait déclaré ne pas être au courant de ces incidents, a été cité comme une des personnes attaquées ; et, deuxièmement, ce qui est non moins important : il ignorait tout des attaques contre ses fonctionnaires et leurs familles, alors que sa fonction à Cuba était précisément de veiller à la sécurité et à la protection de ces fonctionnaires et de leurs familles ».

DES OBSTACLES À L’ENQUÊTE

Au cours de cette période d'enquête, le manque de volonté des autorités étasuniennes de coopérer à l’éclaircissement des faits est apparu clairement. En effet, elles n'ont fourni aucune des informations nécessaires et n'ont pas coopéré aux efforts d'enquête du ministère cubain de l'Intérieur.

Dans la pratique, les enquêteurs cubains n’ont eu qu’un accès tardif aux bâtiments qui auraient été touchés et à la remise de nouvelles preuves des soi-disant agressions sonores.

À cet égard, le lieutenant-colonel Estrada Portales a déclaré : « Les autorités des États-Unis ont demandé à Cuba de prendre en charge l'enquête, l’éclaircissement et l'élimination de ces faits, sans qu’elle puisse en assumer la pleine responsabilité qui lui revient en tant que pays concerné par cette enquête. Elles n'ont donné accès ni aux enquêteurs, ni aux faits, les informations ayant été communiquées des mois, des jours et des heures après leur survenue ; elles n’ont pas donné accès non plus ni aux victimes ni aux témoins. Il est impossible de connaître quelle pourrait être la contribution d’une victime si on ne peut pas l’interroger. »

Et d’ajouter : «  Or, les autorités des États-Unis ne nous ont pas autorisés à interroger les victimes, elles ont refusé de nous fournir les déclarations auxquelles nous leur avons demandé de procéder elles-mêmes, non seulement pour leur utilisation dans le sens strict de l'enquête policière, mais aussi afin de les remettre aux experts, aux scientifiques et aux spécialistes qui auraient pu analyser les déclarations des victimes sur la survenue des faits dénoncés. ».

Les diplomates étasuniens touchés par de prétendues attaques acoustiques constituaient l’une des preuves essentielles à évaluer par les experts cubains pour l’éclaircissement des faits. Cependant, le gouvernement des États-Unis a refusé l'accès à ces personnes et les a transférées dans leur pays, en interdisant qu’elles soient examinées par des experts.

Les États-Unis n'ont pas facilité non plus les échanges entre les scientifiques cubains et l'équipe médicale du Département d'État qui a été dépêchée sur l'île pour évaluer les dommages présumés, causés aux diplomates.

« Nous avons toujours été prêts à prendre en charge ces patients, à enquêter sur ce qui s'était passé. Le système de santé cubain dispose de tous les moyens, mais il n’y a vraiment eu aucune coopération et nous n'avons eu que des communications qui, à notre avis, n’avaient aucun caractère d’expertise sur ce qui s'était produit », a déclaré le Dr Manuel Jorge Villar Kuscevic, spécialiste en oto-rhino-laryngologie et en chirurgie de la tête et du cou.

Quant au rapport médical émis par les autorités étasuniennes sur l'évaluation des 20 personnes soi-disant touchées par l'exposition à des bruits intenses, il n’a qu'une seule page. Un rapport par ailleurs très général qui ne contient pas les éléments techniques requis dans ce type de document.

Le Dr Villar Kuscevic a ajouté que toute l’enquête qui a été effectuée a été menée à partir de données incomplètes. « Nous n'avons pas vraiment eu d'informations scientifiques et fiables qui nous auraient permis de parvenir à une conclusion dans un sens ou dans un autre », a-t-il affirmé.

Le Dr Alida Suarez Landrian a déclaré : « Les seuls documents que nous ayons reçus de nos homologues, ce sont des rapports non spécifiques. Des études vestibulaires et audiométriques ont été réalisées, mais où sont ces études ? Où sont les résultats de ces études ? Si nous ne voyons pas les études, si nous ne voyons pas les résultats de ces études, comment pouvons-nous dire qu'il y a eu tel dommage ou qu’il n’y en a pas eu ? Nous n'avons ni base scientifique ni base solide pour effectuer un diagnostic.

« Nous n'avons pas pu pratiquer d’examen physique et oto-rhino-laryngologique. Par ailleurs, d’une manière générale, nous ne connaissons pas tout de l'environnement de santé de ces personnes », a déclaré le Dr Martha Beatriz Martinez Torres.

Tout au long du processus, les autorités des États-Unis se sont montrées systématiquement réticentes à rapporter les faits allégués. Tous ont été signalés tardivement, bien que le Département de la sécurité diplomatique du ministère de l'Intérieur ait ouvert cinq numéros de téléphone exclusifs pour que l'ambassade des États-Unis à La Havane puisse signaler directement tout incident.

À cet égard, le lieutenant-colonel Estrada Portales a déclaré : «  Les autorités des États-Unis ont rapporté tous les faits de manière tardive et partielle. Le 25 avril, nous avons été informés d’un incident survenu prétendument 30 jours plus tôt, le 30 mars. Le 6 avril, à 14 heures, l'ambassade a signalé un incident qui se serait produit soi-disant la veille, dans la nuit. Lorsque nos forces se sont présentées sur les lieux pour mener l'enquête, elles n'ont pas été autorisées à rencontrer les victimes ni à pénétrer dans les lieux où s’étaient produits ces faits, ce qui a entravé l’exécution des actions policières qui s’imposaient pour éclaircir les faits, malgré les informations tardives. »

Bien que les prétendues attaques soniques soient liées à des secteurs et à des technologies peu connus à Cuba, les autorités étasuniennes ont refusé la proposition cubaine de procéder à des échanges techniques au niveau d’experts, et n’ont pas non plus facilité l'utilisation de leurs technologies dans le domaine des enregistrements soniques et infrasoniques.

Il s’avère contradictoire que les États-Unis n'aient pas souhaité coopérer pleinement à ce niveau, alors des expériences positives d’échanges sont connues, notamment dans des domaines concernant la sécurité, tels que le trafic de stupéfiants, le blanchiment d'argent et le terrorisme, la plupart de ces échanges ayant été réalisés dans un environnement où les relations diplomatiques n'existaient pas, ce qui prouve que des résultats sont possibles lorsqu'il y a une réelle volonté politique.

La coopération bilatérale dans le domaine des technologies de l'information et de la communication en 2013, lorsque des cyberattaques contre des installations technologiques et militaires aux États-Unis avaient été enregistrées, en est un exemple. Lors de cet incident, les équipements cubains avaient été préalablement contrôlés depuis l’étranger, afin d'utiliser les infrastructures nationales comme des ponts et présenter l'Île comme un agresseur présumé.

À cette occasion, des échanges bilatéraux avaient eu lieu aux niveaux technique, opérationnel et politique, ce qui avait permis un éclaircissement rapide des faits et même la réalisation d’enquêtes par les autorités étasuniennes.

À cet égard, le lieutenant-colonel Estrada Portales a déclaré : « Comme nous l’avons répété aux fonctionnaires des États-Unis, il s'agit d'une enquête en cours de développement. Mais pour qu'elle soit couronnée de succès, la participation pleine et responsable des autorités de ce pays s’avère essentielle.

Elles doivent nous permettre l'accès à leurs experts qui ont participé, selon leurs dires, à l'enquête de leur côté ; permettre l'accès à la déposition des témoins, ainsi qu’aux véritables déclarations des victimes sur ce qui s'est passé et quels ont été les symptômes et autres détails indispensables aux actions policières qui doivent être menées, en plus de celles qui devront être effectuées pour le groupe pluridisciplinaire d’experts concernés par cette enquête.

À l'heure actuelle, après des demandes répétées de la partie cubaine, il n'a été possible d'établir une coopération qu’avec les agences spécialisées étasuniennes pour enquêter sur les faits allégués.

Par contre, il s’est avéré impossible d’avoir des échanges avec l'équipe médicale qui a examiné les victimes présumées, ni avec des experts en matière de technologie et d’acoustique.

En ce sens, durant les mois de juin, août et septembre 2017, trois rencontres entre spécialistes des États-Unis et leurs homologues cubains ont eu lieu sur l'île, lesquelles se sont déroulées dans un climat constructif et professionnel, au cours desquelles la partie étasunienne a exprimé son intention de coopérer plus étroitement à l'enquête sur les incidents allégués.

Les membres de la délégation des États-Unis ont indiqué qu'ils ne disposaient d'aucune preuve permettant de confirmer la survenue des attaques mentionnées et ils ont signalé l'absence d'hypothèses sur l'origine des troubles de santé signalés par leurs diplomates.

La porte-parole du Département d'État, Heather Nauert, a reconnu publiquement que son gouvernement n'avait pas été en mesure de déterminer la cause ou le coupable des incidents sonores présumés.

Les chercheurs étasuniens ont déclaré qu’ils n’excluaient pas la possibilité que les symptômes éprouvés par les diplomates soient causés par d'autres causes que les soi-disant attaques acoustiques, d'où la poursuite des enquêtes.

Ils ont également reconnu le rôle de Cuba dans le processus d'enquête.

Et le lieutenant-colonel Estrada Portales de conclure : « Lors des échanges avec les fonctionnaires des États-Unis, ceux-ci ont reconnu que Cuba n'avait aucune responsabilité dans la perpétration des attaques qu’eux-mêmes dénonçaient. Ils ont également reconnu que Cuba était un lieu où, historiquement, ils avaient mené leurs activités diplomatiques dans une atmosphère de calme et de protection, et que notre pays avait toujours garanti les mesures nécessaires au développement du travail des fonctionnaires de l'ambassade des États-Unis. »

CONCLUSIONS PARTIELLES DE L’ENQUÊTE

Les autorités cubaines ont déployé toutes les possibilités d'enquête sur la base des informations fournies par la partie étasunienne.

• Il a été démontré l’inexistence de preuves indiquant la survenue des attaques acoustiques alléguées ;

• Il n'a pas été possible d'établir d’hypothèses d’enquête sur l'origine de ces faits, qui par leur nature sont éminemment sensoriels et ne laissent ni empreintes, ni traces, un aspect partagé par les représentants des agences spécialisées des États-Unis qui ont été dépêchés à Cuba.

• Il n’a pas non plus été identifié d'éventuels auteurs ni de personnes ayant un mobile, l'intention ou les moyens d’exécuter ce type d'action. Le travail effectué par l'équipe d'enquêteurs cubains et les informations fournies par les fonctionnaires étasuniens n'ont pas permis d'établir l'incidence de personnes ou de moyens suspects sur les lieux des faits ou aux alentours.

• L'équipe de médecins et des scientifiques cubains, au terme de l'analyse technique et d’expertise des échantillons sonores fournis par les États-Unis, ont certifié l'impossibilité que ceux-ci puissent causer les problèmes de santé décrits par les diplomates.

Tout au long du processus d'enquête, les autorités cubaines ont fourni des informations à leurs homologues étasuniens, à travers des notes verbales remises à l'ambassade des États-Unis et des réunions diplomatiques et de sécurité.

LA MANIPULATION POLITIQUE

La politisation de cette question, illustrée par les récentes décisions du gouvernement des États-Unis de réduire son personnel diplomatique à Cuba et d’ordonner le départ de 15 fonctionnaires de l'ambassade cubaine à Washington, sans que cette décision ne soit étayée par des preuves ou des résultats concluants de l'enquête en cours, ne profite qu'à un petit groupe de l'extrême droite anticubaine, dirigée par le sénateur Marco Rubio, qui insiste sur le maintien d’une politique hostile contre l'île, au détriment des véritables intérêts des États-Unis et de son peuple, qui a donné des preuves de soutien à la normalisation des relations entre les deux pays.

Rubio, un opposant à tout rapprochement avec La Havane, a envoyé récemment une lettre – associé à quatre autres sénateurs –, au Secrétaire d'État Rex Tillerson, dans laquelle il demande l'expulsion de tous les diplomates cubains de Washington et la fermeture éventuelle de l'ambassade de ce pays à Cuba, en représailles des soi-disant « attaques acoustiques ».

La décision de réduire le personnel diplomatique étasunien à Cuba a été rejeté par Barbara Stephenson, présidente de l’American Foreign Service Association, un syndicat qui représente les diplomates étasuniens et regroupe 16 000 membres. La fonctionnaire a déclaré que les problèmes de santé allégués ne justifient pas un retrait massif des fonctionnaires.

Cette position a été soutenue par d'importantes personnalités et hommes politiques étasuniens, qui ont qualifié la réaction de la Maison-Blanche d’excessive et erronée, estimant que cela signifiait un retour aux politiques ratées de la Guerre froide et répondait à l'intérêt de certains individus d'interrompre le processus de normalisation.

La mise en œuvre des mesures citées précédemment, ainsi que d'autres telles que la suspension indéfinie des réunions bilatérales sur l'île, la visite à Cuba de délégations officielles, les restrictions dans la délivrance des visas par le consulat des États-Unis à La Havane et l'avertissement aux voyageurs étasuniens de ne pas se rendre à Cuba, constituent un recul dans les relations bilatérales, ce qui nuit aux échanges et à la coopération dans divers domaines d'intérêt commun, notamment dans les quelques relations économiques limitées et dans le domaine de la migration.

Cette situation, due à des intérêts politiques, compromet la préservation de la sécurité nationale des deux pays, car elle affecte les accords en matière de migration et d'application et de respect de la loi, avec un impact direct sur la lutte contre des délits transnationaux tels que le terrorisme, le trafic de drogue, les cyberattaques et la traite des êtres humains, entre autres.

Tout au long de l'histoire révolutionnaire, il a été démontré que Cuba respecte avec rigueur et le plus grand sérieux ses obligations internationales, dont la protection de tous les diplomates, sans exception.

Par ailleurs, l’Île est universellement reconnue comme une destination sûre. Une analyse de l’agence Data World, publiée au début d'avril 2017 et basée sur les avertissements concernant les voyages émis par le Département d'État au cours des sept dernières années, a révélé que Cuba était l'un des pays les plus sûrs pour le tourisme étasunien. Au cours de cette période, le Département d'État n'a émis aucun de ses avertissements en matière de sécurité concernant notre pays et n'a pas non plus inscrit l'île sur la liste des 25 pays les plus dangereux pour l'intégrité physique de ses citoyens.

Au cours des deux dernières années, depuis le début du processus de normalisation des relations, le nombre de visiteurs nord-américains à Cuba a augmenté. Cette année seulement, on en a enregistré plus d'un demi-million, sans compter les voyages des Cubains résidant dans ce pays, qui s'élèvent à plus de 320 000.

Cuba n'attaquerait jamais ou ne permettrait jamais l'utilisation de son territoire pour porter atteinte à des diplomates ou des citoyens étasuniens, ou de n'importe quel pays du monde.

Cependant, plus de 150 attentats ont été perpétrés contre des missions diplomatiques et des entités cubaines dans près de 20 pays, dont l'ambassade de Cuba auprès des Nations Unies et à l’époque Bureau des intérêts de Cuba à Washington. Ces actes terroristes, perpétrés par des groupes basés aux États-Unis, se sont soldés par un nombre considérable de morts ou de blessés parmi les diplomates, notamment Felix Garcia Rodriguez, assassiné le 11 septembre 1981 à New York.

Depuis le triomphe de la Révolution cubaine, l'Île a été la cible directe d'agressions constantes de toutes sortes, parrainées par différentes administrations étasuniennes, qui ont pratiqué le terrorisme d'État.

Le sabotage du cargo La Coubre et le magasin El Encanto, l'attaque mercenaire par Playa Giron, l’explosion en plein vol d’un avion civil cubain et les attentats à la bombe dans différents hôtels et centres touristiques du pays, parmi tant d'autres agressions, ont atteint douloureusement un peuple tout entier, avec un solde de 3 478 morts et 2 099 handicapés physiques à vie.

En dépit de ces agressions permanentes contre le peuple cubain, la Révolution a maintenu comme principe le respect de l'intégrité physique et morale de tous les êtres humains

Comme nous l’avons répété à maintes reprises, Cuba a la volonté de poursuivre les négociations sur les affaires bilatérales avec les États-Unis, sur la base de l'égalité et du respect absolu de notre souveraineté et de notre indépendance. Cuba et les États-Unis peuvent coopérer et vivre ensemble de manière civilisée, malgré de profondes différences, dans l’intérêt des deux peuples.