ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Roberto Chile

CE précepte, qui avec d’autres intègre le concept de Révolution énoncé par Fidel, trouve son fondement dans la conception martinienne selon laquelle « hors de la vérité, il n’y a pas de salut », et « c’est celui qui dit à temps la vérité qui commande. La vérité bien dite, dite à temps, dissipe, telle la fumée, ses ennemis ».

Dans le concept de Fidel, cette conception se répète et se reproduit. Comme il n’a jamais aspiré à rien pour lui, dans sa conduite et son action révolutionnaire, la vérité fut sa compagne inséparable. Étranger au mensonge, il plaça dans la vérité la plus grande expression du respect du peuple ; sans attentes personnelles de gloire ou de pouvoir, il fut au service du devoir, au service de la Patrie.

À son arrivée à La Havane le 8 janvier 1959, à Ciudad Libertad, il exprima clairement ce que signifiait la vérité pour lui : « Tromper le peuple, éveiller en lui de fausses illusions apporterait toujours les pires conséquences, et j’estime qu’il faut le prévenir contre l’excès d’optimisme.

« Comment l’Armée rebelle a-t-elle gagné la guerre ? En disant la vérité. Comment la tyrannie a-t-elle perdu la guerre ? En mentant aux soldats. »

Il allait s’exprimer dans le même sens dans son discours prononcé sur l’Avenue Garzon, à Santiago de Cuba, le 30 novembre 1959, sur quelque chose qui fut récurrent dans son action. « Vous savez que je vous ai toujours dit la vérité. Vous savez que je dirai toujours la vérité au peuple. Vous savez que je vous ai toujours parlé clairement […] Vous savez que j’ai toujours tenu parole. Vous savez que j’ai toujours été loyal envers le peuple. Vous savez que jamais je n’ai eu recours aux hypocrisies ni aux mensonges, et que je me suis toujours efforcé d’expliquer au peuple et de lui enseigner le peu que je peux lui enseigner, pour lui ôter la bande et ouvrir les yeux du peuple face aux réalités de sa patrie.

« […] Plus d’une fois j’ai dû émettre des opinions qui peut-être ne coïncident pas avec celles des gens qui m’écoutent. J’ai fait une loi de ma conduite envers le peuple de toujours lui dire la vérité, d’être franc, d’être sincère, d’être honnête, de ne pas lui parler pour conquérir des sympathies. »

Avec la vérité, il a conquis des millions de volontés, il a fait trembler ses adversaires. Tout comme l’amour qu’il voua à son peuple, avec la vérité il l’a défendu face à toutes les adversités et les menaces.

Il n’a pas craint d’exposer ses vérités, même dans les plus difficiles situations. Il a démonté tous les mensonges inventés par ses ennemis pour dissimuler leurs intérêts et leurs objectifs. Il a dénoncé les gouvernements corrompus ; avec la vérité il s’est imposé face au tribunal qui l’a jugé pour l’attaque des casernes Moncada et Carlos Manuel de Cespedes, et à travers Radio Rebelde, il se servait de cette même vérité pour informer le peuple du déroulement des actions contre l’armée de la tyrannie, gagnant la crédibilité populaire, voire celle de ses propres adversaires. Avec la vérité, il a toujours informé le peuple de chaque événement ou décision, aussi triste, dure ou difficile fût-elle.

Jamais il ne conçut le mensonge comme un instrument de domination, ce ne fut ni un trait de sa personnalité ni le style de son action politique ; jamais il ne l’accepta et il le fustigea durement. C’est pourquoi, dans la Révolution des humbles, avec les humbles et pour les humbles, qu’il organisa et dirigea, il n’est concevable ni de mentir ni de violer les principes éthiques qui la sous-tendent et qui lui ont donné son existence et sa crédibilité ; le faire reviendrait à la priver de son fondement moral le plus sacré, l’arme la plus redoutée par l’empire et ses disciples.

Durant toutes ses années à la tête du processus révolutionnaire cubain, il nous a laissé sa conception philosophique sur la signification de la vérité, sur l’importance de ne pas mentir et de ne pas violer de principes éthiques. Il suffit de lire ses discours, ses interventions dans les diverses tribunes, ses entrevues et les opinions et les témoignages de ses plus proches collaborateurs et de ceux qui l’ont connu pour avoir une idée de la valeur qu’il accordait à ces préceptes.

Il est frappant de constater que dès 1959, au milieu des complexités de la conduite du processus révolutionnaire, marqué par une violente lutte de classes, les contradictions engendrées par le nouveau pouvoir et ses changements radicaux, la fragmentation de la société et les actions incessantes déployées par l’empire pour détruire la Révolution naissante, Fidel dévoila sa position sur la nécessité d’exposer, avec un courage et une fermeté absolus, la vérité révolutionnaire comme moyen efficace contre le mensonge.

Lorsque la première grande campagne de mensonges, de calomnies et de diffamation contre notre pays fut orchestrée depuis les États-Unis à la suite de notre décision légitime de juger les plus notoires et sanguinaires officiers de l’armée de la dictature de Batista, qui avaient assassiné des centaines de Cubains, Cuba répondit par l’Opération Vérité. Elle prévoyait, entre autres, d’inviter des journalistes des États-Unis et d’Amérique latine afin qu’il puissent constater de leurs propres yeux ce qui se passait pendant ces premières semaines qui succédèrent au triomphe révolutionnaire ; la dénonciation publique de Fidel devant le million de Cubains réunis à l’ancien Palais présidentiel et les journalistes invités, et sa rencontre ultérieure, pendant plusieurs heures, avec 380 d’entre eux, venus de tous les coins du continent, À cette occasion, le leader cubain leur expliqua que leur présence avait pour but d’éviter la propagation de calomnies. Il les invita à parler avec le peuple, à découvrir la réalité de Cuba, à connaître la vérité.

Recourir aux médias a toujours été son style pour dénoncer, éclaircir, démentir, informer, persuader et mobiliser les masses.

Dans ses discours de la première année, Fidel nous a enseigné que le meilleur moyen d’imposer la vérité était de divulguer l’œuvre même de la Révolution, qu’elle soit vue tant par les amis que par les ennemis pour faire connaître les événements à Cuba, la vérité sur notre pays, « car nous nous soumettons au jugement de l’opinion publique, nous n’avons rien à cacher ; qu’ils viennent voir, qu’ils viennent pour que le mensonge ne prospère pas […] Que tout le monde puisse venir voir la vérité sur ce qui se passe à Cuba, sur ce que nous faisons à Cuba ».

Dans sa conception, la vérité doit être dite, à l’intérieur comme à l’extérieur, il faut l’exprimer sans crainte, même si elle nous vaut des ennemis, et il faut la dire pas seulement aux amis, il fallait aussi la dire aux adversaires, y compris dans son propre territoire.

À cet égard, dans le discours prononcé à Central Park à New York, le 24 avril 1959, Fidel signalait : « Je ne suis pas venu ici pour mentir, je ne suis pas venu ici pour cacher quoi que ce soit, car notre Révolution n’a rien à cacher […] Je suis simplement venu faire ce que nous avons fait dans notre patrie, parler au peuple, lui dire la vérité, exposer notre ligne de pensée. »

Un autre enseignement de Fidel, c’est qu’avec le mensonge on ne saurait conquérir la participation des peuples aux processus politique.

Dans une réflexion sur les effets du mensonge au sein de l’armée de la tyrannie, il affirma que « des mensonges ont poussé les instituts armés au suicide, ces mensonges les ont poussés à la loyauté jusqu’au dernier moment, et c’est alors qu’ils ont dû faire face à la vérité selon laquelle, une fois défaits sur le champ de bataille, ils n’avaient pas d’autre choix que de se résigner à être dissous comme instituts au sein de la nation.

« Certains affirmaient que l’on pouvait faire une révolution avec l’armée ou sans l’armée, mais jamais contre l’armée, et pas mal de mensonges conventionnels sont tombés comme des châteaux de cartes, parce qu’il a été prouvé qu’il était possible de faire une révolution non inspirée par la faim, et qu’il était possible de faire une révolution sans l’armée et contre l’armée. »

La maxime selon laquelle jamais, pour aucune raison, nous ne prostituerons notre conscience par le mensonge ou l’hypocrisie est d’une grande valeur, car notre Révolution n’est pas une Révolution de force, mais de raison et de cœur ; c’est une Révolution d’opinion publique et non d’opinion publique préfabriquée ou fabriquée à base de mensonges, mais une opinion publique faite à base de vérité, non à base d’hypocrisie ou de démagogie, mais à base de sincérité. Le dirigeant à une très grande responsabilité envers le peuple et envers le droit de toujours lui dire la vérité.

Chez Fidel, le concept de ne jamais mentir acquiert sa plus haute expression lors qu’il affirme, avec emphase : « Si nous succombons, ce sera avec la vérité, et personne ne pourra dire que nous avons succombé ni avec la démagogie ni avec l’hypocrisie, mais avec la vérité. »

*Directeur de recherches à l’Institut d’histoire de Cuba