ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

LORS de la série de conversations migratoires qui se sont déroulées à Washington le 11 décembre, les délégations de Cuba et des États-Unis ont convenu de reconnaître l'impact positif de la Déclaration conjointe signée le 12 janvier 2017 et, plus précisément, l'élimination de la politique dite des « pieds secs-pieds mouillés » et du « Programme de Parole pour les professionnels cubains de la santé » dans la diminution de l'émigration irrégulière de Cuba vers ce pays.

Pour sa part, la partie cubaine a fait part de sa profonde préoccupation quant aux conséquences négatives pour les relations migratoires entre les deux pays des décisions unilatérales, infondées et politiquement motivées adoptées par le gouvernement des États-Unis en septembre et octobre 2017. À cet égard, Cuba a renouvelé sa mise en garde contre l'impact négatif de la suspension de l'octroi de visas au consulat des États-Unis à La Havane qui, en paralysant les procédures des citoyens cubains pour se rendre dans ce pays ou y émigrer, entrave gravement les relations familiales et les échanges en tout genre entre les deux peuples.

Le 12 janvier 2017, après près d'un an de négociations et encouragés par le rétablissement des relations diplomatiques, le 20 juillet 2015, fondé sur le respect mutuel et la volonté politique de renforcer ces liens et de créer de nouveaux terrains d’entente sur diverses questions d'intérêt commun, les deux gouvernements sont parvenus à conclure ce nouvel accord migratoire qui, comme prévu, a commencé à contribuer à la normalisation des relations migratoires, qui ont été marquées dès le triomphe de la Révolution par l’application de politiques agressives en la matière par les administrations nord-américaines successives, attisant la violence et encourageant la migration irrégulière et le trafic des personnes, causant la mort de nombreux innocents.

Comme l’a qualifié la Déclaration du Gouvernement révolutionnaire parue le 12 janvier 2017, il s'agit d'une « étape importante dans le progrès des relations bilatérales, [...] visant à garantir une migration régulière, sûre et ordonnée », qui a eu un impact immédiat sur la diminution manifeste des flux migratoires irréguliers.

Entre le 12 janvier et septembre 2017, selon les statistiques des autorités nord-américaines, seulement 2 057 Cubains sont arrivés aux États-Unis sans visa, la plupart d'entre eux par la frontière avec le Mexique. Les chiffres du Département d'État indiquent que l'accord a réduit le flux total d'immigration en provenance de Cuba de 64% par rapport à l'année fiscale 2016, et le nombre de migrants irréguliers interceptés en mer a diminué de 71%.

Pour sa part, le Commandement des troupes des gardes-frontières a révélé qu'après l'entrée en vigueur de l'accord, 60 incidents ont été enregistrés, avec 666 participants, ce qui représente une baisse de 94% des incidents et 92% des participants par rapport à 2016, confirmant ainsi une réduction significative et un impact dissuasif de la Déclaration conjointe, qui a comporté l'élimination de la politique des « pieds secs-pieds mouillés ». Sur ce total, il n’a été recensé que 24 départs à destination du territoire nord-américain, avec 190 participants, qui ont été interceptés par la Garde côtière nord-américaine et ont été restitués à Cuba, conformément aux accords.

Fidèle à ses obligations internationales et à sa législation, le Gouvernement de la République de Cuba s'est pleinement conformé à ce nouvel accord et a adopté les mesures internes nécessaires pour continuer d’empêcher les départs irréguliers, lutter contre le trafic et la traite des personnes, ainsi que la fraude des papiers d’identité, tout en maintenant une coordination étroite avec ses homologues nord-américains et les pays voisins, dans lesquels le nouvel accord a également eu un impact positif.

Conformément à ce qui a été convenu, les autorités compétentes des deux pays, déterminées à décourager les actes illégaux liés à la migration irrégulière, ont adopté des mesures efficaces pour faire face à ces manifestations et ont encouragé la coopération bilatérale en vue de prévenir et sanctionner la traite des personnes, ainsi que les délits liés aux mouvements migratoires, qui mettent en danger la sécurité nationale des deux nations.

Depuis son entrée en vigueur, 600 migrants en situation irrégulière aux États-Unis et 1 930 en provenance d'autres pays ont été rapatriés, pour un total de 2 530, la majorité depuis le Mexique et les Bahamas.

Conformément à ce qui avait été établi, 78 citoyens cubains déclarés par les États-Unis comme « expulsables » (des personnes jugées inadaptables, incompatibles avec le système de vie aux États-Unis) ont été reçus à Cuba, remplaçant un nombre similaire initialement inclus dans la liste de

2 746 personnes, convenue dans le Communiqué conjoint du 14 décembre 1984, alors que de nouveaux cas sont en cours de traitement. De même, le rapatriement d'autres citoyens cubains qui se trouvent aux États-Unis et qui avant la signature de la Déclaration conjointe avaient été interceptés par les autorités nord-américaines lorsqu'ils tentaient d'entrer ou de séjourner irrégulièrement dans ce pays, a été analysé et décidé au cas par cas.

L'adoption et la concrétisation de cet accord ont été conformes à la volonté du gouvernement cubain d'actualiser, dans l'exercice de sa souveraineté, la politique migratoire actuelle et de l'adapter aux conditions du présent et de l'avenir prévisible, comme en témoigne l'application, au cours des cinq dernières années (14/1/2013), d'une importante série de mesures qui se sont poursuivies avec l'entrée en vigueur, le 1er janvier dernier, de quatre autres visant à renforcer encore plus les relations de Cuba avec son émigration.

Depuis le début de cette année, l'obligation pour les enfants de Cubains, nés à l'étranger, de résider à Cuba au moins 90 jours, pour obtenir la citoyenneté cubaine et leur carte d'identité a été supprimée ; de même que l’« habilitation» du passeport des ressortissants cubains pour entrer sur notre territoire ; l'entrée et la sortie des Cubains résidant à l’étranger sur les bateaux de plaisance ont été autorisées à travers les Marinas touristiques internationales Hemingway et Gaviota-Varadero, et l'entrée de ceux qui ont quitté illégalement le pays, à l'exception de ceux qui l'ont fait par la base navale nord-américaine illégale des États-Unis à Guantanamo.

Environ cinq ans après l'entrée en vigueur de ces mesures visant à actualiser la politique migratoire, plus de 2,6 millions de citoyens cubains se sont rendus dans différentes parties du monde au cours de ces cinq années, dont plus de 896 000 aux États-Unis.

Malgré les résultats de la mise en œuvre des accords au cours de l'année écoulée, la politique actuelle de l'administration Donald Trump pose un ensemble de défis à l’application de la Déclaration conjointe qui peuvent avoir des implications pour la sécurité des deux pays, une situation contre laquelle les autorités nord-américaines ont été mises en garde.

À cet égard, le gouvernement des États-Unis a été instamment invité à s'acquitter de l'obligation qui lui incombe de délivrer pas moins de 20 000 documents de voyage par an aux citoyens cubains pour qu'ils émigrent dans ce pays, et il a mis en garde contre les obstacles que comporte la désignation de son ambassade en Colombie comme centre de traitement et de délivrance des visas d'immigrants, et d'autres dans des pays tiers pour les demandes de voyage temporaire.

L'expulsion arbitraire d'un groupe important de fonctionnaires de l'ambassade cubaine à Washington a également un impact négatif sur cette question, puisqu'elle a considérablement nui au fonctionnement de la mission diplomatique, en particulier du consulat et des services qu'il offre aux Cubains résidant aux États-Unis, ainsi qu’à l'attention portée aux citoyens nord-américains qui continuent de s'intéresser aux voyages dans notre pays, avec un impact significatif sur la réunification des familles et le flux de visiteurs entre les deux pays.

Ceci intervient à un moment où l’on enregistre un nombre record de voyageurs entre ce pays et Cuba, car si l’on ajoute le nombre de citoyens nord-américains, de Cubains résidant aux États-Unis, voyageurs temporaires de l'île et d'autres nationalités, ils totalisant 1 522 807 personnes arrivées à Cuba en 2017 en provenance de ce pays.

Outre les défis décrits ci-dessus, il reste la Loi d'ajustement cubaine de 1966, unique en son genre dans le monde, qui continue d’encourager l'émigration irrégulière, et dont l'abrogation sera essentielle pour le rétablissement des relations migratoires normales entre les deux pays.