ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
L'augmentation prévue de la production d’emballages en fer-blanc a également besoin d’une gestion efficace des entrepôts. Photo : Endrys Correa Vaillant

LORSQU’EN en 2014 Granma International a demandé des informations sur la production d'emballages à Cuba, certains chiffres ont attiré notre attention, en particulier ceux liés aux importations.

Il était signalé, par exemple, que pour l'achat sur les marchés étrangers d'emballages flexibles, notamment ceux utilisés pour le conditionnement des pâtes longues, du café, du yaourt, ou des savons... un investissement de l’ordre de plus de 22 millions de dollars avait été prévu et une dizaine d'autres pour l'achat d'étiquettes.

En 2018, certains chiffres méritent encore des relectures. Pour ces simples « sacs en plastique », le pays a dépensé dans l'année qui vient de s’écouler plus de 42 millions de dollars, et au titre des étiquettes la somme avoisine les 11 millions de dollars.

De manière similaire à l’époque en question, les canettes en aluminium, les emballages en verre et les boîtes en carton ondulé, ainsi que les sachets en polyéthylène haute et basse densité, les couvercles métalliques... constituent un groupe de dix assortiments, dont les valeurs d'importation représentent près de 80 % des plus de 266 millions de dollars investis à cet effet en 2017.

Concernant les investissements qui permettront de supprimer ou de diminuer les achats sur les marchés étrangers de boîtes d'aluminium, d’emballages en verre et flexibles (films), pour ne citer que les produits représentant le gros des importations, des efforts étaient déjà consacrés à ce problème en 2014. Et encore aujourd'hui, nous continuons à travailler sur les mêmes projets, un peu plus avancés.

Certes, d'autres projets se sont ajoutés, et certains ont démarré, ont été achevés et portent déjà leurs fruits, comme l'usine de fabrication de plateaux d'œufs, qui en 2017 a répondu à la demande pour l'agriculture, si bien qu’aucune importation n’est prévue pour 2018.

Toujours dans le cadre des travaux entrepris depuis quatre ans, il a été reconnu que la non-exécution des plans d'investissement en raison de retards dans l’élaboration des études de faisabilité et les difficultés à trouver des sources de financement ou des partenaires externes pour mener à bien les projets, ont été identifiées comme les principales contraintes au développement de l'industrie nationale.

Dans le rapport de bilan de travail de 2017, la direction des emballages du ministère de l'Industrie (Mindus) a consigné un paragraphe avec des mots presque identiques, c'est-à-dire que nous étions confrontés presque aux mêmes problèmes.

Cependant, bien que cette analyse montre clairement combien il reste à faire pour satisfaire une demande toujours croissante, on ne saurait ignorer la tendance à la hausse enregistrée ces dernières années, en général, par la production d'emballages dans le pays à la suite de l'adoption, en mars 2013, de la politique de développement pour cette sphère.

Selon Yamilin Gonzalez Milian, sous-directrice pour le conditionnement et les emballages du Mindus, les niveaux de production de l'industrie nationale en 2017 ont augmenté de 26% par rapport à l'année précédente, de même que les investissements, qui ont été de l'ordre de 42,4 millions de pesos.

Par ailleurs, il a également été possible de créer le Centre de conditionnement et d'emballage, une unité commerciale de base qui sera consacrée à l'évaluation des matières premières et de suivre et de fonder les projections, selon nos possibilités, sur les tendances les plus récentes dans le monde.

Concernant le processus d’organisation, il convient de souligner l'adoption de la Résolution No. 94 2017, du Mindus, Réglementation technique pour l'emballage et le conditionnement, dont la lettre et l'esprit ont permis d’unifier les savoir-faire et d’élargir la gamme de ces produits dans le pays.

PETIT À PETIT... MAIS IRRÉSISTIBLEMENT

Les principes de la politique d'emballage, établis en 2013, son axés sur la promotion, d'un point de vue intégral, de la fabrication d'assortiments pour les activités exportatrices et agroalimentaires, la vente de matériaux de construction, ainsi que la diminution progressive des importations. Ces lignes directrices sont restées inchangées depuis lors. La production de l'année précédente a été passée au crible et les projections de 2018 ont été réalisées.

Selon Yamilin Gonzalez, l'offre d'emballages en 2017 (en comptant à la fois la production nationale et les importations) a dépassé 620 millions de pesos, et pour cette année, malgré les contraintes financières, elle devrait atteindre 721 millions de pesos.

Les chiffres, signale-t-elle, traduisent également une amélioration de la mise à profit des capacités de production, notamment de papier, de carton et d’emballages en plastique. En ce sens, l'industrie nationale prévoit une production de 448 millions de pesos en 2018, ce qui permettra de satisfaire 62% de la demande solvable (celle prévue dans le plan, la demande réelle étant loin de ces indices).

Afin de rapprocher davantage les projections du comportement réel de l'industrie, les plans pour 2018 ont tenu aussi compte, selon Juana Iris Herrera Fuentes, spécialiste du département des emballages du Mindus, du conditionnement des fruits et légumes frais à traiter à l’échelle nationale.

Après analyse, souligne-t-elle, il a été possible d’assurer 82 % de la production finie prévue avec des emballages de petit format, tandis que le reste, soit environ

18 000 tonnes, devrait être vendu en vrac à la population, une alternative qui demande, sur chaque site, des actions pour assurer l'arrivée du produit dans les délais convenus.

Quoi qu'il en soit, la récolte de tomates, par exemple, n'a pas donné les résultats escomptés.

Selon ses propres termes, en cette année 2018 il sera également mis l'accent sur la réutilisation des emballages en plastique, en acier et en verre, une pratique qui devra intervenir de conformité avec les procédures et les normes pertinentes. Par ailleurs, environ 113 millions de récipients en verre et 15 millions de sacs en polypropylène sont compris dans les estimations, même s’il faut continuer à identifier les possibilités de réutilisation.

Et, comme au début de chaque année, ou de chaque nouvelle étape, il s’impose de se lancer des défis, affirme Yamilin Gonzalez, qui revient au plus urgent : identifier et promouvoir les investissements et les partenariats susceptibles de soutenir technologiquement et financièrement le développement de l'industrie nationale.

Au sein de ce grand groupe, nous savons déjà où l'accent sera mis : les projets d'entreprises mixtes qui contribuent à la fabrication de canettes en aluminium, d'emballages souples et en verre, les mêmes lignes auxquelles nous travaillons depuis des années et que n’avons pas encore réussi à mettre en marche.

LE FER BLANC LAISSE SA MARQUE

Les plus fortes hausses de la production nationale pour 2018 sont signalées dans les emballages en fer-blanc, bien qu’elle ne soit pas encore en mesure de satisfaire toutes les commandes.

Il s’agit de l’une des questions les plus débattues lors des sessions de décembre dernier de l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire, compte tenu de la demande toujours croissante, en particulier dans les secteurs alimentaire et agricole, et de l'incapacité actuelle de l'industrie de répondre aux besoins.

D’après Nelly Toirac Castaño, directrice générale de l’Entreprise des emballages et des récipients métalliques d'Envametal, la demande d’emballages en fer-blanc s’élève à 64 millions d’unités cette année.

De grands espoirs sont placés dans les investissements réalisés à l'atelier de production de Luis Melizan, appartenant à l'usine Embalajes Occidente (Envocc), le plan prévoit une production de 50 millions d'unités, chiffre qui, bien qu'il ne couvre pas la totalité de la commande, double celle de 2017.

Le processus d'investissements, d'un montant de 240 000 euros, consiste, d'une part, dans l'assemblage d'un palettiseur qui permettra d’accroître la capacité de production et, d'autre part, d’améliorer la formation du personnel qui sera impliqué dans son exploitation et dans le reste des lignes.

Toirac Castaño précise que si les délais prévus sont respectés, les résultats pourront être observés à partir du mois d'avril, une date qui, selon les experts, impliquera une forte tension pour l'industrie.

Sergio Medero Santana, directeur d'Envocc, a souligné quant à lui que « le palettiseur installé aujourd'hui est une machine manuelle, maniée par deux ouvriers, d’une cadence de 160 emballages par minute. Le nouveau palettiseur est semi-automatique, il est manié par un opérateur et permet de doser 400 emballages par minute. L'augmentation de la production sera évidente.»

Cependant, les chiffres obtenus en janvier, même sans cet investissement, atténuent légèrement le stress que comporte le défi de la production de 2018. « Avec les nouvelles machines, nous envisageons de produire 4,7 millions d’emballages par mois. Cependant, dans les conditions actuelles, nous sommes parvenus à atteindre un niveau record de 3,7 millions d’emballages », affirme-t-il.

Mais en plus de l’engagement et l’enthousiasme des travailleurs, qui à partir du mois d'avril travailleront en trois-huit, Nelly Toirac estime que « la stabilité financière est nécessaire pour permettre aux principaux fournisseurs de matières premières à l'étranger d'être payés », une question qui en 2017 les a empêchés d’atteindre les niveaux de performance prévus.

« Il faut aussi travailler avec les entreprises nationales pour garantir les livraisons, qui ont souffert d’une instabilité assez préjudiciable. C’est un aspect qui doit faire l’objet d’un suivi quotidien de la part des dirigeants, afin de prévoir les contretemps et anticiper les solutions, le manque à produire ne pouvant être compensé », ajoute-t-il.

Ce même avis est partagé par Daymel Perez Gonzalez, directeur de l'atelier « Luis Melian », qui souligne que « cet engagement productif implique une plus grande responsabilité, travailler avec une couverture plus importante que le trimestre, une supervision et un contrôle accrus, une réduction des pertes... Rappelons que près de 98% de nos productions sont des commandes de l'État ».

LA QUALITÉ, UNE CONSTANTE

À l'atelier « Luis Melian », il y a actuellement deux lignes de production d’emballages cylindriques, distribués en huit formats. Déjà en 2008 et 2012, des investissements ont été réalisés, axés sur l'amélioration de la technologie, l'augmentation des niveaux de production et la promotion de la qualité, avec l’application de la soudure électrique.

En fait, seul un atelier à Cuba, le Armando Mirabal, utilise toujours la soudure étain-plomb, et un projet d’entreprise mixte est déjà prévu pour modifier cette technologie et livrer des emballages pour peinture, qui à l’heure actuelle doivent être importés.

Cependant, la qualité ne va pas seulement de pair avec la technologie. Elle dépend aussi des opérateurs, qui ont l'habitude de détecter les défauts. C’est le cas des mécaniciens Julio Alonso et Raul Hernandez, qui accumulent respectivement 25 et 38 ans d'expérience et ne laissent échapper aucun détail. Il en va de même pour Lazaro Mario Garcia, technicien en contrôle de la qualité, qui examine toutes les demi-heures les dimensions des boîtes, la hauteur, les fonds, la conformation....

« Il faut vraiment faire corps avec les machines. Si 400 emballages sont fabriqués à la minute et qu'il vous faut deux minutes pour découvrir un défaut, combien d’emballages perdez-vous ? »

« Vous perdez du temps ! », s’exclame-t-il en s'éloignant de la ligne. « Parce que mon cher journaliste, cela fait un moment que l’on cause... »