Un bastion moral › Cuba › Granma - Official voice of the PCC
ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

QUEL que soit le bilan affectif et intellectuel (ensemble ou séparés) que nous fassions en Amérique latine et dans les Caraïbes, Cuba sera présente comme une référence infaillible et une dette incalculable. Nombreux sont les hommes politiques, les intellectuels ou les artistes qui ont, dans leur vie et dans leur œuvre, une source de référence ayant Cuba pour origine. Nous, qui avons grandi avec la Révolution, qui avons appris d’elle à travers ses victoires et ses revers, avons le privilège spécial de son éthique, de sa résistance exprimées dans toutes ses batailles. Cuba nous a appris l'importance de l'être et du faire révolutionnaire en dépit de toutes les difficultés. En dépit, y compris, des différences et des indifférences. Cuba a été là et Cuba est là, avec la même fermeté.

On ne saurait imaginer la « gauche latino-américaine » sans l'influence, inégale et conjuguée, de Cuba à l’heure de comprendre le présent de notre continent et les tâches de l'avenir immédiat. On ne saurait imaginer la « Grande Patrie » sans l’éclat révolutionnaire de Cuba aux heures décisives pour l'unité continentale et aux heures cruciales des luttes « particulières ».

Ce n'est pas seulement la figure de Fidel (en soi un héritage monumental de théorie et de pratique), ce n'est pas seulement le rôle de Raul, stratège et soutien de mille tâches ; ce n'est pas seulement Camilo et le Che, avec la didactique de l'action sans compromission... C'est aussi la « Casa de las Américas », c'est la Révolution agraire et urbaine. C'est la Révolution de la santé et de l'éducation, la Révolution de la science, la Révolution de la philosophie, la Révolution de la poésie et de la chanson..., la résistance et l'intelligence pour vivre dans la dignité. Et rien de tout cela sans débats, sans doutes ni réexamens.

C’est ainsi que nous avons appris que l'amour de Cuba (entre autres « exigences ») comprend la haine du blocus ; que l'on ne peut pas parler de Cuba sans un bilan précis de ce qu’elle a perdu (ce qu’on lui a arraché sur le plan objectif et subjectif) du fait de l' « embargo ». On ne peut pas, on ne doit pas, parler de Cuba sans une évaluation correcte de la valeur morale que représente, maison par maison, faire face à toutes les adversités et défendre de façon organisée, la praxis révolutionnaire contre toute l'offensive économique, politique et médiatique qui ne s’est pas interrompue, pas même une seconde, depuis le triomphe de la Révolution et de ses « barbus ».

Mais aussi, aux prises avec toutes sortes de harcèlements, Cuba a mis au point son projet démocratique, déterminée à établir ses propres paramètres et à mettre en jeu la vie politique, en se différenciant de tous les formats hégémoniques et d'une certaine incapacité persistante de quelques-uns à comprendre d'autres formes de la vie démocratique, dans les conditions historiques concrètes, en dehors des formules prédominantes. Qui plus est, elle s’est aussi retrouvée sous le feu des « missiles » de « tir ami ». En tout état de cause, il s’agit d’un débat ouvert... comme il se doit.

Lorsque l’on parle de l'économie cubaine, toutes sortes d'évaluations, de spéculations et d'erreurs se font jour. Ensemble ou séparées. Certaines, avec une certaine suffisance doctorale, s’estiment habilitées à déployer leurs prescriptions télécommandées pour se présenter comme des messies autoproclamés de solutions parfaites. De l'autre côté de l'irrationalité abondent ceux qui rêvent d'une Cuba « grande ouverte », qui cède sur sa souveraineté et ses principes socialistes. Les « moyens termes » ne manquent pas ; ceux qui sont prêts à faire des concessions, ou les conciliateurs, qui supposent qu'il est possible de mêler un peu de capitalisme et un peu de socialisme pour obtenir un cocktail modérément truffé de mirages et de pièges.

Mais il est du pouvoir et de la prérogative du peuple cubain de rechercher et de tester toutes sortes de solutions qui, dans des situations concrètes et sans s'y habituer, garantissent les conditions indispensables pour mener une vie bonne et digne, sans remettre en cause les principes et sans renoncer à la lutte pour le socialisme. « Avec la Révolution tout, contre la Révolution rien. » Et avec l'empire à quelques kilomètres.

Ainsi, nul ne peut ni ne doit rester indifférent, ou seulement dans l’expectative, face au processus électoral cubain, au vu de tout ce que cela implique et de tout ce en quoi cela nous concerne. C'est, bien que certains l’ignorent ou que certains ne le veuillent pas, un processus de transcendance continentale et historique, qui exige des peuples une attention et une solidarité manifestes depuis chaque recoin du monde et jusqu’aux cœurs exemplaires du peuple révolutionnaire cubain.

Un accord politique depuis les bases est indispensable pour expliquer, pas à pas, ce qui se passe à Cuba (et se passera) et il est essentiel qu'une action de communication organisée fasse savoir aux Cubains la manière dont nous ressentons et vivons leurs décisions cruciales avec la dimension et la validité de la Révolution cubaine... Une Révolution aimée, qui est aussi la nôtre.

La seule expression valide pour Cuba est la participation internationaliste et énergique des travailleurs, de son peuple. Son intervention directe dans les problèmes qui ne cessent de se succéder et le renforcement des forces et des instruments pour s'organiser, en se basant toujours sur des méthodes de formation novatrice. Donner une vigueur renouvelée aux assemblées, aux conseils ouvriers et aux conseils de district sans privilèges ni bureaucraties.

Approfondissement d'une démocratie vivante et directe, exercée comme une expression qui façonne l'histoire et le parti pour ne pas se réduire à une simple élection de personnes et de conjonctures. Que le peuple gouverne le peuple, de manière massive et transparente dans des élections périodiques et avec un programme dynamique, prêt, à partir de sa méthode, à se perfectionner en permanence. Démocratie contre le blocus et les erreurs, démocratie dialectique d'une Révolution culturelle et éducative, transformée en suffrage et vice versa, démocratie participative et partie prenante d’un scrutin permanent à tous les niveaux. Concertation sérieuse et organisée dans toutes les sphères de la politique économique et la pratique systématique de la volonté collective.

Cuba est une insurrection de dignité permanente transformée en une didactique sereine, conseillère d'idées et d'actions vivifiantes. C'est un pont tendu entre la Révolution d'un peuple résolu à être libre et les luttes qui se regardent dans son miroir pour mûrir leurs rébellions.

Cuba est plus grande que le blocus, que tous les blocus, parce qu'elle est faite de ses propres fondements historiques pour se perpétuer tout en se rénovant soucieuse de son avenir. Car, ceci dit, en dépit de toutes les difficultés, les agressions et les outrages, Cuba est là avec sa bannière socialiste flottant au vent, dansant et saluant, face à l'histoire et auprès des peuples, avec les pauvres de la Terre, dont elle a voulu partager le sort. Une volonté de fer, Cuba notre sœur, bastion moral prêt à se battre.

*Philosophe et écrivain mexicain.