ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Cuba et le Vietnam ont toujours entretenu des relations d’amitié. En 1966, le général d’armée Raul Castro Ruz se rendit au Vietnam où il rencontra Ho Chi Minh. Photo: Archives

LA victoire du Vietnam, au-delà de la fuite en débandade du personnel yankee de ses bases et de l'ambassade face à l'effondrement désespéré d'avril 1975, – les individus accrochés désespérément aux patins de leurs hélicoptères –, laissa derrière elle des scènes qui sont passées dans l'histoire de l'échec d'un empire. Or, elle représente beaucoup plus que cela.

Cette victoire apparaît comme d’autant plus grande que le Vietnam se positionna, de manière rapide et surprenante, parmi les pays du Sud-est asiatique et d'autres pays, en tant qu'économie florissante, au développement social et culturel impressionnant.

La République socialiste du Vietnam, réunifiée, fut le grand coup de grâce porté par le peuple vietnamien aux impérialistes yankees et à toutes les forces réactionnaires du monde qui s’étaient unies pour détruire ce peuple héroïque et son État.

Il s’agit du rêve accompli d'un révolutionnaire qui parvint à maintenir avec ténacité son idée cohérente – quelle que soit la dimension du sacrifice – pendant plus de 30 ans. Une idée qui allait se perpétuer après la mort de son leader Ho Chi Minh, qui affirma sa confiance en la victoire dans son testament politique : « Quelles que soient les difficultés et les épreuves, notre peuple obtiendra la victoire totale. Les impérialistes nord-américains devront quitter notre pays... La patrie sera réunifiée. Les compatriotes du Sud et du Nord se réuniront en toute sécurité sous un même toit ». Les paroles de l'Oncle Ho (comme les Vietnamiens appelaient affectueusement leur leader), écrites trois mois avant sa mort, devinrent loi pour son peuple.

Tout au long de sa vie combative, il fut accusé d'utopie. Le dirigeant vietnamien lui-même signala dans ses écrits : « Un observateur superficiel, qui assistait aux débuts de nos troupes de libération, les qualifia de jeu d'enfants ou d'invention de quelques utopistes.... qui, armés de quelques fusils et d'une dizaine de machettes, osent s'appeler forces et à prendre en charge le fardeau de la libération de la nation. »

Dans son appel à la résistance nationale du 20 décembre 1946, le fondateur du premier parti marxiste-léniniste d'Indochine appela à la lutte contre le colonialisme, par tous les moyens disponibles. « Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée. Et si l’on n’a pas d’épée, qu’on prenne des pioches et des bâtons ! Que chacun mette toutes ses forces à combattre le colonialisme pour sauver la patrie ! » Plus tard viendrait la lutte contre l'impérialisme étasunien.

À l’heure actuelle, le Vietnam indépendant et unifié représente l'une des causes révolutionnaires victorieuses les plus solides, sur le plan théorique et pratique, de l'histoire contemporaine de l'humanité.

Au stade de la lutte contre l'impérialisme yankee, le Vietnam appliqua ce que l'on appela la politique dite des « trois fer de lance » : la lutte armée, la lutte politique et l’infiltration des rangs ennemis. À un moment proche de la victoire, un fer de lance fut ajouté : la lutte diplomatique. Ce fut lors des pourparlers de paix à Paris, où une Vietnamienne – Nguyên Thi Bin, ministre des Affaires étrangères des forces du Sud, – livra avec succès une bataille diplomatique sans précédent. La lutte dans le sud ne pouvait pas être passée sous silence.

C'était un fait irréversible. Les Yankees terrorisés ne tarderaient pas à s'enfuir, et au sein même des États-Unis, d'anciens soldats de l’armée d’invasion au Vietnam allaient réclamer la paix. Certains d'entre eux se déplacèrent jusqu’en Europe pour dénoncer les crimes perpétrés par leur armée et l'aviation au Vietnam. La plainte fut déposée au cours de sessions retentissantes au Tribunal Russell contre les crimes de guerre au Vietnam, tenues en Suède et au Danemark.

Les Yankees eurent tort de penser qu'ils pouvaient affaiblir la nation vietnamienne, préparée par son fondateur à supporter les sacrifices les plus durs et les plus longs. Si l’on compte une fois de plus le nombre d’attaques de l'ennemi, on pourrait aussi mesurer le courage et la sagesse du peuple vietnamien : les super bombardiers B52 à eux seuls larguèrent 1,6 million de tonnes de bombes sur le Vietnam, et le sud fut envahi par 540 000 soldats étasuniens, soutenus par un million de soldats fantoches armés par le gouvernement des États-Unis.

Mais Ho Chi Minh avait convaincu son peuple laborieux, modeste et tenace que « rien n’est plus précieux que l'indépendance et la liberté ».

Le courage extraordinaire des Vietnamiens et la direction éclairée de l'Oncle Ho permirent de gagner la solidarité dans le monde entier. Et les Cubains, conduits par Fidel, furent les premiers à témoigner leur solidarité.

Dans tous les forums au Vietnam comme à l’étranger, les Vietnamiens se souviennent de la sincérité de cette phrase, exprimée à maintes reprises par le commandant en chef Fidel Castro, laquelle résume notre solidarité dans les moments les plus difficiles de la lutte vietnamienne : « Pour le Vietnam, nous sommes prêts à donner notre propre sang ». Par ailleurs, il soutenait toutes les stratégies vietnamiennes, y compris la diplomatie, alors que beaucoup pensaient qu'il était impossible de gagner cette guerre.

Jusqu'aux derniers instants de sa vie, Ho Chi Minh répondait à ceux qui ne croyaient pas en la victoire et en l'avenir du Vietnam, que celui-ci serait dix ou cent fois plus beau dans l’avenir (aujourd'hui une réalité absolue). Et comme si cela ne suffisait pas, il ajoutait : « Aujourd'hui, la sauterelle rivalise avec l'éléphant, mais demain, l'éléphant sera étripé par la sauterelle. »

C'est ce qui s'est passé, alors qu’on l’avait qualifié « d’utopiste ».

Les Cubains sont fiers que José Marti ait découvert pour les enfants de la revue L’âge d'Or, les caractéristiques de ce peuple, en écrivant dans son article Une promenade au pays des Annamites. « De la même façon et autant que les plus courageux, les pauvres Annamites, ceux qui vivent de poisson et de riz et s'habillent de soie, là-bas loin, en Asie, au bord de la mer, au-dessous de la Chine, se sont battus et se battront à nouveau. »

J'ai eu l’occasion d’interviewer Ho Chi Minh, vêtu d’un pyjama de soie, trois mois avant sa mort. Il me tendit doucement les mains pour me saluer, et me demanda dans un espagnol parfait : « Comment va Fidel ? Je lis toujours ses discours, je les apprécie beaucoup. »