Cuba est engagée dans sa transition énergétique › Cuba › Granma - Official voice of the PCC
ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

LA volonté politique, la clarté de nos objectifs ou les cadres rréglementaires qui garantissent le processus de transformation de notre matrice énergétique pour des sources d'énergie renouvelables à eux seuls ne suffisent pas. Il s’impose d'élever le niveau actuel de culture de la population et des autorités dans ce sens, afin de pouvoir appréhender ce changement comme l'un des fondements les plus solides du développement durable.

Le pays a franchi un pas important vers cet objectif prioritaire, bien qu'il reste encore un long chemin à parcourir et des défis à relever.

Afin d’en savoir davantage sur ce programme, Granma s'est entretenu avec le Dr Luis Hilario Berriz Pérez, président de Cubasolar, selon lequel « nous pouvons devenir une puissance en matière de sources renouvelables, comme nous le sommes à bien d'autres égards ».

Avant de nous intéresser spécifiquement sur la question des sources d'énergie renouvelables, pouvez-vous nous parler de certains des points forts de notre politique énergétique ?

La politique énergétique nationale a changé, je dirais même radicalement, et l'un des aspects qui l'a montré a été Irma. Au lendemain du passage de cet ouragan, pour la première fois, la production d'électricité du pays a été réduite à zéro. Cependant, une semaine après, La Havane avait rétabli plus de 95 % du service et le pays, avant la fin du mois, disposait déjà de presque 100 % de son électricité.

Ceci est parfois perçu comme quelque chose de normal, parce que nous y sommes habitués. Mais nous comprenons mieux la différence lorsque nous regardons Porto Rico, car bien que les États-Unis soient l'un des empires les plus puissants du monde, une partie de cette île est toujours sans électricité après le passage du cyclone Maria.

Notre situation tient à plusieurs aspects, et le premier d'entre eux, sans nul doute, est le système social. C'est aussi parce que nous avons montré que nous disposons d'une politique énergétique à forte résilience, qui repose essentiellement sur la production distribuée, ce qui permet une reprise très rapide.

Au-delà de cette réalité indéniable, nous savons que la demande d'énergie est croissante à Cuba, d’où l’importance de rechercher des alternatives telles que l'utilisation du gaz et du biogaz, ou de sources renouvelables, pour garantir la durabilité économique du pays…

Effectivement. En 2017, 58 % de la consommation d'énergie était concentrée dans le secteur résidentiel qui, de plus, représentait l'essentiel de l'utilisation finale de l'énergie dans la cuisson et la réfrigération des aliments. Certaines expériences et analyses statistiques révèlent, par exemple, que la généralisation de la vente de gaz liquéfié permettrait une réduction de la demande de pointe d'environ 360 MW.

Un autre exemple très intéressant, c’est que, sur le territoire cubain, avec environ 111 000 km2, nous avons un rayonnement solaire équivalent à l'énergie permettant de produire chaque jour 50 millions de tonnes de pétrole. En d'autres termes, le rayonnement solaire que Cuba reçoit en une seule journée est plus important dans sa valeur énergétique que tout le pétrole qu'elle consomme pendant cinq ans. Imaginez l'impact de pouvoir profiter de ce potentiel incroyable, d'utiliser davantage nos propres ressources énergétiques.

Selon les projections du pays d'ici 2030, la part des sources renouvelables dans notre matrice électrique représentera 24 % et couvrira 60 % de la croissance de la consommation.

Parmi les termes évalués par rapport à l'utilisation des sources renouvelables d’énergie, il y a celui de faire de nos habitations, voire des institutions de l'État des objectifs d’énergie positive. Qu'est-ce que cela signifie ?

Pour illustrer cet aspect, il faut partir du Décret-loi 345 « Sur le développement des sources d'énergie renouvelables et l'utilisation efficace de l'énergie ». Ce cadre réglementaire nous permet de réaliser ce que j'appellerais une révolution dans le cadre de la Révolution énergétique. Jusqu'à présent, nous avons pensé à consommer, et ce décret nous indique que nous pouvons devenir des producteurs d'énergie et que l’Entreprise d'électricité nous achètera l'énergie que nous pouvons produire.

Logiquement, pour ce faire, le savoir et les ressources sont essentiels. Par exemple, si je veux avoir de l'eau chaude chez moi en utilisant l'énergie solaire, soit j'ai besoin d’un chauffe-eau, soit j’ai besoin ressources et des informations pour fabriquer ce chauffe-eau, ou encore si je veux devenir producteur d'énergie, j'ai besoin d’un panneau photovoltaïque. C'est pourquoi la production de ces éléments dans l'industrie nationale constitue un autre défi de taille.

Ce décret permet également l’élimination progressive des obstacles et des taxes sur l'importation d'équipements fonctionnant avec des sources renouvelables d’énergie, ou de moyens pour leur construction.

Il est indispensable de changer les mentalités et de disposer de beaucoup d'informations, car nous avons appris à nous défendre du soleil et à utiliser le pétrole, mais il est temps de changer ce comportement et de tirer profit des possibilités infinies de l'énergie solaire.

Mais l'utilisation de l'énergie ne suffit pas, il faut aussi la stocker, n'est-ce pas ?

Le stockage est un élément essentiel si nous voulons devenir un pays de producteurs et non des consommateurs nets. Par exemple, vous demandez à la plupart des autorités locales de quelle énergie elles disposent et elles vous parleront du plan de pays, de ce qui leur est alloué, mais c'est celle qu’on lui donne, pas celui dont elles disposent. L'énergie dont vous disposez vraiment est celle que vous êtes parvenu à stocker.

Le stockage doit être basé sur l'utilisation finale. Si on a besoin d'eau, il faut stocker de l'eau. Et si on a besoin de lumière ou d'électricité, on doit stocker de l’électricité.

Pour avoir une idée de l'importance de cette réalité, on pourrait expliquer aux gens que le rayonnement qu'ils reçoivent chez eux, sur un mètre carré de terrasse, équivaut à la consommation mensuelle de leur foyer. C'est là que le facteur local intervient, parce que ce processus doit avoir lieu chez vous, chez moi....

Compte tenu des principes du développement durable, peut-on dire qu'il a une relation directe avec le système socialiste ?

J'utilise une formule qui est pour moi la réponse à cette question : Sources d'énergie renouvelable + Stockage d'énergie + Socialisme = Développement durable. N'importe qui peut parler de développement durable, mais il ne s'agit pas d'un concept capitaliste. C'est un concept obligatoire de solidarité humaine en vertu duquel l'être social sera toujours au-dessus de l'argent. •

À PROPOS DU DÉCRET-LOI No 345

- Article 6. La production d'équipements, de moyens et de pièces de rechange pour le développement des sources d'énergie renouvelables et de celles destinées à accroître l'efficacité de l'utilisation de l'énergie électrique et des combustibles constitue un objectif stratégique de l'industrie nationale.

- Article 7. Les nouvelles constructions qui sont entreprises dans le cadre de processus d'investissements utilisent des conceptions architecturales qui contribuent aux économies d'énergie, conformément aux dispositions de la législation en vigueur.

- Article 8. Les personnes physiques et morales peuvent acquérir des équipements fonctionnant à partir de sources renouvelables et d'autres qui permettent une utilisation efficiente de l'énergie à des prix non recouvrables, ainsi que bénéficier d'un crédit bancaire, conformément aux principes d'octroi de prêts établis par la législation en vigueur.

- Article 10.1. Les personnes morales qui importent des matières premières, composants, pièces, équipements et accessoires, pour l'exécution d'un processus d'investissement, ou pour la fabrication des équipements, dispositifs et pièces de rechange, destinés à l'utilisation de sources d'énergie renouvelables, bénéficient d'exemptions de taxes, selon la procédure établie par le ministère des Finances et des Prix.

- Article 15.1. Le ministère de l'Énergie et des Mines accorde un intérêt particulier à la promotion de la production d'énergie par les consommateurs, y compris le secteur résidentiel, par le biais de technologies qui tirent parti des sources d'énergie renouvelables aux fins de l'auto-approvisionnement et de la vente des excédents au Système électrique national.

- Article 15.2. L’Union électrique achète toute l'électricité provenant de sources d'énergie renouvelables, produite par des producteurs indépendants, à condition qu'elle réponde aux normes techniques établies.