ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: STUDIOS REVOLUCION

(Traduction de la version sténographique du Conseil d’État)

TRÈS honorable Andrew Michael Holness, Premier ministre de la Jamaïque ;

Honorables chefs d'État et de gouvernement des États membres de la Caricom;

Excellence Ambassadeur Irwin La Rocque, Secrétaire Général de la Caricom ;

Mesdames et Messieurs les chefs de délégation, ministres et invités spéciaux :

C'est un honneur pour nous de saluer les dirigeants de notre Caraïbe, une mer que nous partageons comme un berceau et un foyer plein de défis, où nous comptons les heures avec la plus grande hâte, animés de la passion qui émane de sa chaleur et de sa force pour enrayer les ouragans, toujours plus fréquents et destructeurs, et aussi devant la montée du niveau de la mer, conséquence du changement climatique, que nous ne nous provoquons même pas nous-mêmes.

J'obéis au cœur de mon peuple, qui m’a confié la mission émouvante de remercier d'abord les hôtes, parce que nous sommes en Jamaïque, où, à la fin du XIXe siècle, trouva asile, loin de la haine de la métropole espagnole, Mariana Grajales, la plus courageuse de nos femmes et Mère de la Nation, que « Dieu a investi du grade de général », selon les mots d'une autre combattante de première ligne, l'épouse de son fils Antonio, l'insurmontable Maceo.

Ici, elle trouva refuge et reçut José Marti, notre Mariana, morte sur le sol jamaïcain il y a 125 ans et qui repose aujourd’hui au Cimetière Patrimonial à Santiago de Cuba.

La Jamaïque est très proche géographiquement, historiquement et humainement.

Je voudrais donc exprimer notre gratitude au peuple et aux autorités du gouvernement de la Jamaïque, en particulier au Premier ministre Andrew Holness, pour la gentillesse d'avoir organisé cette réunion et l'occasion qu'elle nous offre de partager ce moment de fraternité caribéenne.

J'interprète également cette invitation et l'accueil que nous recevons comme une démonstration sans équivoque de l'excellent état des relations entre les nations membres de la Caricom et Cuba, dont les bases solides reposent sur une amitié à toute épreuve, et la reconnaissance mutuelle que nous partageons des défis tellement énormes, qui ne peuvent être relevés avec succès qu'en travaillant et en coopérant ensemble.

Je suis honoré de vous transmettre le message fraternel d'amitié et de solidarité du camarade Raul Castro Ruz, Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba, et de réitérer l'engagement indéfectible qu'il a pris avec vous en décembre dernier, lors du 6e Sommet Caricom-Cuba, tenu à Antigua-et-Barbuda, en affirmant que « les Caraïbes pourront toujours compter sur l'amitié, la gratitude et le soutien éternels de Cuba ».

« Cuba ne va pas dans le monde en quémandeur : elle se présente comme une sœur et travaille avec l'autorité qui lui revient en tant que telle. En cherchant son salut, elle cherche le salut des autres », avertit José Marti lorsqu'il organisait la guerre nécessaire. Et la Révolution cubaine, qui a fait de son héritage une loi, n'a pas hésité à partager ce que nous avons à offrir, ce que nous savons ; à soutenir dans la mesure de notre possible, plus dans les moments difficiles que dans les moment heureux, comme elle l’a toujours fait. Avec une seule priorité : venir d’abord en aide à celui qui souffre le plus et à plus forte raison s’il s’agit d’un frère.

Chers chefs d'État et de gouvernement et invités :

Le défi pour nos petits États de parvenir à un développement durable n'est pas nouveau, mais il s'accroît, car les obstacles et les dangers posés par un ordre international injuste qui a duré trop longtemps sont encore plus grands et plus complexes.

Un monde de plus en plus inégal, dans lequel l'accès aux marchés pour nos produits est entravé, et où nous sommes privés des ressources technologiques et financières indispensables au développement, tandis que nous assistons à un gaspillage énorme d'argent et de ressources en dépenses militaires et dans des guerres sans fin en dehors des frontières de leurs promoteurs, où il y a peu de place pour les espoirs des pays qui, comme nous, ont perdu des siècles de progrès, au profit de celui de nos métropoles.

C'est la raison pour laquelle Cuba soutiendra toujours les justes revendications des Caraïbes pour un traitement équitable et différencié dans l'accès au commerce et à l'investissement. Et nous appuierons sans réserver la revendication légitime d'indemnisation pour les horreurs de l'esclavage et de la traite négrière, tout en rejetant l'inclusion des États membres de la Caricom dans les listes unilatérales de soit disant juridictions non coopératives établies par les centres du capital financier international.

Nous réaffirmons également qu'il est nécessaire et juste de promouvoir une coopération fondée sur les besoins des pays en développement et sur la dette historique héritée du colonialisme, et non sur une évaluation mécanique et incomplète du revenu national.

Comme je le rappelais, les effets du changement climatique et la destruction progressive de l'environnement menacent la survie de l'Homme et provoquent des phénomènes naturels et des catastrophes de plus en plus fréquents et destructeurs qui affectent les petits États insulaires. Il est donc urgent que nous trouvions des réponses communes pour y faire face et que nous exigions un traitement équitable, spécial et différencié.

Les buts et les principes de la Charte des Nations Unies, tels que le règlement pacifique des différends, l'interdiction du recours et de la menace du recours à la force, le respect de l'autodétermination, de l'intégrité territoriale, de l'égalité souveraine des États et de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, sont continuellement bafoués, ce qui constitue un danger réel qui exige notre respect le plus strict et la volonté d'appliquer la Proclamation de l'Amérique latine et des Caraïbes comme Zone de paix, un engagement signé à La Havane en 2014 par les chefs d'État et de gouvernement de la région.

Nous ne pouvons ignorer les messages graves et alarmants d'arrogance et de mépris avec lesquels les autorités des États-Unis s'adressent à nos nations.

L'intention déclarée de revenir à la doctrine Monroe, expression directe de leurs ambitions de domination, ainsi que les actes d'intervention qui provoquent la violence, les crises humanitaires et l'instabilité, méritent une répudiation ferme, tout comme l'application de mesures coercitives unilatérales et les tactiques de guerre non conventionnelle qui sont devenues une menace directe pour la stabilité et la véritable intégration de nos nations.

Chers chefs d'État et de gouvernement :

Il y a déjà 45 ans, dans le cadre d’une décision historique, les quatre premières nations indépendantes des Caraïbes ont rétabli des relations diplomatiques avec Cuba.

Cet acte serait décrit par le chef historique de la Révolution cubaine, Fidel Castro Ruz, comme « d'un courage politique incontestable, (dans la mesure où) il constitua une étape fondamentale pour briser le blocus diplomatique et commercial de Cuba dans la région (...). Cuba n'oubliera jamais le geste noble de ses frères et sœurs des Caraïbes », déclara Fidel, et nous le répétons aujourd'hui.

Nous poursuivrons, avec nos modestes ressources et malgré les difficultés actuelles, les projets communs de coopération.

Nous avons l'occasion d'approfondir encore davantage nos liens.

Nous poursuivrons nos efforts pour que l'École régionale des arts, dont la conception est le résultat d'un intérêt commun et d'une volonté politique, commence ses activités.

Dans le même temps, nous devons faire en sorte que les progrès du Centre pour la stimulation du développement des enfants, des adolescents et des jeunes ayant des besoins éducatifs spéciaux, situé dans la République coopérative de Guyana, soient durables.

Cuba réaffirme sa décision de continuer à coopérer dans le domaine de la formation des ressources humaines, en particulier la possibilité d'études de spécialisation dans le domaine de la santé.

Nous réitérons notre volonté de partager nos expériences et nos bonnes pratiques en matière de gestion intégrale des risques de catastrophe et de lutte contre les effets du changement climatique et à explorer d'autres domaines d'intérêt commun.

Nous disposons également d’instruments novateurs que nous devons continuer à promouvoir, tels que l'élargissement de l'Accord de commerce et de coopération entre la Communauté des Caraïbes et Cuba, qui permet de promouvoir le développement du commerce et des investissements, la possibilité d’œuvrer au développement du tourisme multi-destination et des échanges culturels. En d'autres termes : faire un usage plus systématique et plus utile de nos modestes mais puissants avantages partagés pour tous.

Chers Présidents et Premiers ministres :

À Cuba, nous avançons dans un processus de perfectionnement du modèle socialiste de développement économique et social, et nous travaillons à la réforme de notre Constitution. Nous le faisons dans un contexte de difficultés économiques et de tensions financières énormes, exacerbées par le durcissement du blocus économique, commercial et financier et le recul des relations bilatérales avec les États-Unis.

Malgré ces énormes obstacles, le peuple cubain persiste dans la construction d'une nation souveraine, indépendante, socialiste, démocratique, prospère et durable, sans renoncer à aucun des principes qui ont guidé l'histoire digne de sa Révolution.

In this context, Cuba would like to express its appreciation for the permanent support and friendship of the Caribbean peoples.

Et devant vous, je souhaite ratifier, au nom de notre histoire commune, des générations présentes et futures de Cubains, l'invariable solidarité, la gratitude éternelle et l'engagement indéfectible de Cuba envers ses frères les plus proches, ses égaux dans le besoin et l'espoir, pour la chance et le défi de partager la Caraïbe qui nous embrasse.

Merci beaucoup !