ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Rosa Maria Salazar Gutiérrez (deuxième de gauche à droite) et sa famille à leur arrivée à Cuba. Photo: Ricardo López Hevia

LE 3 décembre 2016, la Dr Rosa Maria Salazar Gutiérrez, médecin généraliste intégrale, est partie au Brésil dans le cadre du programme Mais Médicos (Davantage de médecins). Elle avait déjà effectué trois missions au Honduras, au Venezuela et au Guatemala. Au total, elle accumulait 11 années d'expérience internationale et 32 années de carrière professionnelle.

Elle devait revenir en vacances sur l'Île auprès de sa famille ce mois-ci, mais du fait de la politique du président élu Jair Bolsonaro, ce fut un voyage à sens unique. « Nous pensions qu'il allait se passer quelque chose si Bolsonaro était élu, mais tout est allé très vite », dit-elle.

La Dr Salazar voyage avec son mari, qui est aussi médecin dans la même spécialité.

Avant Davantage de médecins, ils avaient déjà effectué une mission au Guatemala. Mais cette fois-ci, elle était accompagnée de sa fille et de son gendre, également médecins.

Rosa Maria Salazar déclare qu'en général les habitants de la municipalité d'Embu das Artes, où ils prêtaient leurs services, étaient reconnaissants envers les médecins cubains, notamment pour leur façon de donner des explications sur chaque pathologie ou de traiter le diabète et l'hypertension.

Cette famille est une démonstration du devoir accompli, une représentation médicale d’avant-garde et un exemple qui confirme la pensée du commandant en chef Fidel Castro Ruz selon laquelle « un monde meilleur est possible ».

Ils sont arrivés lundi 26 à bord de l’appareil CU-2353.

« Il est outrageant que quelqu’un puisse imaginer que la dignité de nos médecins peut être achetée, c'est pourquoi vous êtes plus que des médecins, parce que vous avez montré la force de la médecine révolutionnaire cubaine. Vous êtes des médecins du corps et de l'âme. La preuve en sont les signes d'affection et de respect de vos patients et, en général, du peuple brésilien », a déclaré la Dr Regla Angulo Pardo, vice-ministre de la Santé publique, lors de l'accueil de cette famille de Camagüey, ainsi que les 200 autres médecins revenus à Cuba avec la satisfaction du devoir accompli.

L’IGNORANCE DE BOLSONARO

Les morsures de serpent, les maladies qu'ils n'avaient vues que dans les livres, les

La formation des médecins cubains se distingue par la combinaison de la science et de l'humanisme. Photo: Ronald Suárez Rivas

traversées de fleuves dangereuses, la pauvreté, l'abandon....

Pour les médecins cubains qui travaillent dans d'autres pays, le défi de faire leur travail consiste presque toujours à prendre des risques et à faire face à des situations qui, à Cuba, ont été résolues depuis longtemps, ou qui ne se sont tout simplement jamais produites.

Le Dr Roberto Alvarez Diaz le sait bien. Au cours de sa longue carrière professionnelle, il a dû aussi bien pratiquer un accouchement dans le désert que s’occuper d’un blessé dans une guerre tribale.

« Les anecdotes sont tellement nombreuses que je pourrais passer la journée à en raconter », dit-il. Il est donc scandalisé par les déclarations du président élu du Brésil au sujet des médecins cubains.

« Jair Bolsonaro a eu une attitude fasciste, de mépris envers la femme cubaine, envers la femme internationaliste, envers les êtres humains. »

Depuis son cabinet de consultation à l'hôpital Abel Santamaria, le centre de santé le plus important de Pinar del Rio, où, en plus de soigner ses patients, il se consacre à l'enseignement, Roberto prévient qu'il ne saurait y avoir aucun doute sur la formation des personnels qui travaillent dans le programme Davantage de médecins.

« Je suis professeur depuis 35 ans. Tous les personnels de Pinar del Rio qui ont été dépêchés au Brésil ont été mes élèves à un moment ou à un autre, et je peux vous assurer que les professionnels qui sont formés dans cette province ont largement mérité leur diplôme. Notre université des Sciences médicales est accréditée. Pour ce qui concerne l'enseignement, nous n’avons rien à envier à personne. »

UNE INSULTE À L'HUMANISME

On dit que partout où ils vont, ils font la différence, que leur façon d'examiner le patient surprend ceux qui sont habitués à ce que le patient soit traité de loin, séparé par un bureau, et rarement touché.

La médecine est leur travail et ils sont payés pour cela, mais ce n'est pas pour de l'argent qu'ils sont allés dans la jungle, ou sur les sommets glacés des Andes, ou qu'ils ont exposé leur vie après des tremblements de terre et des inondations ou des épidémies de maladies mortelles.

« Les médecins et les infirmières formés dans notre pays ne séparent jamais l'humain du scientifique, et c'est ce qui les distingue », souligne le Dr Luis Vivas Bombino.

Après quatre missions internationalistes dans des pays d'Afrique et d'Amérique latine, Luis a connu à plusieurs reprises la gratitude que les communautés les plus pauvres éprouvent envers les coopérants de notre pays à travers le monde.

« Il est difficile pour un Cubain de se trouver quelque part et de ne pas s’intégrer à la population. C'est pourquoi ils nous accueillent toujours avec affection et nous font leurs adieux en pleurant lorsque nous devons partir », dit-il.

C'est également le cas avec les plus de 8 000 travailleurs de la santé qui reviennent à Cuba après leur participation au programme Davantage de médecins.

Pour le Dr Luis, il s’agit d’une décision regrettable mais nécessaire.

« Le nouveau président, dont les idées visent à promouvoir le militarisme et à faire échouer la tentative de donner des conditions de vie plus dignes à la population la plus humble, est seul responsable de cette situation.

« Notre gouvernement a fait ce qu'il avait à faire : apporter une réponse énergique pour empêcher l'humiliation de nos médecins », reconnaît Delfina Hernandez Breijo, une infirmière.

« Je pense que c'est une mesure juste et digne, face à quelqu'un qui essaie de gagner des mérites auprès des États-Unis, en remettant en question le travail des coopérants cubains. »

Noel Hernandez Roque, un infirmier, estime quant à lui que « Jair Bolsonaro n'a aucune idée de ce qu'il a dit ».

Une large feuille de route de services à Cuba et à l’étranger, y compris la lutte contre l'épidémie d'Ébola en Guinée Conakry et contre l'épidémie de choléra en Haïti, parle d’elle-même.

« Les compétences et la formation de nos professionnels de la santé sont plus que prouvées », affirme Noel.

« Lorsque nous nous rendons dans d'autres pays, nous le faisons avec l'intention d'aider ceux qui en ont le plus besoin, en pratiquant une médecine humaniste et solidaire. »

En général, cela implique d'avoir à lutter contre des maladies qui ont été éradiquées dans notre pays ou qui sont presque inexistantes.

« À Cuba, par exemple, les maladies que l’on peut éviter par vaccin n'existent plus. Mais quand nous allons dans d’autres pays, nous les trouvons à chaque coin de rue », précise le Dr Luis.

« Nombreux sont les patients atteints de paludisme, de polio, de rougeole, de rubéole, que nous avons soignés et sauvés.

« Avant de partir pour une mission internationaliste, nos personnels médicaux sont toujours formés en tenant compte des caractéristiques du lieu où ils vont. »

BATAILLE POUR LA VIE

Bien que cet épisode soit le plus récent, la Dr Susana Gonzalez Freije, professeure adjointe à l'Université des sciences médicales de Pinar del Rio, signale que le président élu du Brésil n'est pas le premier à attaquer la médecine cubaine.

« C'est une lutte que nous avons déjà dû mener auparavant », dit-elle, ajoutant que derrière cette question se cachent de puissants intérêts économiques qui insistent à voir la santé comme un commerce et non comme un droit.

Cependant, loin de ternir son image, toute insulte à l’encontre de Cuba s’évanouit face à l'exemple de solidarité et d'humanisme que son armée de blouses blanches offre chaque jour, là où ne viennent jamais ceux qui se consacrent à faire fortune avec les maladies et la mort.

« C'est là la grande différence qu'ils ne pourront jamais cacher. Pour nous, la vie n’a pas de prix », conclut Susana.