ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Juvenal Balán

LE 16e Sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des peuples (ALBA-TCP) s'est conclu à La Havane par l'adoption d'accords en faveur du multilatéralisme dans la région pour faire front commun à l'hostilité des États-Unis.

Bruno Rodriguez Parrilla, ministre des Relations extérieures de Cuba, a présenté la Déclaration du Sommet qui réaffirme la volonté de poursuivre la promotion d’un nouvel ordre économique international juste, respectant l'autodétermination des peuples, encourageant le multilatéralisme et rejetant les sanctions unilatérales.

DÉCLARATION DU 16e SOMMET

Pour la défense de l'Amérique latine et des Caraïbes en tant que Zone de paix ; les chefs d'État et de gouvernement des pays membres de l'Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique-Traité de commerce des peuples (ALBA-TCP) se sont réunis à La Havane, à l'occasion du 16e Sommet de l'ALBA-TCP ;

Inspirés par la rencontre fraternelle des Commandants Fidel et Chavez, lors de la première visite de ce dernier à Cuba, le 13 décembre 1994, qui planta la graine de notre coopération :

1. Nous réaffirmons notre volonté de continuer à promouvoir la construction d'un nouvel ordre international, démocratique, juste, inclusif et équitable, dans lequel l'égalité souveraine entre les États et le respect de l'autodétermination des peuples seront effectifs ; un ordre qui encouragera la coopération et le multilatéralisme, tout en rejetant l'interventionnisme et les actions coercitives unilatérales.

2. Nous réitérons notre engagement envers la concertation politique, la coopération et l'intégration, conscients que seule l'unité entre nos peuples permettra aux nations d'Amérique latine et des Caraïbes de mieux faire face aux ingérences et à la domination politique et économique historiquement imposées par les puissances hégémoniques mondiales.

3. Nous réaffirmons la nécessité de renforcer la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) en tant que mécanisme de concertation politique régionale, fondé sur le strict respect et la défense des principes du Droit international, notamment le règlement pacifique des différends, l'interdiction du recours à la force ou de la menace du recours à celle-ci, le respect de l'autodétermination, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, la non-ingérence dans les affaires intérieures de chaque pays.

4. Nous reconnaissons le travail de la République du Salvador en faveur du développement et du renforcement de la CELAC, et nous réaffirmons à l'État plurinational de Bolivie notre soutien dans l'exercice de sa présidence tournante de la CELAC en 2019.
5. Nous insistons sur le fait que les mesures coercitives unilatérales sont contraires à la Charte des Nations Unies et au Droit international, violent les règles du commerce international, menacent la paix et la sécurité internationales et restreignent l'exercice des droits humains des populations des États contre lesquelles elles sont appliquées.

6. Nous soulignons la nécessité pour les organisations internationales, en particulier l'Organisation mondiale du commerce (OMC), d'adopter les mesures nécessaires pour faire face aux violations des normes du commerce international résultant de mesures coercitives unilatérales, et pour les États et leurs organisations de prendre des mesures pour empêcher les effets de l'extraterritorialité qui en découlent.

7. Nous dénonçons le caractère extraterritorial de nombre de ces mesures, qui non seulement affectent les indicateurs socio-économiques des États touchés, mais portent également atteinte aux intérêts économiques et commerciaux de pays tiers.

8. Nous exprimons notre préoccupation face aux agressions et aux actions contre la paix et la sécurité régionales, en particulier les menaces de recours à la force contre la République bolivarienne du Venezuela, qui compromettent la proclamation de l’Amérique latine et les Caraïbes comme Zone de paix, signée par les chefs d'État et de gouvernement lors du 2e Sommet des pays membres de la CELAC, tenu à la Havane les 28 et 29 janvier 2014.

9. Nous soulignons la résistance du gouvernement et du peuple vénézuéliens à l'ingérence extérieure, aux mesures coercitives unilatérales et à la manipulation constante des médias contre leur pays.

10. Nous réitérons notre soutien et notre reconnaissance au gouvernement élu du président Nicolas Maduro Moros, à qui nous souhaitons plein succès dans sa gestion à la tête de la République bolivarienne du Venezuela, à compter de l'investiture du 10 janvier 2019.

11. Nous rejetons les actions d’ingérence du gouvernement des États-Unis, qui utilise une fois de plus l'OEA dans sa politique interventionniste contre la souveraineté, l'autodétermination et l'ordre constitutionnel de la République bolivarienne du Venezuela, de la République du Nicaragua et d'autres pays.

12. Nous ratifions notre soutien inconditionnel au gouvernement et au peuple du Nicaragua dans leur décision de continuer à défendre leur souveraineté, la paix et les progrès notables réalisés en matière sociale, économique, de sécurité et d'unité nationale.

13. Nous réitérons l'appel de la communauté internationale en faveur de la levée inconditionnelle du blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba, qui constitue une violation massive, flagrante et systématique des droits humains du peuple cubain et dont le caractère extraterritorial affecte tous les États. Nous nous félicitons de l'adoption, par l'Assemblée générale des Nations Unies, pour la 27e fois, de la résolution appelant à mettre fin au blocus et ratifiant le rejet écrasant de cette politique.

14. Nous réitérons notre solidarité avec le camarade Lula da Silva, leader emblématique de Notre Amérique, prisonnier politique au Brésil.

15. Nous déplorons les modifications annoncées au Programme Davantage de médecins pour le Brésil, qui imposent des conditions inacceptables et violent les garanties convenues pour la participation des médecins cubains à ce programme. Nous rejetons la remise en question de la dignité, du professionnalisme et de l'altruisme des coopérants cubains.

16. Nous réaffirmons notre soutien résolu au peuple et au gouvernement de Bolivie dans son droit historique et juste à un accès à la mer en toute souveraineté. Nous exhortons la République du Chili et l'État plurinational de Bolivie à reprendre le dialogue et les échanges, dans le cadre de l'arrêt de la Cour internationale de Justice, en vue de la recherche d’une solution à l’enclavement maritime de la Bolivie.

17. Nous rejetons fermement les mesures adoptées à l'encontre de pays frères des Caraïbes, les considérant comme des juridictions non coopératives, et nous demandons instamment une révision des critères de gradation en tant que « pays à revenu intermédiaire », ce qui entrave leur accès au crédit et à la coopération internationale.

18. Nous réaffirmons notre appui sans faille aux pays des Caraïbes dans leur demande d'indemnisation pour le génocide de la population autochtone et les horreurs de l'esclavage et de la traite.

19. Nous réaffirmons notre engagement à lutter contre le changement climatique, conscients que les causes de ce phénomène résident dans les modèles de production et de consommation irrationnels et non durables imposés par le système capitaliste. Les agressions contre notre Terre-Mère ont des répercussions négatives de plus en plus évidentes, ce qui demande la mise en œuvre d’actions d’urgence de la communauté internationale à cet égard.

20. Nous insistons sur la vulnérabilité considérable de nos pays aux effets néfastes du changement climatique et des catastrophes naturelles. L'ALBA-TCP appelle à la pleine application de l'Accord de Paris, en se basant sur le principe des responsabilités communes mais différenciées, pour mettre un frein au réchauffement climatique et œuvrer pour un développement durable en harmonie avec la nature.

21. Nous réaffirmons notre engagement en faveur de la préservation et du renforcement des institutions issues de l'ALBA-TCP, qui bénéficient à nos peuples par la coopération, la complémentarité économique et la concertation.

22. Nous exprimons notre volonté d'étudier la possibilité de mettre en œuvre de nouvelles initiatives au sein de l'ALBA-TCP qui favorisent le bénéfice équitable et complémentaire des économies des pays membres.

23. Nous reconnaissons la nécessité d'un dialogue constant entre les forces politiques progressistes et les mouvements sociaux. L'ALBA-TCP se doit d'être une plateforme qui favorise la rencontre entre les organisations sociales de la région, conscientes que l'unité de nos peuples constitue le bastion de la souveraineté des États d'Amérique latine et des Caraïbes.

24. Nous félicitons le gouvernement et le peuple cubains à l'occasion du 60e anniversaire du triomphe de la Révolution cubaine contre les forces impérialistes des États-Unis et la dictature de Batista.

25. Nous ratifions la pleine validité des propos tenus par le commandant en chef Fidel Castro Ruz, le 18 octobre 1995, au 11e Sommet du Mouvement des pays non alignés, lorsqu'il a déclaré : « Nous ne sommes pas de simples spectateurs. Ce monde est aussi notre monde. Rien ne peut se substituer à notre action unie, nul ne prendra la parole pour nous. Nous sommes les seuls, pourvu que nous soyons unis, à pouvoir repousser l’ordre politique et économique mondial injuste que l’on prétend imposer à nos peuples. »

La Havane, le 14 décembre 2018.