ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
La solution du déficit de logements du pays ne sera possible qu'avec l'effort de tous et l'intégration des différentes technologies de construction existantes et la production locale de matériaux. Photo: José Manuel Correa

LE président du Conseil d'État et du Conseil des ministres, Miguel Diaz-Canel Bermudez, a souligné que la politique du logement présentée au Parlement cubain a le mérite de prévoir une solution intégrale à l'un des problèmes qui provoque le plus d’insatisfactions parmi la population.

Cette politique, a-t-il estimé, est un appel extraordinaire à l'ensemble du pays à se joindre à cet effort, tout en précisant que si nous respectons ce qui est proposé, ce programme nous permettra d’aller plus loin dans un avenir proche.

Il a également indiqué que, grâce à cette stratégie, chaque année le rythme de construction de logements et les possibilités de réparation seront dépassés.

Et de préciser que le général d'armée Raul Castro Ruz a demandé que le logement soit l'un des principaux programmes mis en œuvre par le gouvernement.

De nombreux problèmes se sont accumulés, dont beaucoup à cause des ouragans, a-t-il dit, c'est pourquoi il est important de concevoir et de construire des maisons de qualité, solides et de façon ordonnée, comme l'indique la règlementation.

Il s’agit d’une politique, a-t-il précisé, qui intègre les idées, les expériences, les forces, les principes de conception du logement, les éléments d'organisation, la science et l'innovation, plusieurs groupes, principalement des universités ayant apporté leurs contributions.

Se référant à l'intervention d'une députée, il a déclaré que le système de logement doit être informatisé et qu’il faut éliminer la corruption dans ce secteur, notamment sur les lieux de vente des matériaux de construction.

Permettre le contraire nous discrédite en tant que gouvernement, a-t-il souligné, tout en appelant à l'élimination des pratiques corrompues des inspecteurs, des fonctionnaires et des techniciens qui gravitent autour de ces activités. Une exigence qui a été très applaudie par les députés.

Il faut faire face à ces faits de façon systématique, a-t-il dit, pour créer un climat de contrôle, si bien que quiconque serait tenté

de commettre un délit se retiendra face à la surveillance populaire et administrative au quotidien.

AVEC LA PARTICIPATION DE TOUS

Le président cubain a signalé que ce programme génère beaucoup d'emplois et appelle tout le monde à construire des maisons, que ce soit l'État, les organismes et les institutions qui pourraient créer une brigade avec leurs travailleurs.

Cela doit être un mouvement dans toutes les municipalités et y inclure les maisons construites par la population, par ses propres moyens.

Il a qualifié de positif le fait que la politique stipule que les urbanisations doivent être exécutées avant la construction des maisons.

Il s’agit d’une dette en suspens, et il a cité des exemples d’immeubles qui ont été achevés sans que des routes, des parkings, des trottoirs, et des chemins n’aient été construits. Nous devons éliminer ce travail bâclé dans les endroits où, pendant des années, cette mauvaise pratique a été de mise. Ce problème sera réglé dans ce nouveau programme, qui planifie également du point de vue urbanistique.

La question fondamentale pour mettre en œuvre cette politique réside dans la production locale de matériaux, dans le fait que nous organisions cette production dans les municipalités, et ce n'est pas une vision hypothétique, car cela a été démontré par les efforts de ces dernières années, a-t-il dit, tout en illustrant les potentialités existantes : si chaque municipalité créée les conditions de construire 1,7 maison par jour, en laissant 15 jours de repos, nous ferons plus de 100 000 maisons par an et dans une décennie le programme du logement sera pratiquement réalisé. Et si nous voulons plus de maisons, il faudra augmenter les possibilités de production, a-t-il précisé.

Il a indiqué que si ce rythme de construction était maintenu, au cours de la première année de mise en œuvre de cette politique, le record de logement dans toutes les municipalités serait battu et, par conséquent, au niveau national. Et de signaler que les capacités de fabrication dans les localités ont besoin du soutien de la grande industrie, comme celle du ciment, pour laquelle des investissements sont en cours.

Au cours des visites dans les provinces, a-t-il dit, nous avons vu la ténacité, le désir des gens, qui font des merveilles et fabriquent tout le nécessaire pour construire une maison, et les alternatives sont nombreuses, comme l'incorporation du verre dans la production des parpaings.

Il a ajouté qu'il est possible de faire de belles localités, comme San Pedrito, à Santiago de Cuba, où différents systèmes de construction ont été utilisés. Dans certaines régions, on travaille par polygones en utilisant plusieurs systèmes de construction dans la même communauté.

RENFORCER LA MUNICIPALITÉ

Diaz-Canel a déclaré que la politique du logement, qui est une expérience motivante, fournit des concepts à appliquer dans la solution d'un autre problème majeur dans le pays : celui des routes.

Il a ensuite souligné que le développement de ces programmes est du ressort de la municipalité et que cette instance doit être renforcée, en lui donnant les conditions d’augmenter la production de matériaux pour construire plus de maisons. Cette approche sera mise en pratique dans plusieurs programmes qui seront consolidés dans le cadre de l'autonomie municipale promue par le projet de Constitution.

Pour accomplir tout ce qui est conceptualisé dans la mise à jour du modèle économique et social, il convient de renforcer la municipalité et cela signifie la renforcer dans tous les secteurs, à commencer par les cadres, afin qu'à partir de cet espace important il soit possible de réaliser tout ce que l’on veut obtenir.

REDRESSEMENT DU DÉFICIT DE LOGEMENTS

La politique du logement, présentée par le ministre de la Construction, René Mesa Villafaña, contient un programme qui s'étend sur dix ans, pour le redressement du déficit de logements à Cuba, lequel est basé sur un travail cohérent et une série d'investissements qui permettront la croissance des capacités de construction.

Pour sa mise en œuvre, a-t-il expliqué, il est nécessaire de mettre à jour les projets de politiques et la nouvelle Loi générale du logement, qui ont été élaborées et sont en cours d'évaluation et de consultation par la Commission permanente pour la mise en œuvre et le développement des Orientations.

De façon générale, cette politique avait pour point de départ l'analyse et le respect des Orientations liées aux politiques d'investissement et sociales, ainsi qu’avec la construction de logements et de ressources hydrauliques.

Il a également tenu compte de la situation du parc habitationnel et de la stratégie visant à enrayer sa détérioration afin de parvenir à un redressement complet.

Il a fallu également calculer la demande de matériaux de construction de l'industrie nationale, la production locale, la capacité constructive nécessaire, les investissements à réaliser, la main-d'œuvre et les systèmes de construction disponibles. Il a été tenu compte également de la priorité dans la livraison des logements, de l'occupation légale, des formes de paiement et du prix légal subventionné.

René Mesa a signalé que le parc de logements compte 3 824861 logements, dont 39% sont dans un état technique entre moyen et mauvais. 51% sont de typologie i (murs et toit en bon état) et 49% de couverture légère. Il convient de noter que 2 911 959 maisons sont situées dans des établissements urbains.

L'information précisait également que le déficit de logements s'élevait à 929 695 maisons. Les provinces de La Havane, Holguin et Santiago de Cuba étant les plus touchées.

Quant à l'entretien et à la préservation, afin d'arrêter la détérioration, il a estimé à plus de 240 000 le nombre de maisons dans lesquelles les propriétaires doivent effectuer des réparations annuelles par leurs propres moyens.

PROJECTION POUR LE REDRESSEMENT DU DÉFICIT

Le programme de redressement du déficit, selon le ministre de la Construction, s’étend sur une période de dix ans, avec une priorité pour les maisons affectées par le passage des ouragans et celles qui sont dans des conditions précaires.

À ce propos, les réparations prévues, afin d'éviter la perte progressive de la capacité habitationnelle, comportent plusieurs étapes, correspondant aux conditions de chaque région:

En sept ans : Artemisa, Mayabeque, Cienfuegos, Sancti Spiritus et l'Île de la Jeunesse.

En huit ans : Pinar del Rio, Matanzas et Ciego de Avila.

En dix ans : La Havane, Santiago de Cuba, Holguin, Camagüey, Guantanamo, Las Tunas, Granma et Villa Clara.

En revanche, les bâtiments qu’il faut construire exigent une augmentation des urbanisations et l'on estime que 60 % seront réalisés par les habitants par leurs propres moyens. De même, l'achèvement des logements en cours de construction, que ce soit par l'État ou par la population, est une priorité.

En mettant l'accent plus sur ce qui doit être fait que sur une gestion au jour le jour, le rapport a insisté sur le rythme croissant qui doit accompagner la construction de maisons, avec l’obligation d’accroître la production locale de matériaux et les investissements. Au cours de la première année de cette Politique (2019), plus de 32 000 logements doivent être construits et, compte tenu du défi posé par la mise en œuvre efficace de la Politique du logement, il est indispensable que l'emplacement des logements corresponde aux programmes d'aménagement du territoire et de planification urbaine.

C'est pourquoi, les demandes de lotissements et les permis de construire devront avoir été obtenus au minimum un an avant les programmes de construction ; les projets devront être conformes aux dispositions relatives à l'utilisation de l'énergie et de l'eau, ainsi qu'à la protection de l'environnement, conformément à la Tarea Vida (Tâche Vie).

Par ailleurs, les conceptions des urbanisations doivent respecter la législation en matière d'utilisation rationnelle du sol, les normes de résistance sismique, les critères d'accessibilité pour tous, tout en tenant compte du vieillissement de la population et des personnes handicapées.

PORTÉE DES TECHNOLOGIES DE CONSTRUCTION ACTUELLES

Selon René Mesa Villafaña, les technologies de construction actuelles fournissent 11 004 logements par an : dans les systèmes Gran Panel : 3 930, Sandino : 4 390, et Forsa : 2 684.

Cependant, la construction traditionnelle en parpaings, briques, maçonnerie et bois constitue la solution la plus appropriée compte tenu de la croissance de la population rurale, les besoins identifiés du Plan Turquino et le renforcement des programmes alimentaires.

La nécessité de réparer et d'accroître les capacités des exploitations industrielles a également été expliqué clairement, ainsi que l’augmentation maximale de la production locale, un pilier fondamental pour accroître la construction de logements, en tenant compte du fait que la demande de ressources exige une augmentation de matériaux tels que le ciment, les granulats, les sols, les placages, le mobilier sanitaire et les matériaux d'étanchéité, parmi d'autres ressources.

PRODUCTION LOCALE DE MATÉRIAUX

Cet impératif se fonde sur les réalisations en un peu plus d'une décennie et sur le fait qu'au cours des cinq dernières années, la fabrication locale de matériaux de construction a maintenu une croissance annuelle comprise entre 8 et 10 %, l'accent étant mis sur les éléments en béton et en plastique.

Selon le ministère, il faut continuer à diversifier et accroître ces niveaux de fabrication jusqu'à ce qu'elle devienne la principale source de ressources pour appuyer le programme de logement.

La stratégie conçue à cet effet implique plus que doubler le nombre actuel de bases de production, situées actuellement dans 168 municipalités, de les étendre aux conseils populaires pour atteindre le nombre de 591, précisément pour profiter de l'existence des gisements.

Un exemple a été donné à partir du module d'équipement pour constituer la mini-fabrique, où l’on peut produire au moins des parpaings pour la construction d’une maison par jour, bien que dans beaucoup d'entre elles, il est possible de fabriquer 1 400 parpaings, suffisamment pour deux maisons, et il a été précisé que les matériaux sont calculées pour un logement de 70 m2.

Pour mener à bien ce programme ambitieux, le ministre de la Construction a déclaré que parmi les sept types de main-d'œuvre à employer, certains traditionnels de la part de l'État, la participation de la famille, organisée dans un mouvement populaire, est tout aussi importante, en plus des micro-brigades [organisation de volontaires pour construire des maisons], des formes non étatiques de gestion et des centres de travail organisés par les conseils d’administration municipaux, ayant de réelles possibilités d'intervention.

Pour ceux qui ont besoin de perfectionnement et de formation dans la région, des programmes seront conçus, notamment dans les métiers de base de la construction et les spécialités connexes, un élément important non seulement en raison du travail qu’ils effectuent, mais aussi parce que les personnes directement impliquées dans la construction de logements seront payées selon des systèmes qui stimulent la productivité, l'efficacité et la qualité.

PROPRIÉTÉ LÉGALE

Sur les 3 824 861 logements qui existent aujourd'hui dans le fonds de logement, 88 %

appartiennent à leurs occupants et les autres (12 %) ne le sont pas, avec la répartition suivante : 34 % sont des logements de fonction ; 20 % sont en usufruits, 22 % en location permanente et 24 % sont sans propriétaire.

Il a été signalé que jusqu'à présent, la valeur des biens immobiliers est subventionnée entre 76 et 82 %, selon le système de construction utilisé, d'où provient également le prix légal, qui tient aussi compte d'autres indicateurs tels que la situation géographique, l'amortissement et l’état technique.

Il a précisé que cette charge représente plus d'un milliard de pesos par an, une charge qui revient à l'État et qui est désormais éliminée conformément à la norme juridique qui devrait entrer en vigueur dans les prochains jours.

LES PRIORITÉS EN MATIÈRE DE LIVRAISON DE LOGEMENTS

La nouvelle Politique du logement prévoit une méthodologie pour la livraison de la maison terminée, ainsi que des matériaux de construction, ce qui sera effectué sur la base des mérites sociaux et professionnels, en tenant compte des sinistrés lors d’événements météorologiques, des subventions pour la construction de maisons à ceux qui sont prêts à résoudre le problème du logement de la famille par leurs propres moyens, et les cas de familles qui se trouvent dans des conditions précaires et des établissements côtiers.

Il sera tenu compte également des personnes ayant les besoins de logement les plus graves, quelles qu'en soient les causes, des travailleurs dans ces situations d'urgence et des familles qui attendent depuis longtemps pour résoudre leur problème de logement, comme celles qui se trouvent dans les centres d’hébergement.

Le ministre a également indiqué que pour appliquer cette politique, il convenait d'intégrer les fonctions du service des logements dans une organisation qui facilite l'activité de l'État et de la population, de renforcer les structures nationales, provinciales et municipales, principalement celles liées aux investissements, en plus de procéder à une analyse particulière du programme de l’Architecte de la communauté.

Avant de conclure son exposé, Mesa Villafaña a souligné qu'il existait des exemples de provinces qui, cette année, dépassent leurs résultats par rapport à 2017, seulement en appliquant des mesures organisationnelles contenues dans la politique actuelle du logement, avec moins de ressources du niveau central et des progrès dans la production locale de matériaux.

C’est le cas de Guantanamo, une province qui avait beaucoup de difficultés à construire 350 immeubles et qui va clore l’année avec plus de 2 000 maisons ; de Santiago de Cuba, qui construisait une moyenne de 2 300 maisons par an et atteindra 5 000, tandis que Camagüey, qui atteignait environ 400 maisons, devrait dépasser les 2 000, a-t-il dit.

ÉLIMINER LA BUREAUCRATIE DANS LE SECTEUR DU LOGEMENT

Esteban Lazo Hernandez, président du Parlement, avant de donner la parole aux députés, a souligné que la politique présentée comporte deux axes fondamentaux : la production locale de matériels et la participation populaire.

Cette affirmation a été confirmée par Gerardo Enriquez Suarez, député d'Arroyo Naranjo. S’appuyant sur son expérience dans le mouvement des microbrigades dans la capitale, il a souligné la nécessité de l’intégralité de cette politique, « car on ne peut pas construire des maisons qui ensuite n'auront ni eau ni électricité ».

Antonio Carreras Almeida, de Marianao, a demandé dans combien de temps se ferait la livraison de maisons aux personnes en centres d’hébergement, ainsi que les mesures prévues pour les logements précaires, tandis que Maria del Carmen Mesa, de Santiago, a affirmé que le programme de logement fait partie des rêves de la Révolution.

Melvis Canal Garcia, d’Holguin, a demandé quand les problèmes bureaucratiques dans les démarches au service de logement seront-ils résolus, parce que le peuple veut que cela aille plus vite.

En répondant à certaines des questions, le ministre de la Construction a déclaré que chaque province doit élaborer son programme et l'adapter à ses caractéristiques.

La capitale a un projet spécial. Certains centres d’hébergement seront transformés en logements convenables et les localités doivent tirer parti du vaste potentiel de la génération de décombres pour produire des matériaux, a-t-il ajouté.

Il a indiqué que sept normes juridiques seront adoptées pour accélérer les démarches concernant le logement, où il ne doit y avoir qu’une seule organisation, qui soit directement responsable de l'ensemble de la procédure.

Inés Maria Chapman, vice-présidente du Conseil d'État et du Conseil des ministres, a déclaré que l’on procède à l’identification des lieux à construire. Elle a souligné qu’un logement est considéré comme achevé lorsque le permis d’habiter est accordé. Cela signifie que les retards dans les procédures génèrent de la corruption, car c’est celui qui paie le plus qui résout son problème.

En chiffres (les antécédents)

Avant 1959

1 256 594 logements dans le parc habitationnel (estimation)

200 000 huttes et cabanes

63 % des maisons avec un sol en terre battue

91% des maisons sans toilettes ni latrines sanitaires

Pendant les années de Révolution

2 568 267 logements ont été construits

115 000 huttes de moins qu'avant 1959

En chiffres (fonds précaire)

84 452 logements dans 9 823 immeubles collectifs

117 775 sols en terre battue

854 bâtiments en état critique

696 bâtiments en état critique dans la capitale

209 861 logements à réparer en raison des dégâts climatiques.

60 975 écroulements complets