
Ignorer la variable de blocus en économie serait un non-sens technique, c'est le moins que l'on puisse dire. Permettez-moi de vous donner un bref exemple pratique, parmi tant d'autres.
Disons que vous dirigez une usine qui consomme des matières premières nationales et importées. Parmi ces matières premières importées, certaines, en raison de leur volume, doivent être acheminées par bateau. Compte tenu de l'existence de la Loi Torricelli, qui interdit pendant six mois à tout navire ayant touché un port cubain d'entrer dans un port des États-Unis, cela crée un véritable casse-tête lorsqu'il s'agit de planifier les coûts de stockage.
Comme ce commentaire s'adresse à un public général, je dois préciser certains détails. Plus vous augmentez le volume des stocks, plus les coûts dits de capital sont élevés. C'est-à-dire de l'argent immobilisé que vous cessez d'investir dans d'autres activités. De même, un volume de stock plus important augmente les coûts de manutention, les pertes et les détériorations de marchandises, et la nécessité d'utiliser davantage de crédits bancaires. Vous devez donc vous poser une grande question : dans quelle mesure cette augmentation du coût du stockage compromet-elle la compétitivité de mon produit ? Puis un autre : comment optimiser ces coûts ?
Je ne décrirai pas tous les problèmes ce que l'économiste pourrait techniquement rencontrer dans cette situation. Je ne donnerai que quelques détails. Je dois me poser la question suivante : quelle compagnie maritime est disposée à transporter mes marchandises en prenant le risque de tomber sous le coup des sanctions étasuniennes ? Combien me coûteraient en plus le fret et l'assurance compte tenu de ce facteur de risque ? Serait-il moins coûteux de transborder en Jamaïque ou aux Bahamas, par exemple ? Combien me serait-il facturé là-bas pour l'envoi, et combien me coûterait la réexpédition vers Cuba ?
Or, cette compagnie maritime est-elle entièrement fiable, ne risque-t-elle pas d'annuler le contrat à la dernière minute, compte tenu des pressions, et cela n'affecterait-il pas mon flux de production ? Devrais-je alors acheter un volume plus important afin de disposer d'une réserve suffisante pour parer à toute éventualité ? Si je dois augmenter le volume des stocks de ce produit, ai-je la capacité d'achat et de stockage ? Sur quel produit puis-je réduire les stocks pour compenser ce renchérissement des coûts ?
En bref, l'homme d'affaires qui ignore le facteur blocus pour son entité doit, à tout le moins, suivre de toute urgence un cours élémentaire en finance.








