ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Quiconque commet des outrages ou d'autres actes de mépris à l'égard du drapeau, de l'hymne ou des armoiries nationales est passible d'un emprisonnement de trois mois à un an ou d'une amende de cent à trois cents quotas. Photo : Molina, Vladimir

La photo de Maykel Castillo Pérez - également connu par ses proches sous le surnom d' « Osorbo » - levant la main droite, avec une menotte pendante toujours accrochée au poignet, a été prise il y a plus d'un an dans le quartier de San Isidro, après avoir violemment résisté aux forces de l'ordre et échappé à une arrestation.
D'ailleurs, certains médias étrangers ont même fait leurs gros titres avec des expressions comme « protestation publique » et « défi au gouvernement ».
Mais restons-en simplement aux faits, à ce qui s'est réellement passé le 4 avril 2021, et aux éléments à la base des allégations de l'accusation et qui ont conduit à la récente comparution devant le tribunal de Luis Manuel Otero Alcantara, Félix Roque Delgado, Juslid Justiz Lazo et Reina Sierra Duvergel.
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Andy Roberto Celestino, conducteur de voiture de patrouille, a assisté à l'affaire 12 de 2022 au Tribunal municipal populaire de la municipalité de Centro Habana en tant que témoin dans ce dossier.
Cet agent est l'un des policiers qui circulaient dans la rue Cuba, à l'angle de la rue Acosta, dans la municipalité de la Vieille Havane, lorsqu'il a remarqué que Juslid Justiz ne portait pas de masque de protection, à une époque où son usage était obligatoire dans le pays.
Dans sa déposition devant le tribunal, il se souvient lui avoir demandé pourquoi il ne portait pas de masque et qu'à ce moment-là, Maykel Castillo s'est dirigé vers la voiture de patrouille d'un air exalté et a crié : « Personne ne va porter de masque ici ! » Il s'est approché de la voiture et a essayé d'ouvrir la porte, mais le verrouillage automatique du véhicule le lui en a empêché, explique-t-il.
L'officier est alors sorti de la voiture et a demandé à Castillo ses documents. « Il m'a répondu qu'il ne les avait pas sur lui et a commencé à proclamer haut et fort qu'il était ”Osorbo”, il a commencé à attirer l'attention des gens badauds en vociférent qu’il fallait qu’on le filme, qu'il allait manifester, que la dictature devait cesser. »
Lorsque l'agent a tenté de le réduire à l'obéissance, il n’est parvenu à lui lui passer qu'une seule menotte. Ni l'agent ni son partenaire n'ont pu procéder à l'arrestation, car les accusés Juslid Justiz, Reina Sierra et Félix Roque (ce dernier portait son fils mineur dans les bras) se sont violemment interposés à l'action de la police, bousculant et frappant les agents.
Au cours de la scène, Maikel Castillo a tenté de s’emparer l'arme d'un des policiers, brisant l'étui du pistolet, et il a même donné un coup de pied à l'autre officier dans le bas ventre. Leurs uniformes étaient également déchirés.
Après l'incident, Castillo s'est réfugié au domicile d'Otero Alcantara. Félix Roque et Juslid Justiz se sont également rendus au No 955 de la rue Dama, dans le quartier de San Isidro.
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Maykel Castillo, en plus des délits d'outrage, voie de fait et trouble à l'ordre public, a été jugé pour diffamation des institutions et des héros et martyrs, ce qu'il a fait publiquement à travers ses réseaux sociaux.
Dans le cas d'Otero Alcantara, les délits d'outrage à la justice et de désordre public sont également inclus, ainsi que celui d'outrage aux symboles nationaux.
À cet égard, le Bureau du procureur général de la République a signalé qu'entre le 15 août et le 5 septembre 2019, l'accusé a téléchargé 14 images photographiques sur les réseaux sociaux dans lesquelles il apparaît en train de donner un traitement outrageant au drapeau cubain, le symbole national.
L'usage qu'en fait l'accusé est méprisant, selon l'accusation, car il l'a utilisé à plusieurs reprises comme une serviette, s'est allongé à côté d'elle sur le sable, l'a utilisée comme un drap et s'en est couvert en s'asseyant sur les toilettes.
En revanche, les accusations portées contre Felix Roque, Juslid Justiz et Reina Sierra concernent des agressions.
« En aucun cas, il ne s'agit de prisonniers politiques ou de prisonniers de conscience. Ils ne sont pas ici à cause de leur façon de penser ; ils ne sont pas non plus accusés de crimes contre la sécurité de l'État, mais d'aller à l'encontre de l'ordre social », ont souligné les procureurs lors du procès.
Leurs actes, soulignent-ils, relèvent de délits de droit commun. Cependant, il faut aussi tenir compte du fait qu'il ne s'agit pas d'une simple résistance, d'avoir résisté à l'arrestation, mais qu'il y a eu violence, agression contre les forces de l'ordre, et cela est démontré par les vidéos, confirmé par des experts et des spécialistes de l'identification des personnes par leurs caractéristiques extérieures, a souligné le Bureau du Procureur.
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Au cours du procès, les accusés ont pu témoigner et répondre aux questions du ministère public et de la défense. Ils ont également le droit de s'abstenir et de ne pas le faire. Chacun des accusés a raconté sa version des faits.
Tout a été entendu par le Tribunal : des enlèvements présumés, des passages à tabac, des intimidations, jusqu'à l'explication de Luis Manuel Otero sur l'utilisation qu'il a faite du drapeau cubain, car selon son témoignage, il s'agissait d'une performance, d'une œuvre d'art, et le voir différemment « est un problème de perception ».  Personne n'a été contraint ou empêché de s'exprimer par rapport aux faits allégués.
Des témoins ont également exprimé leur point de vue. Comme Marisol Cardosa, qui s'est dite offensée de voir comment l'accusé a dénigré son drapeau, qui nous représente dans tous les coins de la planète - une opinion partagée par les plus de 30 plaintes qui ont été enregistrées pour la même raison - ; même les témoins qui sont venus au nom de la défense pour exprimer d'autres points de vue.
Les avocats n'ont pas non plus été empêchés de contester les sanctions requises par l'accusation ou de réfuter les preuves présentées dans leurs plaidoiries.
Même le fait que l'avocat qui s'était initialement occupé du dossier de l'accusé Maykel Castillo n'ait pas pu le représenter pendant le procès, puisqu'il purgeait une mesure administrative, et que cette fonction ait dû être assumée par un autre avocat, n'a pas affecté le déroulement de la défense ; à tel point que l'accusé lui-même, dans son droit au dernier mot, a reconnu le professionnalisme du tribunal et des avocats, ainsi que la manière dont l'audience s'était déroulée.
Le 31 mai, le procès judiciaire a été mis en délibéré. Le président du Tribunal, avant de conclure, a rappelé aux défendeurs que, dès qu'ils ont eu connaissance de la décision, ils ont eu jusqu'à dix jours ouvrables pour contester la sanction imposée, par le biais d'un recours approprié.
QUE STIPULE LE CODE PÉNAL À PROPOS DES DÉLITS
IMPUTÉS AUX PRÉVENUS ?
Article 142.1 - Commet le délit de voies de fait toute personne qui use de violence ou d'intimidation à l'encontre d'une autorité, d'un agent public, de leurs mandataires ou de leurs assistants, pour les empêcher d'accomplir un acte propre à leurs fonctions. La peine encourue est une privation de liberté d'un à trois ans.
Article 144.1-Quiconque menace, calomnie, diffame, injurie, insulte ou outrage de quelque manière que ce soit, par la parole ou par l'écrit, la dignité ou la bienséance d'une autorité, d'un fonctionnaire public, ou de leurs agents ou assistants, dans l'exercice de leurs fonctions ou à l'occasion ou à l'occasion de celles-ci, sera poursuivi pour outrage au tribunal et sera puni d'un emprisonnement de trois mois à un an ou d'une amende de cent à trois cents quotas, ou des deux.
Si l'acte est commis à l'encontre du Président du Conseil d'État, du Président de l'Assemblée nationale du pouvoir populaire, des membres du Conseil d'État ou du Conseil des ministres ou des députés à l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire, la peine encourue est une privation de liberté d'un à trois ans.
Article 200.1-Quiconque, sans motif valable, dans les lieux publics, les spectacles ou les grands rassemblements, pousse des cris d'alarme, ou profère des menaces de danger commun, encourt la peine de privation de liberté de trois mois à un an ou une amende de cent à trois cents quotas, ou les deux.
Si les actes prévus à l'article précédent de troubles publics sont accomplis dans le but de provoquer la panique ou le tumulte, ou de troubler de toute autre manière l'ordre public, la peine est la privation de liberté d'un à trois ans ou une amende de trois cents à mille quotas ou les deux.
Article 203 - Quiconque commet des outrages ou d'autres actes de mépris à l'égard du drapeau, de l'hymne ou des armoiries nationales est passible d'un emprisonnement de trois mois à un an ou d'une amende de cent à trois cents quotas.
Article 204 - Quiconque aura publiquement diffamé, dénigré ou porté atteinte aux institutions de la République, aux organisations politiques, de masse ou sociales du pays, aux héros et martyrs de la Patrie, sera puni d'une peine de privation de liberté de trois mois à un an ou d'une amende de cent à trois cents quotas.