
pinar del rio. – Il y a seize ans, lorsqu'elle a accepté de lui confier la garde de sa fille de dix mois pour qu'elle puisse terminer ses études universitaires, la maman du bébé n'a posé qu'une seule condition à Osniel Benitez Hernandez : que ce soit lui qui la prenne en charge complètement.
« Et c'est ce qui s'est passé. À ce moment-là, j'ai appris à changer les couches, à lui donner son bain, à la coiffer, à lui donner ses repas. S’il fallait se lever au milieu de la nuit pour une raison quelconque, c’était moi qui le faisais », dit-il, et ses souvenirs remontent à ces jours lointains de 2006, où il a appris à être père.
Osniel venait d'obtenir son diplôme à La Havane et, à l'époque, il pensait que la période pendant laquelle la mère de sa fille terminerait ses études – interrompues par la dernière étape de sa grossesse et la naissance de sa fille – serait le seul moment qu’il aurait pour s’occuper à plein temps de sa petite fille, conçue en dehors de ce que l’on considère comme une famille traditionnelle.
Avec toute la volonté du monde, il se consacra aux soins de Rosy Jade jusqu’aux moindres détails.
Afin de conserver son emploi d'enseignant à l'école provinciale du Parti de Pinar del Rio, il a commencé à faire des démarches pour l’inscrire au jardin d’enfants.
« C'est alors que j'ai découvert que ces places étaient réservées aux mères qui travaillent, et qu'elles n'étaient pas conçues pour une situation comme la mienne.
« J'ai dû expliquer à maintes reprises à l'Éducation que l'enfant vivait seule avec moi, que j'en avais besoin pour pouvoir travailler, jusqu'à ce qu'ils finissent par m'accepter parce que, m'ont-ils dit, ils n'avaient jamais vu un père se démener autant que moi. »
Un an plus tard, il a dû emmener le bébé à Matanzas pour qu’elle retrouve sa mère, qui avait désormais terminé ses études universitaires, mais les liens avec Rosy Jade n'ont cessé de se renforcer.
« Dès lors, la petite passerait deux ou trois mois chez sa mère et deux ou trois mois avec moi. »
Il dit que pendant cette période, la fillette est tombée plusieurs fois malade de pneumonie, et les médecins ont pensé que c'était dû au microclimat de l'endroit où elle vivait dans la province de Matanzas. Aussi, à l'âge de cinq ans, l'a-t-il ramenée à Pinar del Rio à plein temps.
« C’est ici qu’elle est allée en maternelle et au CP, et tout indique que c'était bien le climat, car elle n'a plus jamais été malade », se souvient Osniel Benitez.
Elle est ensuite retournée à Matanzas pour faire son CE 2 et son CM1. « Depuis qu'elle a commencé l'école, quand elle était avec moi, je l'emmenais chez sa mère pendant les vacances d'été, celles de décembre et celles d'avril. Et quand elle était là-bas, c'était l'inverse. »
À l'âge de 11 ans, après avoir vécu par étape avec ses deux parents, l’adolescente est restée définitivement avec son père.
Osniel Benitez pense que c'est le résultat du temps qu'elle lui a consacré depuis qu’elle était petite et de l'excellente relation qu'elle a entretenu par ailleurs avec sa mère.
Il reconnaît toutefois que son histoire n'est pas très courante et que les enfants finissent souvent par faire les frais des désaccords entre leurs parents.
C'est une affaire qui aboutit souvent devant les tribunaux, où la garde et l’entretien des enfants sont généralement confiés à la mère.
La balance penche en faveur de la mère
La Dre en sciences juridiques Nileidys Torga Hernandez, professeure principale de Droit de la famille à l'université Hermanos Saiz Montes de Oca de Pinar del Rio, explique que, bien que le principe de l'égalité entre l’homme et la femme – transposé au niveau familial en termes d'égalité des conjoints ou des parents – soit reconnu dans la Constitution et dans l'actuel Code de la famille, dans ce corpus juridique, il y a des articles qui finissent par « faire un clin d’œil » en faveur de la mère dans certains conflits liés à l'exercice de l'autorité parentale sur ses enfants.
Par exemple, l'article (89), qui énonce les règles que doit suivre le tribunal saisi de l'affaire, au moment de confier la garde et l’entretien des enfants, privilégie la mère en cas d'égalité de conditions entre les deux parents.
Au-delà du droit, Nileidys Torga estime que « c'est quelque chose qui est accentué par la pratique du droit, car les juges, lorsqu'ils statuent sur une affaire, ont toujours tendance à favoriser la mère ou à s'identifier davantage à la position maternelle, au détriment de la position paternelle ».
C'est également l'avis de Maidalmys Alvarez Hernandez, chef du groupe d'attention au citoyen, à la famille et aux affaires juridictionnelles au Bureau municipal du procureur de Pinar del Rio.
« Certes, c'est ce qui a été fait jusqu'à présent. Dans la pratique, en général, la garde et l’entretien sont confiés à la mère », dit-elle.
« Parfois, dans les enquêtes, on se rend compte que le père est plus concerné par la vie de l'enfant, qu'il a de meilleures conditions pour s'en occuper, non seulement d'un point de vue économique, mais aussi en matière d'aptitudes physiques ou psychologiques, et malgré cela, la priorité est donnée à la mère.
« C'est quelque chose qui est devenu une sorte de loi non écrite dans la société, et jusqu'au dernier moment le tribunal tente de sauvegarder ce droit qui est accordé par le simple fait de donner la vie », ajoute la spécialiste qui prévient que « ce n’est que lorsque l'attitude de la mère est très négative qu’une décision différente est prise, mais généralement, c’est elle qui est privilégiée. »
Elle considère même que les avocats qui représentent les pères estiment presque toujours comme acquis qu’il en sera ainsi, si bien qu’ils vont au tribunal pour demander le maintien des contacts et non la garde et l’entretien de l'enfant.
Le temps de papa
En revanche, le nouveau Code des familles – qui sera soumis à référendum le 25 septembre – propose un meilleur équilibre entre les rôles, les responsabilités, les devoirs et les droits du père et de la mère, explique la professeure principale de Droit de la famille à l'université de Pinar del Rio.
« Un exemple très clair dans ce sens concerne l'exercice de la garde et de l’entretien, qui jusqu'à présent est unilatéral. C'est-à-dire qu’ils ne sont accordés qu'à la mère ou au père, en cas de séparation ou de divorce », explique Nileidys Torga.
La spécialiste commente que le nouveau Code prévoit également l'option de la garde et de l’entretien partagés. En d'autres termes, l'enfant pourra passer certaines périodes de temps avec la mère et le père, ou aller chez l’un ou chez l’autre, en fonction du contexte et de l'environnement.
En outre, il favorise un régime de communication ouvert, et au lieu de fixer des périodes spécifiques, il propose des interventions fréquentes.
« Par exemple, dans la pratique du Droit, il est très courant de lire dans les jugements que le père peut rendre visite aux enfants tant que cela n'affecte pas les horaires de repos, d'alimentation ou d'autres horaires essentiels au développement de l'enfant, comme si sa présence pouvait interférer avec le moment du sommeil de l'enfant ou si le fait qu’il soit présent lors de son alimentation représente une difficulté », affirme la Dre en sciences juridiques.
« Ce sont des questions qui sont supprimées dans le nouveau Code des familles, et les praticiens du Droit sont appelés à dépasser ces conceptions », ajoute-t-elle.
Dans l'introduction de ces changements, elle souligne que plusieurs aspects ont eu une influence : « Tout d'abord, le fait que les règlementations de Droit comparé montrent qu'au niveau international, les normes ont tendance à prévoir une participation égale des pères et des mères dans l'éducation et la formation des enfants.
« Les recherches dans différentes sciences telles que la psychologie, la sociologie et le droit ont également démontré l'importance de la figure paternelle dans l'éducation des enfants, à égalité avec la figure maternelle.
« De plus, parce que la pratique a montré que les pères sont souvent ceux qui viennent demander à avoir une plus grande participation. Et si nous disons qu'il s'agit d'un Code inclusif, qui appréhende et s'occupe des droits de tous, il serait injuste de laisser de côté les demandes de ces hommes qui luttent pour une plus grande reconnaissance dans l'éducation et la formation de leurs enfants. »
Pour Osniel Benitez, le père de Pinar del Rio qui, depuis 16 ans, brise les stéréotypes par son exemple et son dévouement, il est très positif que le nouveau Code des familles ait pris en compte ces questions, afin de combler les lacunes laissées par le Code actuel.
« La vie a montré que nous sommes aussi en mesure de nous occuper de nos enfants et de le faire avec la même volonté et le même amour. »








