PINAR DEL RIO. – Comme il l'avait promis le 27 septembre dans après-midi, après avoir donné des instructions et parcouru la ville de Pinar del Rio, le président du Conseil national de la Défense (CND), Miguel Diaz-Canel Bermudez, est revenu le lendemain pour se rendre dans certaines des zones les plus durement frappées par l'ouragan Ian.
Accompagné des principales autorités du territoire, le dirigeant cubain a pu apprécier le panorama désolant laissé dans son sillage par le phénomène météorologique le plus violent qui ait frappé Vueltabajo au cours des 14 dernières années, et il a eu des échanges avec ses habitants sur la stratégie de redressement.
Au cours de sa visite, le Premier secrétaire du Comité central du Parti s'est également enquis des dommages subis par l’industrie du tabac, principal produit exportable de l'agriculture cubaine.
À cet égard, Marino Murillo Jorge, président du groupe d’entreprises Tabacuba, a expliqué qu’un intense travail est mené pour tenter de sauver les feuilles des récoltes précédentes qui se trouvaient dans des entrepôts, sélectionnées, écôtées et dans d’autres dépôts, lesquelles, malgré les mesures de protection adoptées, ont été mouillées.
Et d’ajouter que la situation des séchoirs à traitement naturel et d’autres à traitement contrôlé est également très grave, et il a résumé d’une seule phrase les dommages causés à une infrastructure essentielle pour la qualité du tabac dans des municipalités stratégiques telles que Pinar del Rio, San Juan y Martinez et San Luis : « Pas un seul d'entre eux n'est resté debout. Même les plus récents dont nous disposions ont été emportés par l’ouragan. »
Murillo a souligné que dans le cas des séchoirs de traitement contrôlé, on travaille à la récupération des équipements, pour pouvoir les réutiliser, mais leur construction est plus complexe et plus coûteuse, et prendra donc plus de temps.
Ainsi, pour pouvoir faire face à la saison 2022-2023, dont le début des plantations est prévu le 20 octobre prochain, il nous faudra remettre sur pied 6 000 séchoirs de traitement contrôlé en quelques mois.
Il s'agit d'une tâche doublement ardue pour la province, compte tenu du fait que les habitations des nombreux travailleurs qui seront chargés du redressement de l'industrie du tabac ont également subi des dommages.
En ce sens, le président cubain a affirmé que dans le cadre du soutien des autres territoires, comme en d'autres occasions, il a été prévu d’envoyer des brigades de charpentiers.
Il a également déclaré qu'il est nécessaire de rechercher des conceptions plus robustes afin que ce type de construction soit plus durable et ne doive pas être reconstruite chaque fois que nous sommes frappés par un ouragan.
CONFIANCE DANS LA RÉVOLUTION ET DANS LE FAIT QUE PERSONNE NE SERA LAISSÉ À L’ABANDON
« Courage ! Nous allons nous en sortir ! » C'est par ces mots que Diaz-Canel a entamé la conversation avec des travailleurs à San Luis qui tentaient de sauver les feuilles de tabac stockées dans une installation qui n'a pas non plus résisté à la fureur de Ian.
Près de là, le président du CND s'est entretenu avec des familles qui avaient tout perdu, comme Yaquelina Fontes qui, avec son mari et ses deux filles, a raconté le drame qu'ils avaient vécu et a conclu en affirmant : « nous sommes en vie et c'est le plus important. »
Sachant qu’avoir de nouveau sa maison est ce qui prendra le plus de temps, le Premier secrétaire du Comité central du Parti a demandé de s’intéresser en priorité aux personnes qui se sont retrouvées sans logement.
Ronald Hidalgo, président du conseil municipal de la Défense, a expliqué qu'un centre d'évacuation a été mis en place pour les personnes les plus démunies.
Dans le centre du village de San Luis, après avoir fait le tour de la zone dévastée, où les évaluations préliminaires montrent que 85 % des maisons ont subi des dommages, Diaz-Canel a également eu des échanges dans la rue avec la population à laquelle il a adressé des mots d'encouragement.
Au cours des dernières heures, leur a-t-il dit, les présidents Nicolas Maduro Moros, du Venezuela et Andrés Manuel Lopez Obrador, du Mexique ont exprimé leur volonté d'envoyer de l'aide à notre pays, et des brigades de soutien étaient déjà parties d'autres provinces cubaines pour aider aux réparations des dommages dans différents secteurs comme l'électricité et les communications.
Il a toutefois prévenu que pour effacer les traces de Ian, il faudra travailler ensemble, créer des brigades de quartiers et unir de nombreuses forces grâce à la mobilisation populaire.
« Il y a beaucoup de dégâts, partout dans la province », a-t-il dit, tout en les appelant à faire confiance à la Révolution, avec la conviction que personne ne sera laissé à l’abandon.
Plus tard, lors d'un échange avec les membres du Conseil municipal de la Défense, il a parlé de la grande sensibilité nécessaire pour organiser le travail envers la population.
Au milieu d'un scénario extrêmement complexe, « nous devons avoir la capacité de prendre les gens en charge », a-t-il dit.
Le président a souligné qu'un groupe de ministres a accompagné la province, en définissant les priorités, et qu'ensemble nous pourrons aller de l'avant.
« Si nous travaillons dur, en une semaine, nous pourrons effacer les traces les plus visibles et nous concentrer sur le logement et l'agriculture, ce qui prendra plus de temps. »
CHRONIQUE D'UNE CATASTROPHE
Comme quelqu'un qui se réveille d'un cauchemar, Pinar del Rio a commencé à se mettre au travail ce 26 septembre. Il n'y a pas un seul endroit où les gens ne racontent pas en frémissant leur expérience du cyclone.
Ian n'a pas été le phénomène météorologique le plus intense à avoir traversé Vueltabajo, mais sa lenteur sur la zone la plus peuplée de la province – y compris le chef-lieu – ainsi que ses vents de plus de 200 kilomètres par heure, le placent parmi les plus destructeurs.
C'est pourquoi de nombreuses personnes ici ont le sentiment que Pinar del Rio n'est plus la même, et sont surprises par le paysage que présente la province où elles ont toujours vécu.
« Si vous voulez prendre de bonnes photos, allez sur la route de Viñales pour voir combien de poteaux sont couchés sur la route », suggère Nelson Medina. « Suivez la route de San Juan y Martinez, le monde s'est arrêté là-bas », dit Ricardo Azcuy.
Chacun a le sentiment qu’il a vécu la plus grande tragédie, surtout ceux qui ont presque tout perdu, comme Maria Casanova ou Yosbel Zayas, qui habite au kilomètre 1,5 de la route de La Coloma.
« Ce toit était neuf, il n'avait même pas deux ans, et regardez jusqu’où il l'a emporté », disent-ils.
Même ceux qui avait sécurisé leur toit avec des sacs de sable n'ont eu aucune assurance qu'i tiendrait le coup.
C'est ce qui est arrivé à Mirna Romero, à quelques kilomètres de là : « Nous l'avons protégé, et pourtant il a arraché le toit en fibrociment de l'une de nos chambres, la terrasse, la cuisine et la porte. C'était comme un monstre qui voulait entrer, et nous à l'intérieur, qui supportions le choc. »
Mirna raconte qu'à un moment donné, elle n'a pas eu d'autre choix que de se mettre à l’abri dans un placard : « Nous pensions avoir vu des cyclones, mais nous avions tort. C'était tellement infernal que ma pression oculaire a augmenté, mais je me suis dit que l'important était de sauver ma vie. »
Aujourd’hui, on entend des histoires comme la sienne dans tous les coins de cette province, alors que des milliers de bras s'unissent pour empiler les décombres et les branches, réparer les toits et ramasser tout ce que le vent a emporté et qui pourrait être réutilisé pour effacer les traces de la catastrophe, afin que le plus tôt possible, cette terre ressemble à nouveau à ce qu'elle a été.








