ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
L'un des secteurs primaires de l'économie cubaine se développe dans les campagnes, sur la base d'une production qui tire parti des ressources naturelles, principalement du sol. Photo: Estudios Revolución

Pinar del Rio. – Les scientifiques n'avaient pas tort. Douze ans après la présentation à Pinar del Rio des études « Dangers, vulnérabilités et risques » (PVR) associés aux phénomènes hydrométéorologiques, l'ouragan Ian a confirmé, avec une précision impressionnante, les prévisions des spécialistes.
L'étendue des inondations côtières et leur ampleur, la crue des rivières, les destructions par le vent... tout ce qui surprend aujourd'hui et qui indique la terrible fureur de l'une des pires catastrophes naturelles jamais enregistrées dans la région, est conforme à ce que la science avait déjà modélisé depuis plus d'une décennie, afin de fournir aux décideurs un précieux outil de travail.
Toutefois, de la même manière que le passage de Ian a corroboré la correspondance entre les études de PVR et les effets d'un ouragan majeur, les spécialistes estiment que certains de ces effets auraient pu être atténués, si les mesures et les recommandations qu'ils avaient formulées avaient été respectées.
Des toits nouvellement installés qui n'ont pas résisté au vent, des maisons emportées par le courant, parce qu'elles avaient été construites dans des zones inondables, des personnes qui ont dû être secourues en pleine nuit et d'autres qui n'ont même pas pu l'être, témoignent non seulement de la force de Ian, mais aussi des failles d'un système où tout avait été prévu.
Selon Idalia Lopez Pedroso, déléguée territoriale du ministère des Sciences, de la Technologie et de l'Environnement (Citma) à Pinar del Rio, « cet événement a démontré qu'il y a eu une correspondance totale entre les résultats des études de PVR et ce qui s'est passé ici.
« Les effets sur le patrimoine naturel ont été totalement cohérents avec l'ampleur des impacts générés par cet événement », dit-elle.
Alors pourquoi les inondations ont-elles « surpris » un certain nombre de personnes et pourquoi les forces spécialisées ont-elles dû effectuer des manœuvres dangereuses pour les secourir ?
« Le 27 septembre en pleine nuit, les habitants de Colombo ont été pris au dépourvu. Il n'y a pas d'autre façon de le dire », signale le journal Guerrillero dans un texte publié en novembre dernier, qui décrivait un panorama terrifiant : « Les gens sont sortis dans l'obscurité d'une nuit qui semblait se prolonger à l'infini, avec de l'eau jusqu’à la poitrine, et portant des enfants en larmes. »
Au début du mois d’octobre, le journal Juventud Rebelde a rapporté l'histoire de Luis Manuel Pereda Martinez, membre du groupe de Sauvetage et Secours de Pinar del Rio, qui a porté secours à entre 70 et 100 personnes lors du passage de Ian dans le village de pêcheurs de La Coloma.
« J'ai dû sortir de l'eau des familles entières qui n'avaient pas été évacuées (...). Les enfants n’avaient pas pied, les parents les portaient et les éclairaient avec des lampes et des torches », a-t-il raconté. «  Quiconque entend son récit est bouleversé et on ne sait toujours pas comment il n'y a pas eu de pertes de vie », remarque le texte.
La déléguée du Citma à Pinar del Rio déclare que les études de PVR sont un outil de gestion dont les structures gouvernementales ont été dotées, mais que cela ne suffit pas à réduire la vulnérabilité face à un phénomène hydrométéorologique extrême, et d’ajouter que dans les quartiers, où les stratégies de travail sont mises en œuvre, « les niveaux de perception de la population ont été faibles ».
Face à cette réalité, affirme-t-elle, il est nécessaire de prévoir, au niveau des communautés, des stratégies délibérées et de manière multisectorielle, afin de faire prendre conscience aux gens des risques qu'ils encourent à ne pas agir dans certains lieux où les vulnérabilités identifiées pourraient leur nuire.
Un autre élément, poursuit-elle, serait de s'assurer que toutes les structures, les organismes et les entreprises incluent dans leurs plans de réduction des risques de catastrophe les investissements nécessaires pour réduire ou atténuer les impacts identifiés dans les études de PVR.
Mais les enseignements tirés de l’ouragan Ian indiquent que la question exige non seulement des ressources et des actions de persuasion, mais aussi une plus grande efficience et une plus grande rigueur dans les travaux effectués.
Sans quoi, comment comprendre qu'à La Coloma, de nombreuses personnes aient dû quitter leur maison en pleine inondation, alors que d’année en année, avant la saison des ouragans, l'exercice Météore prévoit des exercices d'évacuation dans cette ville côtière ?
Les bâtiments qui sont réparés, sans la qualité requise, qui sont donc à nouveau endommagés lors du passage d'un autre ouragan, ont également contribué à gonfler les chiffres des dégats.
La maison de Yosbel Zayas, au kilomètre 2 ½ de la route de La Coloma, en est un exemple. « Ce toit n'avait qu'un an et demi, il était pratiquement neuf, mais la brigade de construction civile qui l'a posé n'a pas travaillé correctement, et c'est pour cela qu'il a été arraché », a déclaré à Granma ce jeune homme de Pinar del Rio, quelques heures après le passage de Ian, tout en montrant comment les morceaux de mur auxquels les poutres étaient fixées s’effondraient, parce que les maçons n’avaient utilisé que très peu de ciment.
Même si Ian a établi de nouveaux records absolus de rafales de vent maximales dans plusieurs stations météorologiques de Vueltabajo (Isabel Rubio, San Juan y Martinez et Pinar del Rio), qu'il a provoqué des inondations côtières atteignant jusqu'à trois kilomètres en certains points du littoral et qu'il a soufflé sur le territoire pendant des heures, la pratique a également montré qu'en démontant les structures, en protégeant à temps les personnes et leurs biens, en sécurisant les toits, les fenêtres et les portes, il aurait été possible de réduire ses ravages.
Et ensuite, avec une stratégie de travail appropriée, il aurait même été possible de sauver une partie de ce qui était tombé.
Le rapport d'évaluation des dommages causés par l'ouragan, publié par le Citma, par exemple, estime à plus de 73 200 mètres cubes le volume d’arbres abattus par les vents qui ont été retirés des villes, lesquels auraient au moins pu servir à la fabrication de charbon de bois.
« Le bénéfice estimé de la production de charbon de bois à partir des déchets de ce bois est d'environ 2 630 859 pesos. Cela signifie la perte des ressources monétaires de cette valeur, en plus de générer des émissions de carbone dans l'atmosphère après le dépôt du bois dans les décharges, où il a été incendié », indique le document.
Toutefois, pour les autorités de Pinar del Rio et toutes les organisations et institutions qui travaillent depuis des mois à la reprise, les leçons de Ian pourraient servir à corriger les erreurs et à faire en sorte que les outils que la science a mis entre nos mains soient mieux utilisés.
Dans le cas contraire, de nombreux dangers, vulnérabilités et risques resteront latents dans la province cubaine la plus touchée par les tempêtes tropicales et les cyclones.