
Il y a tout juste deux ans qu'un siècle s'était écoulé depuis que Mr Leonard Wood, gouverneur militaire de Cuba au nom des États-Unis, qualifia Juan Gualberto Gomez, fils et petit-fils d’esclave et dirigeant révolutionnaire, de « petit homme noir à la réputation nauséabonde », tout simplement parce que cet éminent patriote et journaliste incorruptible s'était opposé à l'Amendement Platt, ce triste appendice à notre Constitution qui foula aux pieds notre indépendance.
Quelques décennies plus tôt, José Marti avait découvert toute la profondeur des entrailles les plus sombres d'une nation qui, malgré sa splendeur et son opulence, avait été bâtie sur les piliers dangereux de la haine et de l'ambition. La vision de Marti l'amena à affirmer (dans une lettre à son ami Manuel Mercado) ce qui serait la cause de toute son œuvre intellectuelle et patriotique monumentale : « Empêcher à temps, par l'indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s’étendent dans les Antilles et qu’ils ne s’abattent, avec ce surcroît de force, sur nos terres d'Amérique ». De même, le général Antonio Maceo, héros de la lutte de l’indépendance de Cuba, déclara qu'il était préférable de rester ou de tomber seul plutôt que de contracter des dettes de gratitude ou de composer avec des appétits impériaux.
Le leader étudiant Julio Antonio Mella, fondateur du Parti communiste cubain, n'hésita pas un instant à se déclarer anti-impérialiste et c'est pour cette conviction qu'il donna sa vie. Fidel, voyant les éclats d'obus lâchés par les avions de la tyrannie de Batista sur les maisons paysannes dans la Sierra Maestra, sur lesquels on pouvait lire l'inscription usaf (United States Air Force), écrivit avec indignation à Celia Sanchez : « En voyant les roquettes qu'ils ont tirées sur la maison de Mario, je me suis juré que les Américains allaient payer bien cher ce qu'ils sont en train de faire ».
Aucune étape de l'histoire n'a été épargnée par les intentions perfides du Nord, dans l'attente que des silences complices ou des intérêts mesquins ouvrent définitivement les portes à des projets d'annexion politique et culturelle. Aujourd'hui, certains, à l'âme frustrée et au déracinement douloureux, brandissent à nouveau l'idée répugnante de quémander des faveurs et de céder honteusement leur souveraineté en retour.
Une telle pensée, déloyale et peu attachée à l'histoire de l'indépendance que cette Île a tissée, est vouée à l'échec le plus retentissant, car si un succès aussi lamentable était obtenu, les efforts de tant de personnes auraient été inutiles, et ici, il y a beaucoup de loyauté nourrie par le sang des meilleurs Cubains.








