ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
L'ouverture d'un marché de change officiel ne suffit pas à assurer la stabilitédu taux de change. Photo: Endrys Correa Vaillant

Les implications de la transformation de la politique de change du pays font actuellement l'objet de nombreux débats.
On souligne la nécessité d'élargir le fonctionnement du marché des changes officiel et on relève les incidences d'un taux de change officiel de 1x24 et d'un autre de 1x120, clairement déconnectés de la réalité économique, et on insiste sur la nécessité de formaliser les flux en devises qui transitent actuellement par le marché informel et de les utiliser pour stimuler la production nationale et la stabilisation macroéconomique.
Dans notre économie, où il n'existe pas de prix plus transversal que celui des devises, les questions de politique de change sont extrêmement importantes, car une gestion correcte de cette politique peut être cruciale pour le redressement du pays.
Mais en même temps, il s'agit de l'une des transformations les plus complexes à entreprendre, dans un scénario de restrictions de devises et de déséquilibres macroéconomiques intérieurs.
Toute proposition de politique de change doit tenir compte de ce scénario afin de garantir le processus de redressement de notre économie.
Ainsi, le scénario du taux de change à Cuba présente deux défis fondamentaux à court terme :
→ La prévalence de deux types de change officiels, tous deux inconvertibles, ce qui signifie que les entreprises nationales ou étrangères ne peuvent pas accéder directement aux devises,  en changeant leurs pesos cubains, ce qui conduit à l'utilisation d'un mécanisme, complexe et largement inefficace, d'affectation centralisée de devises. Ces taux de change – qui surévaluent le peso cubain – ont à leur tour un impact sévère sur le secteur des exportations, qui reçoit moins de pesos par devise générée, ce qui affecte ses capacités à stimuler ses travailleurs, à accéder à des ressources et à accroître sa production pour générer davantage de devises. Dans ce scénario, un taux de change surévalué a un effet dissuasif sur les exportations et freine la reprise et le développement du pays.
→ L'existence d'un marché des changes informel, auquel accèdent le secteur non étatique et la population, offre – apparemment – un accès plus souple à la devise. Cependant, au-delà du déséquilibre entre l'offre et la demande de monnaie convertible, ce marché informel offre des devises à des prix élevés, basés sur la spéculation et l'incertitude, et exclut une partie fondamentale du tissu productif formel – entreprises étatiques et mixtes – de l'accès à ces devises, ce qui, dans l'ensemble, empêche l'utilisation des capacités productives installées.
Toutefois, sur la base de ce scénario, il est nécessaire d'aller de l'avant, tout en reconnaissant qu'il n'est pas possible de résoudre en une seule fois tous les défis auxquels l'économie est confrontée dans le cadre de la politique de change.
À court terme, un premier objectif à atteindre est de créer un système d'accès légal aux devises pour les nouveaux acteurs économiques, mais aussi pour les entreprises publiques et mixtes, afin qu'elles puissent accéder aux devises d'une manière plus souple.
À moyen terme, l'objectif stratégique de la politique de change du pays est de converger vers l'unification du taux de change par itérations successives.
Atteindre cet objectif permettrait de recouvrer la pleine souveraineté du peso en tant que monnaie unique pour la réalisation de transactions intérieures, avec un taux de change unique pour toutes les opérations. Cet objectif est essentiel et doit être la direction principale des actions, afin de ne pas introduire de distorsions qui nous éloigneraient finalement de l'objectif visé.
Sur la base de ces objectifs et de cette séquence, le processus se déroule en deux étapes : d'abord, la relance du marché de change officiel et, ensuite, la dévaluation progressive du taux de change officiel.
MARCHÉ OFFICIEL DE CHANGE : FORMALISATION, RISQUES ET AVANTAGES
Le marché de change informel résulte de l'impossibilité pour les agents d'effectuer – dans les circuits formels – leurs opérations d'achat et de vente de devises.
Il en résulte qu’aux taux de change officiels, soit les fournisseurs ne sont pas encouragés à vendre leurs devises, soit les demandeurs exigent beaucoup plus de devises que celle qui est réellement offert.
La conséquence est un déplacement des opérations de change vers un espace dans lequel se connectent, de manière flexible, les fournisseurs et les demandeurs, mais dans des conditions d'insécurité et soumis à des pratiques illégales.
Le taux de change sur ce marché est déterminé par les conditions objectives sous-jacentes de l'offre et de la demande de devises.
Du côté de l'offre, les sources principales à Cuba sont les envois d’argent des familles et les retombées du tourisme. Du côté de la demande, les objectifs sont différents : importation de biens, émigration ou consommation sur le marché intérieur.
Mais au-delà de la spéculation, c'est la masse monétaire en monnaie nationale qui détermine la capacité réelle des demandeurs à avoir recours au marché informel et, en fin de compte, le volume global de la demande et, par conséquent, le prix – le taux de change – des devises étrangères sur ce marché.
La solution à cette informalité implique la création de conditions permettant de réorienter ces flux vers les canaux du système financier formel, une tâche institutionnellement complexe, mais qui peut être résumée en trois actions fondamentales :
→ Fixer, par la Banque centrale de Cuba (bcc), un taux de change qui incite à l'achat de devises et régule la demande à des niveaux compatibles avec cette offre (appelons-le « taux de change d'équilibre »).
→ Modifier régulièrement le taux de change en fonction des mouvements de l'offre et de la demande de devises reçus par le système financier et calculés par la bcc, afin de s'assurer qu'il réponde toujours aux conditions sous-jacentes du marché.
→ Permettre aux agents qui opèrent actuellement sur le marché informel (la population, les acteurs économiques non étatiques et ceux qui transfèrent des devises, entre autres) d'avoir accès à l'offre ou à la demande de devises dans le système financier.
Après la réorientation des flux de devises vers le système financier formel, les entreprises publiques devraient se voir accorder un accès progressif à ce marché, en commençant par celles qui pourraient réactiver rapidement des capacités industrielles sous-utilisées, ou qui demandent un fonds de roulement en devises en vue de l'exportation, en veillant à ce que ces exportations alimentent l’entrée des devises sur le marché des changes afin de récupérer leurs coûts d'achat initiaux en devises.
Les risques de ce système doivent également être pris en compte. Le plus important est que, dans un scénario de croissance accélérée de la quantité de monnaie nationale en circulation, il y aurait une pression constante pour que la bcc déprécie le taux de change, étant donné que, en dernière instance, ce sont les conditions réelles de l'offre et de la demande qui prévalent sur ce marché.
Il convient de souligner ici que les progrès dans la stabilité du taux de change sont une tâche importante, mais que l’on n’atteint pas seulement avec l'ouverture d'un marché de change officiel, mais qui est le résultat de transformations monétaires et fiscales qui permettent de stabiliser les déséquilibres macroéconomiques qui ont un impact sur la dépréciation. Des transformations qui font partie du Programme de stabilisation macroéconomique du pays.
Même avec ce risque, qui doit être pris en charge et que l’on réduit en coordonnant les actions de politique de change avec la stabilisation fiscale et monétaire requise, l'existence d'un marché de change formel comporte également de multiples avantages, parmi lesquels il convient de signaler.
→ Accès légal et dans des conditions semblables pour les acteurs économiques, tant non étatiques qu'étatiques, à la demande de devises en échange de monnaie nationale, à un taux progressivement stable.
→ Création des conditions pour la récupération des capacités de production inutilisées dans le pays grâce à l'action du marché des changes.
→ Avancer dans la formalisation des opérations des acteurs non étatiques, ce qui réduira leurs coûts financiers et améliorera les capacités de contrôle des autorités fiscales.
→ Intégrer les investissements étrangers dans un système stable d'accès aux devises pour l'achat d'intrants et le rapatriement des bénéfices.
→ D'une manière générale, cela améliorerait le climat des affaires dans le pays, en générant de la transparence et de la sécurité dans l'accès aux devises.