ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
« Il est impossible de concevoir le Parti sans son lien permanent avec le peuple », affirme Tony. Photo: Pastor Batista

SANCTI SPIRITUS.– C’est au cours de l’année 1925, dans un local situé à l'emplacement actuel du théâtre Hubert de Blanck, que moins d'une vingtaine de Cubains, parmi lesquels se trouvaient le combattant vétéran Carlos Baliño et le jeune et impétueux Julio Antonio Mella, fondèrent le premier Parti communiste cubain.

Cinquante ans plus tard, Fidel souligna la situation difficile dans laquelle était née cette organisation (Cuba étant une néocolonie yankee, l'amendement Platt qui permettait l'intervention étasunienne, le début de la dictature brutale de Machado...), et qualifia d'émouvants les actes qui traçaient les lignes fondamentales, le programme de lutte, le projet de travail avec les ouvriers, les paysans, les femmes, les jeunes et les intellectuels, sur la base d’« un lien le plus étroit avec les masses ».

Il ne s'agissait pas d'une chimère. Baliño, alors septuagénaire, avait accompagné José Marti dans l'idée tout aussi audacieuse de fonder le Parti révolutionnaire cubain. Dans quel but, se ce n’est celui de parvenir à l'unité ? Il y avait aussi Julio Antonio Mella, à qui ni Machado ni les gringos ne pardonneraient d'avoir mené la Réforme universitaire, réuni étudiants et ouvriers, organisé le premier Congrès des étudiants, fondé l'université populaire José Marti et organisé la Ligue anti-impérialiste...

Dans ce même discours (à l'occasion du 50e anniversaire du premier Parti), Fidel avait rappelé comment la répression féroce, le passage à la clandestinité, l’expulsion des dirigeants, l'assassinat de Mella... n’étaient pas parvenus à mettre à genoux ces militants qui étaient restés debout, devenus des milliers, avec une influence extraordinaire sur le mouvement ouvrier sur la base des principes marxistes-léninistes et d'un lien très fort avec les masses.

AOÛT 2025, UN SIÈCLE COMPLET

Dès le premier jour de 1959, portée par sa volonté et ses actions, Cuba cessa d'être une néocolonie sous le poids de la botte étasunienne. Héritier de ce parti, fondé en 1925, l'actuel Parti communiste cubain est la force politique suprême de la société et de l'État, investi du mandat populaire de guider et de coordonner les efforts communs de toute la nation pour construire une nouvelle société.

Nul ne doit imaginer qu'avec le triomphe révolutionnaire, le danger disparut, ni la raison d'être et l'arme fondamentale qu’est le Parti : son exigence d'être immergé en permanence – peut-être aujourd'hui plus que jamais – dans les eaux de la société qu'il représente.
Des milliers de Cubains, qui ont occupé pendant toutes ces années des responsabilités politiques, depuis les plus hautes instances dirigeantes, y compris dans le monde universitaire, jusqu'aux structures populaires dans toute l’Île, pourraient apporter leurs réflexions, leurs points de vue, des exemples concrets, des anecdotes…

À LA RACINE
Il se peut que nombre de ses voisins, amis et même des membres de sa famille à Sancti Spiritus n’aient pas la moindre idée des expériences vécues par José Antonio Diaz Pérez tout au long de sa vie. Homme d'une humilité extraordinaire, agréable interlocuteur, il reçut un jour une carte de l'Union des jeunes communistes à l'Institut préuniversitaire Francisco Leyte Vidal de Campo, puis il obtint une licence en éducation physique et assuma des responsabilités qu'il n'aurait jamais imaginées sans cette « relation privilégiée avec les gens ».

Il réserve une place particulière dans ses souvenirs aux deux années qu'il passa à travailler dans la communauté rurale de San Pablo, dans la zone de Banao, au milieu des années 1990.

« Je n'étais pas encore instructeur politique à l'UJC (comme je le suis devenu plus tard). En fait, j'y suis arrivé en tant que membre du premier contingent Manuel Piti Fajardo, pour organiser des activités sportives et récréatives dans des endroits reculés et difficiles d'accès.

« Le temps a passé. Je ferme les yeux et je suis de plus en plus convaincu que le meilleur  enseignement que j'ai tiré de cette période a été le travail direct avec la population, ce qui était, et est, ce qui doit caractériser le travail du Parti et de l'UJC dans tous les secteurs : social, économique, sportif, culturel…

« Cela n’a pas été difficile pour moi. J’avais déjà rédigé mon mémoire de fin d'études sur l'étudiant en éducation physique en tant qu'agent de transformation de la communauté. Les habitants du quartier étaient de très belles personnes. Il était facile de les motiver et de les intégrer aux activités et aux projets. Les ressources manquaient, mais l'intérêt était grand. C'est ainsi que nous avons pu aménager des terrains rustiques pour jouer au basket-ball, au volley-ball, au mini-football et même un terrain de baseball. Bien sûr… les CDR, la FMC, le délégué de circonscription, l'ANAP étaient présents… et l’instructeur du Parti municipal, qui semblait être un simple habitant du quartier.»

Tony – comme on l'a toujours appelé – ajoute qu'au milieu de toute cette agitation, les gens s'amusaient, prenaient du bon temps, mais se consacraient aussi avec plus d'enthousiasme à l'agriculture, qui était, en fin de compte, la principale activité et source d'emplois de la région. « Comment appelle-t-on cela, sinon un véritable travail politique de qualité ? »

Cette expérience, ainsi que les deux années de travail très actif à Planta Cantu (un camping populaire), se sont avérées décisives – en matière de liens directs avec la base – pour prendre en charge plus tard, désormais en tant qu'instructeur, une trentaine d'organisations de base de l'Union des jeunes communistes, réparties entre le carrefour de Guasimal et La Güira.

« Ce furent des années difficiles, mais pleine d’enseignements », dit Tony. J’ai acquis des connaissances sur l'éducation, la santé, l'agriculture, tout ce qui existait et se passait dans la région. Mais surtout, j'ai beaucoup appris de l'instructeur du Parti qui était chargé de cette zone. Nous voyagions souvent ensemble, sur sa moto, et à notre arrivée, chacun de nous faisait son travail.

«  Une zone qui comptait d'excellents instructeurs politiques. J'ai été en quelque sorte la continuité. Je me souviens d'Arley Hernandez Cañizares, qui devint le Premier secrétaire de la municipalité.

« À des dates comme celles-ci, on se souvient de Mella et de Baliño. Je peux les imaginer, s'ils avaient vécu ces années-là, lorsque – comme c'est encore le cas aujourd'hui – le travail politique était stratégique, vital, dans des tâches de premier ordre, dirigées par Fidel, sous l'impulsion du Parti. Je pense à la lutte menée à travers Cuba pour le retour d'Elian, à ces Tribunes ouvertes, à l'intégration des travailleurs sociaux, à la promotion des écoles d’instructeurs d’art, aux cours de formation intégrale pour les jeunes déconnectés de l'école et du travail, à la pesée et à la mesure des enfants pour aider les plus démunis…

« C'est pour cela que cette Révolution est si belle, compère. Et notre peuple aussi. Il y avait des parents qui vous disaient avec une grande humilité : « Merci, merci beaucoup, mais j'ai de l'argent pour nourrir et habiller mon fils. »

« C'était l'époque où, si un garçon abandonnait le cours de formation intégrale, nous allions chez lui, nous parlions avec lui et sa famille, afin qu'il puisse se réinsérer. » C'est ce qu'on appelle le travail politique, la sensibilité humaine.

UN ÉCHELON ESSENTIEL DEPUIS LA BASE
L'expérience non moins utile que Tony a acquise en tant qu'instructeur dans la municipalité principale a renforcé sa conviction qu'il est impossible de concevoir un Parti déconnecté de la population, de la société, des gens.

« Sinon, pourquoi existons-nous en tant qu'organisation ?» me demande-t-il.

« Et à cet égard, les instructeurs, les coordinateurs ou les responsables politiques jouent un rôle décisif, car ils constituent un échelon essentiel entre le Bureau et la base. Il est impossible pour ceux qui composent un bureau municipal ou provincial d'être partout, tout le temps et en même temps.

« Plus encore : lorsque vous réussissez à maîtriser ce domaine, à connaître le terrain, à interagir avec les collectifs, avec les gens, les conditions sont meilleures pour augmenter les rangs du Parti et de la Jeunesse communiste, car vous savez qui est qui, quels travailleurs se distinguent le plus ou sont les mieux placés pour démarrer son processus d’entrée dans l'organisation, ce qui est un objectif fondamental dans le contexte actuel.»

AVEC LA MAIN ET LE CŒUR
Les procès-verbaux et documents de ce premier Parti communiste fondé par Mella, Baliño et une poignée d'autres Cubains incarnent la volonté essentielle d'un lien constant avec les masses.

N'était-ce pas exactement ce que Fidel a fait tout au long de son existence physique, y compris bien avant le triomphe révolutionnaire ?
Ce n’est pas un hasard non plus si le premier chapitre de ses statuts stipule : « Le Parti communiste de Cuba fonde son autorité sur la justesse de sa fermeté politique, sur l’exemple de ses militants, sur son lien avec le peuple, sur sa capacité d’écoute, de persuasion et d’incorporation de la majorité dans la lutte pour les objectifs de la Révolution. »