
Qu’est-ce que la pluie face à la mort ? Qu’est-ce que le vent et son assaut face au déchirement d’une mère qui sait qu’elle ne reverra jamais les yeux de son fils, ces yeux qui furent toujours, pour elle, ceux d’un enfant ?
Qu’aurait pu empêcher l'eau dans les chaussures, dans les vêtements, dans le sac à dos, si une femme a perdu l'amour de toujours, celui de toute la vie, et qu'un garçon doit se cacher dans son giron pour dissimuler les larmes versées pour le père qui ne le verra pas devenir un homme ?
Le froid ou la fatigue auraient-ils eu quelque force alors que 32 familles sont restées suspendues à un souffle depuis l'aube du 3 janvier ? Comment, si pour elles, le prénom des leurs est un sourire, et tous les souvenirs, la dernière conversation, les projets non réalisés et une absence abyssale ?

Aucune tempête ne saurait disperser la multitude. Pas aujourd'hui. Aujourd'hui, ceux qui attendent sont comme des rochers, non pas à cause de la douleur partagée, mais de la douleur multipliée. Il existe des engagements intimes contre lesquels même la nature ne peut rien : ce sont nos morts, notre sang versé et l'honneur de pouvoir les appeler « père, fils, mon frère ».
Peu importe la pluie : en chaque homme et chaque femme, il y a un adieu à faire, silencieux, solennel, et aussi l'accueil dans ce lieu privilégié que nous avons tous en nous, où nous plaçons le héros, celui qui a offert le plus grand sacrifice possible, son propre avenir, pour quelque chose de supérieur : la dignité.

Où déposer ensuite, sur le chemin du retour chez soi, la tristesse et la rage, la fierté et le chagrin ? Il faudra embrasser l'Île, chaque jour, celle qui engendre de tels enfants, capables d'un amour sans faille et d'un courage farouche ; il faudra la défendre bec et ongles, comme nous savons le faire, et comme ne l'imaginent pas ceux qui ne nous connaissent pas et nous méprisent.

Qu’aurait bien pu faire la pluie si au-dessous se trouvait la Patrie ? Et la Patrie, ce sont eux, les 32, et c'est nous. Qui aurait-elle pu faire s’en aller ? Il y avait Cuba, et les Cubains ! •









