
(Traduction de la transcription sténographique de la Présidence de la République)
Cher compañero Esteban Lazo Hernandez, président de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire et du Conseil d’État,
Compañeras et compañeros,
Aujourd’hui, 24 février, nous sommes convoqués par une date qui transcende le calendrier. Dans l’histoire de Cuba, cette journée est chargée de significations profondes qui s’entrelacent comme les fils d’une même toile : celle de notre souveraineté.
Le 24 février 1895, la Guerre nécessaire reprenait avec le cri « l’indépendance ou la mort », accomplissant ainsi le dessein de Marti. Ce même jour, mais en 1899, le généralissime Maximo Gomez entrait victorieux à La Havane, et en 1956 José Antonio Echeverria fondait le Directoire révolutionnaire. Deux ans plus tard, en 1958, depuis le cœur de la Sierra Maestra, commençaient les transmissions de Radio Rebelde et en 1976 naissait la première Constitution socialiste du continent. En 2008, le général d’armée Raul Castro Ruz assumait la présidence du Conseil d’État et du Conseil des ministres. Et en 2019, le peuple ratifiait dans les urnes la nouvelle Constitution de la République.
Il y a exactement un demi-siècle, en ce même jour, naissaient les Organes locaux du Pouvoir populaire. Avec eux un principe essentiel de la Révolution prenait une forme concrète: le pouvoir devait émaner du peuple, s’exercer en son nom et se devait, avant toute autre chose, aux besoins et aux espérances de celui-ci.
Ce fut et cela demeure l’expression la plus authentique de la démocratie socialiste et de la volonté que ce soient les citoyens qui, depuis leurs communautés, décident des destinées de la Patrie.
Ce jour est un jour pour regarder en arrière avec un profond sentiment de respect, mais surtout pour regarder en avant avec la clarté qu’exigent ces temps, car dans les conditions du monde actuel, célébrer un 50e anniversaire ne peut jamais être un exercice de nostalgie ; ce doit être, avant tout, un appel à l’action.
La décision historique de 1976 ne fut pas un acte isolé ; elle fut la continuité organique d’une tradition de lutte et de participation, qui plonge ses racines dans les gestes indépendantistes, dans la résistance face à l’adversité et dans la conviction la plus profonde que le destin de la nation se construit avec la voix et l’action du peuple. Elle est l’expression concrète de la pensée politique du commandant en chef Fidel Castro Ruz.
Les Organes du Pouvoir populaire sont nés pour être une école de citoyenneté, un espace de débat et de solutions collectives. Pendant cinq décennies, ces Organes ont été le lien direct entre les aspirations et les demandes de chaque quartier et les politiques de l’État.
Il y a un demi-siècle, nous avons mis en marche une idée profonde, selon laquelle le pouvoir, pour être légitime, doit naître du pâté de maison, du Conseil populaire, du quartier et de la communauté.
Nos organes locaux ne sont pas un simple schéma administratif de la forme de gouvernement choisie. Ils sont notre réponse à la question essentielle de savoir comment construire une démocratie où le peuple est le protagoniste réel et indiscutable de son destin.
Nous célébrons un demi-siècle. Faisons que tant d’années d’efforts ne soient pas un poids favorisant l’inertie, mais une motivation qui nous pousse vers l’avenir que nous méritons ! Nous voulons un Pouvoir populaire plus agile, plus participatif, plus audacieux, plus inclusif, plus jeune. Un Pouvoir populaire qui ait la capacité d’écouter jusqu’au moindre murmure des citoyens, et la sensibilité suffisante pour agir avec rapidité en réponse à leurs demandes légitimes.
Le peuple ne nous demande pas des miracles. Il nous demande de l’honnêteté, de la gestion et, surtout, de ne jamais perdre son rythme, de marcher à ses côtés, côte à côte, dans les bons comme dans les mauvais moments.
Nous vivons un contexte national complexe, marqué par des difficultés économiques, dans un scénario mondial chaotique.
Il y a des douleurs accumulées dans nos quartiers, des mécontentements légitimes, des impatiences alourdies par le poids du renforcement du blocus criminel et l’inclusion de Cuba sur une liste fallacieuse et manipulée de pays qui soi-disant soutiennent le terrorisme ; la pression économique maximale pour nous asphyxier, l’application de mesures coercitives unilatérales, la pression agressive de la haine comme composante fondamentale de la guerre médiatique incessante qui cherche à nous discréditer et à nous désunir ; la signature d’un ordre exécutif génocidaire qui prétend priver le pays de fournitures énergétiques vitales, et, avec cette longue liste d’attaques et de menaces, nos propres erreurs et nos insuffisances que nous sommes obligés de reconnaître et de corriger sans excuses, car on ne peut transformer que ce que l’on regarde auparavant en face et avec une totale honnêteté.
Nous lutterons, nous combattrons, nous résisterons, nous transformerons, et face à toutes les adversités et menaces impériales, nous grandirons et nous vaincrons ! (Applaudissements.)
L’anniversaire que nous célébrons nous invite à réfléchir sur la validité de ce projet d’amour pour la nation, fondé sur l’unité. Il nous rappelle que la démocratie n’est pas un concept abstrait, mais une pratique quotidienne qui se renforce avec la participation active de tous et pour le bien de tous, avec transparence dans la gestion et avec une responsabilité partagée.
Le Pouvoir populaire est, en essence, la certitude qu’aucun problème n’est trop grand s’il est affronté avec unité, solidarité et confiance dans nos propres forces.
Célébrer ces 50 années, c’est aussi renouveler l’engagement envers l’avenir. C’est reconnaître que la Cuba que nous rêvons se construit depuis le local, depuis chaque conseil populaire, depuis chaque délégué qui écoute et qui agit, depuis chaque citoyen qui apporte des idées et des efforts. C’est réaffirmer que la justice sociale, l’équité et la dignité sont des valeurs inaliénables et des guides fondamentaux sur le chemin vers la prospérité que nous méritons.
En fonction de cette volonté, cette Session solennelle est appelée à transcender le simple acte mérité de commémoration et d’hommage. Elle ne peut pas être une succession de slogans. Elle se doit d’être, avant tout, un exercice de conscience et d’engagement.
Aujourd’hui, il nous revient de rendre hommage aux fondateurs, aux délégués, femmes et hommes, de ces cinq décennies, à ceux qui, presque toujours sans ressources et sans repos, ont frappé aux portes, ont écouté les plaintes, ont affronté les assemblées difficiles et ont défendu, depuis la modestie de leur circonscription, la grande idée que personne ne peut être abandonné à son sort dans un État révolutionnaire et socialiste.
Et le meilleur hommage que nous puissions leur offrir n’est ni un diplôme ni un applaudissement, mais la volonté de mieux faire ce qu’il nous incombe de faire maintenant.
Que signifient 50 ans de Pouvoir populaire à ce moment de notre histoire ?
Premièrement : cela signifie apprécier l’essence de la proximité.
En ces 50 années, le délégué n’a pas été seulement un représentant, il a été la voix d’un petit environnement dans les grandes statistiques. Dans la Cuba d’aujourd’hui, cette fonction est plus vitale que jamais. Dans le délégué, le citoyen doit trouver non pas un simple gestionnaire de démarches, mais le voisin, leader de la communauté, qui affronte avec détermination et audace les problèmes communs : depuis les préoccupations liées aux produits qui n’arrivent pas à l’épicerie, au nid-de-poule, à la panne du transformateur, ou aux inquiétudes pour le jeune qui n’étudie pas et ne travaille pas non plus, et les personnes âgées sans soutien familial proche. Notre force ne réside pas dans les grandes proclamations, mais dans la capacité à résoudre la petite, mais immense et toujours exigeante vie quotidienne.
Deuxièmement : cela signifie comprendre que la participation n’est pas un nom de plus sur la liste des présents à un événement. C’est le moteur du progrès collectif.
Pendant trop longtemps, nous avons parfois confondu le Pouvoir populaire avec une courroie de transmission de décisions déjà prises. Le 50e anniversaire nous impose de faire un saut qualitatif dans cette interprétation étroite d’une œuvre authentique, profondément cubaine et plus grande que nous-mêmes.
Nous avons besoin que les municipalités, véritables garantes des droits que notre Constitution consacre, exercent leur autonomie. Le pays se sauve depuis le local, depuis la capacité de chaque territoire à trouver ses propres solutions, à encourager ses initiatives, à gérer sa culture et son économie avec créativité et sans attaches inutiles.
Troisièmement : cela signifie honnêteté pour l’analyse et courage pour la critique.
Nous ne pouvons pas regarder le chemin parcouru sans interroger nos zones d’ombre. Nous souffrons beaucoup des conséquences du formalisme et de l’improvisation qui déforment et gâchent trop souvent la planification stratégique. Et nous sommes encore trop freinés par le centralisme, c’est-à-dire l’excès de centralisation qui limite l’initiative créatrice des individus, des collectifs et des municipalités. Le reconnaître ne nous affaiblit pas ; cela nous renforce. La véritable révolution est celle qui vit en se critiquant pour ne pas vieillir.
Quatrièmement : cela signifie fortifier l’espérance.
Au milieu de l’hostilité externe, du blocus qui tente de nous asphyxier, du bruit et de la manipulation qui cherchent à nous affaiblir, l’œuvre du Pouvoir populaire est l’antidote le plus efficace. Car lorsqu’un délégué agit, lorsque les voisins participent, lorsqu’une communauté s’organise pour nettoyer un terrain ou restaurer une crèche, nous démontrons qu’il existe ici un projet de justice sociale capable de se renouveler constamment avec ses propres forces.
Nous ne sommes pas une démocratie de vitrines ; nous sommes une démocratie de tranchées, construite avec d’énormes sacrifices, certes, mais aussi avec une créativité impressionnante et une dignité insurpassable dans le fracas du combat le plus difficile : celui du jour après jour et de l’heure après l’heure.
Dans ce contexte, l’appel est clair.
Aux délégués :
Il ne suffit pas d’être élus, il faut être choisis chaque jour dans le respect et la confiance des compatriotes qui sont nos voisins. Il faut être davantage dans la rue que derrière le bureau, davantage dans la file d’attente qu’en réunion, davantage écouter que parler. Il faut transformer chaque plainte en une gestion concrète, chaque critique en une proposition, chaque problème en une opportunité pour additionner des volontés et avancer, avancer sans se lasser. Nous n’aurons pas toujours des ressources, mais nous pouvons toujours avoir la sensibilité et la volonté de changer ce qui doit être changé. Et la vérité, même lorsqu’elle fait mal, construit toujours davantage que le silence ou la justification automatique.
Aux administrations locales :
Le Pouvoir populaire n’est pas une formalité ni une signature au bas d’une résolution. La gestion du gouvernement doit s’articuler avec les priorités qui émanent des Organes locaux, des assemblées municipales, des conseils populaires, de l’analyse directe avec la communauté. Nous ne pouvons pas permettre que la bureaucratie, la routine ou le manque de contrôle transforment en lettre morte les accords qui naissent de la volonté populaire. Servir le peuple, c’est gouverner face au peuple, rendre des comptes avec des données et des résultats, expliquer quand c’est impossible de faire quelque chose et rectifier quand cela a été mal fait.
À notre peuple :
Aujourd’hui, il nous revient aussi de nous regarder à l’intérieur. La démocratie participative ne s’épuise pas dans le fait d’aller voter lorsque les urnes sont installées. Elle s’exerce dans l’assemblée de reddition de comptes, dans le travail volontaire, dans la réunion des voisins qui s’organisent pour veiller à la tranquillité du quartier et qui se mobilisent pour soutenir les plus vulnérables. La critique est nécessaire, mais elle est plus puissante lorsqu’elle est accompagnée de la disposition à s’impliquer, à proposer et à collaborer. Le pouvoir du peuple n’est pas un concept abstrait, il se construit avec des noms et des prénoms, avec des visages concrets, avec des mains qui se mettent à l’ouvrage, d’autant plus précieuses que le contexte sera plus adverse.
Cinquante ans plus tard, nous pouvons dire avec fierté que le système du Pouvoir populaire a été une création authentiquement nôtre, fruit de l’expérience et de la pensée politique qui soutiennent la Révolution, de l’héritage de Marti, des idées du Commandant en Chef et du Général d’Armée. Mais nous devons aussi admettre, avec humilité, que c’est une œuvre inachevée, qui doit être perfectionnée et adaptée aux défis de ce temps : le vieillissement de la population, la migration, les nouvelles technologies, les nouvelles formes de participation, les nouvelles manières dont les groupes humains forment leurs opinions et leurs attentes.
Les Organes locaux du Pouvoir populaire doivent être capables de dialoguer avec un pays qui n’est plus celui de 1976, et doivent le faire sans renoncer à leurs principes fondateurs.
Faisons en sorte que ce 50e anniversaire soit donc un point d’inflexion, et non l’objectif final. Un moment pour réaffirmer que nous ne renoncerons pas à l’idée que le peuple décide, contrôle, exige et participe. Un moment pour dire, avec sérénité et fermeté, que nous sommes disposés à changer tout ce qui doit être changé dans le fonctionnement des institutions, dès lors qu’il s’agit de renforcer la justice sociale, l’équité et la participation consciente.
Au nom de tous ceux qui ont consacré leur vie au service public depuis une circonscription, de tous ceux qui ont porté sur leurs épaules les préoccupations de leurs quartiers, de ceux qui ont ouvert leurs portes à l’aube pour répondre à l’urgence d’autres personnes, réaffirmons aujourd’hui un engagement simple et profond :
Ne jamais perdre le lien avec le peuple.
Assumer comme nôtre la douleur d’autrui.
Ne pas nous satisfaire d’explications qui ne résolvent rien. S’efforcer de trouver une solution.
Ne pas renoncer à l’idéal selon lequel, malgré les difficultés, à Cuba le pouvoir continue d’avoir peuple pour nom.
Honneur à ceux qui ont initié ce chemin il y a cinquante ans !
Responsabilité pour ceux qui le poursuivent aujourd’hui.
Faisons en sorte que l’histoire, dans cinquante ans, puisse regarder ce moment et reconnaître que nous avons été à la hauteur du défi.
Que cet anniversaire soit, alors, un appel à revitaliser la participation, à défendre la souveraineté et à maintenir vivante l’espérance d’un lendemain meilleur.
Le Pouvoir populaire n’est pas seulement une structure. Il est l’expression d’un peuple qui, avec son histoire et sa volonté, continue d’être le protagoniste de son destin.
Pour ces 50 ans d’histoire partagée ; pour le délégué qui, chaque jour, parcourt le quartier en transformant les espaces et les mentalités, sans se lasser, malgré le soleil qui brûle ses épaules ; pour le peuple qui est l’unique Souverain :
Vive le Pouvoir Populaire ! (Exclamations : « Vive ! »)
Vivent Fidel et Raul ! (Exclamations : « Vivent ! »)
Et pour que cela soit toujours ainsi, réaffirmons notre conviction inébranlable :
Le socialisme ou mort !
La Patrie ou la mort !
Nous vaincrons ! (Applaudissements.)








