Le blocus est bel et bien une réalité, et son effet est permanent sur le système de santé publique cubain.
C’est ce qu’a affirmé le 27 mars le vice-ministre du secteur, le docteur Julio Guerra Izquierdo, en expliquant, dans l’émission télévisée Table Ronde, l’impact direct et cruel de la politique du gouvernement des États-Unis contre Cuba, laquelle s’est encore intensifiée ces deux derniers mois, notamment par un décret visant à empêcher l’arrivée de carburant dans le pays.
Parmi les effets immédiats sur le secteur, il a mentionné l’annulation de contrats commerciaux pour l’acquisition de technologies et de fournitures, ainsi que le refus de compagnies maritimes de transporter diverses cargaisons, y compris des médicaments.
Un autre exemple concerne l’impossibilité d’acheter des produits contenant plus de 10 % de technologie étasunienne – reconnue parmi les plus avancées pour les services médicaux – ce qui oblige à recourir à des pays tiers pour trouver des alternatives.
« S’y ajoutent l’augmentation des coûts et la pression exercée sur les sources de revenus ».
À titre d’illustration de l’impact négatif de cette politique hostile sur le secteur, le vice-ministre a quantifié les dommages :
- Sur plus de six décennies : plus de 4,183 milliards de dollars.
- Pour la seule année 2025 : 288 millions de dollars.
Il a également évoqué trois exemples concrets de ces préjudices :
- 25 jours de blocus équivalent au financement nécessaire pour couvrir pendant un an le Cadre de base de médicaments essentiels à Cuba (339 millions de dollars).
- 9 jours de blocus équivalent au budget requis pour importer pendant un an tout le matériel consommable du système national de santé : seringues, compresses, aiguilles, sutures, cathéters, équipements de perfusion… (129 millions de dollars).
- 21 heures de blocus équivalent au coût d’acquisition de l’insuline nécessaire pendant un an pour les patients diabétiques (12 millions de dollars).
Le docteur Guerra Izquierdo a également évoqué les conséquences, depuis le 29 janvier, de l’ordre exécutif étasunien visant à empêcher l’arrivée de carburant à Cuba, lesquelles ont entraîné une pénurie d’énergie qui a un impact négatif sur les institutions de santé. Néanmoins, a-t-il assuré, les mesures adoptées ont permis d’éviter tout décès dû aux interruptions électriques.
Il a précisé que des priorités ont été établies à chaque niveau de soins, avec un accent particulier sur le Programme maternel et infantile, le contrôle épidémiologique, les urgences et soins intensifs, le traitement des patients oncologiques et néphrologiques, entre autres.
Il a ajouté que le recours à la médecine naturelle et traditionnelle est encouragé et étendu ; que les services ont été réorganisés et que des conditions exceptionnelles ont été mises en place afin de faciliter le transport du personnel des hôpitaux provinciaux résidant dans des municipalités éloignées.
Par ailleurse, la transition énergétique progresse rapidement dans différentes institutions de santé, avec le soutien des autorités et entités locales, la contribution de travailleurs du secteur non étatique et la participation de la solidarité internationale.
EN CHIFFRES : installation de panneaux solaires dans des institutions de santé
- 282 polycliniques
- 78 maisons de retraite médicalisées
- 97 foyers maternels
- 74 centres d’accueil pour personnes âgées
- 15 hôpitaux
Selon le vice-ministre, lors de la dernière panne du Système électrique national (SEN), les plans d’urgence ont été immédiatement activés à l’hôpital Hermanos Ameijeiras, lorsque le groupe électrogène de l’établissement n’a pas démarré en raison d’une défaillance technique.
UN HÔPITAL À LA MERCI DU BLOCUS
Concernant l’effet direct des mesures d’asphyxie économique de la Maison-Blanche sur le fonctionnement quotidien d’un établissement hospitalier complexe, la directrice de l’hôpital Calixto Garcia, la docteure en sciences Iliovanys Betancourt Plaza, a détaillé les défis que représente le maintien des services dans les 21 pavillons d’un établissement horizontal nécessitant une garantie d’alimentation énergétique pour chacun d’eux.
Elle a évoqué les difficultés liées à la prise en charge des patients polytraumatisés, particulièrement complexe en raison du respect des délais critiques : atteindre le lieu de l’accident, secourir le patient, disposer d’une ambulance adaptée et réaliser l’intervention chirurgicale.
« Toutes les spécialités ont dû redéfinir les protocoles de prise en charge des urgences afin de répondre aux besoins médicaux des blessés, »
Elle a ajouté que la prise en charge de victimes multiples lors d’une urgence nécessite des ressources et des technologies aujourd’hui insuffisantes, un domaine dans lequel il faut prendre des décisions rapides et difficiles.
Quant aux interventions chirurgicales, elles figurent parmi les activités les plus affectées par les pénuries, en particulier lorsqu’elles dépendent d’équipes multidisciplinaires. Elle a précisé que lorsque plusieurs spécialités interviennent lors d’une opération, des technologies de pointe et de nombreux intrants sont nécessaires. Maintenir ces conditions est devenu un défi majeur, a-t-elle affirmé.
Elle a également mentionné certaines pathologies traitées au Calixto Garcia, notamment en cardiologie, en particulier pour l’implantation de stimulateurs cardiaques. Leur acquisition est devenue très difficile, ce qui entraîne également un allongement de la durée d’hospitalisation des patients.
Malgré cela, a souligné la directrice, l’ensemble des spécialités (57) continue de fonctionner.
Pour les moments de plus forte tension, notamment lors de pannes du SEN, des protocoles et stratégies ont été conçus pour y faire face, avec une identification claire des services vitaux à prioriser.
Elle a affirmé que, en raison de leur usure, les groupes électrogènes ne démarrent parfois pas, en raison de défaillances techniques nécessitant des pièces dont l’accès est entravé par le blocus, néanmoins, l’innovation et le savoir-faire des techniciens permettent de maintenir leur fonctionnement.
UNE POLITIQUE HOSTILE AUX ENFANTS MALADES
Lorsqu’une politique comme celle du blocus affecte aussi gravement un secteur tel que la santé publique, en empêchant l’arrivée en temps opportun de médicaments et en provoquant des pénuries d’énergie dans les institutions médicales, les principales victimes du gouvernement des États-Unis à Cuba deviennent les malades, notamment les enfants souffrant de pathologies cardiaques.
C’est l’analyse du docteur Eugenio Selman Housein Sosa, directeur du centre de cardiologie de l’hôpital pédiatrique William Soler, à La Havane. Il a souligné que les entreprises disposant des technologies les plus avancées pour traiter les maladies cardiaques sont étasuniennes ou sous licence étasunienne, mais il leur est interdit de travailler avec Cuba, privant ainsi les enfants de ces avancées.
Il a également expliqué que priver un hôpital d’électricité signifie aussi le priver d’eau, nécessaire à l’hygiène, à la stérilisation et à l’ensemble des traitements, soulignant l’extrême cruauté d’une telle situation.
« C’est une politique visant à provoquer l’effondrement des hôpitaux, à faire payer les patients, puis à prétendre de manière hypocrite que le gouvernement cubain, qu’ils accusent d’être un État défaillant, est responsable de cette situation, », a-t-il déclaré.
FACE À L’ADVERSITÉ
Yamilé Garcia Villar, directrice de l’Institut de néphrologie, a indiqué qu’un réseau de 57 unités équipées de technologies de pointe est actuellement opérationnel dans tout le pays.
Cependant, ces équipements subissent des interruptions en raison de l’impossibilité d’effectuer les maintenances préventives, de remplacer des pièces et de disposer des intrants nécessaires à leur fonctionnement.
« Ce blocus énergétique vise à paralyser presque toute l’activité, car sauver des vies exige des ressources ».
Depuis la pandémie de coronavirus, l’activité de transplantation a été affectée et, ajoutée au renforcement du blocus, elle n’a pas permis d’atteindre tous les objectifs souhaités. Parfois, les traitements doivent être prolongés dans le temps, mais nous ne nous sommes pas arrêtés pour autant, a-t-elle affirmé.
Cela montre à quel point une mesure de ce type peut être cruelle, car elle met en jeu la vie de 3 000 Cubains sous traitement de suppléance rénale et de mille autres ayant bénéficié d’une transplantation.
Cependant, a-t-elle conclu, « nous continuerons à consolider nos acquis même dans des circonstances aussi adverses ».








