
PLAYA GIRON, Ciénaga de Zapata. – D’abord, l’ordre : « fermes » a résonné, puis les notes de l’hymne national et, pour fendre la fraîcheur de ce dimanche matin 19 avril, la sonnerie aux morts lors d’une cérémonie d’hommage à l’héroïsme : là, sur la large plaque où sont gravés les noms des martyrs de Playa Giron, à quelques mètres du Musée, des fleurs blanches ont été déposées ; la première, par le président de la République de Cuba, Miguel Diaz-Canel Bermudez.
Dans cette partie de la province de Matanzas – où Cuba rendit possible la première grande défaite de l’impérialisme en Amérique – s’est tenue, ce 19 avril, la cérémonie du 65e anniversaire de la Victoire de Playa Giron. Ce fut l’occasion de rappeler que le 19 avril 1961, le pays se leva pour combattre ; et qu’en moins de 72 heures les forces révolutionnaires – représentées par les milices ouvrières, paysannes et étudiantes, l’Armée rebelle, les artilleurs, policiers, soldats, pilotes, tankistes et médecins –, avec Fidel à leur tête, vainquirent l’invasion mercenaire.
Cet épisode extraordinaire a été évoqué avec l’importance qu’il mérite, lors d’une cérémonie qui a également compté sur la présence de membres du Bureau politique : Salvador Valdés Mesa, vice-président de la République ; Roberto Morales Ojeda, secrétaire à l’Organisation du Comité central du Parti communiste, ainsi que le général de corps d’armée Roberto Legra Sotolongo, premier vice-ministre des Forces armées révolutionnaires et chef de l’État-major général.

Étaient également présents des dirigeants du Parti communiste, de l’État, du gouvernement, de l’Union des jeunes communistes, des organisations de masse, de l’Association des combattants de la Révolution cubaine, des FAR et du ministère de l’Intérieur. Aux côtés du peuple de la Ciénaga de Zapata [les marais] se trouvaient les plus hautes autorités du Parti et du gouvernement dans la province de Matanzas, auxquels s’étaient joints des participants au 5e Colloque international Patria.
Dès le début, la cérémonie a été marquée par plusieurs prestations artistiques. La chanson Fusil contra fusil, de Silvio Rodriguez, interprétée par le trovador Silvio Alejandro Rodriguez, a ouvert le moment culturel. Se sont également produits le Conjunto Artístico Comunitario Korimakao, la compagnie Revoluttion, des élèves de l’École nationale de danse, ainsi que l’acteur Denys Ramos.
Le major des FAR Yadian Daniel Medina a pris la parole au nom des nouvelles générations. Il a évoqué la gloire éternelle méritée par les héros et les martyrs, affirmé que le peuple, dont il est le fils, « confirme sa détermination à être libre et indépendant » et il a dénoncé le fait que « l’impérialisme s’est obstiné à détruire la Révolution par tous les moyens ».
En évoquant la défaite que l’empire a subi en avril 1961, Yadian a souligné qu’un élément n’avait pas été pris en compte dans les calculs des envahisseurs : « la détermination de notre peuple à défendre sa Révolution ».
Le jeune officier a parlé du blocus des États-Unis, qui vise aujourd’hui a-t-il dit, à empêcher l’arrivée de carburant sur l’Île. Il a également rappelé la résistance d’un peuple qui sait parfaitement ce que signifierait perdre sa Révolution, et a partagé la conviction de Fidel selon laquelle un peuple devenue une armée ne sera jamais vaincu.

Le poème Élégie des petits souliers blancs, de Jesus Orta Ruiz (l’Indien Nabori), a été interprété par des musiciens du Conjunto Artistico Comunitario Korimakao. Cette évocation émouvante s’est entremêlée avec l’œuvre Abdala, de José Marti, mise en scène par le Groupe de théâtre universitaire de La Havane. Cette séquence a précédé l’intervention d’Elianis Martinez Pérez, jeune enseignante de première année à l’école primaire Félix Edén Aguada, qui a rappelé qu’avant le 1er janvier 1959, la Ciénaga était une région oubliée.
Elle a dénoncé les effets néfastes du blocus impérial. Selon elle, ce siège vise à contraindre le pays à céder sous l’effet de la pénurie et de l’épuisement. Dans son intervention, la jeune enseignante a souligné que l’impérialisme n’a pas renoncé à détruire la liberté et à l’indépendance de Cuba ; elle a ajouté que la meilleure manière d’honorer l’œuvre humaniste de la Révolution consiste à étudier avec sérieux et à travailler avec rigueur.
Sur cette même terre où l’Île remporta la victoire de 1961, deux artistes cubains, Nelson Valdés et Mayito Rivera, ont interprété Te doy otra cancion, une chanson accompagnée d’une prestation de danse.
Le discours central de la cérémonie pour le 65e anniversaire de la Victoire de Playa Giron a été prononcé par Roberto Morales Ojeda
« Une fois encore, Giron nous appelle. Giron ne fut pas seulement une bataille : ce fut la volonté irrévocable d’un peuple qui n’a jamais accepté de s’agenouiller devant la puissance impériale. Ici, en avril 1961, s’est scellée, dans le sang et le courage, la décision d’être libres. Une victoire qui appartient au présent et constitue un engagement envers l’avenir », a déclaré le membre du Bureau politique. Et de poursuivre :
« Soixante-cinq ans se sont écoulés depuis que, sur ces mêmes sables, des mercenaires au service du pays le plus puissant de l’Histoire croyaient pouvoir écraser en quelques heures la jeune Révolution cubaine ».
Ils sont venus avec l’idée erronée, vouée à l’échec dès le départ, qu’ils trouveraient un peuple divisé et prêt à capituler. Ils se sont trompés : ils ont ignoré, comme ils le font encore aujourd’hui, notre conviction inébranlable d’indépendance ou de mort. En moins de 72 heures, les envahisseurs furent vaincus ».
La victoire de Playa Giron, a souligné Morales Ojeda, « a constitué la synthèse parfaite de deux forces indissociables : un peuple transformé en milice et un dirigeant doté de la vision d’un grand stratège, capable d’incarner la volonté de lutte ».
« Environ 1 200 agresseurs ont été faits prisonniers, soit presque la totalité de la force mercenaire disposant d’une capacité de combat, sans compter les pertes humaines », a indiqué le dirigeant. Il a souligné que « Giron fut le moment où la défense de notre terre sacrée s’est confondue avec un projet social et une identité collective. Cette victoire exceptionnelle constitue une déclaration permanente de dignité nationale et démontre que Cuba est prête à répondre à toute agression ».
« Au cours de ces journées d’épopée glorieuse s’est scellée, ce qui est reconnu symboliquement, l’unité qui a donné naissance au Parti communiste de Cuba ».
À un autre moment de son intervention, le secrétaire à l’Organisation du Comité central du Parti communiste de Cuba a affirmé que « dès le début de la
Révolution, les transformations engagées ont soutenu une politique de justice et une préoccupation constante pour les problèmes du peuple. Dans les mois précédant l’invasion, la terre passait pour la première fois entre les mains de ses véritables propriétaires avec la Loi de Réforme agraire ; la santé devenait un droit pour tous ; et la Campagne d’alphabétisation se développait, constituant le fait culturel le plus marquant de l’histoire révolutionnaire, parmi d’autres réalisations ».
« L’ensemble de cette œuvre a suscité l’hostilité de l’impérialisme, qui étudiait depuis des mois, voire des années, comment détruire l’exemple jugé dangereux que représentait cette Patrie pour ses intérêts ».
Énumérant de multiples agressions impériales, Roberto Morales Ojeda a dénoncé : « on nous a supprimé les crédits ; on nous a fermé l’accès à la source d’où le pays importait le pétrole ; on nous a privés du quota sucrier ; on nous a imposé un blocus économique féroce ; ils ont organisé des sabotages, des actes de piraterie, des bandes contre-révolutionnaires ; ils ont tenté à de nombreuses reprises d’assassiner les leaders de la Révolution. Ils ont tout tenté, et tout a échoué ».
Sentiment collectif de résistance
« Les circonstances actuelles de notre vie quotidienne sont difficiles, nous le savons. Nous faisons face à des difficultés économiques, à d’énormes défis, à des tensions dans l’approvisionnement et à des limitations matérielles – en grande partie en raison du blocus – ; mais nous ne cédons pas face à ces obstacles, aussi insurmontables qu’ils puissent paraître. La Révolution ne s’effondre pas et ne s’effondrera jamais », a affirmé Roberto Morales Ojeda.
Cette volonté, a déclaré le membre du Bureau politique, a été réaffirmée par plus de « 50 000 Cubains et Cubaines lors de la cérémonie patriotique du 16 avril dernier, à l'occasion du 65e anniversaire de la proclamation du caractère socialiste de la Révolution, où un appel a été lancé en faveur d'un mouvement national et international visant à faire connaître la vérité sur Cuba aux quatre coins du monde ».
« Nous savons, a-t-il souligné, que l'ennemi ne renonce pas à ses sinistres desseins. Le blocus économique, commercial et financier s'est renforcé, devenu désormais un siège énergétique inhumain qui vise à nous étouffer. Les campagnes médiatiques, la désinformation, les pressions diplomatiques, les menaces, les sanctions, tout cet arsenal, est aujourd’hui utilisé contre nous, avec la même acharnement et la même frustration qu’il y a plus de six décennies ».
« Aujourd’hui comme alors, l’unité et la fermeté sont les piliers qui ne doivent pas faiblir. L’urgence de défendre Cuba et de renforcer les convictions que nous défendons est plus évidente que jamais. Telle est l’essence de la Déclaration du gouvernement révolutionnaire Giron, c’est aujourd’hui et à jamais, publiée ce 15 avril dans le journal Granma, en soutien aux paroles du Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba.
« Et c’est également ce sentiment collectif de rejet des menaces et de défense de notre souveraineté qui s’est manifesté, de manière catégorique, dans l’appel lancé par les organisations de la société civile révolutionnaire cubaine, lesquelles, aux côtés de l’Association cubaine pour les Nations Unies, ont fait entendre leur voix afin que la solidarité, le sens de la justice et les raisons de Cuba se multiplient à travers le monde ».
S'appuyant sur l'héritage des combattants de Giron, le dirigeant a appelé :« dès aujourd'hui et au cours des prochains jours, à apposer votre signature en soutien à cet appel, qui constituera une manifestation forte de notre opposition au génocide que représente le blocus, ainsi que l'expression du profond désir de notre peuple de construire un avenir prospère et de vivre en paix ».
Morales Ojeda a également évoqué « la guerre que nous ne voulons pas, mais à laquelle, si elle devait éclater, nous ferions face avec la conviction irrévocable d’un peuple transformé en un immense nid de guêpes contre l’envahisseur », soulignant : « Nous réaffirmons notre engagement à poursuivre l’œuvre qui a toujours caractérisé la Révolution cubaine et qui est aujourd’hui également palpable en ce lieu ».
Vers la fin de son discours, le membre du Bureau politique a déclaré que « Giron n’a pas été un combat de plus » et que, comme l’a affirmé Fidel, « ce fut la première grande défaite de l’impérialisme en Amérique, ce qui en a fait un symbole ».
« Giron, c’est aussi aujourd’hui, car la victoire se construit chaque jour dans la défense de la patrie, dans les efforts pour surmonter la situation complexe du secteur de l’électricité, en œuvrant au développement des énergies renouvelables, à la production alimentaire, à l’amélioration de la qualité des services, tout en luttant contre les prix spéculatifs, les manquements à la discipline, les illégalités et les manifestations de corruption. »
« La bataille d’aujourd’hui consiste à surmonter les difficultés, à assurer la reprise progressive de l’économie et à perfectionner le socialisme cubain. Et cette bataille, comme celle de Giron, nous la gagnerons grâce à l’unité, à la conscience, à la créativité et au travail. Cuba veut la paix et promeut la paix, mais elle ne connaît pas la peur ».
Morales Ojeda a souligné que « la Révolution naissante, que les impérialistes ont tenté d’anéantir en 1961, ne prônait pas la guerre et ne constituait pas une menace pour le peuple étasunien ».
« Malgré tout, elle a été attaquée, elle s’est défendue et elle a triomphé. Aujourd’hui, la Révolution, solide et humaniste, ne constitue pas non plus une menace pour la nation étasunienne, et ne veut pas la guerre. Mais comme à l’époque, nous saurons nous défendre, convaincus que nous triompherons également. »
« Face à toute agression, comme à Giron, nous vaincrons », a souligné le secrétaire à l’Organisation du Comité central du Parti communiste de Cuba.
Puis vint un moment particulier : « La Victoria », une chanson de Sara Gonzalez, interprétée par Annie Garcés. Parmi les danseurs, debout sur un char de combat et brandissant un drapeau cubain aux couleurs vives, la jeune femme a ému les personnes présentes par sa voix, dans une prestation artistique où se mêlaient beauté et détermination.
Dans le cadre de cette cérémonie, ce dimanche à Playa Giron, chaque Cubaine et chaque Cubain présent a inscrit son nom et son prénom dans un grand livre, marquant ainsi le début du mouvement populaire « Ma signature pour la Patrie », qui s’étendra à toute l’Île dans le cadre des actions de dénonciation du blocus et des mesures d’encerclement et d’asphyxie économique contre le peuple cubain.
Un détail particulier semblait relier ces heures de 1961 au présent : parmi la foule se trouvait Nemesia, une femme qui vit et résiste, et que nous connaissons tous. C'était elle, la petite fille qui rêvait de chaussures blanches, celle qui a vécu la terreur de la guerre dans sa propre chair. Elle, dont les rêves ont été criblés de balles, a été immortalisée dans les vers de l'Indio Nabori, dans l'élégie aux petites chaussures blanches. Et à travers elle, le poète a rendait hommage, à jamais, à la force de tout un peuple.










