ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Juvenal Balán

(Version sténographique de la Présidence de la République)
Chères sœurs et chers frères de la solidarité avec Cuba et avec les causes justes du monde,

Amies et amis qui nous rendez visite depuis les quatre coins du monde, 

La solidarité ne peut pas être bloquée. Vive la solidarité ! (Exclamations : « Vive ! »)

L’une des premières choses que nous tenons à reconnaître, et qui relève du sentiment et des émotions propres aux Cubaines et aux Cubains lorsque nous avons ce type de rencontres, lorsque nous avons la possibilité de partager avec ceux qui nous rendent visite en nous donnant de l’amour, en nous donnant de l’affection, de l’amitié et en nous offrant leur solidarité, c’est la gratitude pour tout ce que vous faites pour nous, ainsi que la reconnaissance du courage et de la détermination avec lesquels vous vous exprimez, car nous savons qu’en ces temps présents, être à Cuba et avec Cuba exige du courage (Applaudissements).

Beaucoup d’entre vous disent qu’ils sont émus lorsqu’ils viennent à Cuba. Nous aussi, nous sommes émus lorsque vous venez à Cuba et lorsque vous nous témoignez ces sentiments et cette solidarité.

Je crois que nous pouvons partager la solidarité, nous pouvons partager des idéaux ; nous croyons qu’un monde meilleur est possible, comme Fidel nous l’a enseigné, précisément parce que nous reconnaissons qu’il peut exister un autre modèle, une autre possibilité pour ceux qui vivent dans ce monde si désordonné et si chaotique. Et c’est en défendant une cause, en défendant un modèle fondé sur la justice sociale et qui place l’être humain au-dessus du marché et du profit.

 Lorsque l’on affirme que nous sommes une menace extraordinaire et inhabituelle pour les États-Unis – et nous sommes convaincus que tel n’est pas le sentiment du peuple nord-américain, mais bien le prétexte utilisé par le gouvernement des États-Unis pour nous agresser – on peut se demander : quelle est cette menace ? Qu’a-t-elle d’extraordinaire ? Qu’est-ce que cette menace a d’inhabituel, alors que Cuba est un pays de paix, qu’elle a servi de cadre aux principaux dialogues de paix en Amérique latine et dans les Caraïbes, qu’elle a été le lieu où se sont réunies l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe pour résoudre le schisme qu’elles avaient maintenu pendant plus de mille cinq cents ans ?

Je tente de répondre à cette question chaque jour, mais, comme l’explique Bruno [Rodriguez Parrilla], il n’existe aucun prétexte, aucune raison qui justifie une agression militaire contre Cuba. Eh bien, cette « menace extraordinaire et inhabituelle » est peut-être l’exemple de résistance et de créativité du peuple cubain (Applaudissements).

Lorsque nous parlons de solidarité, je crois que nous parlons de trois éléments qui distinguent la valeur de la solidarité internationale :

Le premier, c’est la tendresse des peuples, car nous avons appris ensemble à partager quelque chose que Fidel nous a enseigné : nous ne donnons pas par solidarité ce qui nous reste, mais nous donnons ce que nous avons pour le partager entre tous.

La deuxième valeur, c’est que la solidarité constitue une arrière-garde stratégique, car elle appuie ce que nous faisons, elle appuie les luttes de ceux qui cherchent à faire face à des agressions de nature génocidaire comme celle que le gouvernement des États-Unis impose à Cuba, si bien que chaque don, chaque mobilisation internationale, chacune des actions que vous menez dans différentes villes du monde est un souffle d’oxygène que vous nous offrez face au blocus économique, et c’est aussi une lumière qui éclaire la nation et le peuple cubains.

Une troisième valeur de la solidarité, que nous partageons tous, c’est qu’elle est une expression de résistance face à l’exclusion. C’est une dénonciation active de l’agression menée par le gouvernement des États-Unis contre Cuba ; c’est une dénonciation active de l’inscription de Cuba sur une liste de pays qui soi-disant soutiennent le terrorisme.

La véhémence, le courage, la détermination et l’engagement avec lesquels vous défendez, depuis la solidarité, le peuple cubain nous montrent et nous confirment que Cuba n’est pas seule et que Cuba ne sera jamais seule tant qu’il existera des personnes comme vous dans notre monde (Applaudissements).


Je crois qu’hier nous avons tous pu apprécier ce qui a été une magnifique démonstration d’héroïsme, de fermeté, de détermination, de convictions, de militantisme et de combativité du peuple cubain.

Hier, le peuple cubain a remporté deux victoires en ces temps difficiles : l’une, avoir obtenu plus de 80 % de signatures de la population active cubaine âgée de plus de 16 ans en faveur de la Révolution cubaine, contre le blocus renforcé, contre le blocus énergétique, contre le danger d’une agression militaire contre Cuba. Et ce fut une signature pour la Patrie, pour la Révolution et pour le socialisme (Applaudissements).

Et l’autre victoire a été cette magnifique démonstration de soutien à la Révolution, lorsque le peuple a défilé massivement, non seulement à La Havane – dont vous avez vous-mêmes pu mesurer l’ampleur – mais aussi dans toutes les villes du pays. À combien s’élevaient le nombre de participants  ? Plus de cinq millions de personnes étaient hier dans les rues pour défendre Cuba (Applaudissements).

Car il ne s’agissait pas d’un Premier Mai quelconque. Comme beaucoup d’entre vous l’ont dit, c’était le Premier Mai de l’Année du centenaire du Commandant en chef Fidel Castro (Applaudissements et exclamations : « Vive Fidel ! »).

Et nous pouvons tous partager la conviction que notre peuple, le peuple cubain, et vous, amis solidaires de ce peuple, qui faites également partie de cette patrie et de ce peuple, avons rendu le plus bel hommage possible au Commandant en chef en cette année de son centenaire, en ce Premier Mai (Applaudissements).

Je crois que ce fut une réponse populaire qui a clairement montré qu’à Cuba, la Patrie se défend ! (Applaudissements et exclamations : « La Patrie se défend ! »)

Quelqu’un m’a demandé hier ce qu’il y avait d’extraordinaire dans ce Premier Mai. Eh bien, cela tient à cet engagement envers le Commandant en chef, à la situation que nous vivons, à ce que nous sommes allés exprimer en ce Premier Mai. Mais je crois qu’il y a un élément très singulier, qui ne vous a pas échappé, c’est que de nouvelles générations ont, hier à Cuba, brandi nos drapeaux historiques.

Les ennemis de la Révolution ont dépensé des millions pour empêcher la jeunesse cubaine de devenir la continuatrice de l’œuvre révolutionnaire. Les ennemis de la Révolution annonçaient qu’il n’y aurait pas de soutien populaire et que la participation populaire à ce défilé ou à cette manifestation serait insignifiante, mais, comme on dit à Cuba : ils se sont pris les doigts dans la porte. Les jeunes sont sortis défendre la Révolution. La jeunesse cubaine est sortie défendre la Révolution, en tant que partie de ce peuple, avec la conviction d’être la jeunesse du centenaire du Commandant en chef (Applaudissements).

C’est pourquoi, hier, nous n’avons pas vécu une marche «  malgré la situation économique complexe que traverse notre pays en raison du durcissement du blocus ». Pas du tout ! Hier, ce fut la marche d’un peuple combatif, d’un peuple déterminé face à tout ce qui pèse sur la vie quotidienne et l’économie de notre pays. Ce fut le discours combatif d’un peuple digne, courageux et résolu, qui a exprimé haut et fort son droit absolu de choisir son système politique, de le défendre, de vivre et de se développer. Et c’est pourquoi ce peuple, avec vous, a clamé hier : Non au blocus ! (Applaudissements.) Et comme nous l’avons toujours dit : qu’ils nous enlèvent le blocus, et l’on verra de quoi nous sommes capables !

Parlons maintenant un peu du monde. Je crois que vous avez décrit avec beaucoup de rigueur la situation que nous vivons actuellement. Il est indéniable qu’il existe une crise du capitalisme, une crise multidimensionnelle, ainsi qu’une crise de l’impérialisme au sein du gouvernement des États-Unis.

D’autres pays proposent, à partir des positions du multilatéralisme, d’autres perspectives pour les peuples et les nations du Sud global. De plus en plus de voix s’élèvent contre les abus impériaux.

Les principaux représentants du gouvernement des États-Unis connaissent également une crise de crédibilité au sein même du peuple nord-américain.
 
C’est lorsque le capitalisme et l’empire sont en crise que les idées les plus ultraconservatrices et d’extrême droite ressurgissent ; c’est pourquoi le fascisme refait surface aujourd’hui. Et l’actuel gouvernement des États-Unis est un gouvernement fasciste (Applaudissements). C’est la raison pour laquelle des actes génocidaires se commettent dans le monde, comme le génocide perpétré contre le peuple palestinien, ou le génocide commis contre le peuple libanais ou le recours aux agressions et au langage de la guerre pour résoudre les conflits internationaux.

Car nous sommes face à une guerre idéologique, une guerre culturelle et une guerre médiatique.

Pourquoi la guerre que l’empire cherche à imposer est-elle idéologique ? Parce qu’il tente d’imposer ses idées hégémoniques sur la base de la domination.

Ils veulent dominer le monde, ils veulent nous dominer tous, ils veulent dominer nos peuples, ils veulent dominer nos nations. 


Pourquoi s’agit-il d’une guerre culturelle ? Parce que, pour y parvenir, ils doivent s’approprier et dominer nos esprits ; c’est pourquoi ils cherchent à amener nos peuples à rompre avec leurs racines, avec leur identité, avec leur culture. Voilà pourquoi ils s’en prennent à la culture et à l’histoire de nos peuples.


Et c’est aussi une guerre médiatique, parce qu’ils utilisent tout ce dispositif de réseaux numériques et de médias pour exalter les valeurs suprémacistes, la xénophobie ; pour assassiner la réputation de nations et de dirigeants ; pour imposer la culture occidentale ; pour dénigrer les peuples et les processus révolutionnaires. Et ils le font en s’appuyant sur la perversité, en recourant à la calomnie, au mensonge, aux fausses informations, en construisant des récits médiatiques où la répétition du mensonge, la narration du mensonge, finit par se transformer en une vérité que beaucoup finissent par adopter à travers le monde.

Remarquez bien : c’est ainsi qu’ils ont agi ces derniers temps.

Qu’ont-ils fait contre le Venezuela ? ils ont commencé par construire médiatiquement le récit d’un narco-État ; ils ont tenté de lyncher politiquement et médiatiquement le président légitime de la Révolution bolivarienne, Nicolas Maduro. Puis, ils ont mis en place un blocus naval contre le Venezuela ; ils ont imposé la plus importante présence militaire nord-américaine dans la région des Caraïbes depuis vingt ans.

Dans le cadre de ce récit, ils ont justifié des crimes extrajudiciaires contre des embarcations, sans jamais pouvoir prouver si elles étaient liées ou non au narcotrafic, ni si les personnes à bord de ces embarcations lui étaient liées.

Et lorsque toutes les conditions ont été réunies grâce à cette artillerie médiatique, ils ont agressé la nation vénézuélienne, séquestré et emmené un président légitime et son épouse pour leur intenter un faux procès aux États-Unis. Il suffit de voir comment le Cartel de los Soles a disparu immédiatement après l’enlèvement de Maduro, comment le mensonge qui avait été construit s’est évanoui, mais les conséquences étaient déjà là.

C’est ainsi qu’a été fabriquée l’idée selon laquelle l’Iran développait un programme nucléaire pour se doter de la bombe atomique et constituait une menace pour le monde.


Voilà plusieurs semaines que nous voyons la guerre en Iran, que nous voyons la résistance héroïque du peuple iranien (Applaudissements). Et ce que nous n’avons toujours pas vu une bombe nucléaire iranienne, ni une menace d’utilisation d’armes nucléaires par l’Iran. Qui parle d’utiliser l’arme nucléaire ? Le gouvernement des États-Unis.

Et il y a aussi le cas de Cuba. Ils ont lancé une immense campagne affirmant que nous constituons une menace inhabituelle et extraordinaire pour les États-Unis, que nous violons les droits humains, que nous sommes un État en faillite, que nous vivons un effondrement économique, qu’ils sont très préoccupés par les difficultés du peuple cubain, ce qui est une ironie totale et un mensonge.

S’ils sont si préoccupés, qu’ils lèvent le blocus, car les principaux problèmes du peuple cubain sont directement liés à l’imposition de ce blocus depuis tant d’années.

Dans le cadre de cette campagne contre Cuba, il y a aussi les pressions exercées sur les gouvernements d’un certain nombre de pays, dont les dirigeants ont été poussés à rompre la coopération médicale que Cuba offre de manière solidaire.

Lors de réunions à l’échelle régionale, le gouvernement des États-Unis a tenté de « séduire » certains dirigeants latino-américains ; certains ont offert, comme un présent, la rupture des relations avec Cuba ou la limitation des relations diplomatiques avec notre pays. D’autres encore, avec un cynisme extrême et un manque total de dignité, cherchant à s’attirer les faveurs de l’empereur, lui ont demandé : quand allez-vous régler la question cubaine ?

Photo: Juvenal Balán


Dans ce contexte, alors que le Venezuela a commencé, dès le mois de décembre, à être soumis à un blocus énergétique, Cuba a cessé de recevoir du pétrole. Nous parlons de décembre. Puis, en janvier, est venue le décret exécutif du 29 janvier, si bien que nous avons passé quatre mois sans recevoir de combustible, jusqu’à l’arrivée d’un navire en provenance de Russie, qui nous a permis, au cours des quinze derniers jours, d’améliorer la situation électroénergétique du pays. Mais ce pétrole s’épuise, et nous ignorons quand de nouveaux approvisionnements en combustible arriveront à Cuba. 

Et, comme si cela ne suffisait pas, ils ont annoncé hier, comme un cadeau de Premier Mai – il semble que le Premier Mai leur ait déplu –, et comme on dit ici, l’immense démonstration de fermeté du peuple cubain les a piqués au vif, un nouveau décret exécutif intitulé : « Imposition de sanctions contre les responsables de la répression à Cuba et des menaces à la sécurité nationale et à la politique étrangère des États-Unis ». Ils ont repris le même prétexte que dans l’ordonnance précédente. 

Cette mesure, que Bruno a expliquée avec plus de détails que je ne le ferai, s’articule autour de trois axes fondamentaux, conçus pour faire s’effondrer l’économie cubaine et forcer le changement de régime auquel ils aspirent.

Premièrement, elle impose des sanctions sectorielles élargies, bloquant toute propriété étasunienne appartenant à des personnes ou à des entités opérant dans des secteurs – notez bien lesquels ils ont choisi : l’énergie, la défense, les mines et les services financiers de l’Île.

Ainsi, ils s’attaquent à nos sources vitales de revenus, déjà attaquées et durement éprouvées par plus de soixante ans de blocus ; un blocus encore durci à partir du second semestre de 2019, lorsque l’administration Trump a adopté plus de 240 mesures supplémentaires ; en janvier 2020, avec l’inscription de Cuba sur la liste des pays prétendument soutenant le terrorisme. Toutes ces mesures ont été maintenues depuis, d’abord par l’administration Biden, puis par le retour de l’administration Trump, et aujourd’hui encore aggravées par le blocus énergétique et ce nouveau décret exécutif.

Le deuxième axe fondamental de cette mesure consiste en une traque financière à l’échelle mondiale, en menaçant les banques de pays tiers de leur couper l’accès au système financier étasunien si elles effectuent des transactions avec des entités cubaines. Voyez jusqu’où ils ont poussé l’internationalisation de ces mesures, qui durcissent encore davantage le blocus contre Cuba.

Et, en troisième lieu, elle décrète l’application immédiate des sanctions, supprimant toute période d’ajustement préalable et niant ainsi la possibilité d’un recours juridique opportun.

Tout simplement, sœurs et frères, du point de vue des relations internationales, ce décret présidentiel constitue un cas d’ingérence directe et unilatérale de la part des États-Unis ; c’est un acte d’ingérence inacceptable dans les affaires internes d’une autre nation. C’est une tentative manifeste d’imposer un modèle politique par la coercition économique, en utilisant une législation nationale pour dicter les politiques d’autres pays, au détriment du multilatéralisme.

Cette politique ne vise pas seulement un « changement de régime », elle constitue aussi un acte de déstabilisation régionale, en contraignant la communauté internationale à un choix impossible entre sa relation avec Cuba et l’accès au marché et au système financier des États-Unis. Le monde se voit sommé de choisir : soit participer au système économique et financier des États-Unis soit choisir Cuba.

Et je pose la question : jusqu’à quand le monde va-t-il tolérer cet abus ? Jusqu’à quand le monde acceptera-t-il que l’on tue des enfants innocents et des peuples innocents, comme à Gaza, au Liban ou en Iran ? Jusqu’à quand le monde tolérera-t-il cette politique de pression maximale des États-Unis contre le peuple héroïque cubain ? Car le monde doit être conscient que ce qui est fait contre Cuba, contre la Palestine, contre l’Iran, pourra ensuite être fait contre n’importe qui (Applaudissements).

C’est pourquoi nous affirmons, avec tout le sens des responsabilités – et cela a été dit ici – que celui qui se lève aujourd’hui avec Cuba se lève pour tous les temps, car à Cuba se défend la dignité des peuples (Applaudissements).

À Cuba, nous défendons la souveraineté et l’indépendance des peuples. À Cuba nous défendons le droit des peuples à l’autodétermination (Applaudissements). Et à Cuba nous défendons la conviction qu’une cause juste, portée par un peuple héroïque, ne s’abandonne pas. Par conséquent, que personne n’attende qu’il y ait une reddition à Cuba ! (Applaudissements et exclamations : « Cuba n’est pas seule ! Cuba n’est pas seule ! Cuba n’est pas seule ! Cuba n’est pas seule ! »)

Tous ces éléments de contexte que nous partageons avec vous ont, sans aucun doute, rendu notre situation plus complexe. Et comme vous avez pu le constater en partageant la vie du peuple cubain, nous vivons aujourd’hui de nombreuses limitations, qui viennent s’ajouter à celles que nous connaissions déjà. Il faut se demander comment peut fonctionner l’économie d’un pays, comment peuvent être maintenus ses services, lorsqu’il lui est interdit de recevoir du combustible.

Nous faisons face, en tant que pays, en tant que peuple, à une agression multidimensionnelle de la part de la puissance la plus puissante du monde.

Et le problème, c’est l’effet cumulatif. Car certaines analyses se concentrent uniquement sur la situation actuelle de Cuba. Non, non, la situation de Cuba est le résultat d’une accumulation de difficultés : plus de soixante ans de blocus ; de blocus renforcé à partir de 2019 ; des effets de la pandémie de COVID-19 et aujourd’hui un blocus encore aggravé par ces décrets présidentiels.

Il s’agit d’un châtiment collectif qu’ils veulent nous imposer, d’une asphyxie totale qu’ils veulent nous imposer, destinée à provoquer une explosion sociale et imposer un changement de régime. Mais Cuba ne se croise pas les bras ! (Exclamations : « Ils ne pourront pas ! »)

Ils ne pourront pas, ils ne pourront pas ! (Applaudissements.)

Nous ne restons pas les bras croisés. Depuis que nous avons effectué une analyse au sein de la direction du pays indiquant que Trump pourrait remporter les élections et être accompagné de ceux qui composent son gouvernement, nous savions qu’un danger accru pesait sur Cuba. Nous avons donc travaillé sur tout un ensemble d’idées, de plans et de programmes que, aujourd’hui plus que jamais, nous avons ratifiés, précisés, mis à jour et que nous sommes en train de mettre en œuvre.

Face à cette agression multidimensionnelle, nous avons défini trois priorités fondamentales et nous souhaitons les partager avec vous afin que vous connaissiez et disposiez de tous les arguments sur ce que fait Cuba.

Premièrement, il existe une menace imminente d’agression militaire. Et ce n’est pas quelque chose que nous voulons ou que nous souhaitons. Cuba est un pays de paix. Cuba défend la paix. Mais le gouvernement des États-Unis parle de guerre tous les jours, parle de menaces tous les jours, et intensifie chaque jour sa rhétorique de menace contre Cuba ; mais, le peuple cubain n’a pas peur (applaudissements).

Et savez-vous pourquoi il n’a pas peur ? Parce que lorsque l’on assume être prêt à donner sa vie pour une cause juste, qui est en l’occurrence être prêt à donner sa vie pour notre Révolution, être prêt à lutter jusqu’aux dernières conséquences pour notre Révolution,  et que nous sommes nombreux dans ce pays à être prêts à le faire, alors il ne saurait y avoir de peur. Tu as pris la décision de ta vie quoi qu’il en coûte, et la peur disparaît. Et cela, ce peuple l’a démontré hier par les signatures et par sa participation (applaudissements).

Mais cela a aussi été démontré avec un immense héroïsme, qui constitue un exemple pour notre époque, par les 32 combattants cubains tombés au Venezuela (applaudissements et exclamations : « Cuba et Venezuela, un seul drapeau ! »).

Ces combattants cubains ont affronté des forces d’élite de l’armée étasunienne qui les surpassaient technologiquement et numériquement. Le gouvernement des États-Unis et son armée avaient prévu que l’opération d’enlèvement du président du Venezuela se réaliserait en quelques minutes, mais cela s’est compliqué lorsque nos courageux combattants ont affronté cette force d’élite des États-Unis et ont combattu pendant plus de 45 minutes dans ces conditions (applaudissements).

Imaginez ce qui se passerait lors d’une agression militaire contre Cuba, où l’exemple de ces 32 serait multiplié par des millions de Cubains (applaudissements). Et nous le disons avec toute responsabilité : nous ne parlons pas ainsi parce que nous voulons la guerre. Nous ne voulons pas la guerre ! Nous avons même toujours affirmé que les différences bilatérales avec le gouvernement des États-Unis peuvent être résolues par le dialogue ; mais il faut y mettre de la volonté, il faut du sérieux pour trouver des espaces de coopération qui nous permettent de nous comprendre et de nous éloigner de la confrontation. Toutefois, je réaffirme aussi ici ce que nous avons dit à d’autres occasions : nous ne craignons pas la guerre. Et ici, il n’y aura ni surprise ni défaite ! (applaudissements)

C’est pourquoi, comme première priorité, nous avons mis au point ces derniers mois un plan visant à élever le niveau de préparation et de disposition à la défense dans l’intérêt de la guerre de tout notre peuple.

Notre stratégie de défense est une stratégie strictement défensive ; elle n’est dirigée contre personne. Elle s’inspire de l’expérience de guérilla de notre pays, de l’expérience de nos luttes : de la manière dont ont combattu les mambises, de la façon dont les rebelles ont lutté dans la Sierra Maestra, mais aussi des expériences acquises lorsque nous sommes allés en Afrique, où nous avons contribué modestement à la libération de pays africains et à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Elle repose enfin sur nos convictions.

Ce fut une doctrine élaborée par Fidel, enrichie par le Général d’armée, qui a vu le jour à un autre moment aussi complexe que celui-ci, lorsque l’administration qui dirigeait alors les États-Unis avait également envisagé la possibilité d’une agression directe contre Cuba. Et dans cette doctrine défensive, chaque Cubaine et chaque Cubain a un fusil, chaque Cubaine et chaque Cubain a une place dans la défense et une mission à accomplir pour défendre la Patrie, la Révolution et le socialisme (applaudissements).

Alors, la deuxième priorité concerne le fait qu’ils veulent nous asphyxier, ils veulent nous asphyxier économiquement. Eh bien, nous avons discuté avec le peuple à la fin de l’année dernière, en décembre, et durant les premières semaines de janvier de cette année, nous avons mené ensemble, au niveau populaire, un débat sur un Programme de gouvernement pour le développement économique et social dans les conditions actuelles. Ainsi, tout notre peuple a donné son avis, a émis des critiques, a fait des propositions, et à l’issue de ce débat de consultation populaire, un programme de développement économique et social plus solide a été élaboré, précisément parce qu’il a été enrichi par cette participation populaire. Il prévoit tout un ensemble de transformations à mener dans notre modèle économique et social, que nous devons mettre en œuvre avec agilité, sans bureaucratie, avec la plus grande efficacité possible.

Je dirais que, même si les aspects sont nombreux, on peut les regrouper en trois axes fondamentaux :

La transformation économique, qui concerne la façon dont nous parvenons à la stabilisation macroéconomique, au développement de la production nationale et à l’augmentation des exportations.

Un autre axe concerne la souveraineté et la durabilité. Dans ce cadre, deux programmes fondamentaux sont prévus : le programme de production alimentaire pour atteindre la souveraineté alimentaire du pays, en étant conscients que nous mangerons non pas ce que nous importons, mais ce que nous serons capables de produire dans le pays. 

Et vous pourriez me dire : « Mais tu es fou ? Maintenant que tu as moins de carburant, moins de ressources, comment vas-tu atteindre la souveraineté alimentaire ? » Eh bien, grâce à l’effort et au talent des Cubains, en travaillant tous ensemble, conscients que nous mangerons ce que nous serons capables de produire, en appliquant l’agroécologie (applaudissements). Face au manque de produits et d’engrais, nous appliquons l’agroécologie et développons un programme agricole de production alimentaire plus respectueux de l’environnement et durable dans nos conditions.

L’autre programme important concerne la durabilité énergétique du pays, le programme énergétique, dont l’un des piliers est une transformation profonde de la matrice énergétique, que nous avons déjà entamée l’année dernière. Nous avons pu réaliser un investissement de plus de mille mégawatts dans des parcs photovoltaïques, ce qui nous a permis de passer en une seule année de 3 % à 10 % de production d’électricité à partir de sources renouvelables, soit une augmentation de 7 %. 

Nous luttons en pleine adversité pour, cette année encore, atteindre une progression similaire, dans le cadre d’un programme visant à atteindre l’autosuffisance énergétique d’ici 2050, en utilisant nos propres ressources. On ne peut pas bloquer notre soleil, on ne peut pas bloquer les vents de Cuba (applaudissements), on ne peut pas bloquer les courants marins, on ne peut pas bloquer nos rivières. Nous utilisons le biogaz, nous en encourageons l’usage, ainsi que celui de la biomasse.

Nos amis brésiliens nous ont beaucoup encouragés à explorer la question des biocarburants, et nous sommes également en train de l’étudier.

Comme vous le savez, à une époque où il existait tout un tabou et où l’on disait que le pétrole brut cubain ne pouvait pas être raffiné, nos scientifiques ont trouvé la solution, et nous disposons désormais de la technologie mise au point à Cuba pour raffiner ce pétrole brut et obtenir les dérivés nécessaires. Maintenant, que devons-nous faire ? Augmenter la production de ce pétrole national afin de disposer de pétrole non seulement pour la production d’électricité, mais aussi pour répondre aux besoins en carburant et en produits dérivés de l’économie.

Bien sûr, tous ces processus prendront du temps, car cela ne peut pas se résoudre du jour au lendemain dans des conditions d’adversité marquées par des mesures coercitives de plus en plus dures.

Le troisième axe stratégique consiste à faire tout ce que nous entreprenons sans recourir à des politiques de choc. Nous le faisons dans un esprit de justice sociale, et chacune des mesures que nous devons appliquer pour surmonter cette situation doit toujours commencer par examiner qui pourrait en être désavantagé, afin d’éviter que les inégalités ne s’aggravent et, au contraire, qu’elles soient atténuées, afin que chaque personne, chaque famille ou chaque communauté en situation de vulnérabilité bénéficie d’une réponse différenciée pour empêcher que sa situation ne se détériore davantage. Et cela, c’est la justice sociale, cela, c’est le socialisme, et c’est ce que nous défendons à Cuba (applaudissements).

C’est pourquoi je crois et je rêve, et nous rêvons tous, car rappelez-vous qu’à Cuba, en raison de cette politique de pression maximale et de blocus appliquée depuis tant d’années, indépendamment de l’ampleur de l’œuvre de la Révolution, nous n’avons pas pu réaliser tous nos rêves. Il nous reste des rêves en suspens, des projets inachevés. Certains programmes de développement économique du pays, ainsi que leur impact social, sont également ont dû être interrompu. Mais nous continuons à rêver, nous continuons à agir, nous continuons à lutter, nous continuons à travailler, et nous continuons à obtenir des résultats, même dans les circonstances les plus difficiles.

Et nous vous présentons ces arguments, car nous pensons que l’un des rôles fondamentaux que peut jouer la solidarité, que vous pouvez jouer, c’est la mobilisation de l’opinion publique dans des circonstances comme celles-ci, notamment par la contribution que vous pouvez apporter pour convaincre et diffuser la vérité sur Cuba, à un moment marqué par un siège médiatique féroce, par la manipulation, les mensonges et la coercition économique, ainsi que face au danger d’une agression militaire.

En travaillant ainsi dans des temps difficiles, comment envisage-t-on l’avenir de Cuba ? Nous aurons un avenir avec un pays éclairé grâce à nos propres sources d’énergie ; un pays éclairé, mais sans gaspillage (applaudissements).

Nous aurons une Cuba plus productive et plus efficace (applaudissements).

Et nous continuerons à avoir une Cuba juste, avec des espaces et des possibilités pour tous (applaudissements).

Nous continuerons à faire preuve de solidarité, à soutenir les causes justes dans le monde : la cause palestinienne, celle du peuple libanais, la Révolution bolivarienne, la libération du président Maduro et de son épouse Cilia (applaudissements), la cause du peuple sahraoui, celle de Porto Rico (applaudissements), celle du peuple iranien (applaudissements).

Nous soutiendrons également la cause de ceux qui ont participé à la flottille de Gaza (applaudissements), ainsi que ceux qui ont soutenu Cuba par des convois d’aide humanitaire et solidaire (applaudissements).

Et nous lutterons avec vous pour la libération de Thiago et de tout autre camarade militant, combattant, injustement emprisonné (applaudissements).

Nous sommes convaincus que la véritable force d’une nation réside dans son peuple, dans ses citoyens et dans les travailleurs qui construisent un avenir digne. Aujourd’hui, cette force dans notre pays se multiplie grâce à vous, démontrant que la solidarité internationale est l’arme la plus puissante contre l’égoïsme global. L’héroïsme, la résistance, la créativité, la dignité et l’histoire du peuple cubain, avec vous et avec votre solidarité, nous mèneront à la victoire. Et nous n’en doutons pas un seul instant ! (applaudissements)

Mais lorsque vous nous témoignez une telle solidarité, vous nous imposez aussi un immense engagement, car nous savons que nous ne pouvons pas vous décevoir. C’est pourquoi, vous pouvez être également convaincus que le peuple cubain s’engage à continuer d’être un lieu d’espoir dans les Caraïbes pour tous ceux qui, à travers le monde, aspirent à un monde meilleur. Nous ne vous décevrons pas, car vous décevoir serait trahir l’espoir de tous les humbles de cette planète.

Vive la paix ! (Exclamations : « Vive ! »)

À bas la guerre ! (Exclamations : « À bas ! »)

À bas le blocus ! (Exclamations : « À bas ! »)

Vivent les travailleurs du monde ! (Exclamations : « Vivent ! »)

Vive la solidarité internationaliste ! (Exclamations : « Vive ! »)

Cuba n’est pas seule ! (Exclamations : « Cuba n’est pas seule ! »)

Hasta la victoria siempre ! (Ovations.)