ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Estudios Revolución

Traduction de la version sténographique de la présidence de la République)

Chère Alicia, chers enfants et petits-enfants de Ramiro,

Membres de la famille,

Compañeras et compañeros de batailles et de tâches révolutionnaires,
 
Compatriotes,

Ramiro est de nouveau à Santa Clara, ville bien-aimée qu’il contribua à libérer en tant que membre de l’avant-garde rebelle sous les ordres du Che ; cette même ville à laquelle il rendit visite tant de fois au fil des années dans le cadre de missions stratégiques de la Patrie.  

Ramiro est sur la Place Ernesto Che Guevara, dont il supervisa la construction jusqu’au moindre détail, y compris son impressionnant Mémorial, où un jour aux résonances inoubliables, aux côtés du Commandant en chef Fidel Castro et du Général d’armée Raul Castro, il déposa les restes sacrés de son chef guérillero et de son détachement de renfort.  

Ramiro sera inhumé au Mausolée destiné aux courageux combattants du Front guérillero de Las Villas, Mausolée auquel il se rendit chaque fois qu’il vint à Santa Clara afin de rendre un hommage sincère à ses compagnons d’armes.  

Au milieu de la profonde tristesse que provoque son départ physique, car, même s’il a vécu de longues années et qu’il a tant donné, il continue de nous manquer énormément, il importe de remercier l’hommage populaire avec lequel toute Cuba lui a fait ses adieux, ainsi que tout ce que sa vie exemplaire nous a révélé à travers ses propres témoignages et ceux de ses compagnons. 

Ramiro était un homme de silences, qui chaque jour de sa vie revendiquait le précepte martinien selon lequel « le meilleur moyen de dire est de faire », et il faisait, mais lorsqu’il parlait aussi, sa parole était une leçon de vie. De vie et d’Histoire, car il était passionné par l’Histoire de Cuba et il admirait et respectait si profondément nos héros qu’il devint l’un d’eux, non pas en parlant, mais en agissant. En accomplissant tout ce qui lui valut la place éminente qu’il occupe déjà dans notre Histoire, en transformant la lutte pour la justice sociale en raison d’être de sa vie, avec un dévouement total et absolu à la cause révolutionnaire pendant plus de 70 ans, dans un combat direct contre l’ennemi sur tous les terrains et dans le travail infatigable pour le développement du pays ; tant et si bien qu’il y a à peine quelques mois, lorsqu’on ne le voyait pas à l’inauguration de parcs photovoltaïques ou en visite dans des centrales thermiques, tout le peuple demandait : « Où est Ramiro ? »  

Son ardeur au travail impressionnait ; actif et plein de vitalité, à l’approche de ses 94 ans, âge auquel nous lui avons fait nos adieux. 

Compatriotes,

Aujourd’hui nous ne déposons pas seulement les cendres de Ramiro dans un lieu chargé de symbolisme. Nous rendons hommage à un homme dont la vie s’entrelace, depuis la racine, avec l’histoire même de la Révolution cubaine. Un homme qui, depuis ses origines les plus humbles dans le quartier La Matilde, à Artemisa, sut forger un esprit indomptable et une loyauté inébranlable qui en firent l’un des piliers fondamentaux de la Patrie et de la Révolution.  

Ramiro Valdés n’est pas né dans un berceau de privilèges, mais dans une famille très pauvre, dans une maison au sol de terre et au toit de carton, où, comme il le rappelait lui-même, quand il pleuvait, pleuvait plus dedans que dehors. Sa mère, Ofelia Menéndez, une femme intègre, martinienne et partisane de Carlos Manuel de Cespedes, lui inculqua les valeurs qui guideraient toute sa vie : la dignité, l’honnêteté et la fierté d’être pauvre mais honnête et propre.  

C’est dans ce contexte de privations et d’injustices que germa sa rébellion, avec une claivoyance étonnante pour sa jeunesse. Lorsque le 10 mars 1952 Batista s’empara du pouvoir, Ramiro comprit immédiatement que la voie ne se trouvait pas chez les politiciens traditionnels, mais dans la jeunesse et dans un homme qu’il écoutait à la radio : Fidel Castro Ruz.  

Il participa aux préparatifs de l’attaque contre la caserne Moncada et fut celui qui ôta la chaîne et entra le premier par le poste de garde N° 3. Là, il fut blessé par une balle qui l’accompagna durant des années, avant qu’il ne l’extraie lui‑même, un jour, à l’aide de son couteau de campagne, dans la Sierra Maestra.  

L’emprisonnement à l’Île des pins, l’exil au Mexique, l’odyssée du yacht Granma, la défaite d’Alegria de Pio et la rencontre à Cinco Palmas avec Fidel sont autant d’épisodes qui inscrivirent son nom dans l’Histoire la plus récente. En aucun de ces moments Ramiro ne douta. Sa confiance en Fidel et en la cause était absolue, une certitude qui devint sa marque personnelle.  

Dans la Sierra, son courage et sa capacité le menèrent à être promu Commandant et à partager les missions les plus complexes. Il fut second chef de la Colonne 8, sous le commandement de Che Guevara, lors de la glorieuse Invasion de l’Occident, une prouesse que Ramiro, rêveur depuis l’enfance, avait imaginé répéter, en lisant les hauts faits des mambises.  

C’est dans la Sierra Maestra qu’il forgea deux des liens les plus profonds de sa vie révolutionnaire, avec deux figures également très chères à notre Histoire : Ciro Redondo et Ernesto Che Guevara. 
 
Ciro Redondo, au‑delà d’être son compagnon d’armes, était son frère du quartier de La Matilde, son ami d’enfance, son complice dans les rêves de rébellion. Ensemble, ils grandirent, ensemble, ils complotèrent, ensemble ils rêvèrent d’une Cuba libre. La mort de Ciro au combat de Mar Verde fut pour Ramiro un coup profond, une blessure qui ne se referma jamais tout à fait.

Aux côtés d’Ernesto Che Guevara, Ramiro trouva non seulement un chef, mais un frère d’idées et de rêves. Il le rencontra au Mexique et, dès lors, leur amitié fut inébranlable. Ils parcoururent ensemble les montagnes lors des pratiques nocturnes, apprenant du Che à se guider par les étoiles. Ramiro fut témoin de son stoïcisme, de la manière dont l’asthme ne l’empêchait pas de marcher, et de la rigueur avec laquelle il s’imposait à lui‑même plus qu’aux autres.

Fidel confia à Ramiro une mission qui disait toute la confiance absolue qu’il avait placée en lui : veiller sur la vie du Che. Une mission impossible avec un homme aussi audacieux que le Che, mais que Ramiro assuma avec la responsabilité de celui qui comprend le poids de cette confiance.

Lorsque le Che tomba au combat en Bolivie, ce fut Ramiro que la direction du pays chargea de rechercher, d’exhumer et de rapatrier à Cuba ses restes et ceux de ses compagnons de guérilla. Dans ces moments, il réfléchissait : « …si j’avais été là, je ne serais pas en train de le chercher, mais l’on nous chercherait lui et moi, tous les deux. » Cette fraternité avec le Che a transcendé la mort.

Le triomphe de la Révolution fut un nouveau commencement. Ramiro, avec une poignée d’hommes, assuma la tâche titanesque d’organiser les Organes de la Sécurité de l’État. Il démarra dans un bureau à Ciudad Libertad, avec à peine trois personnes, pour bâtir la défense de la Révolution face aux ennemis les plus puissants. « Cela a dû se faire en silence » devint sa devise, une maxime qui distingua son travail discret, efficace et profondément patriotique.

En tant que ministre de l’Intérieur, il affronta les complots de la CIA, les plans d’attentat contre Fidel, le banditisme dans la sierra de l’Escambray et l’agression impérialiste sous toutes ses formes.

En tant que vice‑président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, il assuma la responsabilité de diriger des secteurs stratégiques tels que les télécommunications, l’énergie, la construction et les mines, entre autres. Alors qu’il n’avait pas suivi d’études d’ingénierie, il sut s’entourer des meilleurs maîtres, étudier et apprendre, démontrant que l’engagement révolutionnaire est le meilleur moteur pour surmonter tout défi.

Au‑delà des charges et des responsabilités, Ramiro Valdés est avant tout un exemple de discipline et de dévouement. Sa célèbre routine d’exercices physiques à midi n’était pas un caprice, mais une préparation. Il comprenait que pour servir la Révolution, pour être prêt aux tâches et à ce qui pouvait survenir, il fallait être en condition physique et mentale.

Son rejet du protagonisme fut une autre de ses grandes qualités. Son unique objectif fut de remplir, de manière naturelle et avec humilité, le devoir que la vie et la Révolution lui avaient assigné. Cette modestie, cette absence de vanité furent peut‑être l’un des traits qui le distinguèrent le plus et qui firent de lui, en même temps, l’un des dirigeants les plus aimés et les plus respectés par le peuple cubain.

La vie exemplaire de Ramiro Valdés nous enseigne que la Révolution se fait avec humilité, avec discipline et avec une confiance infinie dans la victoire. En lui, se résument les meilleures valeurs de notre Histoire : la rébellion de Céspedes, la lucidité de Marti, l’audace de Maceo et le dévouement des combattants de la Sierra et de la plaine.   

Il existe un lien qui traverse toute la vie de Ramiro Valdés comme un axe central : sa loyauté envers Fidel et Raul. Non pas exactement envers deux hommes, mais envers l’idéal qu’ils symbolisent et qui unit toute une génération, et avec elle, tout un peuple dans le combat pour la souveraineté de la Patrie, pour la justice sociale et pour le développement. Une loyauté qui est le fruit d’années de lutte partagée, de confiance mutuelle et d’une vision commune de l’avenir de Cuba.

Sa relation avec Fidel commença avant même de se connaître personnellement. Ramiro écoutait Fidel à la radio avec attention et il sut, avec cette certitude que seuls donnent les instincts révolutionnaires, qu’il écoutait le leader dont le pays avait besoin. Lorsqu’il fit sa connaissance enfin au N° 109 du Prado, son impression fut catégorique : Fidel était le dirigeant, l’homme politique, le révolutionnaire qui allait résoudre le problème de la situation de Cuba.

Sa relation avec Raul fut tout aussi profonde et fraternelle. Du Général d’armée, il reçut non seulement des indications, mais aussi une confiance et un respect qui se maintinrent intacts au fil des années. Tous deux partageaient la même vision de la discipline, la même rigueur dans le travail et la même modestie dans les rapports humains. Comme Ramiro lui‑même le reconnaissait, Raul fut toujours très clair et très exigeant, et cette exigence devint une prémisse pour sa propre action.

Lorsque Raul impulsa la promotion des nouvelles générations, Ramiro fut là, soutenant sans réserve, nous accompagnant dans la tâche de poursuivre l’œuvre. Je suis l’un des élèves privilégiés de son école révolutionnaire et de sa manière ferme mais affectueuse d’échanger des critères et des expériences, car Ramiro Valdés fut un homme de sentiments profonds, bien que sa réserve apparente pût suggérer le contraire.

Ceux qui l’ont connu savent que derrière le visage sévère et le regard exigeant battait un cœur d’immense tendresse. Il le démontra dans la façon dont il parlait de sa mère Ofelia, à qui il attribuait tout ce qu’il était, et rappelait comment elle lui avait inculqué la dignité et l’honnêteté qui guidèrent sa vie. Cette vénération pour la figure maternelle révèle un homme qui n’a jamais oublié ses racines ni le sacrifice de ceux qui l’avaient élevé. Elle se manifesta aussi dans sa relation avec la famille de ses compagnons tombés et avec la sienne propre.

Ramiro fut un père dévoué, un époux attentif et affectueux. Sa chère Alicia, la « directrice de la maison », comme il l’appelait avec tendresse, fut sa compagne durant plus de cinq décennies. Ses enfants et petits‑enfants furent témoins d’un homme qui, malgré d’immenses responsabilités, trouvait toujours le temps d’être présent, pour éduquer par l’exemple, pour transmettre les valeurs qu’il avait reçues de sa mère et de la Révolution. Et je le cite : « L’histoire démontre, du moins la cubaine, que pour être révolutionnaire il faut être romantique, idéaliste et amoureux, d’abord de la Révolution ; c’est ainsi, il n’y a pas d’autre manière. »

Hasta Siempre, cher Commandant de la Révolution cubaine Ramiro Valdés Menéndez !

Je ne vous demande pas de reposer en paix, rappelant ce qui avait déjà été dit sur cette même Place en 1997 lors de la réception des ossements guérilleros du Che et de ses compagnons de combat.

Comme l’écrivit alors l’inoubliable Enrique Nuñez Rodriguez, originaire de Villa Clara, à propos du mémorial, le Mausolée où nous déposons ses cendres aujourd’hui « doit être un lieu pour le combat / pour la cause du peuple, / une tranchée, / plutôt un campement, / un site de bataille / où il n’y aura ni repos ni repose en paix / pour le guérillero. »

Merci pour le dévouement, le don de soi et l’exemple, cher Ramiro !

Hasta la Victoria Siempre ! (Ovations.)