ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Au milieu de graves pénuries, le système de santé de Pinar del Rio a réussi à atteindre des indicateurs supérieurs à ceux de pays comme le Mexique, l’Argentine ou le Brésil. Photo: Ronald Suárez Rivas

• Pinar del Rio. – Wendy Garcia parle sans crainte, comme si elle était convaincue que le pire était passé. « Je suis vraiment rassurée », dit-elle. Elle explique que demain, les médecins discuteront de son cas et qu’ils fixeront probablement la date de son accouchement pour la fin de la semaine.

Les frayeurs qui l’avaient amenée à être hospitalisée il y a 51 jours semblent desormais définitivement derrière elle. Elle dit qu’au début, ce fut un saignement « abondant » et qu’elle s’est beaucoup inquiétée de ce que cela pourrait signifier pour elle et son bébé.

À 34 ans, c’était enfin sa première grossesse et elle était heureuse jusqu’à cette nuit de mai où elle a dû être transportée d’urgence à l’hôpital. C’est là qu’une prééclampsie s’est déclarée, puis un nouveau saignement, puis un autre, et un autre... Mais les médecins et les infirmières du service mi de l’Hôpital général d’enseignement « Abel Santamaria Cuadrado » n’ont ménagé aucun effort pour la soigner.

« Ils ont tous été merveilleux, grâce à eux j’ai réussi à atteindre la fin de ma grossesse. »

La salle de soins périnataux, identifiée par les lettres mi, est une sorte de thérapie pour les femmes enceintes. Les spécialistes lui accordent une importance capitale au sein de ce vaste système qui constitue le Programme maternel et infantil (PAMI) à Pinar del Rio.

Au milieu de graves pénuries, le système de santé de Pinar del Rio a réussi à atteindre des indicateurs supérieurs à ceux de pays comme le Mexique, l’Argentine ou le Brésil. Photo: Ronald Suárez Rivas

« Il s’agit d’un service fermé, où se trouvent les cas les plus préoccupants », explique la Dre Sulemis Carmona. « Ici, nous avons des patientes hypertendues sévères, avec menace d’un accouchement prématuré, et d’autres affections », c’est pourquoi, bien que tout soit calme pour l’instant, elle précise : « À tout moment, la situation peut se compliquer. »

« Et toute complication, en ce moment, implique des défis supplémentaires dus aux manque de ressources, ce qui nous oblige continuellement à chercher des alternatives dans cette lutte sacrée pour la vie.

« Parmi les rares patientes qui entrent à l’hôpital, nous donnons toujours la priorité aux soins de la future mère gravement malade. Pour l’instant, ce qui nous affecte le plus, c’est la partie antibiotique, mais même si c’est par voie orale, nous avons toujours une médicament pour elle. »

Selon la Dre Maria Teresa Machin, directrice du pami à Pinar del Rio, les résultats de ce programme important ont été maintenus au fil du temps. En 2023, la province a enregistré le taux de mortalité infantile le plus faible de Cuba. En 2025, elle y est de nouveau parvenue. En 2024, elle s’est classée deuxième.

Cependant, reconnaît-t-elle, la politique d’asphyxie à laquelle le pays a été soumis, et qui impacte de manière implacable tous les domaines de la vie, affecte également la performance du PAMI.

Les effets vont de la pénurie de médicaments aux difficultés à garantir l’interconsultation des groupes de santé de base (composés de pédiatres, cliniciens, obstétriciens...) dans les territoires les plus éloignés, en raison des graves pénuries de carburant.

« Nous avons été affectés, par exemple, dans le diagnostic prénatal des malformations congénitales, car cela repose fondamentalement sur des études ultrasonographiques, qui nécessitent de l’énergie électrique »,  déplore Maria Teresa.

Face à cette réalité complexe, elle souligne que les consultations du Centre provincial de génétique ont été transférées au centre municipal (situé sur un circuit protégé), ainsi qu’à l’hôpital « Abel Santamaria ».

Par ailleurs, il a été indiqué que dans les polycliniques, la vitalité des équipements d’échographie doit être assurée avec les systèmes photovoltaïques installés ces derniers mois.

Ainsi, dans les foyers maternels où les femmes enceintes à haut risque obstétrical sont normalement admises, la responsable du pami explique qu’il a été décidé d'« aller plus loin », compte tenu du manque de moyens de transport, et d’accueillir également les cas vulnérables, ainsi que les femmes enceintes vivant dans des zones d’accès difficile, anticipant toute urgence qui pourrait survenir.
En plein scénario extrêmement complexe, elle rappelle que ces derniers mois, il a également été possible de faire en sorte que les 11 municipalités de Pinar del Rio disposent de maisons maternelles, où des kits photovoltaïques ont été installés garantissant l’éclairage, la conservation des aliments et d’autres besoins fondamentaux.

De l’autre côté de la salle mi, Sinaily Betancourt a déjà effectué 27 jours dans le service, mais elle sait qu’il lui en reste encore beaucoup à faire. Elle a 20 ans et vient d’El Olivo, une communauté isolée dans la municipalité de Mantua, à plus de 100 kilomètres de la ville de Pinar del Rio.
Avant d’être enceinte, elle souffrait déjà d’hypertension chronique, mais pendant la grossesse, une pré-éclampsie s’est déclarée qui l’a contrainte à être admise en salle de soins périnataux.

Le manque de carburant a retardé son transfert d’urgence vers le chef-lieu de province de près de 24 heures. « Les médecins de Mantua avaient signalé mon cas depuis le matin, et je suis arrivée ici vers quatre heures du matin le lendemain », signale Sinaily.

Depuis, sa situation n’a pas été moins tendue. « Depuis que j’ai été hospitalisée, j’ai eu des problèmes de tension à plusieurs reprises, mais j’ai pris des médicaments et mon état s’est amélioré. »

Elle en est à 31 semaines de gestation, mais l’idéal serait qu’elle atteigne au moins 37 semaines. Bien que ses proches aient à peine pu venir lui rendre visite, Sinaily et son bébé ne sont pas seuls.

« Les infirmières ou les médecins viennent toutes les quatre heures prendre ma tension, ils écoutent le  coeur du foetus, me demandent comment je me sens. L’attention a été très bonne », confie-t-elle.

Elle nous confie que dans son ventre elle porte une fille, qui s’appellera Camila, et ses yeux s’illuminent. Elle sait que de l’autre côté de ces murs qui forment l’im, les jours sont difficiles, que les personnes qui prennent soin d’elle n’ont probablement pas bien dormi la veille et qu’elles ont laissé leurs propres problèmes à la maison, pour venir travailler. Et c’est là que les statistiques froides prennent un visage humain, et que les taux et les pourcentages s’expriment dans leur dimension réelle.

C’est aussi là que les conséquences de la politique impitoyable que le gouvernement des États-Unis s’obstine à mener contre le peuple cubain sont mises à nu.

Mais au sein du mi, la vie continue de l’emporter sur la mort, ainsi que dans la salle de néonatologie, à la banque de lait maternel, dans le service de pédiatrie, et dans chaque maillon d’un système qui ne s’est pas arrêté, et qui, au milieu de pénuries terribles, a pu atteindre des indicateurs au niveau de pays comme le Mexique, l’Argentine ou le Brésil.

Avec la confiance de quelqu’un qui se sait entre de bonnes mains, Wendy Garcia interrompt l’entretien pendant quelques minutes pour répondre à un appel. « Bientôt, nous allons connaître Bryan », dit-elle à la personne à l’autre bout du fil, et elle sourit d’une manière indéfinissable.
Bryan est le fils qu’elle a longtemps désiré et qui, après plusieurs années d’attente, de séances de consultation en infertilité, quatre saignements, une tension artérielle décompensée et presque deux mois d’hospitalisation, arrivera enfin dans ses bras, grâce à la volonté illimitée de la mère et au dévouement des médecins et des infirmières pour garantir à chaque femme enceinte et à chaque enfant, comme dans le célèbre roman de Félix B. Caignet, « le droit de naître ». •