ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Marleny remercie le PDL Gomate pour l’aide qu’il apporte quotidiennement à la communauté. Photo: Freddy Pérez Cabrera

Les habitants du quartier de Virginia, à Santa Clara, sont parmi les plus durement touchés par les coupures de courant constantes et les pannes qui affectent les lignes électriques et les transformateurs. Ils peuvent rester de nombreuses heures consécutives sans électricité, ce qui transforme en véritable odyssée la préparation des repas, la recharge des appareils, tout en supportant la chaleur étouffante de cet été.

Marleny Pérez Sánchez, une habitante de cette communauté, n’a pas vu la lumière depuis sept jours, en raison d’une panne majeure du transformateur du quartier où elle réside. Ce jour-là, nous l’avons rencontrée dans la « solinera » (station de recharge solaire), installée par le Projet de développement local (PDL) Gomate, alors qu’elle préparait dans deux marmites le repas du jour pour nourrir sa famille, composée de douze personnes, dont six enfants.

« Imaginez ce que nous serions devenus sans cette installation, qui nous permet de préparer nos repas, mais aussi de recharger les ventilateurs et les téléphones portables », explique cette femme accablée, qui ne tarit pas d’éloges à l’égard de Julio Ernesto Gomate Morales, directeur du PDL, à l’origine de la première station de recharge installée à Villa Clara, ainsi que l’équipe qui l’accompagne.

« Pour être honnête, je vous dirai que je n’avais plus de vie chaque fois qu’on nous coupait le courant. À la chaleur et au désespoir provoqué par les coupures de courant et les moustiques, ajoutez le fait que je devais commencer à allumer le charbon pour pouvoir cuisiner. Une tâche qui, en plus d’être longue, coûte cher, car un sac me revient à 2 000 ou 3 000 pesos, une somme que je ne peux pas toujours débourser », explique-t-elle.

Désormais, Marleny sait où aller pour résoudre une partie de ses problèmes quotidiens. Comme elle, de nombreux habitants de ce quartier se rendent chaque jour sur place pour recharger leurs appareils ou préparer le repas du jour, gratuitement, explique Diosvany Gutiérrez Pérez, chargé de mettre en œuvre et de superviser cette activité.

« Ici, entre 50 et 100 personnes viennent chaque jour, certaines pour recharger leurs téléphones, leurs ventilateurs ou leurs lampes, d’autres pour cuisiner, et on ne leur demande pas un centime. D’autres viennent recharger leur moto électrique, leur batterie portable ou leur tricycle ; par contre, on leur demande de payer le service, mais cela reste très modique », précise Diosvany.

Marlen Azcón Pérez, une autre bénéficiaire de cette « solinera », exprime elle aussi sa reconnaissance : « Cela a été une bénédiction pour la communauté. Vous savez ce que c’est que de ne plus avoir toute cette fumée provoquée par le charbon que je devais allumer à l’intérieur de mon appartement, dans un immeuble, et de pouvoir, en rentrant du travail, cuisiner plusieurs plats à la fois grâce à cette station de recharge. Vraiment, cela n’a pas de prix », nous confie-t-elle.

Jesús Rodríguez Lobaina est un autre habitant reconnaissant ; après un long trajet vers Sancti Spíritus, depuis La Havane, à bord d’une voiture électrique, il a failli tomber à court de batterie à hauteur du kilomètre 259. Il a pu éviter cette situation grâce à la présence, sur l’autoroute, à proximité de Santa Clara, de la « solinera » Solguara, qui peut fournir une recharge lente ou rapide aux véhicules qui en ont besoin.

« Je pense qu’il devrait y avoir beaucoup d’installations comme celle-ci le long d’un axe routier aussi important. Le nombre de voitures électriques a augmenté dans le pays et des « solineras » comme celle-ci constituent un encouragement à utiliser ce type de véhicule », explique le conducteur.

SANS CRÉATIVITÉ, IL EST IMPOSSIBLE DE FAIRE FACE AU SIÈGE

Parmi les nombreuses façons de faire face au blocus et aux mesures d’asphyxie économique renforcées imposées par le gouvernement des États-Unis figure le développement des énergies renouvelables car, comme nous avons coutume de le dire, nous autres Cubains, on ne peut pas bloquer le soleil.

L’une des manifestations les plus concrètes de la volonté de défier cette politique réside dans la création de « solineras » et de stations de recharge, grâce auxquelles la population peut, en partie, pallier le manque d’électricité dû au déficit de combustible, aux pannes constantes et à d’autres facteurs bien connus.

À ce sujet, Alfredo Alejandro Leiva Céspedes, responsable du Groupe de normalisation et d’évaluation énergétique du Bureau national pour l’utilisation rationnelle de l’énergie (Onure) de Villa Clara, explique qu’à ce jour, 50 stations de ce type ont été créées sur le territoire, y compris celles où il est également possible de recharger des véhicules.

À ce jour, 50 stations de recharge ont été installées dans la province. Photo: Freddy Pérez Cabrera

« Sur l’ensemble, 34 sont situées dans le chef-lieu de la province, car c’est là que vit le plus grand nombre de personnes et que se concentre également le plus grand nombre de micro, petites et moyennes entreprises (MPME), de travailleurs à leur compte et de projets de développement local, qui sont à l’origine de nombreux projets ayant eu un impact très positif sur la population », souligne le responsable.

Selon Alfredo, quinze nouveaux projets sont actuellement en cours de réalisation, si bien que la province disposera de 65 établissements de ce type. Et ils ne seront certainement pas les derniers, car la volonté d’associer de nouveaux acteurs à cette initiative est forte.

Pour mesurer l’importance de cette activité, il suffit de préciser que plus de 5 000 familles de Villa Clara bénéficient chaque jour de la recharge de différents équipements, ce qui représente un soulagement pour les personnes qui ont besoin de cuisiner, de communiquer, de se déplacer ou d’atténuer la chaleur nocturne grâce à des ventilateurs rechargeables.

Cette idée, qui prend désormais forme dans la majeure partie du territoire national, est née grâce au soutien des autorités de Villa Clara qui, en coordination avec les formes de gestion non étatiques, ont favorisé l’importation de panneaux solaires, d’onduleurs et de batteries permettant la réalisation de ces « solineras » et stations destinées à un usage collectif, détaille le responsable de l’Onure.

Selon ses explications, ils se sont efforcés de construire la majorité de ces installations dans des communautés fortement touchées par les coupures électriques, afin que leur bénéfice soit plus important et qu’elles puissent venir en aide au plus grand nombre.

En accord avec les transformations économiques et sociales du secteur énergétique, le développement de l’installation de « solineras » constitue une priorité du travail des entités publiques et des formes de gestion non étatiques.

À la mise en place de « solineras » et de stations de recharge dans les quartiers et les communautés s’est ajoutée l’installation de panneaux solaires dans des institutions qui sont de grandes consommatrices d’électricité, ainsi que de luminaires photovoltaïques dans les principaux parcs et avenues des villages et des villes, souligne Leiva Céspedes.

Il ne s’agit pas là d’une solution miracle à tous les problèmes découlant du siège énergétique, qu’il qualifie de génocide, et qui affecte l’économie nationale ainsi que la vie de millions de personnes dans toute l’Île. Cependant, les expériences décrites ici montrent qu’il est possible d’améliorer la qualité de vie de la population lorsque se conjuguent une volonté politique et des acteurs économiques disposés à mettre en œuvre de nouveaux projets.