La défense de la souveraineté nationale et la dénonciation des conséquences humaines du blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par le gouvernement des États-Unis ont été au centre de l’audience publique parlementaire intitulée « Cuba n’est pas une menace, le blocus, si », organisée le 22 octobre à l’Institut national d’oncologie et de radiobiologie (INOR).
À quelques jours de l’examen par l’Assemblée générale des Nations unies du projet de résolution réclamant la fin de cette politique, les interventions ont mis en lumière ses répercussions sur la santé, la production de médicaments, la vie quotidienne des familles et le développement culturel du pays.
La réunion était présidée par Esteban Lazo Hernández, membre du Bureau politique, président de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire et du Conseil d’État, et Teresa Amarelle Boué, secrétaire générale de la Fédération des femmes cubaines, en présence d’autres dirigeants du Parlement et du gouvernement.
La députée Litza Elena González Desdín, membre du Conseil d’État et présidente de la Fédération des étudiants universitaires, a affirmé que cette audience se tenait au nom du peuple cubain, et tout particulièrement de sa jeunesse. Elle a dénoncé une politique contraire au droit international ainsi qu’aux buts et principes de la Charte des Nations unies.
Depuis cette tribune, elle a souligné l’aspiration des jeunes à un monde de paix, sans menaces ni blocus, où la solidarité et le respect entre les peuples soient la norme. Elle a également exprimé son rejet de l’escalade agressive du gouvernement étasunien contre Cuba et ses dirigeants, et apporté son soutien aux dénonciations formulées par le Premier secrétaire du Comité central du Parti et président de la République, Miguel Díaz-Canel Bermúdez, ainsi que par le ministre des Relations extérieures, Bruno Rodríguez Parrilla. Ceux-ci ont alerté sur les conséquences humanitaires du blocus et sur les pressions exercées contre des États membres des Nations unies pour qu’ils modifient leur position sur la résolution.
DERRIÈRE CHAQUE CHIFFRE, IL Y A UNE VIE
Forte de son expérience de médecin et de future mère, Josefina Prosper Bruff, de l’Institut national d’oncologie et de radiobiologie, a donné un visage aux conséquences de ce châtiment collectif sur le système de santé.
« Derrière chaque chiffre des dommages causés par le blocus, il y a un visage », a-t-elle déclaré en évoquant les quelque 367 millions de dollars de dommages causés à la santé publique cubaine entre mars 2025 et février 2026.
Sur les 395 médicaments qui composent la liste nationale des médicaments de base, 300 sont en rupture de stock en raison des difficultés d’accès aux fournitures et aux matières premières. À cette situation s’ajoutent les restrictions énergétiques qui affectent les services hospitaliers, le report d’interventions chirurgicales et les obstacles à la vaccination ainsi qu’au transport des patients nécessitant une hémodialyse.
En néonatalogie, où sont pris en charge les nouveau-nés les plus vulnérables, a-t-elle expliqué, plus de 95 % des équipements dépendent d’une alimentation électrique qui ne peut pas toujours être garantie de manière stable. Dans les blocs opératoires, les coupures de courant obligent le personnel médical à trouver des solutions de remplacement pour poursuivre des interventions qui ne peuvent pas être interrompues.
La docteure a également attiré l’attention sur la situation des patients atteints de cancer. Chaque année, entre 300 et 400 enfants et adolescents cubains reçoivent un diagnostic de cancer et leur vie dépend de médicaments et d’équipements qui nécessitent de l’électricité pour fonctionner.
La survie des enfants et des jeunes atteints de cancer, a-t-elle ajouté, est passée de 85 % à 65 %. « Lever le blocus à l’heure actuelle n’est pas une demande politique, c’est une exigence éthique », a-t-elle affirmé.
LES CONSÉQUENCES QUI N’APPARAISSENT PAS DANS LES STATISTIQUES
Le député Carlos Antonio Leyva Isaac, ingénieur chimiste travaillant dans l’industrie pharmaceutique, a expliqué comment les restrictions commerciales et financières affectent la production nationale de médicaments.
Il a comparé la planification industrielle à un puzzle auquel il manque des pièces : on peut disposer du personnel, des équipements et des formules, mais l’absence de matières premières, de matériaux d’emballage, de réactifs ou de principes actifs empêche d’achever un lot de production.
Cette situation, a-t-il précisé, dépasse le cadre industriel : elle se traduit par un médicament qui ne parvient pas à la population ou par un service qui ne peut être assuré en temps voulu.
Dans le cas de l’entreprise Laboratorio Farmacéutico Valles, qui produit plus de 70 % des solutions parentérales du pays ainsi que la totalité des sels de réhydratation orale, les difficultés de production ont des répercussions sur les patients atteints de maladies rénales, les enfants nécessitant des soins et les personnes qui dépendent de traitements spécifiques.
Le député a rappelé par ailleurs que le blocus ne limite pas seulement les achats directs de produits, mais qu’il prend aussi pour cible les fournisseurs de pays tiers, complique le financement bancaire et entrave le transport des marchandises.
« La peur financière voyage plus vite que la solidarité », a-t-il déclaré pour décrire les obstacles auxquels se heurtent ceux qui tentent d’acquérir les fournitures indispensables au maintien de la production.
Cuba, a-t-il assuré, ne se présentera pas devant les Nations unies pour demander la charité, mais pour exiger de la communauté internationale qu’elle fasse preuve de cohérence, reconnaisse cette réalité et réclame la fin du blocus.
« IL N’Y A PAS UN SEUL CUBAIN QUI NE PUISSE PAS DIRE QUE CELA NE L’AFFECTE PAS »
La députée Leidys María Labrador Herrera, sous-directrice du journal Granma, a appelé à comprendre que les conséquences de cette politique traversent tous les espaces de la société et affectent la vie quotidienne, les rêves et les projets personnels de chaque famille.
« Des milliers de Cubains et de Cubaines subissent aujourd’hui injustement une punition collective pour une seule et même raison : défendre notre souveraineté, construire une société juste et décider souverainement de ce que nous voulons pour notre avenir. Est-ce un délit ? Non. C’est ce qu’on appelle l’autodétermination d’un peuple », a-t-elle déclaré.
Et d’ajouter : « Aujourd’hui, dans ce pays, il n’y a pas un seul Cubain, pas une seule Cubaine, qui ne puisse dire que le blocus n’affecte pas son foyer, sa vie quotidienne, son épanouissement personnel, ses rêves et ses projets. »
Dans son intervention, elle a évoqué les médecins qui se rendent à l’hôpital alors qu’ils sont eux-mêmes confrontés aux mêmes pénuries chez eux ; les mères inquiètes pour leurs enfants ; et les travailleurs qui doivent surmonter les difficultés de transport et le manque de carburant pour assumer leurs responsabilités.
« Nous parlions de ces médecins qui arrivent à l’hôpital, qui savent qu’ils ne disposeront pas de tous les médicaments, qui ont plus de cœur que de moyens pour sauver des vies », a-t-elle souligné.
Face à cette réalité, elle a dénoncé l’insensibilité de ceux qui défendent le blocus et attiré l’attention sur lourd tribut payé par les familles cubaines.
« Je crois que ce que fait aujourd’hui le peuple cubain, ce qu’il a fait au cours de toutes ces années de Révolution, relève d’un héroïsme constant, notamment par sa persévérance, sa résistance, sa force et sa capacité à dire : “Tu ne me feras pas plier, tu ne me fera pas sombrer et je ne te le permettrai pas.” Mais cela ne change rien au fait que le prix à payer est extrêmement élevé », a-t-elle affirmé.
Labrador Herrera a également dénoncé les pressions exercées sur d’autres pays pour qu’ils modifient leur vote aux Nations unies, s’abstiennent ou ne participent pas au vote contre le blocus.
« Pourquoi, alors, exercer autant de pressions sur d’autres nations pour qu’elles ne votent pas en faveur de Cuba ? Pourquoi le faire si le blocus n’existe pas ? », a-t-elle demandé.
Dans le même temps, elle a salué la solidarité de personnes de différentes parties du monde qui, malgré les pressions et les difficultés, continuent de soutenir Cuba.
« Cuba est un immense cœur qui a toujours été ouvert au monde », a-t-elle déclaré, convaincue que le soutien international continuera d’accompagner la défense de la souveraineté nationale.
Elle a conclu en soulignant la portée universelle de cette cause : « Cuba défend sa souveraineté, mais en défendant sa souveraineté, elle défend aussi celle de toutes les nations de la planète, car aujourd’hui, c’est Cuba ; demain, nous ne savons pas qui pourrait être à sa place. »
LA CULTURE, ELLE AUSSI, RÉSISTE
Yasel Toledo Garnache, président de l’Association Hermanos Saíz, a abordé les conséquences du blocus pour les jeunes écrivains, artistes, chercheurs et promoteurs culturels.
Il a expliqué que les difficultés économiques et énergétiques affectent aussi bien la vie quotidienne des créateurs que leur capacité à mener des projets, à organiser des présentations dans les communautés, les écoles et les centres de travail, et se procurer les matériaux et les instruments nécessaires à leur travail.
Il a toutefois souligné la capacité du peuple cubain à préserver la joie de vivre, la création et son lien avec la culture, même dans les circonstances les plus difficiles.
Il a exprimé sa solidarité avec les artistes et intellectuels étasuniens qui défendent des relations respectueuses entre les deux peuples et reconnaissent le droit de Cuba à l’indépendance.
À la clôture de l’audience, Litza Elena González Desdín a appelé les jeunes du monde entier, les députés ainsi que les peuples de tous les horizons à se joindre à cette dénonciation et à exiger la fin du blocus, du siège énergétique et des autres mesures coercitives unilatérales.
Les 27 et 28 octobre, l’Assemblée générale des Nations unies examinera de nouveau le projet de résolution sur la nécessité de mettre fin au blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par le gouvernement des États-Unis.
« Une fois de plus, il sera démontré que Cuba n’est pas seule dans cette juste bataille pour la levée du blocus », a-t-elle affirmé.








