ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Le seul portrait à l’huile de Pablo de la Torriente Brau par le peintre Antonio Gattorno (1904-1980). Photo: Photo Courtoisie Centro Pablo

DEPUIS 20 ans, dans un petit espace au numéro 63 de la rue Muralla, dans le Centre historique de La Havane, le Centre culturel Pablo de la Torriente Brau poursuit un travail culturel ininterrompu, qui rassemble langages et manières de faire, le regard toujours posé sur la sauvegarde de la mémoire.

Caractérisé par cette même passion qui habite le poète espagnol Miguel Hernandez dans les vers qui précèdent ces lignes, il s’est consacré depuis sa création à l’étude, la recherche et les sauvegarde des archives de Pablo, puis il a pris d’autres chemins qui l’ont mené à la nueva trova (mouvement musical des années 90), le design graphique, l’art digital et la littérature de témoignage.

Pour le Centre Pablo, comme on le connait familièrement, 2016 est une année de festivités et de commémorations. Un hommage à sa figure tutélaire à l’occasion du 115e anniversaire de sa naissance et au 80e de sa mort au combat, ainsi qu’au 20e de la création du Centre.

PUBLIER PABLO

Pablo de la Torriente Brau (1901-1936) est né à Porto Rico ; il a grandi à Cuba et il est mort en Espagne en défendant la République. La publication de l’ensemble de son œuvre est l’une des grandes tâches que s’est fixé le Centre qui porte son nom. Pour ce faire, il a créé les Éditions « La Mémoria » – qui compte déjà plus de 100 titres –, dont la première Collection a été précisément « Palabras de Pablo » (Paroles de Pablo), qui rassemble ses œuvres complètes publiées au cours de ces 20 ans.

Pablo de la Torriente Brau est l’un des plus importants représentants du journalisme cubain du 20e siècle. Lors de la dernière Foire du livre de La Havane, en février, a été présenté le titre « Pablo en Bohemia » (Pablo dans la revue Bohemia), un recueil de ses textes publiés dans cette revue et une sélection de travaux qui lui ont été dédiés depuis sa mort au combat à Majadahonda jusqu’à 2001, centenaire de sa naissance.  

Pour le Centre, cet ouvrage complète la vaste palette de l’œuvre journalistique de Pablo, un travail qu’il avait résumé ainsi : « Parce que mes yeux ont été faits pour voir les choses extraordinaires. Et ma petite machine par les raconter. Et c’est tout. »

MIGUEL ET PABLO

Sur la première de couverture réalisée par Katia Hernandez pour les deux tomes de Memorias a Gitarra limpia », on aperçoit la silhouette de Santiago Feliu. Photo: Photo Courtoisie Centro Pablo

Le poète et essayiste Roberto Fernandez Retamar, président de la Casa de las Américas, qui lui a consacré un hommage à la salle Che Guevara, a adressé au Centre un message de félicitations qui commence, inévitablement, par sa relation avec Pablo de la Torriente Brau, dans lequel il rappelle « ses textes bouleversants écrits pendant la Guerre civile espagnole, où il allait mourir. Dans ses derniers textes, Pablo dit avoir découvert un poète dans les rangs républicains. Il s’agissait évidemment du jeune Miguel Hernandez… »

Et le poète espagnol écrivit ces vers émouvants dans le poème « Élégie seconde », en son hommage : « Pablo de la Torriente/Tu es resté en Espagne/Et au fond de mon âme:/ Jamais le soleil ne se couchera sur ton front (…)/Avec le soleil espagnol éclairant ton visage/Et celui de Cuba sur les os (…) »

A GUITARRA LIMPIA

« A Guitarra Limpia » est un espace musical, parmi les plus appréciés du Centre Pablo. Consacré depuis sa création, en 1998, à toutes les générations et tendance de la nueva trova, il est dirigé de main de maître depuis le début par Mario Santucho, coordinateur de l’institution.

Le jardin des Yagrumas, dans le Centre a accueilli plus de 200 concerts, tous enregistrés, d’abord sur des cassettes puis sur CD. Cet effort a été récompensé par le chanteur et compositeur Silvio Rodriguez, avec la remise, durant le 72e concert de sa tournée dans les quartiers, le 26 février, du prix Ojala et, en mai dernier par le Festival Cubadisco qui lui a attribué le Prix spécial pour sa Collection « A Guitarra Limpia », plus de 80 CD.

Le Centre est passé ensuite de

la musique aux lettres avec la présentation de Memorias a Guitarra Limpia, qui devient une anthologie de la nueva trova. Il s’agit d’une œuvre de consultation en deux tomes : le premier rassemble depuis le premier concert de Santiago Feliu (La Havane 1962 -2014) en 1998 jusqu’en 2007 et le second, de 2008 à 2014. Il a été soigneusement édité par Xenia Reloba qui, en un hommage évident, a fait précéder chaque chapitre du premier tome par des vers de Silvio et le second, de Santiago Feliu.

POUR REGARDER PABLO

À l’occasion de son 20e anniversaire, le Centre a également conçu un dossier « Visiones de Pablo », où sont recueillies des pièces correspondant aux deux premières expositions réalisées sous ce même titre, maintenant avec le sous-titre 20 x 20, qui indique le nombre d’œuvres sélectionnées.

Grâce à cette initiative, on peut apprécier les « visions » des artistes plasticiens Antonio Gattorno, Adigio Benitez, Eduardo Roca (Choco), Hilda Vidal, José Omar Torres, Lesbia Vent Dumois, Julio Girona, Alicia Leal, Ever Fonseca, Manuel Vidal et Tomas Rodriguez Zayas (Tomy) et d’autres qui firent une incursión dans l’art numérique, José Gigio Esteras, Juan William Borrego, Jorge Chinique, Eduardo Moltó, José Gomez Fresquet (Frémez), Luis Miguel Valdés, Abel Milanés, Julio Mompeller, et Lorenzo Santos (Losama).

LA TROVA TRADITIONNELLE ÉGALEMENT

Le trovador Silvio Rodriguez (à gauche) au 72e concert de sa Tournée dans les quartiers. À cette occasion, dans le quartier havanais de Pueblo Nuevo, il a remis le prix Ojala, à Pablo Casaus, directeur du Centre Pablo de la Torriente Brau. Photo: Photo Courtoisie Centro Pablo

Le Centre se propose de maintenir vivante la chanson traditionnelle (trova), et pour le confirmer, il vient de présenter le livre du journaliste et musicologue Lino Betancourt (1930), « Lo que dice mi cantar » (Ce qui dit mon chant), une compilation de ses chroniques sur la chanson traditionnelle, publié sur le site numérique Cubarte.

L’ouvrage inclut des portraits biographiques de chanteurs et de groupes, nombre d’entre eux inconnus ou oubliés, des chansons emblématiques, des danses, des rythmes et des genres, plus une collection de photographies des archives de l’auteur.

Lors de sa présentation, Lino Betancourt a expliqué que le titre est un vers tiré d’une chanson de Pedro Ibañez : « Écoutez avec attention/ Ce que dit mon chant/ que naissent plus de trovadores/Car la trova est éternelle. »

Le Centre Pablo de la Torriente Brau, deux décennies qui ont laissé une magnifique empreinte culturelle grâce cette « foudre qui n’a de cesse ni de fin » avec laquelle la petite équipe du numéro 63 de la rue Muralla, dirigée par le poète et cinéaste Victor Casaus aborde le travail quotidien.