ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Photo: Casa de las Américas

PACO Ignacio Taibo II fait partie de ces personnages qui s’engagent tout entier dans leurs écrits. Parce qu’il ne se contente pas de raconter des histoires et d’écrire des livres qui attrapent le lecteur jusqu’à la dernière page. Dans son cas, l’écriture va de pair avec l’éthique du métier et son côté justicier qui se révèle dans chacune de ses œuvres.

La Casa de las Américas a dédié la Semaine de l’auteur 2016 (du 22 au 25 novembre) à ce Mexicain né en Espagne, qui a ajouté à son nom le chiffre romain (II), en hommage à son père, du même nom, un journaliste reconnu pour son militantisme anti-franquiste. Des journées consacrées à l’œuvre littéraire de Taibo II, au cours desquelles il a parlé de son expérience, et où les lecteurs ont pu accéder à l’édition du livre Ernesto Guevara, connu comme le Che, publié par la Casa de las Américas, un livre qui navigue entre la biographie, le récit de témoignages et l’essai politico-social.

Bien que ses publications dans ce dernier domaine – la non-fiction romancée (roman-vérité) – soient nombreuses, Taibo II a fait son entrée dans l’horizon culturel cubain au début des années 80 avec un roman, Jours de combat, ainsi qu’avec son adaptation cinématographique, réalisée par Alfredo Gurrola, interprétée par Pedro Armendariz fils, qui incarne le détective Héctor Belascoaran.

La saga de ce personnage, qui comprend une dizaine de titres, a propulsé l’écrivain parmi les meilleurs de la littérature policière ibéro-américaine, et inscrit le roman noir dans notre langue. Une notoriété confirmée par le Festival La Semaine Noire de Gijon, qu’il a fondé dans sa ville natale en 1988.

Mais les impératifs de la littérature, en tant qu’outil pour récupérer notre mémoire et l’Histoire latino-américaine, se sont imposés ces derniers temps.

Dans les années 1980, il co-écrit avec Jorge Fernandez Tomas la monographie El primer Primero de mayo en México, et avec Rogelio Vizcaino, El socialismo en un solo puerto ; Acapulco, Memoria roja: luchas sindicales de los años 20 et Las dos muertes de Juan R. Escudero. Il a également coordonné et préfacé l’anthologie El socialismo libertario mexicano.

Il y eut néanmoins un moment clef où le journaliste, le romancier, et le chercheur n’ont fait qu’un. Le point de départ se trouve probablement dans Pascual : décimo round, l’histoire des luttes syndicales des travailleurs de l’une des plus grandes entreprises mexicaines de boissons rafraichissantes et la répression dont ils furent victimes, ou bien dans Archanges, 12 histoires de révolutionnaires sans révolution possible.

Sans abandonner le roman policier, ou plutôt en profitant de sa notoriété dans ce domaine, Taibo II a su attirer le lecteur sur le terrain des histoires réelles, celles qui sont souvent invisibles, voire stéréotypées.

C’est dans cette ligne que s’inscrivent ses approches du héros mexicain Pancho Villa et de l’anti-impérialiste cubain, Antonio Guiteras, « un vrai dur ».

C’est ainsi qu’il s’est rapproché de la figure du Che. D’abord, avec La bataille de Santa Clara, en 1989, puis en 1996, avec le livre publié aujourd’hui à Cuba par la Casa de las Américas et enfin, un an plus tard, avec Froilan Escobar et Felix Guerra, à partir de l’expérience du guérillero au Congo, El año que estuvimos en ninguna parte.

Le jour où il a appris la mort de Che Guevara, Taibo II avait 19 ans et distribuait des tracts syndicaux dans un quartier de la ville de Mexico : « Je me suis lamenté dans mon coin, sans savoir quoi faire. » Face à la nouvelle édition cubaine, l’auteur explique : « La rédaction de la première version de cette biographie m’a laissé dans un état déplorable, plein d’obsessions et d’angoisses.

« J’étais loin d’imaginer qu’écrire une biographie, c’était se mettre autant dans la peau de l’autre. Je ne me rendais pas compte à quel point j’étais proche de la folie à passer plusieurs années enfermé, de façon obsessionnelle, avec un personnage, dans une pièce d’abord totalement vide, puis de plus en plus remplie de détails, alors que l’histoire avance.

« C’est dangereux de s’approcher de trop près d’un personnage comme celui-ci. Te mettre dans sa tête, en sortir et prendre de la distance, sans arrêt. Pendant que j’écrivais sa biographie j’avais les pieds en feu, je ne comptais plus mes heures de travail, les nuits et les jours se confondaient.

(…) Je me devais de prendre de la distance, une règle qui date des historiens du Moyen- Âge. Mais le Che te brûle, il te brûle, il te force, il te presse, il t’impose. (…) Je pense qu’écrire cette quatrième version ne saurait régler mes comptes avec Ernesto Guevara, qui va continuer de venir me rendre visite dans mes rêves pour me faire gronder des reproches de ne pas bien poser les briques d’une école en construction. »