ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN

« Qu’est-ce que l’art, si ce n’est la façon la plus
                                                 courte de parvenir au triomphe de la vérité, et
                                               de faire en sorte en même temps qu’ils’installe
                                                  et scintille dans les esprits et dans les cœurs. »

                                                                                                — José Marti

Fidel s’entretient avec Alicia Alonso, et les membres du Ballet national de Cuba, après la représentation du ballet Giselle, au théâtre de la Centrale des travailleurs de Cuba, où avait eu lieu un hommage nationale à la ballerine. Photo: Archivo

Carlos Manuel de Céspedes, nommé Père de la Patrie à la suite de son appel à la lutte contre la colonisation espagnole à Yara, s’empara de la ville de Bayamo, puis l’incendia plutôt que de capituler. C’est là que Perucho Figueredo composa les paroles de La Bayamesa, qui deviendra l’hymne national, authentique alliance de l’esprit indépendantiste et de la musique.

Ce magnifique prologue d’une guerre d’indépendance qui dura près d’un siècle, permet alors de comprendre pourquoi durant les moments les plus difficiles de la période spéciale, dans les années 90, Fidel déclara que « la culture était la première chose à sauver ».

Tout a commencé avec la Révolution. L’épopée culturelle qui dure depuis plus de 50 ans a cultivé l’esprit des Cubains et la culture est devenue un droit conquis.

Dès 1959, certaines des nombreuses institutions artistiques et culturelles furent créées. En mars, l’Institut cubain de l’art et de l’Industrie cinématographiques (ICAIC) et l’Institut cubain du livre (né comme Imprimerie nationale), puis en avril la Casa de las Américas, des institutions emblématiques de la culture cubaine.

Alors qu’il y avait tellement à faire, la culture fut à la genèse de l’œuvre révolutionnaire.

DON QUICHOTTE

Trois mois à peine après la victoire, l’Imprimerie nationale fut créée, puis l’année suivante, à l’initiative de Fidel ou d’une suggestion d’Alejo Carpentier – les deux seraient à l’origine de cette idée –, fut publiée une édition désormais légendaire de 100 000 exemplaires du classique de la littérature espagnole par excellence L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, de Miguel Cervantes.

En 1961, l’imprimerie nationale fut chargée d’éditer les manuels et les cahiers de la Campagne d’alphabétisation. Cette année, nous fêtons le 55e anniversaire de cette première conquête de la Révolution, un événement culturel d’une importance décisive, qui permit à environ un million de Cubains d’apprendre à lire et à écrire.

Depuis lors, le livre a accompagné le Cubain, qualifié depuis toujours de « lecteur avide », comme le démontre chaque année la Foire internationale qui accueille des milliers de personnes dans ce qui fut autrefois la forteresse coloniale San Carlos de la Cabaña.

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Mars fut le mois de la chance. « Convaincu que si nous vouloir avoir notre cinéma, rien de tel que de le créer officiellement ». Ainsi naquit l’Institut cubain de l’art et de l’industrie cinématographiques (ICAIC).

Comme preuve que le cinéma est désormais une partie importante de la spiritualité cubaine, il suffit de citer le Festival international du Nouveau cinéma latino-américain, où n’importe quel réalisateur de la région ou d’ailleurs – les films ne connaissant pas les frontières – est chaque fois ému et émerveillé par le public, nombreux et connaisseur qui se presse pour assister aux séances de projection.

Plus près de nous, voilà une trentaine d’années, vit le jour l’École internationale du cinéma et de la télévision de San Antonio de los Baños, à une trentaine de kilomètres de La Havane, comme le déclara Alfreda Guevara : « à l’ombre de Fidel », par Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de Littérature 1982 ; le cinéaste argentin Fernando Birri et le Cubain Julio Garcia Espinosa.

ALICIA ET LA CASA…

La Casa de las Américas a été fondée en avril 1960 par Haydée Santamaria, l’une des héroïnes de la Révolution. Espace de rencontres et de dialogue pour les intellectuels et les créateurs latino-américains et caribéens, son Prix littéraire est aujourd’hui l’un des plus prestigieux du continent.

Le ballet classique, en général réservé à une minorité, est aujourd’hui un art apprécié par le grand public cubain. La directrice du Ballet national de Cuba, Alicia Alonso, a déclaré à maintes reprises qu’elle a toujours eu le soutien appuyé de Fidel, qui considérait le ballet comme un art élevé que le peuple méritait de connaître et d’apprécier.

En mai 1961, quelques jours après de la victoire de Playa Giron, Fidel lui-même créa l’École nationale des instructeurs d’art, avec pour objectif de transmettre les connaissances aux populations de la campagne et de la ville. Des formateurs qu’il qualifia de promoteurs spéciaux de la culture. Ce fut ensuite le tour de l’École nationale d’art et de l’Institut supérieur.

PAROLES AUX INTELLECTUELS

Les 16, 23 et 30 juin 1961, les artistes et les intellectuels cubains se réunirent à la Bibliothèque nationale. Fidel lors de la dernière journée fit une intervention désormais historique, connue comme les « Paroles aux intellectuels », qui sont devenues l’axe de toutes les actions entreprises dans le domaine de la culture et ont tracé la politique culturelle de la Révolution.

Le professeur Eduardo Torres Cuevas, directeur de la Bibliothèque nationale José Marti, évoquant au mois de juin le 55e anniversaire de cette rencontre a affirmé : « Ce fut un discours né de l’originalité cubaine, de la tradition révolutionnaire et de la culture cubaine, de leurs racines les plus profondes, de la graine plantée par les hommes de 1868, 1895 et 1933, et tout cela, comme une force créatrice pour les bâtisseurs de la culture naissante d’une nouvelle société, construite à partir de la traditionnelle culture de la résistance au colonialisme, au néocolonialisme, à l’ingérence et à l’impérialisme. »

Dans un autre contexte, mais à l’occasion de la même commémoration, le poète Miguel Barnet, président de l’Union des écrivains et des artistes de Cuba (UNEAC) – née moins de deux mois après les « Paroles aux intellectuel », devait déclarer : « Tout au long de l’Histoire, on a voulu décontextualiser la célèbre phrase du commandant : " Dans la Révolution tout, contre la Révolution, rien", alors que ces paroles d’unité, de cohérence, ont été la plateforme initiale de ce qu’est à l’heure actuelle notre politique culturelle : ouverte, flexible, avec une liberté de tendances. »

Lorsqu’en 2010, le 7e Congrès de l’UNEAC attribua par acclamation le statut de membre émérite de l’UNEAC au leader historique de la Révolution, elle le fit non seulement pour son parcours de journaliste, écrivain et orateur d’excellence, mais pour son rôle de principal artisan des institutions culturelles du pays.

Le général d’armée Raul Castro Ruz, premier secrétaire du Comité central du Parti et président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, lors de la cérémonie d’hommage posthume au commandant en chef de la Révolution cubaine Fidel Castro, le 3 décembre dernier, déclara : « Fidel qui cultivait l’éthique de José Marti selon laquelle toute la gloire du monde tient dans un grain de maïs, le leader de la Révolution rejetait toute forme de culte à la personnalité et a été conséquent avec ce principe jusqu’aux dernières heures de sa vie. Il a insisté pour qu’après son décès, ni son nom ni son image ne soit jamais donné à des institutions, des places, des parcs, des avenues, des rues ou autres sites publics, ni que soit érigé en sa mémoire aucun monument, buste, statue ou autre forme d’hommage. »

Il n’y aura pas de statues, mais nous nous souviendrons de lui à travers chansons et poèmes. Dans la poésie À Fidel Castro (Chanson de geste/1960), Pablo Neruda écrivit : « Fidel, Fidel, les peuples te remercient/ paroles en action et faits qui chantent. »

Quant au poète argentin Juan Gelman, il a dit de lui : « Fidel est comme un feu allumé contre la nuit sombre. »