ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
La littérature pour enfants est l’une des plus demandée à la Foire. Photo: Juvenal Balán

LA Foire du livre est un moment très spécial de l’année. On y va pour découvrir les nouveautés, les grands succès éditoriaux. Un moment étonnant : certains, qui d’ordinaire ne s’intéressent pas aux livres, ont envie d’en acheter, de lire, de participer aux colloques organisés, aux échanges avec les écrivains...

On peut dire que la Foire est un véritable marathon, – et il y a de bonnes raisons de le penser. Il suffit de regarder le programme des présentations, la grande tente-librairie… En fait, c’est un grand point de rencontre entre le lecteur et le livre, avec des écrivains et des invités, qui pour tous se révèle une expérience enrichissante.

À LA RECHERCHE DE LA LITTÉRATURE ENFANTINE

Sur l’importance de la Foire, nous nous sommes entretenus avec Enrique Perez Diaz, romancier, critique, éditeur et chercheur de la littérature pour enfants, membre de l’IBBY (Union internationale pour les livres de jeunesse) et auteur d’une vaste œuvre pour les enfants et les adolescents – ¿Se jubilan las hadas? (Les fées prennent-elles leur retraite ?); Inventarse un amigo (S’inventer un ami) et Escuelita de los horrores (La petite école des horreurs), parmi plus d’une quarantaine de livres).

« Dans mon cas, les enfants sont mon public direct, auquel s’ajoutent des adultes, des médiateurs pour qu’ils puissent me lire, c’est pourquoi je leur accorde toujours autant d’importance à la Foire. Ce contact sert de moyen de négociation de droits, de changements de perspectives, de mise à jour », dit-il.

Perez Diaz, conseiller du président de l’Institut cubain du livre et auteur, entretient des liens étroits avec la littérature pour enfants.

Dit-on encore que c’est une littérature mineure ?

Cela a toujours été un concept erroné. En fait, c’est la littérature la plus difficile et aujourd’hui, elle est la plus demandée, la plus rentable, la plus étudiée et controversée. Je pense que c’est un concept de certains écrivains parmi les plus élitistes. Nous écrivons pour les enfants, et donc nous sommes lus par tout le monde. Les livres que font les écrivains pour les enfants aident à grandir.

Pour toutes ces raisons, la Foire accorde une attention particulière à la littérature pour enfants, avec des espaces exclusifs : le salon Trésor de papier et la salle Dora Alonso, consacrée aux conférences et présentations de livres.

À cette occasion, pour célébrer les dix ans de deux importantes collections de la maison d’édition Gente Nueva (également dans son cinquantième anniversaire) : la Collection 21, de littérature contemporaine, et la Collection Ambar, il y a beaucoup de nouveautés, mais aussi une réédition de Perez Diaz : Escuelita de los horrores qui, depuis sa première parution, il y a près de 20 ans, a été un livre très demandé, au point d’avoir reçu à deux reprises le prix décerné par la Bibliothèque nationale aux livres les plus demandés.

Je suis très heureux de cette parution parce que les jeunes qui ont lu Escuelita ... sont aujourd’hui des écrivains de littérature enfantine, tels que Layne Vilar et Mikel José Rodriguez, qui sont le témoignage de ce qu’a signifié pour eux la lecture de ce livre dans leur vie et en tant qu’écrivains.

L’HUMOUR RAFFINÉ DE MARGARET ATWOOD

Au Pavillon du Canada, pays invité d’honneur, la littérature pour enfants est également présente avec deux livres d’auteures canadiennes : Un dia después de Babel (Un jour après Babel), de Maya Ombasic, qui raconte une belle et triste histoire à partir de son expérience de jeunesse en Bosnie-Herzégovine, et Un verano de amor y cenizas (Un été d’amour et de cendres), un roman d’amour adolescent, d’Aline Apostolska.

Abel Prieto, ministre de la Culture, après avoir inauguré le Pavillon du Canada, et lors d’une visite pour apprécier les nombreux titres, a déclaré au président du Sénat de ce pays, George J. Furey, que l’influence de l’industrie de la culture hégémonique à Cuba, en particulier celle des États-Unis, est encore très forte, si bien que le fait que le lecteur cubain puisse approcher une culture aussi profonde que celle du Canada, avec une pléiade d’écrivains remarquables, revêt une grande importance.

Le ministre a ajouté qu’il existe des similitudes sociales et culturelles entre les deux pays, « par exemple le combat du Canada pour construire et défendre son identité à partir des différentes composantes a des similitudes avec l’histoire de notre culture, qui a une empreinte africaine, de différentes régions d’Espagne, de Chine et d’autres îles des Caraïbes. L’avant-garde intellectuelle a dû batailler ferme pour défendre cette identité ».

« Il est très important que le Canada ait accepté cette invitation et qu’il soit venu avec autant d’artistes et d’auteurs, et ait apporté tous ces livres », a affirmé Abel Prieto.

Quant au président du Sénat canadien, il a accordé un bref entretien à notre publication, durant lequel il s’est dit « très heureux de cette invitation, parce que Cuba et le Canada partagent non seulement une longue relation diplomatique de plus de 70 ans, ce qui est plus important, une longue amitié ».

À propos de l’invitation du Canada à la Foire, Furey a déclaré : « Je crois que c’est merveilleux, c’est une grande occasion pour les auteurs canadiens d’être ici et de montrer la grande diversité des livres qui sont écrits au Canada ».

Parmi ces auteurs se trouve une icône de la littérature, Margaret Atwood, qu’il est inutile de présenter. Poétesse prolifique, romancière, critique littéraire, professeure et activiste politique, son œuvre a été traduite dans une trentaine de langues. Elle a été distinguée de 16 titres de docteur Honoris causa et de nombreux prix, dont le Prince des Asturies. Le monde des lettres s’étonne qu’elle n’ait n’a pas encore obtenu le prix Nobel, même si elle a été nominée.

Dans son œuvre littéraire, Atwood compte au moins dix titres pour enfants, dont l’un d’entre eux, Wandering Wenda and Widow Wallop’s Wunderground Washery, paru en 2011, est devenu une série télévisée.

Trois livres d’Atwood ont été présentés, en sa présence : El quetzal resplandeciente (Le quetzal resplendissant), qui réunit quelques-uns de ses nombreux contes, dans lesquels nous pouvons apprécier son style incomparable et son humour raffiné.

Le deuxième livre, Anthologie poétique, une édition bilingue, a été présenté par Nancy Morejon, qui a réalisé la traduction avec son compatriote, le poète Pablo Armando Fernandez (tous deux prix nationaux de Littérature). Atwood a exprimé ses remerciements pour la qualité de la traduction, et a affirmé : « La traduction est un art difficile, dans lequel il est essentiel de savoir choisir les mots équivalents face à l’impossibilité d’une traduction littérale. »

Le troisième titre, l’anthologie Desde el invierno (Depuis l’hiver), réalisée par le romancier, et époux, Graeme Gibson, comprend 23 auteurs canadiens qui écrivent en anglais. Le roman Perpetual Motion, de Graeme Gibson a également été présenté.

Après la présentation à La Cabaña, au Pavillon du Canada, Atwood a accepté de répondre à trois questions.

Écrire est un acte solitaire, le succès l’affecte-t-il ?

Cette profession n’attire pas les gens qui ont peur de la solitude. Être écrivain comporte trois éléments : l’auteur, le livre et le lecteur. Il y a une relation entre le lecteur et ce qu’il a écrit. Le succès est quelque chose de différent, qu’il est impossible d’expliquer.

Sur quoi travaillez-vous ?

Je travaille à plusieurs projets, mais je ne parle jamais d’eux. Je peux vous dire que je souhaite pouvoir consacrer du temps à quelques poèmes que j’ai conservés.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Je ne saurais rien dire sur mon avenir personnel, j’espère qu’il sera encore très long. Quant au monde, nous sommes dans une période de transition, très instable. Nous ignorons ce qu’il va se passer. Je ne peux rien prédire.

MODERNISME ET MODERNITÉ D’ISMAELILLO

À la recherche de pistes sur la littérature pour enfants et adolescents, nous nous sommes rendus au Centre d’Études martiniennes. Inauguré le 19 juillet 1977, son siège est installé dans une ancienne demeure du quartier du Vedado, d’une signification particulière. En effet, c’est là que vécut José Francisco Marti Zayas Bazan (La Havane 1878-1945), fils de José Marti, qui lui inspira le recueil de poèmes Ismaelillo.

« Depuis 2011, notre Centre est l’un des espaces de la Foire. Il ne fait aucun doute que c’est une année spéciale pour nous », a déclaré à cette publication Ana Sanchez, sa directrice. « Nous sommes très heureux, d’abord parce que la Foire est dédiée au Dr Armando Hart, qui a été étroitement lié au développement du Centre, et parce que nous célébrons notre 40e anniversaire », a-t-elle ajouté.

Ana Sanchez a précisé que le Centre présente six nouveautés et six rééditions de livres de José Marti, « des textes très nécessaires aujourd’hui », par exemple les Lettres à Maria Mantilla, L’âge d’or, Les vers simples, en version bilingue espagnol et anglais, ainsi que les vers d’Ismaelillo, des livres dédiés aux enfants et aux adolescents.

« Nous nous efforçons de préparer un programme scientifique, en plus des présentations. Aussi, à propos d’Ismaelillo, avons-nous organisé un panel sur le modernisme et la modernité, à l’occasion du 125e anniversaire de la publication de ce recueil de poème. »

Ana Sanchez a souligné le lancement de ce qu’elle a considéré comme les deux publications prestigieuses du Centre, le numéro 38 de l’Annuaire, ainsi que le tome 26 de l’Édition critique des Œuvres complètes de José Marti (1853-1895), expliquant pour les lecteurs que le contenu des tomes a été ordonné et combiné par dates, thèmes et genres.

La grande rencontre avec le livre et les auteurs a commencé à la forteresse San Carlos de la Cabaña, le 9 février, et fermera ses portes à La Havane le 19. Nous aurons l’occasion, dans notre prochaine édition, d’offrir d’autres informations sur le déroulement de cette Foire internationale.