ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Herbie Hancock durant le concert. Photo : Sonia Almaguer

TOUS les musiciens présents au concert mondial pour la Journée internationale du jazz, qui s’est déroulé au Grand théâtre de La Havane Alicia Alonso, ont exalté les valeurs de la musique en tant que plateforme mondiale pour la promotion de la paix.

Convoquée par l’UNESCO, dont la directrice générale, Irina Bokova, était présente dans la capitale cubaine pour assister à l’événement, et sous les auspices du ministère de la Culture, l’Institut cubain de la musique, en collaboration de l’Institut Thelonious Monk, la soirée a rassemblé plus d’une cinquantaine d’artistes renommés des États-Unis, d’Amérique latine, d’Europe, d’Afrique et d’Asie, notamment l’Étasunien Herbie Hancock et le Cubain Chucho Valdés, et, en qualité de présentateur, l’acteur étasunien Will Smith, lauréat de quatre Grammy en tant que rappeur.

Le spectacle, auquel assistaient Miguel Diaz-Canel, Premier vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, et Abel Prieto, ministre de la Culture, fut un exemple de ce qui peut et doit être réalisé en matière de coopération en faveur de la croissance spirituelle.

« Alors que certains battent les tambours de la guerre, ici et maintenant et dans en nombre d’endroits, il suffira d’ouvrir ses oreilles pour entendre les tambours qui nous invitent à la coexistence et à la solidarité, à l’harmonie et à la compréhension »,

a souligné le poète Miguel Barnet, en prononçant les paroles d’inauguration du concert.

Le président de l’Union des écrivains et des artistes de Cuba a rappelé aux spectateurs dans la salle et à ceux qui regardaient le concert transmis en direct dans plus d’une centaine de pays que « le jazz est devenu partie intégrante de notre identité ; il dialogue avec le son et le boléro ; prend tout son sens dans ce que nous appelons la “descarga” cubaine ; fraternise avec les “toques” [cérémonies religieuses afro-cubaines] et les chants rituels apportés d’Afrique par nos ancêtres ; se fond avec la rumba ; trouve des chemins inédits dans la création des jeunes musiciens formés dans nos écoles d’art et nous représente avec dignité et grandeur sur de nombreuses scènes à Cuba et à l’étranger ».

S’adressant au public, aussi bien Bokova qu’Herbie Hancock et le producteur et auteur-compositeur Quincy Jones, spécialement invité pour ce rendez-vous, ont souligné l’engagement du jazz envers la liberté, le respect de la diversité et de l’éthique.

Plusieurs moments, – dès le début ce fut important de voir sur la scène l’irremplaçable Oscar Valdés – et jusqu’au tomber de rideau, la saga historique et actuelle de ce que l’on connaît sous le nom jazz afro-cubain fut mise à l’honneur, depuis Manteca, un titre composé en 1947 par Mario Bauza, Chano Pozo et Dizzy Gillespie, qui fit trembler la scène de New York, ainsi que l’explosion de la timba dans le jazz, avec sur scène une série de stars cubaines emmenées par Orlando « Maraca » Valle, et, pour conclure, les artistes au complet, récréant, avec un accent des plus cubains, le classique Imagine, de John Lennon, qui s’acheva tout naturellement par une Guantanamera.

Au milieu du concert, comme pour souligner les racines communes et les dialogues possibles, le Bilongo, de Rodriguez Fife, chanté par le Camerounais Richard Bona, et un changüi à la saveur d’Afrique du Nord, pimenté par les cordes du tres de Pancho Amat et du luth du tunisien Dhafer Youssef, un chanteur au registre impressionnant, et le violoniste William Roblejo.

Du jazz afro-cubain à d’autres zones du jazz latino, on a pu assister à un trio de déplacements intéressants : le Brésilien Ivan Lins avec Soberana rose, dont on connaît les versions anglo-saxonnes de Sting et Dionne Warwick ; l’inévitable Besame Mucho, de la Mexicaine Consuelo Velazquez, interprété par la Coréenne Youn Sun Nah, et les inventions subtiles de la violoniste Regina Carter et la bassiste Esperanza Spalding, qui nous offrit un duel fraternel d’improvisation vocale (scat) avec l’ineffable Bobby Carcasés.

C’est à Herbie Hancock qu’il revint de présenter ce qui allait se passer ensuite : les pianos de Chucho Valdés et Gonzalo Rubalcaba se retrouvant face à face pour interpréter Blue Monk, de Thelonious Monk : la rencontre de deux artistes qui ont intensifié l’héritage du maestro, deux icônes incontestées du jazz contemporain.

Les spectateurs garderont sûrement en mémoire les prestations des saxophonistes étasuniens Kenny Garrett et Antonio Hart, de leurs compatriotes Cassandra Wilson – à la voix dorée et profonde – Christian Sans (piano), Ambrose Akinmusire (trompette), les bassistes Marcus Miller et Ben Williams, le batteur Carl Allen et le chanteur Kurt Elling. Ils ont pu apprécier comment le jazz s’est étendu avec force et originalité sous d’autres latitudes, représenté par le pianiste libanais Tarek Yamani, la saxophoniste péruvienne Melissa Aldana, le batteur mexicain Antonio Sanchez, le saxophoniste russe Igor Butman, le tromboniste italien Gianluca Petrella, le trompettiste japonais Takuya Kuroda et le guitariste français Marc Antoine.

Une soirée toute en harmonie grâce aux efforts de ses directeurs musicaux, Emilio Vega, et l’Étasunien John Beasly, ainsi que du responsable de la mise en scène, Alexis Vazquez.