ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Jonglage, clowns, magie, acrobaties et funambules sont au programme de Circuba 2017.

EN été, aller à la plage est incontournable à Cuba. Un aimant puissant. Lorsque les rayons du soleil se font plus ardents, la mer est là, à la portée de tous, comme la définissait le poète Nicolas Guillén, « ouverte, démocratique… ».

Même si pour certains hors de l’Île « Cuba est un éternel été », pour les Cubains, juillet et août sont les vrais mois estivaux.

C’est à cette époque que commence vraiment l’été, celui qui, aux dires d’un autre poète, l’Équatorien Enrique Adoum, « recouvre toute les choses de sa couleur tranquille ».

Mais la tranquillité n’est pas ce que l’on préfère en temps de vacances et chaque année, en plus de se détendre et de se rafraîchir sur les plages magnifiques, tous les Cubains se posent plusieurs questions, dont deux principalement : Que faire ? Où aller ?

En fait, les institutions culturelles apportent de nombreuses réponses à ces questions, évidemment en proposant un programme d’activités qui dépasse le traditionnel plan soleil et plage. Pensées pour le loisir dans sa dimension la plus vaste, des propositions variées et attractives nous permettent de varier nos distractions.

L’été a donc commencé avec la première de Didon et Énée, du compositeur anglais Henry Purcell, l’un des opéras baroques les plus importants, présenté à Londres en 1689. Un opéra court, d’environ une heure, en trois actes, sur un thème attractif : les amours de la légendaire Didon, reine de Carthage et le prince troyen Énée.

Rappelons que Les lamentations de Didon abandonnée : « When I am laid in earth », est l’un des chants les plus beaux et les plus célèbres de l’histoire de l’opéra.

Cette année, des artistes cubains et étasuniens s’étaient donné rendez-vous au Grand théâtre de La Havane Alicia Alonso pour la première représentation à Cuba de Didon et Énée. Une coproduction du Théâtre lyrique national, l’Université d’État de la Floride et le Ballet national de Cuba. La Française Nathalie Marin était chargée de la direction musicale, et la Cubaine Corina Campos de la direction chorale. Un véritable succès culturel.

Le spectacle Super Banda Clowns est l’un des succès du Festival Aquelarre 2017. Photo : www.cubaescena.cult.cu

Suivant la route de la musique, qui ne saurait manquer en été, l’Orchestre symphonique national a repris ses représentations dominicales à la Salle Covarrubias du Théâtre national.

Le premier concert de l’été était dirigé par Nathalie Marin : un programme intéressant avec la participation du pianiste Harold Lopez Nussa dans le Concerto en sol majeur pour piano et orchestre de Ravel, ainsi que le Prélude du 3e acte de Lohengrin, de Richard Wagner et la Suite du Songe d’une nuit d’été, de Felix Mendelssohn.

La musique populaire a ouvert l’été, comme il se doit, avec un concert de qualité : un spectacle de la chanteuse Haila Maria Monpié au Salon Rosado de la Tropical, où elle a présenté son 7e album Haila, Mujer de acero.

Le CD, qui porte le titre d’une chanson écrite par le chanteur et compositeur Issac Delgado, compte 10 autres morceaux, dont Santiago, mi Santiago, De donde vengo, El susto et la conga Para que llorar, choisie comme chanson qui représentera le Carnaval de La Havane cette année.

Haila, l’une des meilleures voix féminines de l’Île, célèbre cette année 25 ans de carrière, qu’elle fête avec son immense public, qui chante ses chansons et danse sa musique.

LES CINÉPHILES INCONDITIONNELS

Les lecteurs le savent bien : les Cubains sont des inconditionnels du cinéma, et la programmation estivale le confirme. L’Institut cubain de l’Art et de l’Industrie cinématographiques (Icaic) présente plus d’une trentaine de cycles consacrés à des thèmes, des genres, des nationalités et des styles variés.

Deux de ces cycles sont dédiés au cinéma cubain : Daysi, Eslinda, Mirtha, Beatriz, Isabel. Les divas du cinéma cubain et Amours impossibles (difficiles) à la cubaine et d’autres au cinéma universel comme Michael, de nom Moore, un gars imparfait ; Séduction et Infortune : Marilyn Monroe ou Almodovar : Secrets et intrigues.

Tutu, une série de dessins animés en 52 épisodes. Photo : ICAIC

175 longs métrages seront présentés dans le cadre du Festival d’été, auxquels s’ajoutent plusieurs cycles très intéressants proposés par la Cinémathèque, notamment l’ensemble des films des frères Cohen ; Bette Davis vs. Joan Crawford en el ring, mais aussi la 7e Semaine du Cinéma argentin, qui ouvre avec le film Koblic, interprété par le très populaire Ricardo Darin.

Les enfants occupent une place spéciale. La Télévision cubaine a lancé une nouvelle série de dessins animés. Dix épisodes de 50 secondes chacun, avec une technique d’animation en 2D, réalisée sous la direction des Studios d’animation de l’Icaic.

Intitulée Cuba, la première fois, signée par l’écrivain Omar Felipe Mauri, elle rassemble des curiosités historiques, comme par exemple la première fois que fut écrit le nom Cuba; la première vente de glace ; la fondation de Baracoa ; la première charge à la machette durant la Guerre d’indépendance, ou la première partie de baseball.

Les Studios de l’Icaic présentent également le titre Tutu, une série de 52 chapitres, coproduite avec l’Espagne. Selon la synopsis, Tutu est « aventureux, drôle et surtout curieux. Un petit kangourou… et ses amis Rafa, une girafe, montée sur des patins ; Nina, une puce inquiète et drôle et Linda, une petite brebis qui vit collée à sa tablette ».

REDÉCOUVRIR LA HAVANE

Également conçu pour les mois de juillet et août, le programme Rutas y Andares (Routes et Balades) revient pour une 17e édition. Une invitation du Bureau de l’Historien de la ville à redécouvrir les secrets du Centre historique de La Havane, destinée à la famille cubaine et ses invités.

Katia Cardenas, directrice de la Gestion culturelle du Bureau de l’Historien, a donné d’amples informations sur ce programme, qui comporte trois « routes » consacrées aux musées : le musée de la Ville, le musée Napoléonien, la maison de l’orfèvrerie, la maison Obrapia, le Couvent de Saint-François d’Assise, les musées de Cartes à jouer, de la Céramique et l’Arca, théâtre-musée des marionnettes.

Dans le cadre du 80e anniversaire de l’emblématique fresque de Pablo Picasso, Guernica, une « route » spéciale a été réservée au musée pour l’Interprétation des relations entre Cuba et l’Europe, autrefois Palais du Secundo Cabo, laquelle « enquêtera sur le contexte historique et social, l’œuvre et son auteur ».

Parmi les Balades, Cardena a insisté sur L’empreinte africaine dans la culture cubaine, où le public aura l’occasion de visiter les maisons-temples de la municipalité de Regla, ainsi que d’autres flâneries dans les patios coloniaux et les autels du Quartier chinois.

Le 21e siècle arrive au Centre historique havanais, patrimoine de l’Humanité, avec des nouveautés pour les adolescents et les jeunes : la Balades spéciales Contigo somos + (Avec toi, nous sommes +), appartenant au projet A+ espacios adolescentes, qui utilise les nouvelles technologies de l’information et des communications pour découvrir José Marti adolescent dans les rues de La Havane, grâce à une application qui porte le même nom.

AQUELARRE 2017

Avec pour thème El buen humor tira pal monte ! (Le bon humour s’en va à la campagne!), les théâtres de la capitale Karl Marx, Raquel Revuelta et Mella, ainsi que la salle Adolfo Llaurado et le Centre culturel Bertolt Brecht ont accueilli le Festival national de l’Humour Aquelarre 2017, dédié au courant costumbriste [description des us et coutumes], avec des hommages à l’écrivain Onelio Jorge Cardoso, le poète Jesus Orta Ruiz (l’Indien Nabori) et à Chanito Isidron, un artiste reconnu dans le punto cubano [genre musical des campagnes cubaines]

Le directeur du Centre promoteur de l’Humour, organisateur de l’événement, Luis Enrique (Kike) Quiñones, a expliqué qu’il s’agit d’un programme varié, qui comprend des présentations de livres, d’audiovisuels, des rencontres théoriques et de nombreux spectacles, parmi lesquels il a recommandé Super Banda Clown, du Théâtre Tuyo, Amores Ridículos, Grupo 40 Megas et le spectacle unipersonnel de Carlos Gonzalvo, Retrato de Familia.

Humour signifie aussi clowns, ce qui nous amène au cirque. Des artistes de 16 pays sont présents à la 10e édition de Circuba 2017, sous le chapiteau Trompoloco et à la salle Avellaneda du Théâtre national.

Parmi les numéros les plus impressionnants : les funambules de la troupe Kuznetsovs, du Bélarus ; le duo Vitalys du Pérou et le cirque d'État du Vietnam, qui présente un travail superbe avec des bambous aériens.

De Cuba, on remarquera le célèbre duo Sixto y Lucia, avec un numéro de changement rapide de costumes, ainsi que des jongleurs et des acrobates de la Compañía Havana.

Autre espace incontournable de l'été : la Foire de la culture cubaine Arte en la Rampa, qui arrive à sa 18e édition. Organisée par le Fonds cubain des biens culturels (FCBC) et l'Association Hermanos Saiz (AHS), elle a lieu au Pavillon Cuba, dans le quartier du Vedado, jusqu'au 3 septembre.

68 stands, différents en juillet et en août, qui proposent principalement de l'artisanat, des vêtements, et des bijoux, ainsi qu’un vaste programme artistique qui comprend des présentations de disques, des livres, des conférences et des concerts.

Le programme des vacances a ouvert ses portes à La Havane avec La nuit des livres, qui a eu lieu comme chaque année tout au long de rue 23 dans le quartier du Vedado, avec des stands de vente de livres installés au parc Don Quichotte et devant le glacier Coppelia.

Les journées d'été à Cuba ont commencé avec, comme on l’apprécie déjà, beaucoup plus que du soleil et de la plage. Nous pouvons compter sur un été plein de culture et de divertissements.