
Je célèbre ton existence pleine de joie et d'optimisme. Je célèbre ton énergie quotidienne, ta vocation de journaliste qui a su valoriser comme personne les témoignages de notre histoire récente, ta fidélité à la cause de Fidel, des trésors de zèle dont tu as fait montre pour préserver L’Histoire macquittera, où tu as su aussi valoriser, et au bon moment, que dans ce discours on pouvait entrevoir les germes de notre destin comme nation. Tu as toujours été une amie proche, celle qui a transformé l'utopie en actions concrètes, les rêves en réalité, l'ennui en une impulsion ailée et volatile.
Je célèbre ton éternelle jeunesse, ton mépris de la mort, ta majesté féconde et victorieuse, ton rejet de toute idée d'éternité, ta main sur le papier et sur l'épaule de ton ami. Tu as su contourner la censure de Batista et au moyen de « la petite géante » tu as imprimé une page glorieuse de la Patrie. Tu as créé une image de souplesse artistique en donnant à l'histoire ses gestes les plus chaleureux. Tes romans sont porteurs de la charge impétueuse de la dignité face à l'opprobre raciste et au poison colonial. Ta perception littéraire était libérée de tout dogme esthétique. Et dans Inglesa por un año (Anglaise pour un an), ton magnifique roman sur la prise de La Havane par les Anglais, tu as dépeint avec brio le côté épique de Pepe Antonio et du Memorial de Beatriz Justiz, Marquise de Santa Ana.
Tu as cultivé un esprit de fraternité avec l'apothéose de ton tempérament exultant. Et tu as épuisé les possibles comme le voulait Pindar.
Pendant ta longue vie, tu ne t'es jamais laissé vieillir. Ton esprit juvénile et ta santé à toute épreuve nous ont fait croire que tu ne nous quitterais jamais, que tu allais
porter le deuil de nos absences. Mais il en est allé autrement, tu es partie tranquillement, sur les pages de ton dernier roman, ou peut-être de ton dernier article pour Granma. Cependant, tu nous as quittés sans faire d'histoires, avec ton humilité proverbiale, pour nous survivre une fois de plus dans ce qui t'était destiné : le marbre de l'immortalité. •




