
Dès sa protohistoire, Hollywood a fonctionné comme un système industriel qui, contradictoirement, a assumé des expressions féodales dans son fonctionnement interne.
C’était le siège de privilèges extraordinaires pour quelques-uns (les présidents des majors ou des grands studios et les directeurs de production étaient les seuls seigneurs), et d’opportunités limitées pour les techniciens, les scénaristes et les acteurs, à quelques exceptions près. Cela a permis, au fil des décennies, l'intronisation d'inégalités salariales marquées, d’abus sexuels continus sur les actrices par les chefs des compagnies, de chantages affectifs aux interprètes et aux scénaristes, ainsi que diverses autres turpitudes consignés dans plusieurs études historiques sur la Mecque du cinéma.
Bien que les temps, quelques lois et certaines activités syndicales aient réduit certaines des prérogatives totales des directeurs et leur droit de faire ce que bon leur semblait, l'écart salarial a été un phénomène qui a perduré dans le temps.
La répartition de la richesse dans une affaire générant des revenus annuels multimillionnaires est restée très inégale, ce qui a entraîné un certain nombre d'arrêts de travail, de tentatives de grève ou de grèves du type de celles de 1960, 1980, 2007/2008 et de la grève de cette année.
Comme l'ont annoncé récemment les médias, après 146 jours de grève, le Syndicat des scénaristes d’Hollywood (WGA) et l'Alliance des producteurs de cinéma et de télévision (AMPTP) sont parvenus à un accord de principe, ou accord provisoire, pour mettre fin au mouvement de protestation qui a interrompu une bonne partie des productions audiovisuelles qui devaient être lancées au cours des derniers mois.
Cela pourrait supposer une amélioration des revendications salariales, la limitation de l'utilisation de l'intelligence artificielle et, peut-être – bien que je doute beaucoup de sa portée réelle – un partage plus équitable du gâteau de la diffusion des produits sur les plates-formes.
Même si tout avantage éventuel sera accueilli positivement, après des mois de résistance stoïque qui finit par faire des ravages sur le plan physique, mais surtout sur le plan financier, on est en droit d'être sceptique quant aux résultats, et même d’assurer que rien ou presque ne changera l'éternelle équation du pouvoir à Hollywood.
Hollywood reste une « Mecque» de castes, dominée par des élites subordonnées aux diktats des centres de pouvoir, qui dédaigne ses créateurs, en particulier ces « pouilleux de la glèbe » chargés de tâches aussi « insignifiantes » que l'écriture d'un film ou d'une série.
L’histoire de l'exclusion de scénaristes, sur la base de critères politiques, de simples sympathies humaines ou autres, dilatée dans le temps, a atteint ces dernières années des sommets sans précédent en matière de rémunération monétaire, lorsqu'ils ont vu leurs revenus baisser d'environ 25 %, après avoir progressivement limité leurs possibilités de contrats qui prévoient des emplois de moins en moins nombreux et de plus en plus courts.
Souvent, leurs salaires, de modestes à très bas, ne leur permet pas dans bien des cas – comme ils l'ont dénoncé – de payer l'assurance maladie.
Bien que l'on ne parle pas de cette question, en s’informant sur la grève, cette dévalorisation a porté atteinte à la qualité du format des séries étasuniennes qui, depuis le dernier âge d'or de la télévision (l'époque de Sopranos, Mad Men, The Wire, Six pieds sous terre, Deadwood, Carnivale...) n'a pas permis de rééditer un tel succès.
Espérons que ces milliers d'artisans du cinéma et de la télévision, sans l'ingéniosité desquels rien ne pourrait exister dans l'un ou l'autre monde, puissent obtenir la reconnaissance qu'ils méritent, à l'instar des nombreux autres acteurs (pour chaque salaire de 20 millions de dollars des stars commerciales, il y a un nombre abyssal de rétributions dérisoires) qui ont été au centre de cette rébellion contre l’exploitation. •




