
Alejo Carpentier, Cubain né à Lausanne, en Suisse, le 26 décembre 1904, voilà 120 ans, est l'un des écrivains les plus prestigieux de la littérature hispano-américaine du 20e siècle. En raison de son talent extraordinaire et de son actualité, il serait bon qu’il soit mieux connu par les divers publics contemporains.
Son œuvre, caractérisée par une profonde connaissance historique et culturelle, ainsi que par un style lexical et narratif original, marqué par cette catégorie littéraire qu'il appela « le réel merveilleux », constitue un témoignage de la richesse culturelle et historique de l'Amérique latine et des Caraïbes et, en même temps, un rappel de la complexité de l'être humain.
Sa capacité à mêler l’historique, le philosophique et le symbolique fait que ses romans restent d'actualité dans un monde confronté à des défis similaires à ceux de son époque.
Analyser son œuvre et explorer la manière dont elle peut s’ouvrir à la contemporanéité est un exercice fascinant, notamment si l'on considère des romans tels que Le siècle des Lumières, La harpe et l’ombre, Concert baroque et Le partage des eaux, parmi d'autres de ses textes, également de la plus haute valeur.
En outre, les leçons tirées de chacun de ces romans peuvent être associées à des initiatives spécifiques qui encouragent la construction d'une société plus avancée et plus consciente.
Le Siècle des Lumières est une œuvre monumentale qui relate l'influence de la Révolution française dans les Caraïbes, vue à travers les yeux de ses principaux personnages. Le roman présente l'impact des idéaux révolutionnaires sur les sociétés coloniales et les contradictions inhérentes à ces mouvements. Carpentier y utilise un style baroque pour plonger le lecteur dans l'atmosphère historique, chargée de symbolisme et d'une multitude de détails.
Cette œuvre pourrait inspirer des débats sur la participation sociale communautaire et sur la justice sociale dans un monde contemporain qui continue à se débattre avec les questions d'inégalité. Il s'agit d'une dénonciation explicite du racisme, de l'autoritarisme et de la lutte pour la liberté.
Il serait louable de la ramener à l’actualité dans une série télévisée et de l'adapter à des formats plus accessibles, dans lesquelles serait explorée la permanence des idéaux révolutionnaires de liberté, d'égalité et de fraternité.
Dans La Harpe et l'ombre, Carpentier repense la figure de Christophe Colomb, remet en question l'histoire officielle et apporte un regard critique sur sa béatification. Divisé en trois parties, le roman dévoile les motivations politiques et religieuses derrière la figure de Christophe Colomb, révélant les complexités et les contradictions de la colonisation de l'Amérique.
La pertinence de cette œuvre réside dans la nécessité de revisiter l'histoire dans une perspective critique et décolonisatrice.
Dans le contexte actuel, où les luttes pour la justice historique et la représentation des peuples indigènes ont pris une plus large ampleur, La harpe et l’ombre pourrait inspirer des projets éducatifs, des débats sur des plateformes numériques et des œuvres théâtrales qui remettent en question les mythes fondateurs des nations latino-américaines et caribéennes.
Concert barroque est un hymne à la richesse du métissage culturel. Situé au 18e siècle, le roman suit Filomeno, un noir cubain, qui voyage en Europe et rencontre des figures de la vieille aristocratie et des arts au cœur de Venise. Dans l'un des passages de cette rencontre mémorable, l'incontournable conga cubaine menée par Filomeno, Carpentier célèbre la fusion des cultures et les mélanges culturels universels.
Dans notre contexte actuel, où des politiques publiques contre le racisme, les préjugés liés à la couleur de peau et pour la promotion des femmes sont mises en œuvre, Concert baroque prend une nouvelle dimension. Il peut inspirer des projets artistiques qui explorent le métissage dans la musique, l'art et la littérature contemporains. Le roman peut servir de point de départ à des événements qui célèbrent la diversité culturelle, promeuvent l'inclusion et encouragent le dialogue entre les traditions.
Dans Le partage des eaux, Carpentier raconte le voyage d'un musicien dans une région reculée d'Amérique latine, à la recherche d'un instrument de musique oublié.
Ce voyage physique et spirituel l'amène à remettre en question la civilisation moderne et à réfléchir sur les origines et le sens de l'existence humaine. L'œuvre combine des éléments philosophiques, historiques et symboliques, invitant le lecteur à explorer les thèmes de l'aliénation, de la nature et de la spiritualité.
À notre époque, Le partage des eaux pourrait trouver un écho auprès de ceux qui cherchent à s'évader d'un monde hyperconnecté et consumériste. Cela pourrait encourager les jeunes à rechercher un équilibre entre le progrès moderne et la connexion à la nature et aux traditions.
Le roman pourrait être adapté en ateliers de réflexion sur la vie moderne, encourageant la découverte d'un but personnel à travers la déconnexion technologique, la reconnexion avec la nature, avec la société et la participation individuelle pour la transformer.
Des films et des documentaires pourraient montrer comment ce voyage rappelle également l'importance de trouver un équilibre entre la modernité et nos héritages culturels.
Distingué par le prix Cervantes et admiré par les lecteurs de Cuba et du monde entier, Alejo Carpentier a créé une œuvre qui continue à dialoguer avec le présent, au fur et à mesure de sa lecture. Ce n'est pas seulement le plaisir esthétique qu'elle procure, mais aussi la charge philosophique qu'elle possède, qui est en grande partie responsable de ce plaisir. Son style, sa cubanité, sa façon de comprendre ce qui touche au national comme à l'universel, ainsi que son engagement envers l'époque dans laquelle il a vécu et envers son pays, situent Carpentier dans l'éternité des œuvres essentielles sur le plan culturel.




