ORGANE OFFICIEL DU COMITÉ CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE CUBAIN
Wilfredo Carbe a longtemps été le gardien titulaire des équipes cubaines de futsal, une carrière amorcée en 1989.

Sa présence sur le banc des remplaçants est d’une grande aide pour les joueurs les moins expérimentés de l’équipe nationale de football en salle, auxquels il donne de précieux conseils sur la gestion des émotions et la manière de s’améliorer à chaque match. À l’âge de 46 ans, c’est toujours avec la même ardeur et le même engagement que le gardien de but havanais Wilfredo Carbo rentre dans son rôle pour défendre sa cage.

« La Roca » (Le Roc), comme il est connu pour son gabarit imposant et ses arrêts spectaculaires, a fait ses premières armes dans cette discipline à l’âge de 10 ans. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des principales figures du futsal cubain.

Avez-vous déjà songé à mettre un terme à votre carrière ?

Non, je n’ai encore pris aucune décision. J’ai encore de la motivation pour ce sport. Tout le monde me demande si j’ai l’intention de raccrocher les gants… Je ne cache pas que je vais y réfléchir sérieusement après la Coupe du monde. Je prendrai ma retraite définitive en équipe nationale, mais j’espère continuer d’évoluer avec les équipes de La Havane, dans les tournois provinciaux et nationaux.

De toute évidence, la retraite viendra un jour. C’est un peu spécial quand cela s’arrête, mais je suis préparé, je n’ai aucune appréhension. Pour moi, il est important de prendre ma retraite au bon moment, de partir sur un succès.

Vous avez participé à trois Coupes du monde. Parlez-nous de votre expérience à ces compétitions au sommet.

J’ai commencé comme gardien de but d’une équipe de foot à onze et j’ai pratiqué cette discipline jusqu’à l’an 2000, avant de poursuivre ma carrière dans le futsal. Au début, j’ai participé aux tournois qui étaient organisés à La Havane. En 2000, j’ai eu l’honneur d’être appelé pour la première fois dans l’équipe nationale qui nous a représentés à la Coupe du monde de futsal au Guatemala, suite au forfait de l’un des gardiens.

Je dois dire que je ne m’attendais pas à être titulaire, et encore moins dès le premier match. Mais j’avais travaillé dur à l’entraînement. Les gardiens remplaçants m’ont beaucoup encouragé, ils m’ont beaucoup aidé pour aborder ce premier match contre une équipe puissante et expérimentée comme l’Espagne, vice-championne de la Coupe du monde de 1996 (elle devait finalement empocher le titre en l’an 2000). Même si nous avons perdu sur le lourd score de 9-0, j’ai quand même réalisé une bonne prestation contre les Espagnols, qui se sont largement mis en évidence avec plus de 50 tirs au but.

Quels joueurs de futsal vous ont le plus impressionnés à l’échelle internationale ?

Celui qui m’a le plus impressionné, c’est le Brésilien « Falcao » (Alessandro Rosa Vieira), surtout par son jeu d’attaque tous azimuts et sa technique. C’est une excellente personne sur le terrain et en dehors du terrain, un vrai gentleman. Il apporte une touche de technique et de subtilité vraiment admirable. C’est un joueur de grande classe qui fait la différence, car il réussit tout : vision de jeu exceptionnelle, précision des passes, provoquer les fautes, se défaire de ses défenseurs, éclairs de génie….Il fait preuve d’un engagement et d’une volonté exemplaires. Je lui ai arrêté un tir que j’ai reçu en plein visage. Le ballon lui est arrivé dans les pieds et, dans un geste technique hors du commun, il a exécuté une sorte de contrôle en aile de pigeon ponctué d’une reprise du talon assez spectaculaire. C’est un joueur hors pair. Jouer contre lui est un vrai privilège.

Comment jugez-vous le niveau actuel du futsal cubain ?

Je pense que nous sommes à l’avant-garde dans la région des Caraïbes, surtout grâce à l’expérience internationale que nous avons emmagasinée au fil des ans. Au niveau de la Concacaf (Confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes), nous sommes dans le peloton de tête derrière le Costa Rica et le Guatemala, les deux principales puissances de notre région. Je pense que nous sommes à peu près du même niveau que le Panama, le Mexique et les États-Unis.

Nous avons pu maintenir notre rang grâce à la discipline des joueurs de la sélection nationale, qui compte des individualités comme Reinier Fiallo et Yhonnet Martinez, mais où il n’y a pas de dépendance envers un seul joueur. Nous avons des variantes, et il y a aussi des jeunes prometteurs qui ne sont pas dans la première équipe mais qui sont prêts à enfiler le maillot national. Nous avons un groupe très soudé qui se donne à fond à l’entraînement.

Peut on croire à une qualification pour la Coupe du monde de Colombie ?

Je pense que c’est possible, et c’est d’ailleurs notre objectif. Ce ne sera pas facile, mais nous dépendons de nous-mêmes pour décrocher ce billet. Le tournoi pré-mondial prévu au mois de mai au Costa Rica sera très nivelé, peut-être le plus serré des dernières années.

Y a-t-il des possibilités de réaliser des stages d’entraînement à l’étranger avec ce tournoi au Costa Rica ?

Pour le moment, il n’y a encore rien de concret. Je sais que l’on parle d’aller s’entraîner au Brésil ou au Pérou. Certains pays sont intéressés, comme Trinité-et-Tobago et Curaçao, car ils aimeraient effectuer des matches de préparation avec notre équipe. Si cela se concrétisait, nous arriverions en meilleure forme au Costa Rica. Pour le moment, nous nous entraînons entre nous, mais il ne fait aucun doute que nous avons besoin de nous jauger à d’autres équipes.

Vos souhaits, vos projets une fois que vous aurez mis fin à votre carrière avec l’équipe nationale ?

Jouer avec les équipes provinciales de La Havane. Je pense aussi continuer de diriger l’équipe de première catégorie de foot à onze d’Arroyo Naranjo, mon quartier. Je pourrais peut-être faire carrière comme entraîneur des gardiens de l’équipe cubaine. Je ne me vois pas travailler en dehors du football, qui est et restera toute ma vie.

Comment assumez-vous le fait qu’en cas de qualification vous serez le joueur le plus âgé à la Coupe du monde ?

Je ne fais pas trop attention à ce genre de choses. Je préfère me concentrer sur les entraînements. Pour moi, l’objectif numéro un, c’est de rester en forme et prendre du plaisir à ce que je fais, avec la même motivation et le même enthousiasme que lorsque j’étais enfant, et de glaner des minutes sur le terrain. J’accorde davantage d’importance à mes responsabilités dans l’équipe nationale qu’au fait d’être le joueur le plus âgé à une Coupe du monde.